CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016)

LEFEVRE-ALAIN-cesar-franck-Prelude-choral-fugue-critique-cd-review-cd-classiquenews-alain_lefevre_my_paris_years_cover~2205CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016). NĂ© Français mais quĂ©bĂ©cois de cƓur, le pianiste Alain LefĂšvre publie un album clĂ© dans son journal intime et artistique, totalement dĂ©diĂ© Ă  PARIS et donc intitulĂ© My Paris Years
 Aux cĂŽtĂ©s de ses propres compositions (prochain album Ă  venir sous la mĂȘme Ă©tiquette Warner classics), l’interprĂšte, dĂ©fenseur depuis toujours d’AndrĂ© Mathieu (avec lequel jouait son propre pĂšre), choisit ici des Ă©critures qui font sens, selon le thĂšme parisien : Satie (GymnopĂ©dies Ă©videmment), Ravel, Debussy et l’immense CĂ©sar Franck dont on se rĂ©jouit de rĂ©Ă©couter PrĂ©lude, Choral et fugue, morceau de choix et de fulgurance de plus de 20mn : sorte de plongĂ©e introspective postwagnĂ©rienne qui n’en finit pas d’interroger de souterraines perspectives. FidĂšle Ă  une maniĂšre qui lui est propre, Alain LefĂšvre en dĂ©roule l’écriture contrapuntique avec un soin de clartĂ© murmurĂ©e, une Ă©loquence feutrĂ©e qui sait aussi en souligner les vertiges comme la puissante architecture, en superposition et rĂ©bus, peu Ă  peu dĂ©mĂȘlĂ©s.

FRANCAIS ET QUEBECOIS… un album parisien en forme de rĂ©conciliation. Paris est un asile enracinĂ© dans son identitĂ© profonde, un temps malvĂ©cu en raison de l’arrogance française, surtout parisienne Ă  l’égard de sa seconde patrie, le QuĂ©bec. Mais comme toujours chez les Français qui suspectent et minimisent ce qu’ils ne voient pas immĂ©diatement, – l’éloignement les rend aveugles et crĂ©tins (il faut bien le dire), il suffit de retourner en terres quĂ©bĂ©coises pour comprendre l’amour de la nation francophone outre Atlantique pour la culture française et la langue de Baudelaire ou de Rimbaud. C’est donc dans une fluiditĂ© toute quĂ©bĂ©coise que le pianiste dĂ©ploie ses affinitĂ©s françaises. L’artiste dĂ©voile ce qui importe dans le fait d’ĂȘtre Français et QuĂ©bĂ©cois, un pur esprit de synthĂšse et de rĂ©conciliation, une fraternitĂ© musicale.
Les Satie prolongent ce goĂ»t du pianiste pour la lenteur et la suspension Ă©nigmatique. Les couleurs y sont lĂ  encore trĂšs nuancĂ©es et idĂ©alement dessinĂ©es sans incision, dans l’épaisseur de la suggestion. EsquissĂ©es, en demi teintes (N°2, « lent et triste »). La Pavane de Ravel nous fait entendre les rĂ©sonances de l’enfance rĂ©activĂ©e par un Ravel Ă©merveillĂ© et comme langoureux. Tandis que ses Debussy coulent comme une onde emperlĂ©e, Ă  l’articulation dĂ©taillĂ©e et chantante (« Arabesque »).

VoilĂ  donc un recueil on le rĂ©pĂšte clĂ© dans la carriĂšre du pianiste et de l’homme : Paris, en forme de cĂ©lĂ©bration, et aussi allusivement une maniĂšre d’hommage Ă  la mĂ©moire de son maĂźtre parisien, Pierre Sancan. Un tĂ©moignage pour la beautĂ© fraternelle et la cristallisation d’un idĂ©al français et quĂ©bĂ©cois : belle pierre Ă  l’édifice de la culture francophone quĂ©bĂ©coise, alors que se tourne avec dĂ©bats et frictions, la question de la laĂŻcitĂ© de l’Etat, de l’autre cĂŽtĂ© de l’Atlantique.

 

 

 

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CD, critique. Alain LefĂšvre, piano. MY PARIS YEARS (1 cd Warner classics, nov 2016).

LIRE aussi notre critique du CD, Ă©vĂ©nement, critique. Mathieu : Concerto n°4 ; Rachmaninov : Rhapsodie op.43 – Jean-Philippe Sylvestre, piano / Orchestre MĂ©tropolitain / Alain Trudel, direction – 1 cd ATMA classiques / ACD22768 – novembre, 2018

 

 

 

CD, coffret événement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opérettes / operettas Collection (30 cd Warner classics).

