jeudi, décembre 8, 2022

Yumiko Tanimura (soprano), Jonas Vitaud (piano)Lyon, Salle Molière, les 17 et 18 avril 2007

A ne pas rater

Lauréats du Concours International de Musique de Chambre lyonnais (2006), la soprano Yumiko Tanimura et le pianiste Jonas Vitaud donnent à la Salle Molière, les 17 et 18 avril 2007 un récital consacré aux chants de l’amour : Schumann, Wolf, Ravel et Messiaen y font écouter leur différence.

Yumiko Tanimura,
soprano
Jonas Vitaud ,
piano

Lyon. Salle Molière.
Mardi 17 avril 2007 à 19h30,
Mercredi 18 avril 2007 à 20h30.

Programme
Robert Schumann: L’amour et la vie d’une femme, op.42 . Hugo Wolf: extraits du Livre des chants italiens . Maurice Ravel: Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé, Sonatine. Olivier Messiaen: extraits de Harawi.

« Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus …ou y seront moins vaillants. » Telle pourrait être la devise pragmatique, sinon un rien cynique, de jeunes interprètes. Et pour corriger la donne du trop-bien-installé, il y a entre autres le principe des concours internationaux dont Lyon donne désormais l’exemple chaque début de printemps. Une des applications pratiques en est l’invitation par les institutions régionales ou nationales de concerts des lauréats : voici donc la Société de Musique de Chambre lyonnaise qui passe à l’acte, et propose en avant-dernier poste de sa programmation 2006-2007, un récital des deux gagnants de l’édition 2006 « cimcl », qui consacrait les meilleurs en duo voix-piano.

Un duo qui dialogue avec les contemporains

La soprano Yumiko Tanimura a commencé ses études musicales à l’Université des arts de Kyoto, puis a gagné la France et le Conservatoire Supérieur de Paris, base de départ française pour des prix significatifs de ses goûts : Académie Ravel de Saint-Jean-de-Luz, Concours Nadia-et-Lili-Boulanger. Des lignes de force apparaissent dans son parcours, qui joint l’opéra sacré et profane au récital de mélodies et de lieder. Debussy, où elle est soliste dans la création grecque du Martyre de Saint-Sébastien, et dont elle se fait l’écho dans un Tombeau écrit par Maurice Ohana, sous la direction de Jean-Claude Pennetier. Le travail dans les œuvres religieuses baroques et classiques avec Michel Corboz : Passion St Matthieu de Bach, Messie de Haendel, Messe en ut et Requiem de Mozart. L’Angleterre lyrique, de Purcell, Haendel (rôle-titre dans Deidamia) et Britten (Fairy Queen, Little sweep). Et d’une façon plus générale, un intérêt pour les partitions contemporaines qui se manifeste, entre autres, dans le dialogue avec Henri Dutilleux et Giorgy Kurtag.
Jonas Vitaud, le claviériste, a commencé le piano à un âge mozartien et l’orgue à 11 ans, il a fait, lui aussi, ses études au CNSM de Paris (chez Brigitte Engerer et Christian Ivaldi, notamment), a gagné des récompenses en concours (Beethoven, à Vienne), joue beaucoup en festivals (Orangerie de Sceaux, Ravel à Montfort-l’Amaury, Cordes sur Ciel, la Roque d’Anthéron…), et a pour partenaires, outre Y.Tanimura, Aldo Ciccolini, Augustin Dumay, Alexandre Tharaud. Lui aussi s’intéresse au contemporain : également H.Dutilleux et Giorgy Kurtag, Thierry Escaich, Philippe Hersant.

Amour conjugal et amour libre

Le programme choisi par les lauréats pour leur récital à la Salle Molière pourrait être « à thème », mais ce n’est pas trop le genre de la Société de Musique de Chambre de donner dans le « people-histoire musicale ». On pourrait en tout cas suggérer un « chant de l’amour en tous ses états », ou plus descriptif- juridique « amour conjugal et amour libre ». La soprano et le pianiste y parcourent en 4 étapes romantisme, post-romantisme et modernité, sous le regard de compositeurs ardents et complexes. Le texte le plus « ancien » (et le seul intégral d’un cycle) est au cœur battant du couple le plus méritant du romantisme allemand, passeur de sa passion à travers les épreuves initiatiques d’une nouvelle Flûte Enchantée. Ces deux-là auront su vaincre l’acharnement d’un père jaloux – le pédagogue Wieck – qui ne voulait pas que sa fille adorée, Clara, sacrifie sa vie (de femme, d’interprète, et pourquoi pas, de compositrice, on le saura plus tard !) au nerveusement fragile Robert (Schumann), hanté par les visites de l’ange du bizarre. En 1840, la justice donne raison aux « enfants », qui peuvent accéder aux « joies de mariage », et c’est la grande année de floraison des lieder. « L’amour et la vie d’une femme » : notre XXIe peut juger ces poésies de Chamisso bien traditionalistes, voire « popote », loin de l’amour fou en tout cas. Schumann y apporte le cri, le rêve circulaire, la sensation quasi-physique du désir et du bonheur, et y rejoint la prémonition de la mort mentale. Ce cycle de vision conjugale a son écho dans le Journal (à 4 mains et 2 voix) que les époux ont tenu à tour de rôle : le « Ce que Dieu a créé de plus touchant, c’est un bon mari », (signé Clara, par ailleurs de plus en plus empêchée d’exercer son métier de concertiste par les maternités et la confiscation du piano quand Monsieur compose). Mais en arrière-plan de ces adorations furieusement petites-bourgeoises, il y a tout un sur-réel d’union spirituelle et artistique : passionnant déchiffrage de niveaux pour l’auditeur attentif à la magie d’un recueil en miroir du tragique et ironique Dichterliebe, d’après Heine, écrit aussi en 1840.

De Wolf en Ravel et Messiaen

56 ans plus tard, Hugo Wolf compose – comme toujours en un brasier d’inspiration, et juste avant de sombrer dans la déraison – une cinquantaine de chants populaires italiens, recueillis et traduits en allemand par l’écrivain Paul Heyse. C’est une véritable retransposition poétique par les moyens d’une musique subtile, souvent brévissime, qui va au fond du bien et du mal d’amour. Le duo en a choisi seulement 6, tour à tour d’une extrême concentration qu’exacerbe le chromatisme, d’une moquerie puis d’une jalousie ardentes, et pour finir (c’est le dernier du recueil), un joli autoportrait de dona Juana de la Maremme italienne : regard de fille amoureuse et autonome, en somme une anti-Clara ! Puis on passe à l’écriture raffinée, précieuse d’un Maurice Ravel qui en 1905 saisit l’ellipse mallarméenne : impressionniste Soupir, modernistes Placet et Surgi de la croupe et du bond, 3 témoignages d’un érotisme quasi-abstrait…Encore 40 ans, et à nouveau des extraits (3), cette fois pris dans l’étrange recueil d’Olivier Messiaen, Harawi. Le titre est un mot du dialecte péruvien (quechua), chant d’amour et de mort en écho du médiéval européen Tristan et Yseult : Messiaen, en proie à ses tourments personnels d’amour et de séparation, y traduit aussi bien la danse pour la bien aimée – le répétitif obsédant Doudnou tchil – que l’immobilité mystique et onirique (1ère et dernière mélodies du recueil). Juste avant, Jonas Vitaud aura donné à voir et entendre les transparences ravéliennes de la Sonatine (1905).

Crédit photographique
Yumiko Tanimura (soprano) et Jonas Vitaud (piano), les deux lauréats du Concours International de musique de chambre 2006 (DR)

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