vendredi, décembre 9, 2022

Venise, Festival Théodore Dubois. Premiers concerts chambristesTrio n°2, Quintette pour piano et cordes (journée inaugurale du 14 avril 2012)

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Venise, festival Théodore Dubois

premiers concerts du 14 avril 2012 (journée inaugurale)

Trio n°2, Quintette pour piano et cordes de Théodore


Pari gagné pour le Palazzetto Bru Zane! En dédiant toute sa programmation de printemps à l’oeuvre d’un inconnu, Théodore Dubois, le Centre de musique romantique française a pris un grand risque: est-il vraiment légitime de ressusciter l’écriture d’un compositeur académique oublié? Dans ce choix assumé, le Centre engage sa vocation et son activité… Il a surtout démontré la justesse de son discernement artistique. C’est bien toute la vocation d’une institution exemplaire qui est d’abord un centre de recherche dont les découvertes sont encore trop peu suivies par les directeurs de salles et de festivals. Pourtant le public confronté à de telles résurrections s’enthousiasme à raisons pour des oeuvres indiscutablement captivantes voire majeures…


Nirvâna chambriste

Dans les faits, les premiers concerts de musique de chambre de ce 14 avril, journée inaugurale du festival « Théodore Dubois et l’art officiel », à Venise, du 14 avril au 27 mai 2012, ont dévoilé la pleine mesure d’une écriture experte, harmoniquement exigeante (apport logique pour l’auteur du célèbre Traité d’harmonie), surtout soucieuse de lisibilité, d’élégance, de subtilité… les deux premiers concerts au Palazzetto Bru Zane (17h) et non loin de là, dans la vaste salle de la Scuola Grande San Giovanni Evangelista (20h) confirment la finesse d’une inspiration synthétique, très habilement tissée rappelant les oeuvres maîtresses de Fauré et de Saint-Saëns; chacun met en perspective une oeuvre chambriste de Dubois avec l’oeuvre d’un « confrère »: Trio pour violon, violoncelle et piano n°2 avec le Trio n°2 de Cécile Chaminade (Trio Chausson); puis Quintettes pour piano et cordes, en fa majeur de Dubois, en fa dièse mineur de Reynaldo Hahn (Quatuor Ardeo et David Violi, piano).

Si l’on peut regretter une mesure permanente, un équilibre souverain qui jamais ne dépassent le cadre (a contrario des libertés expressives et des audaces harmoniques de Cheminade si Brahmsienne, de Hahn si finement wagnérien…), reconnaissons à monsieur Dubois, le sublime point d’équilibre entre élégance et profondeur qu’atteignent indiscutablement les deux mouvements lents des 2 oeuvres révélées ce 14 avril: l’adagio du Trio n°2 (1911) est un miracle de luminisme intérieur, sans dilution, d’une concision d’écriture idéalement articulée (parties spécifiquement développées pour le violoncelle et le violon), réalisant cette alliance effectivement captivante entre profondeur et élégance. Suprême maîtrise plus manifeste encore (quoique que harmoniquement, plus prévisible) pour le Quintette de 1905, quintessence de l’esprit français des salons où cette obsession de la lisibilité, des contrastes constants concrétise cet art si difficile de la conversation musicale: au point d’être à l’image du premier violon, en état de lévitation musicale (Carole Petitdemange) ! Aucun doute, le Palazzetto a fait planer le public en nous offrant une série d’accomplissements qui composent un Nirvâna chambriste inédit.

Le Palazzetto Bru Zane, nouveau Bayreuth pour le XXIème siècle

Il faut dès lors répondre à l’offre du Centre de musique romantique française et venir à Venise, écouter et se délecter des joyaux musicaux ici comme nul part ailleurs, dévoilés et partagés. Nous l’avons souvent écrit dans nos colonnes: l’expérience vaut d’être vécue au moins une fois (mais en réalité, de façon illimitée et sans modération … dans l’une des villes les plus inoubliables du monde). Comme il y eut Bayreuth au XIXè, source d’un pélerinage musical qui s’impose à tout mélomane digne de ce nom, il y a aujourd’hui, les concerts de musique romantique française à Venise, à l’initiative unique du Palazzetto Bru Zane. Chacun de ses 3 festivals annuels propose un ressourcement exceptionnel au contact des trésors oubliés du romantisme français.
Car il revient aux interprètes de ce deuxième concert (Quatuor Ardeo et David Violi au piano) toute la réussite du programme: jouer après Dubois, le Quintette de Hahn montre tout ce que s’interdit l’un quand l’autre régénère avec une audace harmonique savante et fluide, la leçon de Wagner… Or, en génie mélodiste, amoureux de clarté harmonique, Dubois lui-aussi, convainc totalement. Superbe révélation à porter au crédit de cette première moisson de concerts à l’affiche du festival vénitien.

Les prochains concerts devraient être d’un égal bénéfice: concert symphonique, ce 15 avril 2012 (qui plus est à la Scuola Grande di San Rocco… qui est la Sixtine des Tintoret à Venise). Dubois: Symphonie Française. Debussy: La Mer… par Les Siècles. François-Xavier Roth, direction. Ce programme est d’autant plus attendu qu’il sera l’objet d’un enregistrement. Après la révélation du Dubois chambriste, son écriture dans le format symphonique saura-t-elle nous séduire avec le même enthousiasme ? D’autant qu’ici, les programmateurs ont choisi de la coupler avec un monument de la modernité (à l’époque de Dubois): La Mer de Debussy. (également composé en 1908).. Choc de deux auteurs aux écritures opposées dans l’un des hauts lieux patrimoniaux de la Cité des Doges. Encore un événement produit par le Palazzetto Bru Zane. Prochain compte rendu sur classiquenews.com.

festival majeur à Venise

En avril et en mai 2012, Venise se met au diapason des romantiques français. En choisissant Théodore Dubois, né en 1837 et lauréat du Prix de Rome en 1861, le Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane dévoile l’œuvre d’un compositeur oublié, théoricien estimé de son vivant, occupant de nombreux postes prestigieux. C’est hélas la figure pédagogique, théorique et officielle de Dubois que l’Histoire a retenu (quitte à la caricaturer), moins son œuvre de compositeur: écriture révélée, rétablie voire réhabilitée aujourd’hui. Le Centre a déjà « éprouvé » et confirmé une manière originale et personnelle en programmant auparavant ses motets, son oratorio Le Paradis Perdu, ainsi que plusieurs pièces instrumentales, concertantes ou chambristes. A l’écoute de ses œuvres: Théodore Dubois, organiste de la Madeleine à Paris dès 1877, membre de l’Institut en 1894, qui devient directeur du Conservatoire (1896) après que Massenet ait décliné la proposition, est bien un auteur à redécouvrir d’urgence… Venise, festival Théodore Dubois et l’art officiel, du 14 avril au 27 mai 2012. En lire +

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