offenbach operas & operettas collection 30 cd warner classics centenaire naissance dossier offenbach 2019 classiquenewsCD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. Coffret OFFENBACH : The operas & opĂ©rettes / operettas Collection (30 cd Warner classics). AprĂšs un excellent coffret Berlioz, Ă©galement Ă©ditĂ© pour l’anniversaire 2019, voici en 30 cd, l’intĂ©grale Warner OFFENBACH, qui permet de mesurer la verve prolifique du Jacques des Boulevards, roi autoproclamĂ© de la pantalonnade. Esprit canaille, libertin critique, Offenbach a su faire rire et divertir la bonne sociĂ©tĂ© du Second Empire, tout en Ă©pinglant en un savant jeu de miroir, les travers et les abus comme l’immoralitĂ© de son esprit de fĂȘte (comme rameau Ă  son Ă©poque, Ă  la Cour de Louis XV, pour lequel il rĂ©invente le genre lyrique, mĂȘle les registres
 comme Offenbach, un siĂšcle aprĂšs.
Warner classics a pris soin d’équilibrer sa sĂ©lection. Il n’y manque qu’un seul ouvrage de valeur, le premier Les fĂ©es du Rhin, magistralement crĂ©Ă© Ă  l’opĂ©ra de Tours en 2018 (Classiquenews Ă©tait prĂ©sent et a rĂ©alisĂ© un documentaire sur le sujet, jalon majeur de notre connaissance de Jacques Offenbach / VOIR notre reportage Les FĂ©es du Rhin, OpĂ©ra de Tours, oct 2018). Cette opĂ©ra de jeunesse qui rivalise avec Weber et Wagner comme le grand opĂ©ra français Ă©tait jusque lĂ  connu 
 dans sa version allemande car il faut crĂ©Ă© Ă  Vienne et chantĂ© en allemand. Offenbach demeure un compositeur Ă©galement fĂȘtĂ© de chaque cĂŽtĂ© du Rhin, en France et Allemagne. Double tradition que prend en compte intelligemment le coffret Warner classics : y paraissent ainsi dans les deux langues, OrphĂ©e aux enfers, La Belle HĂ©lĂšne, La Vie Parisienne, Les Contes d’Hoffmann, en un jeu de lectures parallĂšles qui nourrit la vision des drames et comĂ©dies et relativise la place de Jacques en France


Bicentenaire OFFENBACH 2019Le coffret Warner est un absolu indispensable. On y retrouve ainsi les premiers ouvrages et les grands standards, les petites perles oubliĂ©es et les opus majeurs (par ordre d’apparition dans le coffret : Ba-ta-clan (Orc JF Paillard, Marcel Couraud), Les Bavards (ORTF, Marcel Couraud), OrphĂ©e aux enfers (Capitole, Plasson avec Rhodes, MesplĂ©, SĂ©nĂ©chal, BerbiĂ©, Lafont
le nec plus ultra du chant français articulĂ© et mordant), auquel rĂ©pond la version en allemand, car Offenbach fut jouĂ© et reste Ă  l’affiche de nombreux thĂ©Ăątres allemands, chantĂ© dans la langue de Goethe (Orpheus in der Unterwelt, Phil. Hungarica, Willy Mattes), La Belle HĂ©lĂšne (Jessye Norman, Bacquier, Lafont, 
 Capitole / Plasson), et donc Die Schöene Elena (MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes), La Vie Parisienne (Crespin, SĂ©nĂ©chal, MesplĂ©, 
 Capitole, Plasson), Pariser Leben (Anneliese Rothenberger, MĂŒnchner Rundfunkorchester, Willy Mattes)
 ; La fille du Tambour major (Orch StĂ© des Concerts du Conservatoire, FĂ©lix Nuvolone) ; La Grande Duchesse de Gerolstein (extraits, Eliane Lublin, JP Marty), Die Großherzogin von Gerolstein (Enriqueta TarrĂ©s, Kölner RForchester, Pinchas Steinberg) ; La PĂ©richole (Berganza, carreras, Bacquier, SĂ©nĂ©chal
 Capitole, Plasson) ; Les Brigands (Le Roux, E Vidal, 
 OpĂ©ra de Lyon, Gardiner); Pomme d’Api, Monsieur Choufleuri, Mesdames de la Halle (MesplĂ©, Lafont, Trempont
 Orch Philh. Monte Carlo, Manuel Rosenthal). De mĂȘme, fermant la collection, dans une mĂȘme combinaison bilingue complĂ©mentaire : Les Contes d’Hoffmann (Neil Shicoff, Murray, Plowright, Jessye Norman, La Monnaie, S Cambreling) / Hoffmanns ErzĂ€hlungen (Siegfried Jerusalem, Norma Sharp, julia Varady, Dietrich Fischer-Dieskau
 MĂŒnchner RForchester, Heinz Wallberg)

Bonus dĂ©couverte : les cd 29 et 30, respectivement : rĂ©cital Offenbach de Jane Rhodes (Orch Bordeaux, Roberto Benzi), enfin La GaĂźtĂ© Parisienne (Suite orchestrale, par Orch Monte-Carlo, Manuel Rosenthal ; version pour 3 pianos), puis inĂ©dits, Offenbach mĂ©lodiste, auteur de joyaux Ă  redĂ©couvrir, et Ă  goĂ»ter grĂące aux dons du diseur François Le Roux (« 6 fables de la Fontaine », dont le dĂ©lectable « Le Savetier et le financier »,
 trĂšs actuel, avec Jeff Cohen au piano).

CLIC_macaron_2014Parce qu’il souligne la grande tradition du chant français – Ă  une Ă©poque oĂč le chanteur sait articuler et dĂ©fendre non pas une voix, (sa voix) mais un texte, de surcroĂźt s’agissant de grands chanteurs d’opĂ©ras ; parce qu’il dĂ©voile tout autant la tradition outre-Rhin des opĂ©ras d’Offenbach chantĂ©s Ă  Cologne, Ă  Munich
 en allemand (d’autant plus avec le concours de grands chanteurs wagnĂ©riens : Ă©couter Hoffmanns ErzĂ€hlungen)
 ; pour les mĂ©lodies ainsi dĂ©nichĂ©es qui devraient figurer avec Berlioz, Poulenc, Debussy, Ravel ou Chausson, Massenet et Hahn, dans tout concours de mĂ©lodie française qui se respecte
 le coffret OFFENBACH concoctĂ© par Warner classics pour l’annĂ©e Offenbach 2019 est un incontournable / indispensable. CLIC de CLASSIQUENEWS d’avril 2019.

Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1, 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics)

CLIC_macaron_2014Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt : Brahms (Symphonies 1,harnoncourt brahms 5 cd warner classics review critique cd classiquenews compte rendu critique cd 2, 3, 4, concertos pour piano 1 et 2, 1996-1999, 5 cd Warner classics). Ce q’un baroqueux peut apporter dans la tenue des orchestres modernes et dans le rĂ©pertoire romantique
 Warner classics nous rĂ©gale le premier, parmi les labels classiques historiques Ă  cĂ©lĂ©brer l’hĂ©ritage du MaĂźtre regrettĂ© (dĂ©cĂ©dĂ© en mars 2016 : dĂ©cĂšs de Nikolaus Harnoncourt), en dĂ©voilant ce souci particulier sur le mĂ©tier romantique : avec les instrumentistes de l’Orchestre Philharmonique de Berlin (en 1996, 1997) et pour les Concertos pour piano avec ceux du Royal Concertgebouw Amsterdam (live de 1999, dans une prise de son idĂ©ale); voici 5 cd Ă©tapes majeures pour un Brahms symphonique et concertant, dĂ©poussiĂ©rĂ©. 5 cd pour Ă©valuer tout ce que peut apporter un chef historiquement informĂ©, et l’un des plus aguerris, libre, inventif, visionnaire en la matiĂšre, soit Nikolaus Harnoncourt au travail, dĂ©voilant de nouveaux trĂ©sors d’exĂ©cution et de rĂ©alisation souple, articulĂ©e, – avec les musiciens sur instruments modernes du Berliner Philharmoniker : la dĂ©marche est d’autant plus lĂ©gitime que s’agissant de Johannes, – dernier romantique, et si proche de Schumann, il s’agit d’une Ă©criture qui regardent toujours vers le passĂ©, Beethoven (son dieu) et au delĂ , bien avant, le raffinement inĂ©dit qu’apporte le chef Baroqueux, pionnier de la RĂ©volution sur instruments d’époque, et auteur d’un intĂ©grale Beethoven sur instruments d’époque (Orchestre de chambre d’Europe-, toujours indĂ©passĂ©e, chez Teldec) se rĂ©vĂšle porter d’une Ă©nergie affĂ»tĂ©e renouvelĂ©e, avec un rapport bois, cordes repensĂ© dan sel sens de la clartĂ© concertante (ce dĂšs le dĂ©but des variations sur un thĂšme de Joseph Haydn cd1). De mĂȘme le dĂ©but de la Symphonie n°1 portĂ©e pressĂ©e par un flux incandescent d’une urgence inĂ©luctable brille singuliĂšrement par l’équilibre instrumental et la balance nouvellement Ă©laborĂ©e qui met en avant les vents et les bois (flĂ»tes et hautbois), jaillissement de l’harmonie qui colore spĂ©cifiquement l’énergie vitale de cette entrĂ©e en matiĂšre qui rĂ©sonne et s’enfle avec en une sorte d’extase tragique
 (Live rĂ©alisĂ©e Ă  la Philharmonie de berlin en dĂ©cembre 1996). Tout est dit dans cette fabuleuse narration jamais dĂ©monstrative mais intĂ©rieure dont l’acuitĂ© des timbres, et une nouvelle motricitĂ© entre le pupitres soulignent la filiation beethovĂ©nienne qui structure de l’intĂ©rieur et de façon organique, les 4 Symphonies de Brahms. Toujours en 1996, les Symphonie 2 et l’Ouverture tragique (live de 1996) souligne ce travail spĂ©cifique sur la couleur et l’intensitĂ© des bois et des vents sur des cordes rĂ©solument transparentes : d’ailleurs, Harnoncourt a beaucoup travailler avec les instrumentistes la rĂ©solution des phrases en une seul tenue d’archet. L’agilitĂ© de la main droite a Ă©tĂ© un point fondamentale de cette approche rĂ©gĂ©nĂ©rative.
Eblouissant HarnoncourtUn an plus tard (cd 3, 1997), les mĂȘmes rĂ©alisent le dramatisme tellurique de la n°3 : le chant des bois et de cuivres sur la mer des cordes, cette intelligibilitĂ© des pupitres allĂšge considĂ©rablement l’allant de texture, fonde l’acuitĂ© d’une direction soucieuse d’articulation (clarinette, basson, hautbois
) et aussi d’élĂ©gance dans la tenue gĂ©nĂ©rale des cordes. La ligne de la clarinette (en dialogue avec le cor
) est particuliĂšrement soignĂ©e, prĂȘte vive d’une sensibilitĂ© suprĂȘme au timbre. L’AllĂ©gretto qui ouvre telle une aurore pleine de promesses et de plĂ©nitudes Ă©phĂ©mĂšres, l’admirable n°4 opus 98, confirme le raffinement instrumental qu’apporte la vision de Harnoncourt (mĂȘme dĂ©tail et vibration dans l’Andante moderato qui suit) quand l’Allegro giocoso est portĂ© au pieds de la lettre, vif, palpitant, d’une nervositĂ© rĂ©jouissante. Enfin le cd 4, ajoute le bĂ©nĂ©fice de ce geste aĂ©rĂ©, prĂ©cis, nerveux dans la forme concertante, celle du Concerto n°1 opus 15, taillĂ© comme un diamant vif argent ; oĂč l’ouverture est saisissante d’acuitĂ© expressive, un lever de rideau qui impressionne et bouleverse par sa sincĂ©ritĂ© ; d’autant que la prise de son est d’une richesse de restitution remarquable (jusqu’aux bruits des instruments, et des partitions que l’on feuillĂšte sur les pupitres !) : enregistrĂ© en dĂ©cembre 1999, Ă  Amsterdam avec le Concertgebouw d’Amsterdam, le geste d’Harnoncourt sĂ©duit par ses temps ralentis, la profondeur qui s’en dĂ©gage aussitĂŽt, une Ă©quilibre entre plĂ©nitude et urgence, langueur, dĂ©sespoir (Adagio); un bouillonnement et une tendresse mĂȘlĂ©s formant un superbe bain d’émotions et de sentiments qui dĂ©ferlent, affleurent, se dĂ©ploient avec un naturel irrĂ©sistible : l’orchestre ainsi dirigĂ© compose un tapis et un Ă©crin idĂ©al pour le piano certes sensible mais moins inspirĂ©, habitĂ© du soliste Rudolf Buchbinder (beaucoup moins nuancĂ© et suggestif que le chef). Ce que parvient Ă  rĂ©aliser le chef avec les instrumentistes reste saisissant. RĂ©ellement impressionnant. Dans le cd 5, le Concerto pour piano n°2 y cultive les mĂȘmes qualitĂ©s : vibration superlative de l’orchestre, d’une hauteur poĂ©tique irrĂ©sistible, d’un dramatisme attentif et contrastĂ©, auquel rĂ©pond le jeu parfois Ă©pais et percussion Ă  outrance du soliste. Harnoncourt chez Brahms fut captivant : ces 5 cd le dĂ©montrent sans rĂ©serve. Magistrale rĂ©vĂ©lation ou confirmation s’agissant du Baroqueux chez le plus romantique des Romantiques germaniques. Incontournable.

