Verdi: La Traviata (Fleming, Calleja, Pappano, 2009)1 dvd Opus Arte (Londres, Covent Garden, juin 2009)

Traviata anthologique

Créée à Londres en 1994, reprise ici en juin 2009, cette production de La Traviata de Verdi saisit toujours par son intimisme et sa sensibilité. Dès l’ouverture (finesse de Pappano), Violetta songe à sa jeunesse: plusieurs portraits en adolescente et jeune fille marquent ce temps de l’introspection, c’est un mouvement nostalgique qui plonge avec justesse dans la psyché personnelle d’une féminité au crépuscule de sa fulgurante et courte carrière parisienne.
Dire que Renée Fleming éblouit dans un rôle qui semble lui avoir été destiné, est un moindre aveu. A chaque phrase somptueusement ciselée, la diva américaine indique tout ce qui la relie à un passé, une profondeur, une vérité intérieure et personnelle. La cantatrice sait composer, enrichir, approfondir son personnage de façon exceptionnelle. Outre la chanteuse, il convient de reconnaître et de saluer l’actrice. Rare les chanteuses capables d’une tel engagement scénique, d’une telle intelligence psychologique aussi prenante. On ne cesse de penser continument à sa Maréchale ou à la Comtesse Madeleine, héroïnes straussiennes dont elle fait des soeurs en émotion de Violetta Valéry. Voilà qui change des autres interprètes dont la côté cocotte réduit la dimension du personnage. Valéry est un être rattrapé par la maladie qui comme Thaïs, autre grand rôle de “La Fleming”, éprouve et accepte cette métamorphose radicale dans une vie faite jusque là d’insouciance… Pour elle, le miracle de la grâce.
Sachant colorer, nuancer, vibrer chaque éclat vocal, Renée Fleming trouve à ses côtés un Alfredo, timbré, musicien au delà de nos espérances: le maltais Joseph Calleja, prodige lyrique et artiste Decca, comme la soprano, éblouit lui aussi dans un rôle auquel il restitue cette élégance et cette pudeur raffinée singulière. L’égalité de la ligne, la beauté du timbre, aussi raffiné qu’un cristal, son évidente facilité, un souffle sans limite, une sonorité jamais contrainte et toujours colorée l’imposent à égalité aux côtés de la diva: chacun de leurs duos est d’une rare finesse dialoguée. D’autant que le ténor comme plus aguerri aux défis de la scène, paraît ici plus crédible que dans Simon Boccanegra où il chantait le rôle d’Adorno, l’année suivant cet Alfredo londonien (dvd Emi, aux côtés de Placido Domingo dans le rôle titre: Simon Boccanegra, 2010).

Aux accents véristes -graves nouveaux-, défendant son honneur au II face à Germont Père, Renée Fleming trouve encore d’autres couleurs toutes aussi déchirantes annonçant son sacrifice inéluctable au nom de la morale bourgeoise… Il faut dire que le redresseur de torts, Thomas Hampson fait autorité: à lui aussi la palme de l’excellence pour cette fusion idéale des talents dramatiques et lyriques. Et quand il exige à Violetta de renoncer à l’amour pur d’Alfredo, le baryton comprend dans le même instant la déchirure qui foudroie la courtisane.
Dans une mise en scène claire, sans détournements pseudoconceptuels, le spectacle est une vraie réussite, sachant mettre en lumière le théâtre avant tout, c’est à dire le jeu des acteurs chanteurs. Superbe production bénéficiant d’un trio vocal exceptionnel.

Giuseppe Verdi: La Traviata (Venise, La Fenice, 1853). Renée Fleming, Joseph Calleja, Thomas Hampson… Choeur et Orchestre du Royal Opera House Covent Garden. Antonio Pappano, direction. Richard Eyre, mise en scène.

Londres, Royal Opera House Covent Garden. Juin 2009. 1 dvd Opus Arte 8 09478 01040 1

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