STREAMING opéra. Hippolyte et Aricie de Rameau à Mannheim (avril 2021)

RAMEAU-jean-philippe-portrait-hippolyte-et-aricie-classiquenewsSTREAMING, opĂ©ra. RAMEAU : Hippolyte et Aricie, sam 1er mai 2021, 19h – HIPPOLYTE Ă  MANNHEIM, entre passĂ© et prĂ©sent : un Ă©clectisme convaincant ? Baroque et modernitĂ© viennent se heurter de plein fouet dans la premiĂšre production d’Hippolyte et Aricie au Nationaltheater Mannheim : un choc semblable Ă  celui du public qui, il y a prĂšs de 300 ans, dĂ©couvrait en 1733, dans son premier opĂ©ra, avec surprise et stupĂ©faction la nouveautĂ© et la richesse des harmonies rĂ©volutionnaires de l’écriture de Rameau.

Dans sa mise en scĂšne, Lorenzo Fioroni fait sauter les barriĂšres entre passĂ© et prĂ©sent. De mĂȘme, dans la fosse, le spĂ©cialiste du baroque Bernhard Forck exploite une alliance assumĂ©e d’instruments modernes et d’époque afin d’ « insuffler la vie Ă  la musique et crĂ©er la surprise, comme autrefois. »

VOIR Hippolyte et Aricie Ă  Mannheim ici
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/hippolyte-et-aricie-nationaltheater-mannheim?utm_source=OperaVision&utm_campaign=c2386854b0-HIPPOLYTE+ARICIE+2021+FR&utm_medium=email&utm_term=0_be53dc455e-c2386854b0-100559298

EN REPLAY jusqu’au 31 juil 2021
Enregistré les 21 et 24 avril 2021 au Nationaltheater Mannheim.

Aricie : Amelia Scicolone
PhĂšdre :Sophie Rennert
Oenone / Amour : Marie-Belle Sandis
Diane : Estelle Kruger
Hippolyte : Charles Sy
ThĂ©sĂ©e : Nikola Diskić
Tisiphone : Uwe Eikötter
Jupiter / Pluton : Patrick Zielke
Christopher Diffey, Raphael Wittmer, Marcel Brunner
(1Ăšre, 2Ăšme et 3Ăšme Parques)
ChƓur et orchestre de l’opĂ©ra Nationaltheater Mannheim

Musique : Jean-Philippe Rameau
Texte : Simon-Joseph Pellegrin (d’aprĂšs Jean Racine)
Direction musicale : Bernhard Forck
Mise en scĂšne : Lorenzo Fioroni

STREAMING, opéra chez soi, critique. RAMEAU : HIPPOLYTE ET ARICIE (Brunet-Grupposo, Degout, Desandre
 Pygmalion)