Cd, coffret. Nikolaus Harnoncourt. BRAHMS : Symphonies, Concertos pour pianos, Variations, Ouvertures. Berliner Philharmoniker (1996-1997), Royal Concertgebouw Orchestra Amsterdam (Live de 1999). 5 cd Warner classics. 0190295 975104. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016.

CD, réédition: Centenaire Yehudi Menuhin par Warner classics

Yehudi menuhin cd review critique Prodige-violon-Yehudi-Menuhin-portait-aussi-valeurs-humanistes_0_730_657CD, rĂ©Ă©dition: Centenaire Yehudi Menuhin par Warner classics. Le 22 avril 2016 naissait, new yorkais, le violoniste virtuose Yehudi Menuhin. Si Dieu Ă©tait un son, il serait le violon de Yehudi Menuhin : on connaĂźt la cĂ©lĂšbre dĂ©claration d’Albert Einstein Ă  propos du charisme prĂ©coce du Menuhin pourtant adolescent : “Ce soir vous m’avez prouvĂ© l’existence de Dieu”… dĂ©clarait le tĂ©moin sidĂ©rĂ©. A 10 ans, Yehudi Menuhin Ă©tait dĂ©jĂ  douĂ© d’une maturitĂ© musicale interprĂ©tative phĂ©nomĂ©nale. Warner classics hĂ©riter du fonds Menuhin cĂ©lĂšbre donc le centenaire de la naissance du violoniste mythique nĂ© en 1916 et fait exceptionnel pour un artiste, autant humaniste convaincu militant, citoyen du monde pacifiste et altruiste que fin musicien. L’homme et l’instrumentiste dans son cas ne font qu’un : d’une rare force morale et artistique. Mais Menuhin fut aussi douĂ© d’une gĂ©nĂ©rositĂ© et d’une curiositĂ© peu communes qui demeurent exemplaires… Son legs comme c’est le cas de Karajan pour DG par exemple, montre l’Ă©tendue d’une sensibilitĂ© Ă  la palette trĂšs large : soit 80 cd (remastĂ©risĂ©s) / 11 dvd et un livre en un coffret composant l’Ă©dition “magistrale” Yehudi Menuhin 1916 – 2016 ; ou 80 cd en 5 coffrets sĂ©parĂ©s (intitulĂ©s “The Menuhin Century”), complĂ©tĂ©s par quelques titres complĂ©mentaires et thĂ©matisĂ©s (“Le Violon du siĂšcle” en 2cd, ou 1 dvd ; “Yehudi Menuhin pour les enfants”, “Yehudi Menuhin avec Ravi Shankar” en single…). PlutĂŽt qu’une intĂ©grale bien sage et trop classique, Warner mise avec raison sur une approche thĂ©matique qui Ă©vite les doublons car le violoniste lĂ©gendaire a enregistrĂ© Ă  plusieurs reprises ses Ɠuvres fĂ©tiches qui Ă©taient  nombreuses (Bach, Mozart, Mendelssohn…). Si la somme constituĂ©e est incomplĂšte, l’apport et son approche Ă©ditoriale sont justes, plutĂŽt passionnants. Ainsi le coffret unique ou ceux dĂ©multipliĂ©s autonomes comprennent plusieurs inĂ©dits gravĂ©s en concert, permettant de mesurer le charisme de l’interprĂšte sur le vif, capable d’intĂ©rioritĂ© et de tension, de gravitĂ© lumineuse, d’innocence prĂ©servĂ©e, de compassion fraternelle… C’est peu dire que Menuhin a nourri son archet d’un supplĂ©ment d’Ăąme ; Ă  techniques Ă©gales, beaucoup de solistes actuels n’atteignent pas Ă  cette simplicitĂ©, cette Ă©vidence stylistique qui sert la musique plutĂŽt que de se servir d’elle pour faire vibrer leur Ă©go narcissique, souvent dĂ©mesurĂ©. Il est vrai nourri par un marketing outrancier, tapageur.

