vendredi, décembre 9, 2022

Vénissieux (69). Maison du peuple, vendredi 23 mai 2008. Igor Stravinsky: L’Histoire du Soldat, version chambriste pour 7 solistes et un comédien. Ensemble Orchestral Contemporain.

A ne pas rater
Concert Atelier
Les habitants de Vénissieux avaient bien de la chance de mesurer le travail exemplaire des solistes de l’Ensemble Orchestral Contemporain, venu « en résidence » relire plusieurs oeuvres du répertoire, et sensibiliser les plus jeunes mélomanes (lycéens lors d’une écoute atelier dans l’après midi) à l’écriture musicale. Sous l’impulsion de leur chef fondateur, Daniel Kawka, pour qui la pédagogie est une seconde nature, les musiciens dans une version purement instrumentale des hymnes amoureux des Lieder eines fahrenden gesellen de Mahler suivent leur chef sur la voie d’une lecture vivante et décomplexée. A la place de la voix, chacun révèle ses capacités solistiques, présentent leur instrument, dévoilent les combinaison de timbres comme un jeu de construction. Chacun se lève, commente la façon de produire des sons, souvent contre la tradition, jouant sur le souffle, le bruit des clés contre le corps de l’instrument. L’idée d’une collection de sonorités se dévoile: c’est elle qu’utilise le compositeur selon sa fantaisie. D’autant que dans la pièce contemporaine de Dominique Lemaître qui fait suite au cycle mahlérien (« Les ailes de l’augure« , 2005), l’écriture redouble d’inventivité exigeant des musiciens, une emploi non conformiste de leurs instruments… jusqu’au pianiste invité à produire des sons en ayant recours non à ses doigts mais à une ficelle, frottée contre les cordes du cadre métallique… La musique gagne dans ce genre de confrontation active et engagée: ici, les jeunes spectateurs, captivés par cette approche ludique, apprennent l’art des sons, une expérience qui pourrait s’avérer capitale dans leur vie de futurs mélomanes. Là, les musiciens (ré)apprennent la base et les fondements de leur métier: la communication. Jouer, c’est exprimer et partager des émotions… Pari relevé pour cette session de sensibilisation.

Le soir, dans la même salle à 20h30, spectacle dramatique, d’une fine ciselure, signée Stravinsky et… Ramuz (texte). Un Stravinsky plus mordant que jamais, d’un âpre cynisme, défaisant tout idéalisme, tirant le portrait d’un diable manipulateur d’une verve sans limite. Les instrumentistes sont d’autant plus à leur aise qu’ils ont joué la partition de nombreuses fois, récemment en mars 2008, à la MJC de Couzon, pendant toute une semaine et jusqu’à deux fois par jour. Préparés, fouillant les ressorts expressifs de la musique sous l’impulsion de Daniel Kawka, le petit collectif joue seul, sans chef.

Chambrisme cynique
Les effets de scènes sont synthétiques, aux confins de l’épure comme l’action musicale ici réduite à son essence instrumentale: un violon dansant, plein d’entrain et de sarcasmes, c’est lui qui entraîne tout l’orchestre en une danse infernale. Lui répondent tour à tour ou de concert, clarinette, hautbois, trombone… avec cette maîtrise du trait incisif qui fait mouche, comme dans une eau-forte médiévale. Le seul comédien sur scène (épatant Marc Feuillet), jouant de la raucité chantante de sa voix, modulée selon le caractère convoqué, incarne tous les personnages de ce drame chambriste, d’un expressionnisme glaçant. Et souvent prise entre la pensée du soldat trop naïf et l’esprit calculateur, infiniment pervers du Diable, la performance relève d’un déploiement schizophrène, qui convainc par sa justesse théâtrale et poétique.

Culture engagée
Vivre aux côtés d’un orchestre pendant un après-midi, relever les missions pédagogiques et de sensibilisation qu’il développe sur le terrain, apprécier l’intuition et l’énergie de chaque instrumentiste heureux d’exprimer ce qui le porte à chaque fois qu’il joue, précise ce en quoi l’acte de faire de la musique, relève aussi d’un engagement. A Vénissieux, dans la périphérie de Lyon, où souvenons-nous les soulèvements des banlieues avaient embrasé la scène civique il y a quelques mois, ce pari de la culture militante prend tout sons sens. Saluons la persistance active de l’Ensemble Orchestral Contemporain qui continue depuis 15 ans à ouvrir l’expérience musicale au plus grand nombre. Un travail de fourmi mais une victoire progressive, remportée pas à pas.

Vénissieux (69). Maison du peuple, vendredi 23 mai 2008. Igor Stravinsky: L’histoire du soldat, 1918. Solistes de l’Ensemble Orchestral Contemporain. Marc Feuillet, comédien.

Signalons que l’Ensemble Orchestral Contemporain redonne, pour la Fête de la Musique, L’Histoire du Soldat, le 21 juin 2008, à Saint-Etienne, Musée d’Art Moderne (20h), puis le programme associant Mahler à Lemaître, le 26 juin 2008, à 21h (L’été musical 2008, église de la Bénisson-Dieu).

Crédit photographique: Daniel Kawka (DR) – Les Musiciens du concert Stravinsky, avec le comédien Marc Feuillet à l’extrême droite (DR)

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