CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015)

concert-hostel-dieu-franck-emmanuel-comte-pergolesi-pergolese-stabat-mater-critique-cd-review-classiquenewsCD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, FE Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015). Artisan des mélanges musicaux et des rencontres inédites, Franck-Emmanuel Comte et son ensemble sur instruments anciens Le Concert de l’Hostel-Dieu offrent une nouvelle lecture du Stabat Mater. Dès le début, on relève l’incisivité nouvelle du continuo, où pointent cordes, orgue, basson dans un allant ardent, éruptif et remarquablement nuancé ; d’abord c’est une formidable polyphonie traditionnelle napolitaine qui rappelle l’effusion et la compassion collective du peuple face au deuil désespéré de la Mère, avant que les volutes finement ciselées du cycle de duos et d’arias solos du jeune génie Pergolesi ne se déploient. Ferveur populaire en partage, témoignages individualisés ou en petit chœur, le Stabat Mater est surtout une expérience du peuple. Voilà une conception qui restitue à la force poétique du texte un nouveau réalisme.
Les interprètes gardent à l’esprit toujours la plainte et la prière dans chaque séquence : on est très éloigné de la tentation démonstrative et virtuose de certaines chanteuses starifiées, plus extérieures que vraiment recueillies. On apprécie cette caractérisation qui s’empare de chaque épisode : effusion à 2 voix du premier Stabat Mater ; prise à témoin et dramatisme éploré plus incarné dans le saisissant Cujus animam pour soprano seule : l’expression d’une douleur tangible, perpétrée par le glaive qui transperce littéralement le corps et l’âme de Marie…

 
 
 

Polyphonies populaires, Stabat de Pergolesi
Franck-Emmanuel Comte au cœur de la dévotion lacrymale…

 
 
 

L’alternance airs de Pergolesi et plainte collective des polyphonies chorales creuse la force dépressive d’un cycle de textes particulièrement imagés, tous célébrant la souffrance de la Mère confrontée au corps sacrifié du Fils. Franck Emmanuel Comte ajoute plusieurs airs déploratifs très intelligemment sélectionnés dont cette prière de Donna Isabella (visiblement dépossédée de ses châteaux…), dont la douleur fait écho à celle de la Vierge éplorée : la mise en dialogue de ces pièces est très profitable. Elle apporte aux côtés du corpus sacré traditionnel, la résonance populaire du peuple en souffrance.

Quand jaillit l’allure plus allègre du Quae moerebat, chanté par un baryton visiblement presque insouciant, le contraste est total. Très percutant, laissant s’épanouir ensuite la plainte plus langoureuse et insidieuse du Quis est homo ? sublime duo des deux voix féminines (soprano / contralto) qui plongent dans l’affliction la plus désespérée… puis leur répondent ténor et baryton pour la conclusion de cette séquence, traitée comme un ensemble d’opéra ; même dispositif à plusieurs chanteurs pour le Fac ut ardeat (ailleurs communément chanté par le duo féminin). L’option du quintette vocal (dans le O Quam Tristis entre autres) renforce l’esprit de partage : les chanteurs exprimant la compassion que chacun ressent individuellement et collectivement. En associant un verset par type de voix, le sens du texte est formidablement investi, incarné, habité.
La tarentelle qui suit (A cantina) constitue comme un écho populaire à la sidération qui a précédé : c’est à travers le chant du piccolo, la libération d’un trop plain d’émotion, ne pouvant être dissipé que dans la transe, née d’une danse quasi frénétique.

Les effets d’échos, la spatialisation aussi des groupes de chanteurs (dans une prise de son très réverbérée, sous la voûte d’une église qui renforce encore le réalisme de cet enregistrement de l’été 2015) composent alors un véritable opéra de la souffrance et des chants de déploration. Le goût des timbres, l’écoute attentive au sens des textes, la diversité des formes musicales et chorales, sacrées, populaires (formidable scansion sur basse obstinée des tarentelles, dont La Cicerenella, exécutoire d’inspiration picaresque voire graveleuse )… relèvent d’une conception très scrupuleuse et qui dans la réalisation des concerts qui ont précédé ce disque, assure une indiscutable réussite.
Avait-on écouté jusque là une telle régénération du cycle du Stabat ? Franck-Emmanuel COMTE sait associer les corpus, trouve d’évidentes convergences des ferveurs, tisse au final un splendide voyage musical qui exprime le sublime né du populaire mêlé au sacré des textes canoniques.
La bascule dans une piété plus profane, voire sensuelle (aux images érotiques cf. La Carpinese, tarentelle qui chante aussi l’émancipation de la femme sensuellement maîtresse de son corps) s’affirme ici, offrant de superbes contrastes tout au long du programme dont le volet le plus extatique pourrait être le dernier duo féminin, élévation spirituelle d’une ineffable caresse (Quando corpus), où c’est l’âme du Fils et de sa mère qui prendre leur envol, immatérialité du renoncement, après les vertiges d’une douleur incommensurable.

CLIC D'OR macaron 200 
 
 
RECHERCHE JUBILATOIRE…
Chef et ensemble indiquent aujourd’hui une voie passionnante de la recherche actuelle associée à la pratique des instruments d’époque : cette célébration collective, apparemment éclectique, pourrait tout à fait avoir été choisie par les musiciens du XVIIIè, dans les sociétés de musique (telle l’Académie du Concert à Lyon), où le Stabat Mater de Pergolesi fut ainsi réadapté en fonction du goût et des ressources locales. En s’appuyant sur le fonds de la Bibliothèque Municipale de Lyon, Franck-Emmanuel Comte propose une recontextualisation bénéfique et régénératrice d’un texte traditionnel de la ferveur sacrée : le Stabat Mater de Pergolèse réapproprié par les lyonnais, complété par plusieurs polyphonies traditionnelles, et d’irrésistibles tarentelles, gagne ainsi une dramaturgie textuelle particulièrement percutante ; de ce métissage populaire /savant, à travers l’histoire des pratiques selon les époques, les interprètes font surgir l’âme même du Baroque : sa faculté à exprimer les passions humaines, ici dévotion, compassion. La justesse de l’approche est indiscutable. Et savoureuse.

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CD, critique. STABAT MATER. Concert de l’HOSTEL DIEU, Comte (1 cd ICSM 012 – enregistrement live, église de Chazelles sur Lyon, juillet 2015) – CLIC de CLASSIQUENEWS de décembre 2018.

 

 

 

 

CONCERT DE L'HOSTEL DIEU : saison 2018 - 2019

 
 
 
 

 

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