 

 

 

 

CLIC_macaron_2014Le violoniste au son angĂ©lique, divin, incandescent et quasi immatĂ©riel ; le chambriste, partenaire inspirĂ© en duo fraternel au sens strict avec sa sƓur Hephzibah ; mais aussi le chef d’orchestre avec son orchestre Ă  Bath… sont Ă©voquĂ©s : ils ressuscitent grĂące Ă  cette collection en 80 cd. A tous les moments de sa vie de citoyen comme d’artiste concernĂ©, Yehudi Menuhin semble rĂ©inventer son propre son, soucieux de son Ă©vidence et du sens de son geste, plutĂŽt que de sa sonoritĂ© dĂ©monstrative. Parmi nos coffrets prĂ©fĂ©rĂ©s, -parmi ceux que la RĂ©daction de Classiquenews a reçu, soulignons la valeur des cycles suivant :

 

Hephzibah yehudi menuhin complete recordings 20 cd warner classics classiquenews review critique cd1 – “Complete recordings with Hephzibah Menuhin” / IntĂ©grale des enregistrements avec Hephzibah Menuhin, piano / 1933 – 1978 : 20 cd oĂč violon et piano dansent, dialoguent, s’embrasent chez Mozart, Beethoven, Brahms, Lekeu, Franck, Enescu, Bartok, Elgar… (Sonates, duos, trios, Concertos…). Les deux Ăąmes fusionnent et s’exaltent vĂ©ritablement en une entente prodigieuse, un miracle fraternel et mĂȘme gĂ©mellaire sur le plan musical qui semble rĂ©activer le modĂšle historique lĂ©gendaire sousjacent, celui baroque et nĂ©oclassique des enfants Mozart, Wolfgang et Nannerl. DĂ©cĂ©dĂ©e en 1981, la sƓur tant aimĂ©e laisse un Menuhin Ă  jamais orphelin d’une totalitĂ© perdue.

 

Unpublished recordings and Rareties2 – “Unpublished recordings and Rareties” / inĂ©dits et raretĂ©s” : c’est le coffret essentiel de la sĂ©rie, celui qui collant Ă  l’angle thĂ©matique, rĂ©vĂšle plusieurs enregistrements inconnus d’autant plus prĂ©cieux sur l’art de Menuhin, de surcroĂźt dans des partitions souvent rares, dont le choix dĂ©voile aussi l’Ă©tendue du rĂ©pertoire abordĂ© et l’intelligence dans sa gestion progressive  ; les annĂ©es 1930 et 1940 constituent un socle (Bach, Beethoven, Bruch, Tartini, Ravel, Kreisler… mais aussi les baroques Locatelli et Haendel, sans omettre Dvorak, Bartok…) ; les annĂ©es 1950 donc l’aprĂšs guerre, ouvrent de nouveaux champs d’exploration : Lalo, Paganini aux cĂŽtĂ©s des immortels inusables Mendelssohn, Mozart… (jusqu’en 1958) ; Warner ajoute un cycle inoubliable par sa musicalitĂ© profonde et subtile, alliance nĂ©e d’une entente fraternelle et d’une complicitĂ© humaine et artistique : les 2 cd en duo avec Gerald Moore (Wienewski, Kreisler, Corelli, Sarasate, Debussy… 1947-1968) ;  les piliers de l’accomplissement Menuhin demeurent ici, rĂ©vĂ©lĂ©s dans leur intensitĂ© intĂ©rieure : les 2 cd Bach (violon / clavecin – George Malcolm : 1961) ; les Concertos de Viotti, Bruch (1971-1976 dont Bruch donc avec Adrian Boult, LSO – 1971), les Sonates de Brahms (Louis Kentner, piano /1980), sans omettre rĂ©vĂ©lateurs d’une curiositĂ© Ă  360° y compris dans les derniĂšres annĂ©es : 12 Sonates opus 5 pour violon et continuo de Corelli (le plus solaire des Baroques ?, comme Menuhin : avec George Malcolm au clavecin et Robert Donington comme gambiste / 2 cd Londres 1978-1979), les Concertos de Leclair et Tartini (Polish chamber orchestra / 1983). Le classement chronologique des 22 cd ainsi rĂ©unis facilite leur Ă©coute et rĂ©tablit l’Ă©volution du goĂ»t comme du style de Yehudi Menuhin. On peut relever ici et lĂ , dĂ©fis et rĂ©alitĂ©s des live mais aussi vieillissement inĂ©luctable de l’expĂ©rience et du parcours artistique, une justesse alĂ©atoire et une main moins sĂ»re surtout Ă  partir de 1961… qu’importe, la perfection n’Ă©tant pas humaine, – et ailleurs, l’Ă©quitĂ© et la sincĂ©ritĂ© Ă©tant toujours omniprĂ©sentes, le geste Menuhin dans sa globalitĂ©, reste irrĂ©sistible. Indispensable.

 

yehudi menuhin pour les enfants enfant magicien instruments de l'orchestre warneer classics3 – Yehudi Menuhin pour les enfants : les 2 cd soulignent Ă©videmment le souci du violoniste pour la transmission : toute une vie dĂ©diĂ©e Ă  l’accessibilitĂ© de la musique et son explication au plus grand nombre comme aux plus jeunes. Le cd1 raconte la vie de Yehudi Menuhin, texte clair et prenant, illustrĂ© par une collection de piĂšces courte mais Ă©vocatrices jouĂ©es par Menuhin lui-mĂȘme. Le cd2, permet au chef violoniste de prendre la parole et d’expliquer les instruments de l’orchestre par familles (cordes, bois, cuivres, enfin harpe, cĂ©lesta et percussions – avec les membres du Philharmonia Orchestra)… jubilatoire.

