CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont (Haselböck, 1cd Alpha)

beethoven egmont haselbock bernarda bobro cd review critique classiquenews 3760014194726CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont  (Haselböck, 1cd Alpha). RECONSTITUTION BEETHOVENIENNE. Fondé en 1985 par Martin Haselböck, il y a plus de 30 ans, l’orchestre sur instruments anciens, Orchester Wiener Akademie n’a certes pas la hargne et la radicalité extrémiste, ô combien passionnante du Concentus Musicus de Vienne du regretté Nikolaus Harnoncourt ; mais le geste audacieux, dont la sonorité profite ici essentiellement des cuivres, – superbes de panache écorché (les cors triomphants et idéalement âpres) rendent service à  l’œuvre choisie, entre théâtre et musique. Dans Egmont dont on ne joue généralement que l’ouverture, Beethoven imagine plusieurs musiques de scène, pour assurer les enchaînements ou explorer une atmosphère :  héros romantique par excellence, Egmont, libérateur des Pays-Bas inspire à Goethe dès la conception de la pièce, une place importante à la musique, notamment pour la mort des personnages : Klärchen ou surtout Egmont ; de même la fin du drame devait dans l’esprit du dramaturge se réaliser par une symphonie de victoire (jouée ici). Auteur réformateur doué d’un souffle puissant, Beethoven fut sollicité dès 1809, à l’occasion d’une reprise du drame goethéen : il livre davantage qu’une simple mise en musique de certains passages : une ouverture, plusieurs intermèdes, des airs accompagnés pour soprano et orchestre… c’est toute une réflexion musicale (sur la liberté) qui enrichit la perception du drame, et facilite aussi son déroulement.  Si dans la pièce originelle, dans la seconde moitié du XVIè, Egmont doit se battre contre l’occupant espagnol, les autrichiens en 1809 doivent lutter contre l’invasion des troupes de Napoléon : dans l’esprit du musicien, le parallèle est clair et permet d’exprimer clairement les intentions démocratiques et politiques de Ludwig. Indépendamment de la représentation de la pièce de Goethe, Beethoven obtint du poète son approbation pour concevoir un drame autonome articulé à partir des seules morceaux de sa musique : il en découle ce mélodrame, sorte de résumé de la pièce de Goethe, sur un texte validé, écrit par Friedrich Mosengell en 1821. La version jouée dans cet album est celle plus tardive, d’un libéralisme assagi selon la censure viennoise, réécrit par Franz Grillparzer en 1834.

Musique goethéenne de Beethoven : Egmont, 1809-1834

En conclusion du cycle goethéen, Martin Haselböck ajoute la célèbre ouverture  opus 124, “la consécration de la maison”, en particulier pour la réouverture du théâtre à Vienne, à Josefstadt, fin septembre 1822. La “maison” c’est le théâtre lui-même : nouvelle pièce de circonstance de Carl Meisl pour laquelle Beethoven composa aussi une musique de scène. Dans la “clarté sèche” de la salle du théâtre, Beethoven dirigea lui-même la partition portée par une claire et progressive aspiration à la lumière, exultation et joie fraternelle. Le théâtre est toujours en place : le lieu comme d’autres sites viennois qui ont accueilli la création de nouvelles œuvres beethovéniennes à Vienne, forment la singularité du projet actuel “Resound Beethoven”, jouer Beethoven dans les salles pour lesquelles le compositeur a écrit… Voilà un nouveau chantier qui fait de Vienne, une cité incroyablement musicienne, ajoutant donc aux circuits Mozart, Haydn, Porpora, Schubert ou Johann Strauss II, – entre autres, celui en cours de réalisation dévolu aux créations de Beethoven.

Le récitant pour Egmont est l’acteur Herbert Föttinger – directeur actuel de la salle Josefstadt. La musique de Beethoven accentue et rythme les accents passionnés d’une action célébrant le courage et la volonté dédiés à l’esprit de libération finale. La langue de Goethe a déterminé l’ivresse guerrière d’une musique qui après tension et contrastes savamment mesurés, cible essentiellement sa conclusion en forme d’implosion libératrice. On émettra des réserves sur la version récente en anglais (2à15) – fût-elle récitée par un acteur à la mode… le nerf, le muscle acéré et vif argent, une certaine économie œuvrant pour l’exacerbation du drame exemplaire (Egmont donne tout, – sa ferveur et sa vie- pour l’idéal libertaire qui porte toute sa carrière). Haselböck mise beaucoup sur l’incise des contrastes, parfois au détriment d’une certaine élégance instrumentale dont Vienne avait cependant la spécialité : mais la fureur viscérale, l’autodétermination globale, directe, franche exprimée par tous les pupitres, et la sonorité si fine et affûtée des timbres d’époque, sans omettre l’excellent soprano de Bernarda Bobro, à la fois claire et charnel, fondent la valeur de cet enregistrement, en tout point fidèle à la furià guerrière et fraternelle du grand Ludwig.

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont version  Grillparzer, 1834 (cd1) / version anglaise ((cd2, 2015). Bernarda Bobro, soprano. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction. Enregistrement réalisé à Vienne en octobre 2015 au Théâtre in der Josefstadt. 2 cd Alpha.

Comments are closed.