Livre, événement. Isabelle Duquesnoy : La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy (La Martinière)

duquesnoy-isabelle-redoutable-veuve-mozart-la-martiniere-livre-critique-annonce-livre-musique-classique-news-critique-livre-classiquenews-livres-de-l-ete-2019-selection-livres-critique-classiquenewsLivre, événement. Isabelle Duquesnoy : La redoutable veuve Mozart par Duquesnoy (La Martinière). Redoutable ? Rien de tel. Concernant la « veuve Mozart », le terme nous paraît impropre. Constanze, qui survécut près de 50 ans après la mort de son génial époux (Wolfgang en 1791) est plutôt tenace, inflexible… engagée à rétablir dans sa ville natale, Salzbourg, la postérité et l’honneur de Mozart. Lui l’humilié, lui le musicien dénigré, réduit en esclavage, eut le culot de dire « non » et de claquer la porte de son employeur, l’infect Coloredo (prince-archevèque de la ville). De son vivant, les relations entre Wolfgang et Salzbourg ont plutôt été maudites.

 

 

 

Portrait de Constanze von Nissen, veuve Mozart
Forcer le conservatisme de Salzbourg et de Vienne,
réhabiliter le génie de son mari, Wolfgang…

 

 

 

MOZART-redoutable-veuve-nissen-critique-isabelle-duquesnoy-classiquenews-clic-de-classiquenews-critique-livre-Constanze_Mozart-630x390L’auteure de ce texte complet et documenté rétablit d’abord le profil d’une épouse illuminée par le génie de son époux, fauché trop tôt, qui n’a rien à voir avec la silhouette épurée, coquette superficielle telle qu’elle s’affiche dans le film pourtant inspiré de Milos Forman (Amadeus). La tête sur les épaules, déterminée et inflexible, c’est en réalité Constanze qui réalisa monument et statut (place Mozart), surtout centre d’étude et de recherche dédié à l’œuvre de Wolfgang, l’actuel Mozarteum, sans omettre un festival de musique consacré au génie de son premier mari… N’ayant au final rien inventer au sujet de Mozart, la ville qui aujourd’hui lui doit tout (son prestige international), eut pour sa part l’idiotie de l’indifférence et une bonne dose de stupidité à l’égard de son enfant unique, béni des dieux. C’était compter sans sa veuve, infatigable militante pour la réhabilitation de Wolfgang dans sa ville. Aucune épouse n’eut plus de combativité pour infléchir et forcer l’esprit étroit et conservateur des notables salzbourgeois ; comme ceux Viennois plus enclins à financer Beethoven, le « casseur de pianos ». Que serait Salzbourg aujourd’hui sans la présence et l’esprit réhabilité de Mozart ? La municipalité devrait plutôt aujourd’hui édifier une statue à Constanze pour sa redoutable opiniâtreté en effet à honorer son génie natif.

Le livre d’Isabelle Duquesnoy édifie un formidable hommage à l’ambition et la volonté de cette femme, épouse exemplaire, première mozartienne militante, douée d’une force de conviction apparemment irrésistible. Voilà ce que raconte ce livre majeur, certes dans un style plus concret et direct que réellement littéraire, mais qui a le mérite de ressusciter la force morale d’une veuve aussi combattive que convaincue. Pour mieux transmettre le témoignage et les mémoires de la veuve exemplaire, l’auteure utilise le truchement de la confession, celle d’une mère qui soucieuse de vérité s’adresse à son fils Carl (le paresseux) quand son autre fils, Franz Xavier dit Wowi (l’instable mélancolique), peine à se faire un nom et une réputation de compositeur malgré l’entêtement de sa mère : pas facile de reproduire le miracle paternel.
CLIC D'OR macaron 200Le texte est truffé d’anecdotes (Constanze avait un contentieux aigu avec sa belle sœur Nannerl, sœur ainée de Wolfgang, qui le lui rendait bien)
et de séquences souvent drôles comme l’établissement passager de Constanze Mozart à Copenhague, ville de son nouveau mari, Georg von Nissen, conseiller à la cour, qui l’encourage dans ses démarches de réhabilitation car il est lui aussi farouche admirateur de l’œuvre mozartien. De concert, les deux rédigeront la première biographie « véridique », et fiable de Wolfgang Amadeus Mozart car elle s’appuie sur le témoignage direct de son épouse… Ce qui nous paraît évident et naturel aujourdh’ui : la gloire indiscutable de Mozart et sa célébration permamente à Salzbourg, fut en réalité obtenu à force de témérité et d’obstination surhumaines, qu’incarne avec le recul sa veuve, non pas la « redoutable » mais l’exemplaire Constanze. Très profitable lecture.