 

4 – DVD. Ne manquez pas d’acquĂ©rir  non plus le dvd rĂ©Ă©ditĂ© pour le centenaire 2016 : “YEHUDI MENUHIN : Le violon du siĂšcle / The violin of the century”, documentaire de B. Monsaingeon, 1994 – Euroarts / Warner. Profil acĂ©rĂ©, silhouette nerveuse et regard vif : Yehudi Ă©tait aussi un interprĂšte au charme saisissant…

 

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD, rĂ©Ă©dition: Centenaire Yehudi Menuhin par Warner classics. InĂ©dits remarquables, son remastĂ©risĂ©s, sĂ©lection pertinente : autant de qualitĂ©s qui font la trĂšs haute valeur des coffrets Yehudi Menuhin Ă©ditĂ©s par Warner classics, pour son centenaire 2016. + d’infos sur le site de WARNER classics / VISITER aussi la page dĂ©diĂ©e Ă  l’Ă©dition Yehudi Menuhin 2016 sur le site de Warner classics

CD, coffret. Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals released 14 cd Warner classics (1949-1969)

callas maria complete studio recitals 14 cd review critique cd classiquenewsCD, COFFRET Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals 14 cd Warner classics. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2015. Voici en 11 cd, un cycle de tubes et de raretĂ©s, ceux de la super diva par excellence, qui se rĂ©vĂšle bel cantiste et verdienne, coloratoura et française d’une distinction d’une justesse de style et d’une noblesse d’intonation, irrĂ©sistibles. La sĂ©lection s’achĂšve en 1969 (sessions sous la baguette de Nicola Rescigno). Une leçon d’engagement inĂ©galĂ© qui ose, parfois se trompe mais toujours Ă©meut par l’intensitĂ© de l’intention. Maria Callas est une diva qui se brĂ»la les ailes… mais avant que la torche se consume, combien de rĂŽles et d’incarnations brĂ»lĂ©s, hallucinants. Le timbre brillant et fĂ©lin, au legato infini, au souffle illimitĂ©, aux couleurs diverses et prĂ©cises fait miracle dans ce florilĂšge d’airs caractĂ©risĂ©s, accompagnĂ©s par l’orchestre et toujours, l’intĂ©rioritĂ© tragique fait la valeur de l’actrice aux cĂŽtĂ©s de la cantatrice (ainsi sa Lady Macbeth dans l’air de somnambulisme (Una Macchia… de l’acte IV, avec le mĂȘme Rescigno en 1958, reprise en 1960 avec Antonio Tonini Ă  Londres…). Les premiers enregistrements comprennent le rĂ©cital de 1949 avec, Bellinisme souverain, dĂ©jĂ  Norma et I Puritani (Turin), puis de 1954 ses deux rĂ©citals, puccinien (Serafin), et vĂ©riste (Cilea, Giordano, Catalani, Boito, idem) et parmi les inoubliables, sa superbe Charlotte (ordinairement pour mezzo, mais la tessiture de Callas ne couvrait-elle pas trois octaves ?-, rĂ©cital Callas Ă  Paris II, sous la direction de Georges PrĂȘtre en 1963).  La diva verdienne (trois rĂ©citals verdiens de 1958 puis 1963 et 1964 avec Rescigno), imposent l’actrice extrĂ©miste qui prend tout les risques, aux cĂŽtĂ©s de la belcantiste accomplie.

 

 

 

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Eternelle Callas : verdienne et bel cantiste, puccinienne et mozartienne, romantique française, c’est Ă  dire bizĂ©tienne et berliozienne… 

Callas en studio : Facettes d’un joyau vocal inĂ©galĂ©

 

 

CLIC_macaron_2014Plus surprenant le rĂ©cital de 1963 et 1964, rĂ©alisĂ© Ă  Paris sous la direction du complice Nicola Rescigno dont la battue familiĂšre et sĂ»re Ă©tait nĂ©cessaire pour enchaĂźner ainsi des airs oĂč on n’attendait pas la diva ; mais sa nature tragique et la franchise de son expressivitĂ© font mouche dans le Ah perfido de Beethoven, et ses Mozart rĂ©vĂšlent un format vocal surdimensionnĂ© : voix furieuse et proche de l’implosion (avec des signes de larsen dans les aigus). Mais la sincĂ©ritĂ© touche (Porgi amor, puis Crudele ? … Non mi dir: sa Comtesse comme Elvira ne sont pas des types mais des individualitĂ©s qui souffrent et espĂšrent). Comme des bonus, les deux derniers cd (13 et 14), prĂ©sentent plusieurs cycles d’enregistrements, sessions comme saisies sur le vif : deux essais pour le mĂȘme Non mi dir de Mozart (Callas s’identifiait-elle Ă  Elvira en amoureuse blessĂ©e?) en 1953 (avec des aigus moins tendus et une ligne plus souple, sous la direction de Serafin), le superbe Una Macchia Ăš qui tutora de Macbeth avec Rescigno en 1958, puis surtout sa justesse bel cantiste bellinienne dans le passionnant et Ă©ruptif et crĂ©pusculaire Sorgete… Lo sognai ferito, esangue d’Il Pirata de Bellini (Antonio Tonini, Londres 1961) : d’une intensitĂ© marquante. Sur le cd14, distinguons autres perles mĂ©morables : ses derniers Verdi de 1964 et 1965, sous la direction de Nicola Rescigno, un grand et incontournable complice. Le style de Callas, chanteuse fĂ©line et sombre au service des hĂ©roĂŻnes jusque lĂ  dĂ©fendues par des anges coloratoure parfois dĂ©pourvues de vraie profondeur, Ă©blouit ici : cette audace dans la raucitĂ© (qui fait aujourd’hui toute la valeur d’un Jonas Kaufmann par exemple) resplendit avec une insolence incisive. MalgrĂ© les dĂ©sordres croissant d’une voix de moins en moins contrĂŽlable,  -Ă  partir de 1958/1959-, l’actrice enflamme la scĂšne par sa vĂ©ritĂ© humaine inĂ©galĂ©e. Le mythe de Callas se nourrit de contradictions et ne finira jamais de fasciner par ses multiples dĂ©chirures, cette association de qualitĂ©s ailleurs contraires (Ă©coutez ainsi sa Semiramide de Rossini : bel raggio lusinghier, acte I de 1961 : agilitĂ©, legato mais expressivitĂ© ardente, animal, rauque, plutĂŽt louve blessĂ©e que souveraine insensible). Ainsi Callas rĂ©forme totalement l’esthĂ©tique rossinienne et avec elle l’art du Bel canto, en un chant Ă  la fois virtuose et surexpressif d’une gravitĂ© douloureuse inĂ©dite. Il y a bien un avant et un aprĂšs Callas. Coffret incontournable.