Hippolyte-et-aricie-rameau-pichon-pygmalion-aricie-drapeau-de-france-critique-opera-classiquenewsSTREAMING, opĂ©ra chez soi, critique. RAMEAU : HIPPOLYTE ET ARICIE (Brunet-Grupposo, Degout, Desandre
 Pygmalion). Ecrivons d’abord ce qui nous gĂȘne ici, quitte Ă  passer encore et toujours, pour une aficionada inconsolable des mises en scĂšnes classiques Ă  perruques et robes Ă  panier. Visuellement, le spectacle est confus ; les options (costumes et accessoires) trop dĂ©calĂ©es au regard de l’enjeu des Ă©pisodes ; les changements de tableaux ou les transitions, abruptes sans vĂ©ritable grandeur. Rappelons que l’opĂ©ra de Rameau, d’autant plus ici dans le genre maximal de la tragĂ©die lyrique, reste une action qui mĂȘle hĂ©roĂŻsme mythologique et apparitions divines, sans omettre le terrible effrayant de l’acte infernal : chef d’oeuvre du genre avec son inoubliable trio des parques.
Le dĂ©cousu gĂȘne ici la lisibilitĂ© de la ligne hĂ©roĂŻque et tragique du drame. Un exemple parmi d’autres ? Le dĂ©but de l’acte III est ratĂ©, malgrĂ© la justesse de Sylvie Brunet-Grupposo dans le rĂŽle de PhĂšdre. Il manque Ă  la production cette grandeur tragique et brĂ»lante qui souligne en rĂ©alitĂ© l’impuissance des 3 protagonistes : Hippolyte / PhĂšdre / ThĂ©sĂ©e. AprĂšs le trio tragique, d’essence racinienne par son Ă©pure glaçante et terrible, le chƓur qui suit tombe Ă  plat. Il doit exprimer la solitude abyssal de ThĂ©sĂ©e (les enfers sont chez lui car il vient de surprendre son Ă©pouse et son fils Hippolyte apparemment en pleine effusion !) ; l’inceste supposĂ©, atroce rĂ©vĂ©lation dans l’esprit de ThĂ©sĂ©e, est la source de ce vertige abyssal, qui foudroie chaque protagoniste. Le Roi est d’autant plus atteint qu’il doit feindre et ne rien laisser percer de son dĂ©sarroi, face Ă  la foule qui se presse pour le voir
 vanitĂ© des solennitĂ©s, grandeur de la solitude des princes. Photo Hippolyte et Aricie (DR)

Hippolyte raté, Rameau dénaturé
une mise en confusion générale

Le vainqueur du minotaure ne doit rien laisser paraĂźtre : il assume le ballet qui est donnĂ© en son honneur. Le tableau est dĂ©voyĂ© par une scĂšne collective oĂč des « baigneurs » (style guinguette) se trĂ©moussent sans unitĂ© ni cohĂ©rence
 avec sacs sur la tĂȘte. Heureusement la sirĂšne (piquante LĂ©a Desandre) relĂšve le niveau de cette mĂȘlĂ©e confuse.
Le summum de cette mise en confusion gĂ©nĂ©rale reste l’apparition d’Hippolyte, exilĂ© par son pĂšre, tenant vielle plante dĂ©fraĂźchie et seau noir Ă  la main. Le tableau cynĂ©gĂ©tique qui suit, gesticulĂ©, chaotique est visuellement terrible : vaguement satirique. LĂ  encore la noblesse tragique est sacrifiĂ©e sur l’autel de la laideur confuse, sans idĂ©e.

Et les solistes ? Dommage pour Thésée : Stéphane Degout reste continument engorgé ; rugissant volontiers mais son articulation manque de clarté, et le jeu orphelin, de mesure comme de finesse. Tout sonne trop appuyé.

Le chant français baroque en crise
D’une façon gĂ©nĂ©rale, les chanteurs n’ont pas l’articulation de leurs ainĂ©s, interprĂštes autrement diseurs pour Christie et Minkowski : le chant français baroque est en crise, ce n’est pas la premiĂšre fois que nous le constatons : rares les chanteurs capables de ciseler la langue française baroque. Sans les sous titres, bon nombre restent inintelligibles. Triste constat. En cela, LĂ©a Desandre (une sirĂšne comme on a vu, puis une chasseresse) relĂšve dĂ©cidĂ©ment nettement le niveau : couleur juste, mordant articulĂ©, intelligence dĂ©clamĂ©e. Un modĂšle qui rassure. Et auquel on s’accroche.