 

 

 

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Livre événement, critique : La redoutable veuve Mozart par Isabelle Duquesnoy – ISBN : 2732491659 – Editions de la Martinière (parution annoncée le 5 sept 2019) – CLIC de classiquenews de l’automne 2019.

 

 

 

Présentation de l’éditeur La Martinière :
« 1791, Wolfgang Mozart meurt. Accablée de tristesse mais surtout de dettes, Constance Mozart ne se laisse pas abattre et décide de travailler à la postérité de l’œuvre de l’artiste. Elle se révèle alors une femme de poigne et, dans cette quête de reconnaissance et d’argent, rien ne semble l’arrêter.
Pour rembourser les créanciers, elle commence par vendre, à la hâte, les compositions de Mozart. Elle réquisitionne un de ses anciens élèves pour terminer le Requiem inachevé. Elle rebaptise son plus jeune fils Wolfgang Mozart II et le force à monter sur scène. L’enfant n’est pas doué en musique, mais qu’importe ! Il se ridiculise, vit mal l’entêtement de sa mère…
Enfin, pour s’assurer une situation, elle se remarie avec un diplomate danois qui ne partage jamais son lit et risque la peine de mort pour ses mœurs sexuelles…
Elle vécut ainsi cinquante-et-un ans après la mort du compositeur, pendant lesquels elle inventa le système de propriété intellectuelle, créa un festival dédié à Mozart, érigea des monuments et remit la musique de son défunt mari au goût du jour. Un portrait de femme romanesque, d’une grande modernité.

Wolfgang Amadeus Mozart était un génie. Mort ruiné, enterré sans grande pompe, il aurait pourtant pu sombrer dans l’oubli… Si Constanze Mozart ne l’avait pas adoré au point de sacrifier leurs propres enfants à la gloire de son défunt mari. Si elle ne lui avait pas survécu pendant cinquante-et-un ans, bataillant jour et nuit pour la postérité de son œuvre. Si elle n’avait pas gratté la terre à mains nues pour retrouver son squelette, ni rebaptisé son jeune fils « Wolfgang Mozart II » pour le produire dans toutes les cours d’Europe… Le deuil de Constanze révéla une femme d’affaires intransigeante, un caractère hors norme : une veuve redoutable. Voici le destin extraordinaire et romanesque d’une femme d’une grande modernité. Après la publication du très remarqué L’Embaumeur, lauréat de deux prix, Isabelle Duquesnoy revient avec un nouveau roman érudit et jubilatoire. Fascinée par la figure de Constanze Mozart, elle y a travaillé vingt ans. »  Editions de la Martinière.

 

 

 
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Beaux-livres. Opéra Garnier (Éditions de La Martinière)

opera-garnier-jp-delagarde-1Beaux-livres. Opéra Garnier (Éditions de La Martinière). 290 photographies composent la valeur visuelle de ce beau-livre édité en format carré par les éditions de La Martinière. Un portfolio de vues et clichés remarquables, signé par le photographe Jean-Pierre Delagarde dont on ne saurait trop louer le sens de la composition et du détail. Jamais l’Opéra Garnier n’a paru mieux chatoyant, plus précieux, chromatiquement inventif… certes prouesse architecturale et technologique, mais aussi d’un fini aussi parfait qu’une œuvre d’art ou un meuble luxueux, tel un immense cabinet de curiosité. Le dessin général des volumes n’affecte en rien la richesse du décor de surface, ses matières clinquantes et précieuses, dans toutes les disciplines (peintures, sculptures…). De sorte que l’on redécouvre ici comment le Palais de Charles Garnier concentre l’excellence des arts français propre aux années 1870.