CD, coffret. Compte rendu critique. Maria Callas : The complete studio recitals 14 cd Warner classics. CLIC de CLASSIQUENEWS de dĂ©cembre 2015. Avec : Arturo Basile · Franco Corelli · John Lanigan · Georges PrĂȘtre · Nicola Rescigno · Joseph Rouleau · Duncan Robertson · Tullio Serafin · Monica Sinclair · Antonio Tonini · Alexander Young

CD1 The First Recordings 24.04
CD2 Puccini Arias 45.03
CD3 Lyric & Coloratura Arias 48.53
CD4 Callas at La Scala 41.54
CD5 Verdi Arias I 49.30
CD6 Mad Scenes 47.33
CD7 Callas Ă  Paris I 49.46
CD8 Callas Ă  Paris II 43.53
CD9 Verdi Arias II 39.59
CD10 Mozart, Beethoven & Weber 44.29
CD11 Rossini & Donizetti Arias 39.54
CD12 Verdi Arias III 50.16
CD13 The Callas Rarities 1953–1961 63.20
CD14 The Callas Rarities 1962–1969 53.28

CD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics (octobre 2015)

jonas kaufmann aida verdi AIDA COVERCD, Ă  paraĂźtre : Nouvelle AIDA de Verdi avec Jonas Kaufmann en RadamĂšs chez Warner classics
 Les nouvelle productions lyrique au disque sont rares. depuis des annĂ©es, ce sont non plus des enregistrements studio qui se sont perpĂ©tuĂ©s mais plutĂŽt des live habilement saisis sur le vif au hasard des opportunitĂ©s. AprĂšs une TURANDOT impressionnante de vitalitĂ© et de sensibilitĂ© signĂ©e Zubin Mehta (surprise de l’étĂ© 2015 (rĂ©vĂ©lant entre autres le baryton mexicain German Olvera dans le rĂŽle de Pang), voici une production qui fait suite  Ă  l’intĂ©grale Tristan une Isolde rĂ©alisĂ© par Emi en 2005 : confirmant les ambitions verdiennes du plus grand tĂ©nor actuel, le munichois Jonas Kaufmann, Warner classics annonce donc dĂ©but octobre 2015, une somptueuse AIDA de Verdi avec dans le rĂŽle du gĂ©nĂ©ral victorieux et couvert de l’or de Pharaon mais en fin de drame, saisi par l’amour de la belle esclave Ă©thiopienne Aida, Jonas Kaufmann.

Jonas Kaufmann au sommet !Le tĂ©nor nous avait stupĂ©fait dans un rĂ©cital totalement dĂ©diĂ© Ă  la lyre verdienne, intitulĂ© sobrement solennellement ” the VERDI album” (2013) : un rĂ©cital inoubliable par sa justesse expressive, sa franchise, sa sincĂ©rité (dont un Otello anthologique sur les traces de Jon Vickers). Un cas unique oĂč le tĂ©nor aux graves harmoniques, au mĂ©dium charnu, Ă  l’élocution Ăąpre et prĂ©cise, percutante et mĂ©tallique emboĂźte le pas Ă  un certain
. Placido Domingo. Jonas Kaufmann devrait y renouveler le succĂšs de son novel album Sony : Nessun forma dĂ©diĂ© aux hĂ©ros pucciniens
 (critique Ă  venir sur classiquenews).

jonas kaufmann anja harteros enregistrent AIDA Antonio Pappano VERDI review announce annonce classiquenews

L’enregistrement studio a dĂ©butĂ© en fĂ©vrier 2015 : aux cĂŽtĂ©s du tĂ©nor allemand, Anja Harteros (Aida), Ekaterina Semchuk (Amneris), Ludovic TĂ©zier (Amonasro), Erwin Schrott (Ramfis)
 complĂštent la distribution rĂ©unie autour d’Antonio Pappano qui pilote le chƓur et l’orchestre dell’Accademia di Santa Cecilia. Aida de Verdi, 3 cd Warner classics. Parution annoncĂ©e le 2 octobre 2015, prochain compte rendu dĂ©veloppĂ© dans le mag cd dvd livres de classiquenews.com

 

Jean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies (Simon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra / 4 cd Warner classics).