Musicalement, quelques sĂ©quences tirent leur Ă©pingle du jeu ; notons l’implication des choeurs (dans le tableau de la chasse et Ă  l’annonce de la mort d’Hippolyte, fin de l’acte IV), la trĂšs belle scĂšne de PhĂšdre Ă©plorĂ©e, implorante, hallucinĂ©e de Sylvie Brunet-Grupposo dont le vibrato digne et contrĂŽlĂ©, la couleur toujours juste font une amoureuse dĂ©chirĂ©e qui s’abime dans la nuit de la folie coupable. Son chant viscĂ©ralement racinien reste juste. Enfin le grandiose s’incarne dans ce tableau funĂšbre qui clĂŽt l’acte IV. L’orchestre Pygmalion s’engage avec Ă©nergie et accents parfois au dĂ©triment de la finesse. MĂȘme sĂ©duisante, la rĂ©alisation musicale n’atteint pas les rĂ©ussites exemplaires signĂ©es Christie ou Minkowski, capables tous deux de souffle tragique comme de jubilation dansante. Avec ce souci de la langue, pourtant essentielle, qui fait tant dĂ©faut ici.

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STREAMING, opĂ©ra chez soi, critique. Rameau : Hippolyte et Aricie. Pygmalion / opĂ©ra-Comique, novembre 2020. En REPLAY sur ARTEconcert jusqu’au 13 mai 2021.
https://www.arte.tv/fr/videos/099633-000-A/hippolyte-et-aricie-de-rameau-a-l-opera-comique/

RAMEAU en direct depuis l’OpĂ©ra Comique, ce soir 20h : Hippolyte et Aricie par Pygmalion

RAMEAU FRAGONARD SAINT CLOUD Hippolyte et Aricie opera critique annonce en direct confinement classiquenews

  

 

OPÉRA en direct sur INTERNET : RAMEAU, Hippolyte et Aricie, samedi 14 nov 2020, 20h (sur ARTEconcert). Les reprĂ©sentations d’Hippolyte et Aricie prĂ©vues au mois de novembre Ă  l’OpĂ©ra Comique, Salle Favart Ă  Paris, ne peuvent pas avoir lieu en prĂ©sence du public, confinement oblige. Les rĂ©pĂ©titions se poursuivent nĂ©anmoins et l’ouvrage sera jouĂ© sur internet, diffusĂ© sur ARTEconcert et le site de l’OpĂ©ra Comique. Une diffusion ultĂ©rieure sera proposĂ©e sur l’antenne d’Arte et sur France Musique.
ThĂ©Ăątre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel : jusqu’à Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif. Ici la tendresse (le couple Hippolyte et Aricie protĂ©gĂ© par Diane) s’oppose au pouvoir tendu, en phase d’implosion (incarnĂ© par PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e qui apprend Ă  ses dĂ©pends que « les enfers sont chez lui » : PhĂšdre aime son beau fils, Hippolyte, contredisant toutes les RAMEAU-jean-philippe-portrait-hippolyte-et-aricie-classiquenewsbiensĂ©ances et la morale. La reine en souffrance a ce tragique racinien auquel Rameau apporte une noblesse bouleversante ; tandis que ThĂ©sĂ©e, roi malgrĂ© lui, fils de Neptune, Ă©prouve la solitude du pouvoir, prĂ©fĂ©rant Ă  tout exercice temporel, son cher et tendre PirithoĂŒs. De tous les ouvrages, Hippolyte atteint un souffle spectaculaire grĂące Ă  son orchestre : l’acte des enfers, d’une puissance poĂ©tique inouĂŻe (acte II), invente le trio des Parques aux harmoniques jamais entendues jusque là


 

