Télé. Brava HD. Récital de Menahem Pressler

pressler menahem piano recitalTélé. Brava HD. Menahem Pressler, piano. Mardi 10 novembre, 21h. Paavo Järvi dirige l’Orchestre de Paris (Paris, salle Pleyel, 2013). L’histoire de la musique offre de nombreux exemples d’enfants prodiges. Mais il existe d’autres phénomènes. Que penser d’un musicien ayant consacré plus de quatre-vingts ans de sa vie à la musique, et qui est toujours inspiré à se produire devant de grands publics ? Pour de tels artistes, un nouveau concept s’impose : celui du « prodige vénérable ». On connaît certains chefs qui ont dirigé l’oeil vif et le geste alerte leurs 80  ans passés. … la musique comme exercice cérébral et intellectuel est l’un des meilleurs facteurs de longévité. Sans aucun doute, le pianiste Menahem Pressler appartient à cette catégorie de vénérables prodigieux. Après avoir servi pendant 53 ans (de 1955 à 2008) comme pianiste du légendaire Beaux Arts Trio, Menahem Pressler vit actuellement un stupéfiant été indien. Il retourne à sa carrière solo, une carrière que, jeune, il avait menée pendant dix ans, après avoir remporté le concours Debussy. À l’occasion de son 90e anniversaire en 2015, le soliste magnifique  jouait ici en 2013 avec l’Orchestre de Paris sous la baguette de Paavo Järvi à la Salle Pleyel à Paris. C’est à dire avant son opération à l’issue miraculeuse (2014) qui lui permet toujours de jouer avec un feu préservé. Irésistible.

Concert de Menahem Pressler, piano à la salle Pleyel à ParisOrchestre de Paris. Paavo Järvi, direction
Producteur : LGM Télévision – Réalisateur : Sébastian Glas
Lieu : Salle Pleyel, Paris – Année : 2013

À 92 ans en 2015, Menahem Pressler montre que la musique et l’exercice pianistique pratiqué comme une discipline de vie quotidienne entretient, mieux fait exulter les forces vitales y compris à un âge avancé ; après avoir couru de salles en théâtres pendant des années au sein du Trio de musique de chambre demeuré légendaire (le Beaux Arts Trio qu’il a fondé en 1955 avec le violoniste Daniel Guilet et le violoncelliste Bernard Greenhouse.), le sémillant jeune homme octogénaire poursuit une carrière auréolée de grâce intérieure et de fureur contenue, toujours au service d’une souveraine musicalité expressive.

Il est né en 1923 en Allemagne alors que l’Europe est prête à plonger dans l’horreur organisée et la barbarie instituée. Il a fui avec sa famille la patrie tentée par le diable juste avant le nuit de cristal. Après un périple en Italie, Palestine, la famille s’installe en 1946 à Etats-Unis. Depuis quelques mois, le pianiste que son dos fait cependant souffrir, réalise une tournée mondiale d’une éloquente poésie (son dernier disque Mozart édité chez Dolce vita est une perle, un diamant que permet la maturité à son sommet, entr grâce, humour, poésie, délicatesse amoureuse). Ce retour solistique a pu avoir lieu après son récital du 31 décembre 2014 à la Philharmonie de Berlin sous la baguette de Simon Rattle dans le Concerto n°23 de Mozart. En pleine rupture d’anévrisme, le concertiste poursuit cependant son jeu sans que ses partenaires ni que le chef anglais ne s’aperçoivent de son état : en plus d’être une musicien de premier plan, Pressler est aussi une force de la nature ; de fait, de retour à Boston, le divin pianiste est opéré (par une équipe remarquable du Massachussets Institute), et sauvé. Aujourd’hui c’est à dire essentiellement depuis le printemps 2015, Menahem Pressler dit merci à la vie, au sort, au destin magnifique en jouant, jouant, jouant. Son plus beau sourire, il nous l’offre sur son clavier enchanteur. Il est venu au piano par Schubert quand il a joué un air, au hasard d’une visite où rien n’était clairement défini : alors que son frère est malade pour recevoir sa leçon de piano, c’est le jeune Pressler qui suit l’enseignement du maître qui s’est déplacé : une confirmation se produit alors devant le père médusé par le jeu et l’intelligence musicale de son fils, jusque là voué au violon. En Palestine, le virtuose français Paul Loyonnet, en tournée en Israël, rencontre le jeune musicien qui confesse vouloir rejoindre San Francisco disputer le concours Debussy.  Avec l’aide du Français, Pressler découvre  Manhattan, où jouant dans les sous-sols du magasin Steinway, le jeune Menahem est remarqué par Monsieur Steinway : pouvant répété, disposant de son propre studio, le pianiste fraîchement arrivé sur le sol américain remporte le premier prix du Concours de San Francesco en 1946 (devant un jury où participait Darius Milhaud). Ainsi commence une vie constellée d’accomplissement et de réussites en partage, porté par un instinct généreux et le goût des autres.  Pilier du Beaux-Arts Trio, Pressler circule dans le monde entier, pendant 50 années,  professant que l’amour est musique et vice versa. En 2013, quand le violoniste du Trio, alors Daniel Hope, décide de quitter la phalange pour une carrière solo, Menahem Pressler sent lui aussi ses ailes frétiller à l’idée de reprendre la route des salles de concert mais en soliste du clavier. En parallèle, le pianiste comme régénéré par un désir intact, en particulier après son opération, poursuit pour le label Dolce Vita, une intégrale des Sonates de Mozart (délectable offrande qui permettent seul l’âge mûr et les délices de l’expérience : premier volume édité en mars 2015). Autant de qualités fusionnant tempérament et engagement qui font de chaque apparition du légendaire pianiste, un instant incontournable. C’est ce goût qui conduit l’octogénaire miraculeux à offrir ses plus beaux récitals, jusqu’en 2015, comme ici à Paris.

Illustrations : Menahem Pressler (DR), 1 cd Mozart, sonates K331, 570 et 576 (1 CD La Dolce Volta).

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