CRITIQUE CD. WEINBERG : Symphonie n°3, n°7, Concerto pour flûte – Mirga Gražinytė-Tyla (1 cd Deutsche Grammophon)

WEINBERG symph 3 et 7 Mirga Grazinyte DG critique review classiquenews cd clic de classiquenews septembre 22WEINBERG : Symphonie n°3, n°7, Concerto pour flûte – - Mirga Gražinytė-Tyla (1 cd Deutsche Grammophon). De toute évidence, le catalogue de Weinberg est l’apport le plus important depuis les 2 dernières décades. Ce qui s’apparente telle une intégrale en cours chez DG Deutsche Grammophon, comble évidemment un manque évident, qu’il est temps de réparer. D’autant que le compositeur a laissé 27 symphonies. Après ses précédents enregistrements des Symph 1 et 21 (DG, 2019), la cheffe lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla (née en 1986) convainc tout autant, dès la Symphonie n°7 qui associe les notes cristallines du clavecin au nuage orchestral, entamant entre les deux, un dialogue sonore des plus captivants (les deux premiers mouvements). Le Scherzo halluciné s’impose par son réalisme dramatique sans concession. Il fusionne la répétition incisive du clavecin et les cordes de l’orchestre, dans un climat d’inquiétude acide puis de transe panique, avant que les accords ténus, immédiatement rassurants du clavecin ne referme le cycle symphonique comme le dernier chapitre d’un livre qui peut n’avoir été qu’un rêve… (solo du violon aux nuances murmurées énigmatiques évanescentes). Magistral. Tout cela évoque la 6è, ses épisodes lourdement chargés sur le plan émotionnel, comme le choeur de garçons qui évoque la destruction de la maison devenu leur tombeau. Mais aussi la 8è symphonie à venir, où Weinberg exprime ses racines polonaises et sa rémission après avoir réussi à échapper à la barbarie nazie… toujours l’indication de séquences insoutenables pour l’esprit humaniste et fraternel, se pare d’une enveloppe orchestrale des plus raffinées, infiniment suggestive, comme dans cette 8è justement, où l’épisode des « chiens de Varsovie » évoque l’extermination du vivant, hommes et canins mêlés.

Le Concerto pour flûte a cette pulsation frénétique, proche de l’insouciance assumée, consciente ou non, de la Symphonie Classique de Prokofiev.

CLIC D'OR macaron 200La Symphonie n°3 (révision 1959) affirme immédiatement un coloris plein et transparent à la fois ; l’allant élégantissime et grave du premier Allegro affirme l’imaginaire de Weinberg symphoniste de premier plan. Le premier mouvement gagne en ampleur et caractère de plus en plus martial, jouant sur des harmonies troubles, ambivalentes, entre esprit de conquête et fatalité, activité irrépressible et cynisme barbare, pas si loin de l’inspiration elle aussi double de Chostakovitch. Entre échappées réellement lunaires et oniriques, et désespérance collective, la cheffe n’omet pas une gravité sourde qui d’ailleurs conclut le premier mouvement. Le 2è Allegro noté « Giocoso » respire, gambade, s’autorisant même des élans d’ivresse jaillissante, dans l’esprit d’une légèreté qui atteint – sentiment rare et précieux, à une insouciance enchantée. L’Adagio est une pause suspendue, éperdue, intime, d’une gravité elle aussi transparente. Le dernier Allegro superbement détaillé jusque dans d’infimes séquences où brillent les timbres filigranés, affecte l’élan puis les hoquets d’une marche de plus en plus frénétique, dans un climat d’inquiétude croissante. Le geste ciselé, expressif, de Mirga Gražinytė-Tyla éblouit par sa compréhension des climats enchaînés d’autant mieux réalisés qu’elle en rétablit aussi la cohérence dans un déroulement organiquement abouti. Le sens de la syncope comme de l’élégance d’un Weinberg évidemment inspiré par Chostakovitch, se hisse à son meilleur, sidérant par ses fulgurances contrastées, envoûtant même dans sa recherche d’harmonies raffinées souvent imprévisibles et d’autant plus efficaces.

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CRITIQUE CD. MIECZYSŁAW WEINBERG : Symph n°3 et n°7 – Concerto pour flûte / Mirga Gražinytė-Tyla / 1 cd DG Deutsche Grammophon – parution : le 16 sept 2022.

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Symphony No. 3 in B Minor, Op. 45
Symphony No. 7, Op. 81
Flute Concerto No. 1, Op. 75
City Of Birmingham Symphony Orchestra
Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Kirill Gerstein · Marie-Christine Zupancic
Mirga Gražinytė-Tyla, direction.

PLUS D’INFOS sur le site de DG Deutsche Grammophon
https://www.deutschegrammophon.com/en/catalogue/products/weinberg-symphonies-nos-3-7-grazinyte-tyla-12783

En streaming, l’Adagio de la Symphonie n°3 opus 45

VISITER aussi le site de la cheffe lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla : http://mirgagrazinytetyla.com/

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