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Un Rameau mĂ©connu : Les FĂȘtes de PolymnieOPÉRA DES SOLITUDES TRAGIQUES… Hippolyte et Aricie
 contrairement au titre qui met en avant le couple amoureux, Rameau en Racinien mĂ©connu sculpte les profils des souverains, PhĂšdre d’abord : perdue, hallucinĂ©e, endeuillĂ©e au IV en apprenant la (fausse) mort de celui qu’elle aime secrĂštement, Hippolyte. Puis ThĂ©sĂ©e surtout, qui de roi juge n’est en vĂ©ritĂ© que le pantin impuissant de son dieu tutĂ©laire Neptune, lequel lui fait endurer les pires Ă©preuves : sĂ©jour infernal (acte II), perte de son ami PirithoĂŒs ; deuil de son fils, si cher et tendre, Hippolyte ; Autant d’individualitĂ©s en souffrance et solitaires ne se sont jamais vues ni Ă©coutĂ©es sur une scĂšne lyrique
 avant 1733 ; Rameau sait peindre la grandeur tragique avec les couleurs de la tendresse la plus bouleversante ; le compositeur sait plonger au cƓur de l’ñme humaine. Chaque hĂ©ros souffre et s’exaspĂšre contre les conspirations du destin. Et si les souverains sombrent dans le gouffre, les deux amants grĂące Ă  la protection de Diane, trouvent en fin de drame, une terre idĂ©ale que Rameau sublime par la derniĂšre Chaconne et surtout l’ariette emblĂ©matique “Rossignols amoureux”…  Ainsi son gĂ©nie rayonne Ă  la fin de l’action dans les sĂ©quences finales de l’acte V dont il fait l’apothĂ©ose pastorale lĂ  encore d’une tendresse enivrĂ©e des deux jeunes hĂ©ros, nouveaux Ă©lus protĂ©gĂ©s de la dĂ©esse chasseresse DIANE, soudainement touchĂ©e par la grĂące sincĂšre des deux jeunes gens : Hippolyte et Aricie, rĂ©unis en un lieu enfin pacifiĂ© (musette enamourĂ©e et choeur de rĂ©conciliation : n’y a t il pas dĂ©jĂ  chez Rameau, un peu de cette idĂ©e paysagĂšre et climatique dĂ©veloppĂ©e aprĂšs lui par le peintre Fragonard ? D’oĂč notre choix en visuel du Parc de Saint-Cloud, panneau peint dont le format panoramique renvoie lui aussi une intelligence spatiale impressionannte). La conception dramatique est d’une profondeur inouĂŻe et d’un souffle inĂ©dit alors.

 

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Hippolyte et Aricie de RameauRAMEAU-jean-philippe-portrait-hippolyte-et-aricie-classiquenews
en livestream
sur ARTE Concert, sur le site de l’OpĂ©ra Comique
samedi 14 novembre Ă  20h ; puis en REPLAY jusqu’au 13 mai 2021.

 

 

VOIR l’opĂ©ra en direct :

Opéra comique
https://www.opera-comique.com/

ARTEconcert
https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

 
 

 
Hippolyte-et-aricie-rameau-Trio-parques-Pygmalion-pichon-critique-opera-classiquenews

 
 

 
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Hippolyte : Reinoud van Mechelen
Aricie : Elsa Benoit
PhĂšdre : Sylvie Brunet-Grupposo
Thésée : Stéphane Degout
Oenone : SĂ©raphine Cotrez
Neptune/Pluton : Nahuel di Pierro
Diane : Eugénie Lefebvre
PrĂȘtresse de Diane, Chasseresse,
Matelote, BergĂšre : Lea Desandre
Tisiphone : Edwin Fardini
1Ăšre Parque : Constantin Goubet*
2e Parque : Olivier Coiffet*
3e Parque : Virgile Ancely *
Mercure : Guillaume Gutierrez*
Arcas : Martial Pauliat*

 

ChƓur et Orchestre : Pygmalion
(artistes issus du choeur Pygmalion)
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scĂšne : Jeanne Candel

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Hyppolite et Aricie de Rameau, en direct

