CD, compte rendu critique. SCHUMANN : letzter gedanke / dernière pensée. Soo Park, pianoforte (1 cd Hérisson, 2015)

HOME-250-schumann-pianoforte-dernier-schumann-soo-park-piano-gebauhr-1850-critique-review-cd-CLIC-de-classiquenews-review-critique-cd-annonce-CD-robert-schumann-1810-1856-derniere-pensee-soo-park-pianoCD événement. Soo Park joue le dernier Schumann… Capté / réalisé sur le (grand) piano Gebauhr (fabrication prussienne à Königsberg, 1850) de la collection du musée de la Musique à Paris – en octobre 2015 (juste après la restauration de l’instrument), cet excellent récital dévoile l’intimisme secret, allusif du dernier Schumann. Au programme les 6 Etudes opus 56 (1845), les 9 nouvelles pièces pour clavier opus 82 de 1849 et les derniers cycles du début des années 1850, avant l’hospitalisation du compositeur foudroyé par ses dérèglements suicidaires et intérieurs. Au sommet d’une inspiration touchée par la grâce rayonnante, pourtant celle d’un cerveau atteint, le cycle “Gesänge der Frühe opus 133 de 1853 et surtout le Thème et Variations Geistervariationen anh F39 de 1854, soit un programme pour clavier ciselé, fragile, fébrile, au spectre sonore ténu où percent la tension et le poids d’une mécanique parfois instable, de 1h20. En dépit d’une prise live et du caractère souvent imprévisible d’un instrument historique, la pianofortiste coréenne Soo Park s’entend à merveille dans ce cheminement entre ombre et pénombre, lugubre et abysse, jusqu’au tréfonds de la conscience dont le génie est demeuré intact et d’une rare force créatrice malgré la prégnance de la folie, en dépit des attaques d’un désordre mental.
Soo Park affirme sans déclamation, sa propre pensée poétique au service d’un Schumann funambule et diseur. L’approche est fine, subtile, maîtrisée en ce qu’elle sait exploiter sans effets gratuits les possibilités sonores et expressive d’un clavier typique de l’esthétique allemande et viennoise du plein XIXè, avec ses marteaux recouverts d’une fine pellicule de cuir, son riche medium, ses graves souterrains, ses notes aigues cristallines, sa résonance naturelle, la perception du bois, les craquements… tout ce qui fonde l’intérêt d’un récital sur un clavier historique d’un tel pedigree (le Gebauhr correspond au type instrumental salué par le seul prix pour un facteur d’instruments, remis lors de l’Expo universelle de Londres en 1851).

Ici les dernières pensées de Schumann révèlent le génie tardif d’un compositeur touché par la grâce absolue, dès 1845, profondément transformé par la découverte et l’usage maîtrisé du contrepoint, puis sur la fin, soucieux de la lenteur, porte vers l’introspection la plus subtile. La notice souligne avec justesse combien Schumann a souffert de cette approche biaisée qui interprète tout l’oeuvre à travers le prisme réducteur de la folie.

Schumann ultime : un diseur touché par la grâce

 

Soo Park : le dernier Schumann au pianoforteOr ce qui saisit ici ce n’est en rien les velléités obscures d’une âme tourmentée, mais définitivement la claire pensée d’un bâtisseur hors normes, infiniment raisonné et cohérent, solaire par la sûreté de son écriture, l’une des mieux conçues, des plus éloquentes. Pensée volubile, d’une évanescence géniale aux éclairs fulgurants (irrisations enchanteresses de “Vogel als Prophet”, d’une déchirante sincérité), de plus en plus simple et sobre, et aussi capable de force et de fureur presque de dureté péremptoire (Première des 3 Fantasiestücke opus 111) ; entre ses caractères parfaitement élaborés comme les faces contraires et complémentaires d’un même visage : Eusébius, Florestan, et le médian Maître Raro, Schumann hyperconscient et tout à fait clairvoyant sur la multiplicité humaine, a toujours su canaliser l’immense flux imaginatif de son génie compositeur. Et comment ne pas comprendre le Thème final et ses 5 Variations, tels l’énoncé maîtrisé d’une prière parmi les plus intimes et les plus pudiques de l’auteur, totalement construites dans un élan d’espoir, de certitude, d’apaisement qui montre deux ans avant sa mort, l’intelligence et la maturité d’une pensée intacte. Lumineuse approche, tissée dans l’intériorité la plus suggestive. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016.

 

CLIC_macaron_2014CD, compte rendu critique. SCHUMANN : letzter gedanke / dernière pensée. Soo Park, pianoforte : Gebauhr, 1850 (1 cd Hérisson, octobre 2015). CLIC de CLASSIQUENEWS — Durée : 1h20 mn.

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