Toulouse. Halle aux grains. Vendredi 26 février 2010. Robert Schumann, Schubert: Symphonies. Orchestre National du Capitole de Toulouse. Tugan Sokhiev, direction

Schubert le grand
&
Schumann le sage
à Toulouse


Un Orchestre en évolution.
Revenant d’une tournée en Allemagne et en Autriche, quoi de plus naturel que l’Orchestre National du Capitole et son chef Tugan Sokhiev, se lancent dans l’interprétation de deux symphonies majeures du répertoire germanique. Poursuivant une exploration des ouvrages de Schumann, et abordant Schubert force est de constater l’extraordinaire changement obtenu par le jeune chef Ossète en quelques années. La pâte sonore est très riche, sombre et d’un poids certain. Bien que l’orchestre ne comporte que 4 contrebasses, on reste sous la forte impression d’une densité peu commune, surtout en ce qui concerne les cordes.

Schumann le sage
. Composée dans un moment sinon heureux, du moins de reconnaissance officielle pour Schumann, cette troisième symphonie est surnommée « Rhénane » en hommage au fleuve, symbole de la force de l’Allemagne. Cette symphonie est ample, le cours d’eau puissant y apparaissant comme gorgé de forces inépuisables en son lent et impériale écoulement. Les cuivres rutilent ou grondent, les bois colorent chaudement le propos. La structure de la symphonie, particulièrement complexe, est rendue analytiquement lisible, dans une mise en place impeccable, par le chef. Schumann a souhaité faire de cette symphonie une œuvre illustrative mais sans folklore, pouvant convenir à une cérémonie solennelle. Le compositeur veut convaincre de sa totale capacité à contrôler sa partition sans laisser son imagination délirante prendre le dessus. Quel contraste avec le concerto pour violoncelle qui est contemporain ! Tugan Sokhiev a semblé gardé constamment à l’esprit cette direction sans rien rajouter, la musique sonne bien et la qualité du symphoniste impressionne mais n’émeut pas. Le premier mouvement est ample et un peu guindé, rempli de force et peu enclin au doute. Le deuxième mouvement est coloré par vents et cuivres (quels cors !) dans une métrique impeccable. Le troisième mouvement s’étiole un peu et manque de grâce. Le quatrième, maestoso, est le plus réussi en cette extraordinaire évocation d’une religion austère. Un choral luthérien se déploie en toutes sortes de fugues complexes, la grandeur des paysages rhénans est évoquée en une religiosité portée au sublime. Les cuivres toulousains sont majestueux. Le final est plus dansant mais sans vraiment se départir d’une grandeur et d’un poids orchestral imposants.

Schubert le grand, le magnifique…
Dans la deuxième partie du concert « la Grande symphonie » de Schubert, dans un tout autre esprit, permettra au public de goûter les joies plus variées d’une partition ambitieuse. L’interprétation est bien plus aboutie. La sonorité de l’orchestre est très différente, sans que les musiciens ne changent. Pas de doute, ce son est viennois en une élégance constante et les couleurs et les rythmes sont d’une infinie variété. Les bois sont à la fête tout du long avec une mention toute spéciale pour la sensibilité et la chaleur de timbre du hautboïste Christian Fougeroux qui porte admirablement l’andante par son immense souffle. Les autres bois sont poétiques et remplis d’humaine tendresse, tandis que cors et tubas font merveille bien souvent. Mais à nouveau, quoi que de manière bien plus souple, ce sont les cordes, admirablement emportées par la fougueuse Geneviève Laurenceau, qui montrent une évolution sidérante en termes de précision et de solidité. La direction de Tugan Sokhiev est très inspirée s’appuyant sur une précision de battue admirable. Il maintient un sentiment d’avancée rythmique que rien ne peut ralentir. La longueur de cette symphonie, pas loin de l’heure, ne semble pas réelle tant la variété des couleurs, l’urgence de certaines formules rythmiques et la variété des phrasés stimulent constamment l’auditeur. La subtilité de l’esprit viennois semble sourire à Tugan Sokhiev annonçant certainement une très intéressante symphonie n°4 de Mahler la semaine prochaine. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse, sous une direction si assurée, s’engage avec bonheur dans l’appropriation du répertoire symphonique d’Outre-Rhin.

Toulouse. Halle aux grains. Vendredi 26 février 2010. Robert Schumann (1810-1756) Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 97 « Rhénane » ; Frantz Schubert ( 1797-1828) Symphonie n°9 en ut majeur D 944 « la Grande ». Orchestre National du Capitole de Toulouse. Direction : Tugan Sokhiev.

Illustration: © Patrice Nin

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