Beaux-livres. Opéra Garnier (Éditions de La Martinière)

opera-garnier-jp-delagarde-1Beaux-livres. Opéra Garnier (Éditions de La Martinière). 290 photographies composent la valeur visuelle de ce beau-livre édité en format carré par les éditions de La Martinière. Un portfolio de vues et clichés remarquables, signé par le photographe Jean-Pierre Delagarde dont on ne saurait trop louer le sens de la composition et du détail. Jamais l’Opéra Garnier n’a paru mieux chatoyant, plus précieux, chromatiquement inventif… certes prouesse architecturale et technologique, mais aussi d’un fini aussi parfait qu’une œuvre d’art ou un meuble luxueux, tel un immense cabinet de curiosité. Le dessin général des volumes n’affecte en rien la richesse du décor de surface, ses matières clinquantes et précieuses, dans toutes les disciplines (peintures, sculptures…). De sorte que l’on redécouvre ici comment le Palais de Charles Garnier concentre l’excellence des arts français propre aux années 1870.

Dans sa préface l’architecte français de l’Opéra national de Pékin, dernier joyau de l’art lyrique du XXème siècle, Paul Andreu, sait souligner combien le Palais Garnier reste pour son temps un miracle d’intégration urbaine, un écrin imaginatif pour la représentation, surtout un volume d’une lisibilité absolue… C’est aussi une expérience sensorielle que restitue l’admirable structure éditoriale du livre. Visiter ainsi l’Opéra inauguré en 1875 (ce qui rend son éclectisme pompier contemporain des dernières audaces impressionnistes) permet de mesurer le délire décoratif, l’objet social, l’intelligence de son dispositif, permettant de passer de la rue à la scène grâce à une série d’espaces progressifs faisant toujours l’admiration des publics et des visiteurs aujourd’hui.

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Opéra Garnier

 

la martiniere opera garnierAu détour d’une page, mieux que sur place – car l’œil est toujours distrait par une myriade d’éléments présents, le cahier photographique dévoile des détails dont on loue à juste titre la pertinence, dévoilant elle-même la cohérence et l’unité globale : dans la couloir de la salle de spectacle, les bustes sculptés des compositeurs dont l’oublié Félicien David ; au plafond peint par Chagall, comme une mise en abîme : la propre façade de l’opéra Garnier, telle une boîte rougeoyante d’où jaillit surdimensionné le groupe sculpté en façade, la Danse de Carpeaux… ; le profil des renommées de Barthélémy : sublimes allégories suspendues toute d’or vêtues … Si l’on se délecte tout autant de la fameuse ceinture de lumière à l’extérieur, bientôt totalement rénovée (comptant des sculptures non moins remarquables dont le livre, notre seule réserve, se montre étrangement économe), ce sont aussi les luminaires de la salle, du foyer, qui font vibrer les matières et les couleurs des espaces…
Le texte clair et synthétique restitue le parcours du visiteur/spectateur, invité au spectacle : des vestibules à la rotonde des abonnés, le grand escalier que chacun emprunte pour rejoindre le lieu de la représentation (quelque soit son fauteuil), les étages, la salle de spectacle.
Le chapitre sur les façades est un autre volet remarquable : il insiste non sans raison sur le soin que Charles Garnier a apporté à chaque détail décoratif sans atténuer la lisibilité du plan architectural (partout comme des emblèmes règnent la lyre, surtout les masques dramatiques, même sur les ceintures des cheminées extérieures que le passant devine à peine de la rue…) : l’or, le métal moulé, la pierre sculpté rythment magnifiquement les masses cubiques, créant comme en une partition de pierre, le jeu des accélérations, des répétitions, des correspondances, … Chacun des 3 groupes monumentaux sur les cimes et toitures est parfaitement détaillé, décrit, analysé (dont le sublime Apollon debout élevant la lyre d’or, entouré des deux groupes latéraux dédiés chacun à la Poésie et à l’Harmonie)…  Le Palais Garnier n’usurpe pas sa renommée : certes par les événements de musique et de danse qui s’y réalisent mais aussi comme le manifeste le plus éblouissant concentré des arts et des sciences de la fin du XIXème parisien.
Le court texte sur l’histoire de l’Opéra, de 1875 à nos jours évoque les multiples jalons d’une histoire plusieurs fois centenaire qui a marqué l’histoire de l’opéra et de la danse : décors d’époque, costumes, affiches restituent la flamboyante créativité du haut lieu de l’art lyrique en France où ont pesé le regard et la pensée des directeurs successifs, de Jacques Rouché à Rolf Liebermann et Gérard Mortier… où se sont dépassés les artistes et interprètes, chanteurs, danseurs et chorégraphes glorieux, aujourd’hui légendaires : Rose Caron, Vaslav Nijinski, Béjart, Cunningham, Carlson, Noureev, Van Dam, Eda-Pierre, Price… entre autres ici évoqués. Magistral.

 

 

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Opéra Garnier. Beau-livre éditions de La Martinière. 448 pages. 21 x 21 cm.  290 photographies de Jean-Pierre Delagarde. Textes de Aurélien Poidevin. Préface de Paul Andreu. Parution annoncée : le 22 mai 2014. Illustrations : © JP Delagarde

 

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