Dans sa préface l’architecte français de l’Opéra national de Pékin, dernier joyau de l’art lyrique du XXème siècle, Paul Andreu, sait souligner combien le Palais Garnier reste pour son temps un miracle d’intégration urbaine, un écrin imaginatif pour la représentation, surtout un volume d’une lisibilité absolue… C’est aussi une expérience sensorielle que restitue l’admirable structure éditoriale du livre. Visiter ainsi l’Opéra inauguré en 1875 (ce qui rend son éclectisme pompier contemporain des dernières audaces impressionnistes) permet de mesurer le délire décoratif, l’objet social, l’intelligence de son dispositif, permettant de passer de la rue à la scène grâce à une série d’espaces progressifs faisant toujours l’admiration des publics et des visiteurs aujourd’hui.

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Opéra Garnier

 

la martiniere opera garnierAu détour d’une page, mieux que sur place – car l’œil est toujours distrait par une myriade d’éléments présents, le cahier photographique dévoile des détails dont on loue à juste titre la pertinence, dévoilant elle-même la cohérence et l’unité globale : dans la couloir de la salle de spectacle, les bustes sculptés des compositeurs dont l’oublié Félicien David ; au plafond peint par Chagall, comme une mise en abîme : la propre façade de l’opéra Garnier, telle une boîte rougeoyante d’où jaillit surdimensionné le groupe sculpté en façade, la Danse de Carpeaux… ; le profil des renommées de Barthélémy : sublimes allégories suspendues toute d’or vêtues … Si l’on se délecte tout autant de la fameuse ceinture de lumière à l’extérieur, bientôt totalement rénovée (comptant des sculptures non moins remarquables dont le livre, notre seule réserve, se montre étrangement économe), ce sont aussi les luminaires de la salle, du foyer, qui font vibrer les matières et les couleurs des espaces…
Le texte clair et synthétique restitue le parcours du visiteur/spectateur, invité au spectacle : des vestibules à la rotonde des abonnés, le grand escalier que chacun emprunte pour rejoindre le lieu de la représentation (quelque soit son fauteuil), les étages, la salle de spectacle.
Le chapitre sur les façades est un autre volet remarquable : il insiste non sans raison sur le soin que Charles Garnier a apporté à chaque détail décoratif sans atténuer la lisibilité du plan architectural (partout comme des emblèmes règnent la lyre, surtout les masques dramatiques, même sur les ceintures des cheminées extérieures que le passant devine à peine de la rue…) : l’or, le métal moulé, la pierre sculpté rythment magnifiquement les masses cubiques, créant comme en une partition de pierre, le jeu des accélérations, des répétitions, des correspondances, … Chacun des 3 groupes monumentaux sur les cimes et toitures est parfaitement détaillé, décrit, analysé (dont le sublime Apollon debout élevant la lyre d’or, entouré des deux groupes latéraux dédiés chacun à la Poésie et à l’Harmonie)…  Le Palais Garnier n’usurpe pas sa renommée : certes par les événements de musique et de danse qui s’y réalisent mais aussi comme le manifeste le plus éblouissant concentré des arts et des sciences de la fin du XIXème parisien.
Le court texte sur l’histoire de l’Opéra, de 1875 à nos jours évoque les multiples jalons d’une histoire plusieurs fois centenaire qui a marqué l’histoire de l’opéra et de la danse : décors d’époque, costumes, affiches restituent la flamboyante créativité du haut lieu de l’art lyrique en France où ont pesé le regard et la pensée des directeurs successifs, de Jacques Rouché à Rolf Liebermann et Gérard Mortier… où se sont dépassés les artistes et interprètes, chanteurs, danseurs et chorégraphes glorieux, aujourd’hui légendaires : Rose Caron, Vaslav Nijinski, Béjart, Cunningham, Carlson, Noureev, Van Dam, Eda-Pierre, Price… entre autres ici évoqués. Magistral.