RAMEAU 2014 : sĂ©lection cdINTERNET, opĂ©ra en direct : RAMEAU, Hippolyte et Aricie, samedi 14 nov 2020, 20h. Les reprĂ©sentations d’Hippolyte et Aricie prĂ©vues au mois de novembre Ă  l’OpĂ©ra Comique, Salle Favart Ă  Paris, ne peuvent pas avoir lieu en prĂ©sence du public, confinement oblige. Les rĂ©pĂ©titions se poursuivent nĂ©anmoins et l’ouvrage sera jouĂ© sur internet, diffusĂ© sur ARTEconcert et le site de l’OpĂ©ra Comique. Une diffusion ultĂ©rieure sera proposĂ©e sur l’antenne d’Arte et sur France Musique.
ThĂ©Ăątre de dĂ©passement et d’enchantement, l’opĂ©ra de Rameau d’autant plus fort et signifiant en son premier opus de 1733 – le plus scandaleux aussi-, surgit dans toute sa force scĂ©nographiĂ©e dans son dĂ©ploiement matĂ©riel : jusqu’à Zoroastre, les opĂ©ras de Rameau touchent autant par leur science musicale que leur impact visuel et dĂ©coratif. Ici la tendresse (le couple Hippolyte et Aricie protĂ©gĂ© par Diane) s’oppose au pouvoir tendu, en phase d’implosion (incarnĂ© par PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e qui apprend Ă  ses dĂ©pends que « les enfers sont chez lui » : PhĂšdre aime son beau fils, Hippolyte, contredisant toutes les biensĂ©ances et la morale. La reine en souffrance a ce tragique racinien auquel Rameau apporte une noblesse bouleversante ; tandis que ThĂ©sĂ©e, roi malgrĂ© lui, fils de Neptune, Ă©prouve la solitude du pouvoir, prĂ©fĂ©rant Ă  tout exercice temporel, son cher et tendre PirithoĂŒs. De tous les ouvrages, Hippolyte atteint un souffle spectaculaire grĂące Ă  son orchestre : l’acte des enfers, d’une puissance poĂ©tique inouĂŻe (acte II), invente le trio des Parques aux harmoniques jamais entendues jusque là


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Hippolyte et Aricie de RameauRAMEAU-jean-philippe-portrait-hippolyte-et-aricie-classiquenews
en livestream
sur ARTE Concert, sur le site de l’OpĂ©ra Comique
samedi 14 novembre Ă  20h, puis en REPLAY jusqu’au 13 mai 2021

Opéra comique
https://www.opera-comique.com/

ARTEconcert
https://www.arte.tv/fr/arte-concert/

 

 

 

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Hippolyte : Reinoud van Mechelen
Aricie : Elsa Benoit
PhĂšdre : Sylvie Brunet-Grupposo
Thésée : Stéphane Degout
Oenone : SĂ©raphine Cotrez
Neptune/Pluton : Nahuel di Pierro
Diane : Eugénie Lefebvre
PrĂȘtresse de Diane, Chasseresse,
Matelote, BergĂšre : Lea Desandre
Tisiphone : Edwin Fardini
1Ăšre Parque : Constantin Goubet*
2e Parque : Olivier Coiffet*
3e Parque : Virgile Ancely *
Mercure : Guillaume Gutierrez*
Arcas : Martial Pauliat*

ChƓur et Orchestre : Pygmalion
(artistes issus du choeur Pygmalion)
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scĂšne : Jeanne Candel

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CD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996)

