Uthal récréé à Versailles

mehul-portrait-a-la-romaine-1797-classiquenews-uthalVersailles, Opéra royal. Uthal de Méhul, le 30 mai 2015, 20h. L’opéra sans violons (!) de Méhul, génie lyrique d’une violence classique rare, seul avec Berlioz à recueillir la noblesse virile d’un Gluck, et ses coupes frénétiques, renaît à Versailles en version de concert. C’était au Théâtre Feydeau, siège alors de l’Opéra comique, le 17 mai 1806 que l’ouvrage est créé : en un acte, il s’agit d’exprimer les stances épiques et fantastiques, ces poèmes ossianiques de James Macpherson, si prisés par l’Empereur qui en avait fait son livre de chevet : le pseudo barde médiéval y chante l’apothéose des guerriers valeureux.

 

 

 

Pathétique ossianique de Méhul

 

ingres-songe-ossian-1813-mehul-uthal-1806-clic-de-classiquenews-annonce-mai-2015Après les secousses sanglantes de la Révolution, les faits d’armes qui ponctuent l’histoire française du Consulat, au Directoire puis portés par l’idéal impérial, le goût est à la veine marcial ; aux côtés de Lesueur (Ossian, ou les Bardes, 1804),  Méhul participe par la finesse tendue de sa langue, un souci exceptionnel de la déclamation française (comme l’a montré un récent enregistrement de son opéra Hadrien, opéra créé en 1799 mais conçu dès 1792 ) à l’essor d’une esthétique militaire dont le nerf et la dignité répondent aux attentes de Napoléon. Même Ingres traite après les musiciens ce sublime sujet en renouvelant ainsi la peinture d’histoire d’inspiration néoclassique : le peintre représente la grandeur des héros morts accueillis par les dieux dans leur séjour d’éternité (le Songe d’Ossian, 1813). Ossian, poète célébrant l’honneur et le courage des hommes bien nés inspire à Méhul, un opéra viril dont le pathétique met donc en avant l’articulation, dans des récitatifs digne du théâtre classique de Corneille et Racine (comme c’est le cas aussi d‘Hadrien). Grétry puis Fétis regrette la sécheresse de la partition (donc sans violons, où les altos doublés en conséquence expriment spécifiquement cette couleur écossaise propre au geste d’Ossian). Pourtant l’écriture orchestrale n’est pas avare en sonorités profondes voire lugubre, apportant une couleur tragique particulière (altos, violoncelles et contrebasses, auxquels répond les accents aigus des vents : flûtes, clarinettes et hautbois. Le souffle, la grandeur et le pathétique sont l’emblème d’un ouvrage héroïque et pathétique à redécouvrir.

girodet-ossian-1805-classiquenews-mehul-uthalLa distribution promet une réalisation soignée et nous l’espérons, vibrante et palpitante de l’action : Uthal (à l’origine rôle créé par une haute-contre) a saisi les terres de son Beau-père Larmor (baryton), qui envoie le Barde Ullin  (ténor) afin d’obtenir l’aide de Finga, chef de Morven. Malvina (soprano), la femme d’Uthal et la fille de Larmor, est tiraillée entre l’amour pour son mari et celui pour son père : elle cherche vainement à retarder la guerre. Uthal est battu dans la bataille et condamné à l’exil. Quand Malvina offre de le suivre en exil, Uthal avoue son erreur ; touché par l’humanité de son gendre, Larmor offre la réconciliation finale. Le profil des époux, nobles et dignes mais humains, la compassion du père (Larmor) offrent des personnages d’une carrure admirable.

 

 

boutonreservationVersailles, Opéra royal. Uthal de Méhul, le 30 mai 2015, 20h. Avec Karine Deshayes, Yann Beuron, Jean-Sébastien Bou, Sébastien Droy, l’excellent chœur de chambre de Namur. Les Talens Lyriques. C. Rousset, direction.

LIRE aussi notre critique complète de l’opéra de Méhul : Hadrien, CLIC de classiquenews d’avril 2015. 

 

Illustrations : Méhul ; le songe d’Ossian d’Ingres ; Ossian les héros français morts pour la patrie par Girodet (1805).

 

 

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