 

 

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Opéra Garnier. Beau-livre éditions de La Martinière. 448 pages. 21 x 21 cm.  290 photographies de Jean-Pierre Delagarde. Textes de Aurélien Poidevin. Préface de Paul Andreu. Parution annoncée : le 22 mai 2014. Illustrations : © JP Delagarde

 

Les plus beaux opéras du monde (La Martinière)

Livres. Les plus beaux opéras du monde (La Martinière)

Il y a les salles historiques au riche passé patrimonial et au symbolisme décoratif parfois chargé, toutes vêtues de bleu (royal) ou de rouge (Second Empire) … En France, Versailles (doublement reconnu pour l’Opéra royal de Gabriel et… le petit théâtre de le Reine!) ou Bordeaux, le Palais Garnier ; à l’international ce sont entre autres La Scala, le Bolchoï … des lieux de légende voire mythiques au service d’un art magique et spectaculaire : l’opéra.
De Sydney à New York, en passant par Paris, Milan, Venise, Oslo, Moscou, Tokyo ou encore Vienne et la fière cité de Bayreuth (avec ses deux théâtres d’opéra elle aussi : l’un dédié à Wagner, l’autre plus ancien, celui de la margravine Wilhelmine de Prusse purement rococo !), voici 30 salles d’exception. Boîtes à merveilles baroques (pour certaines ayant conservé partie ou intégralité de leurs machineries d’époque), écrins romantiques, coffrets néoclassiques, vastes vaisseaux futuristes, ce sont de véritables prouesses architecturales et acoustiques. Combien ont été le lieu d’enjeux politiques, de querelles esthétiques, de scandales mémorables …

 

 

Les plus beaux opéras du monde

Beaux livre, éditions La Martinière

 

opera_du_monde_les_plus_beaux_livre_la_martiniereLes plus beaux opéras du monde vous invite à parcourir la planète pour découvrir trente salles d’exception. Au-delà de la salle en elle-même, ce beau livre vous dévoile les coulisses, généralement interdites au public. Une visite inédite et spectaculaire accompagnée d’un exceptionnel reportage photos de ces lieux mythiques, réalisé spécialement pour cet ouvrage.
Ce sont moins les textes (classiques synthèses un peu sèches) que l’éclat suggestif des photographies qui parlent à l’œil, révélant en plans inédits les courbes des rampes, balcons, corbeilles et sculptures de la salle ; l’ordonnance pourtant militaire des rangées de fauteuils, le fourmillement des stucs qui courent jusqu’au triomphe zénital des lustres au plafond et qui se révèlent dans le détail, comme des trésors de bon goût … l’illustration choisie (et âprement négociée quant aux temps de prises de vues entre répétitions et soirées de représentation) apporte un éclairage purement poétique qui fait toute la valeur de ce superbe beau-livre en grand format. Car il y certes la salle (son cadre de scène, son rideau toujours impressionnant), mais il y a aussi les espaces qui en préparent la contemplation, ces lieux intermédiaires qui réalisent la magie du spectacle : escaliers de marbre, entrées vertigineuses, foyers ou galeries de circulation qui font du théâtre d’opéra, un lieu des mondanités et des fantasmes sociaux, véritables palais enchantés aux décors inimaginables ou à l’épure apaisante qui appellent à l’exceptionnel, à l’onirisme.

Des précisément 32 entrées ou lieux ainsi investis, voici nos coups de coeur :

- le fragile théâtre de Cesky Krumlov
- le néoclassicisme de la Civic Opera House de Chicago
- l’incroyable Coliseum de Londres, dont le décor éclectique n’accueille que des productions lyriques en anglais pour le plus grand délice des londoniens !
- le rococo déjà décadent de l’Opéra de Munich
- l’Opéra de Copenhague et sa façade courbe résolument contemporaine (2005)
- la toujours sémillante Fenice de Venise pour sa kitsch néonéo
- le festspielhaus de Bayreuth au caractère néoclassique un rien ascétique mais visiblement idéal pour favoriser la concentration des spectateurs … avec ses colonnes corinthiennes et non doriques …
- l’élégance rustique et pastorale du Slottsteater de Drottningholm qui a conservé tout son dispositif de salle et de scène intact depuis son inauguration en 1766 !
- le théâtre Renaissance de Parme, celui des Farnèse, conçu comme une immense maquette d’architecture toute en bois au naturel …
- l’épure organique du Palau de les Arts de Valence en Espagne …

 

Les plus beaux opéra du monde. Guillaume de Laubier (photographies), Antoine Pecqueur (textes). Beaux livre, éditions La Martinière. 280 x 280 mm – 240 pages. Parution septembre 2013, 9782732456980, 45 €.