CD. Rameau : Hippolyte et Aricie (Christie, 1996)   ...   DĂšs 1996, William Christie et ses Arts Florissants, portĂ©s par une expĂ©rience collective de prĂšs de 17 ans, inaugure avec cette gravure historique devenue lĂ©gendaire, un cycle Rameau particuliĂšrement saisissant. Autant Zoroastre par son sujet et le profil des protagonistes Ă©voque le choc des forces du Bien et du mal en un opĂ©ra vĂ©ritablement spectaculaire, autant Les BorĂ©ades rĂ©activent sous le prĂ©texte du sujet du Dieu du vent du nord (BorĂ©e), le fantastique des phĂ©nomĂšnes naturels (tempĂȘtes mulitples), … autant Hippolyte, premier grand ouvrage du Dijonais, sorte de dĂ©claration de tout ce qu’il va rĂ©aliser par la suite (1733) est un ouvrage oĂč perce la solitude des ” grands ” (PhĂšdre et ThĂ©sĂ©e), Rameau y analyse comme un texte de Corneille et surtout de Racine (le thĂ©Ăątre parlĂ© grande rĂ©fĂ©rence des gĂ©nies lyriques) l’impuissance trouble des Ăąmes saisies dans leur Ă©loquente solitude et leur conscience terrifiĂ©e : le couple royal implose en plein vol et la musique dans le chant de l’orchestre nous dit tout de leur errance et de leur course au vide. Ici la fosse exprime les vertiges infernaux, Hippolyte Ă©galement (voir ici tout l’acte II : ThĂ©sĂ©e aux Enfers, Ă  la recherche de son ami PirithoĂŒs) mais Rameau peint aussi Ă  travers les amours d’Hippolyte et Aricie, le formidable printemps d’un l’amour juvĂ©nile le plus tendre jamais peint de cette façon (depuis Lully) sur une scĂšne lyrique.

rameau_hippolyte_aricie_christie_eratoLe chƓur d’une constante Ă©nergie (superbes Ă©pisodes des suivants de Diane), l’intensitĂ© de la direction, surtout la finesse des chanteurs dont la PhĂšdre ardente, tragique et sombre de Lorraine Hunt (l’un de ses meilleurs rĂŽles en totale complicitĂ© avec Bill) ou encore la chasseresse embrasĂ©e de Mireille Delunsch (la future PlatĂ©e tout aussi dĂ©lirante chez Minkowski), sans omettre l’exceptionnel Annick Massis, bergĂšre sublimĂ©e pour l’air si tendre et conclusif des ” Rossignols amoureux ” accrĂ©ditent une lecture superlative dans ses choix vocaux … Tous restituent un Rameau enchanteur et Ă©pique, dont la science se met au service de l’expressivitĂ© la plus juste. Les divertissements (Ă©pisodes dansĂ©s et musicaux) y expriment une nostalgie d’une Ă©lĂ©gance inouĂŻe… Si l’on devait commencer son exploration du thĂ©Ăątre ramĂ©llien, Ă  coup sĂ»r, il faudrait dĂ©buter par l’Ă©coute de cette lecture remarquablement rĂ©ussie : la profondeur y Ă©gale la grĂące (la mort d’Hippolyte qui suscite la terreur impuissante de PhĂšdre : moment unique dans l’opĂ©ra baroque français), ce qui est loin d’ĂȘtre le cas pour d’autres chefs, moins subtils. L’enchanteur William frappe fort et trĂšs juste : il y explore entre autres, avec une clairvoyance remarquable comme nul autre les jardins de Diane, instance propice Ă  l’essor de l’amour : ses tableaux de chasse, oĂč hautbois, bassons et cors disent le retour d’une arcadie espĂ©rĂ©e enchantent littĂ©ralement. Et tout le dernier acte, apothĂ©ose inĂ©galĂ©e depuis, faisant se succĂ©der  musette, ample chaconne, gavottes et dernier choeur nuptial dĂ©livre ici la perfection d’un ensemble dĂ©sormais inatteignable chez Rameau, les trĂšs bien nommĂ©s Arts Florissants.

 

En 1996 avant Zoroastre, dĂ©jĂ  se retrouvent deux ardente voix d’une parfaite intelligibilitĂ©, celles du couple Mark Padmore (tendre et trĂšs fluide Hippolyte) et l’ineffable Anne-Maria Panzarella, ici, angĂ©lique et naturelle Aricie (leur duo du IV, “Nous allons nous jurer une immortelle foi…” est anthologique). On ne peut imaginer meilleure caractĂ©risation Ă©motionnelle, linguistique, dramatique. L’un des sommets de la discographie des Arts Florissants et de William Christie, au rayon ” Rameau “. 3 cd Erato.