rattle-simon-birmingham-jean-sibelius-complete-symphonies-integrale-des-symphonies-critique-review-classiquenews-juin-2015-4cd-warner-classicsJean Sibelius : IntĂ©grales des Symphonies – complete symphonies, Les OcĂ©anides, Opus 55 (SImon Rattle, City of Birmingham symphony Orchestra  / 4 cd Warner classics). Formidable travail de Rattle Ă  la fin des annĂ©es 80 et au dĂ©but des annĂ©es 90, soit en plein boom du compact : les instrumentistes du Symphonique de Birmingham (City of Birmingham symphony Orchestra), manifestement galvanisĂ©s par leur directeur musical, atteignent une cohĂ©rence d’approche, une qualitĂ© et une unitĂ© technique phĂ©nomĂ©nale qui Ă  l’Ă©preuve des climats et atmosphĂšres d’un Sibelius mĂ©ditatif, philosophe, panthĂ©iste permettent d’Ă©galer les meilleures phalanges europĂ©ennes et amĂ©ricaines. Le cd 1 est une immersion sans rĂ©serve ni hĂ©sitation d’aucune sorte dans le grand bain trĂ©pidant de la texture sibĂ©lienne  (premier mouvement tellurique et fracassant): cosmogonie orchestrale au diapason de la nature ocĂ©an dont la vitalitĂ©, l’ivresse symphonique est magistralement comprise par le chef. Son irrĂ©pressible urgence, affirmation de la volontĂ© et d’une pulsion viscĂ©rale ancrĂ©e, qui s’expose et se dĂ©veloppe sans retenue mais avec beaucoup de finesse et de rĂ©flexion dans l’Ă©quilibre des pupitre (cordes / cuivres) s’affirme nettement. Le cd 2 est en ce sens des plus emblĂ©matiques d’une comprĂ©hension intuitive et instinctive plus que convaincante, Ă©lectrisante : la Symphonie n°2 est son appel furieusement Ă©nergique Ă  l’hĂ©donisme paien, la 3 qui suit, Ă  la fois plus intĂ©rieure et mahlĂ©rienne, quoique aussi dansante et Ă©chevelĂ©e que sa prĂ©cĂ©dente, suffit Ă  mesurer l’engagement de l’orchestre britannique dont Simon Rattle fait une formidable machine sensible oĂč triomphent l’unisson aĂ©rien des cordes, l’Ă©clat des bois et des vents, la tension colorĂ©e et chaude des cuivres, le tout magnifiquement structurĂ©, dans un Ă©quilibre toujours clair des pupitres.

 

 

 

Formidable Symphonique de Birmingham

Rattle outrageusement sibélien

 

CLIC D'OR macaron 200Au delĂ  de la performance instrumentale et orchestrale, c’est aussi le geste impĂ©rialement organique du chef qui restituant au cycle, son unitĂ© intĂ©rieure, sa cohĂ©rence trĂ©pidante, le souffle des Ă©lĂ©ments oĂč s’inscrit le chant de la nature, – massif des forĂȘts et masse maritime-, s’affirme au sommet de la discographie. Si Karajan n’aborda les Symphonies de Sibelius que partiellement, Rattle nous offre ici une intĂ©grale qui a comptĂ© pour sa maturitĂ© de musicien et aussi dans l’histoire de la formation de Birmingham, appelĂ©e Ă  se dĂ©passer littĂ©ralement. Le rĂ©sultat est d’une finesse irrĂ©sistible : s’y impose la lumiĂšre et la prĂ©sence concrĂšte des frondaisons comme de la houle, comme la sensualitĂ© mĂ©ditĂ©e de l’instrumentation de Tchaikovski, de Mahler avec ce sentiment tragique et lyrique qui sont spĂ©cifiques et sans Ă©gal. Ajoutons dans un crescendo dont Sibelius a le secret dans la diffraction de la texture instrumentale, ce sentiment d’Ă©merveillement pour la nature tel qu’il transparait par exemple dans la formidable ouverture ou poĂšme symphonique Les OcĂ©anides couplĂ© avec la Symphonie n°1. Quelle leçon de symphonisme mesurĂ©, nuancĂ©, d’une transparence hĂ©doniste magistrale.
Scintillant, poĂ©tique et poĂšte mĂȘme, Rattle nous livre un Sibelius enchantĂ©, habitĂ©, voire hallucinĂ© : la matiĂšre Ă©purĂ©e de la 7Ăšme Symphonies avec ses textures sourdes et allusives des cuivres puis des cordes, gravissant la montagne vers l’Ă©blouissement final, est bouleversante. Rattle joint l’excellence technicienne et la justesse de l’intention.

Et la totalitĂ© du cycle, est de la mĂȘme eau ; c’est un accomplissement qu’il ne faut pas nĂ©gliger dans toute discographie de Sibelius. A moins de 20 euros, ce coffret rĂ©Ă©ditĂ© est incontournable et doit figurer dans toute discothĂšque du symphoniste averti.

 

 

CD, coffret. Intégrale CLIC de classiquenews. Sibelius: Complete Symphonies : 1-7. Les Océanides, opus 55. City of Birmingham symphony Orchestra. Sir Simon Rattle (4 cd Warner classics 0825646198788). Réédition événement.

 

 

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics)

Johann-Strauss-II-par-Nikolaus-Harnoncourt_Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics) coffret boxCD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics). Harnoncourt s’est expliquĂ© longuement sur le sujet : nĂ© allemand mais viennois jusqu’au bout de la baguette, le chef berlinois, 85 ans en 2015, porte en lui cette Ă©lĂ©gance autrichienne, fine combinaison entre Ă©lĂ©gance et danses populaires, raffinement et 
 rusticitĂ©. InspirĂ© par les mĂ©lodies de la rue comme les danses traditionnelles, Johann II Strauss (1825-1899), roi de la valse, s’inscrit dans la tradition d’un Schubert, et avant lui de Haydn et de Mozart. Le maestro si convaincant chez Monteverdi et nombre de compositeurs baroques dont il aura renouvelĂ© l’approche avec ses musiciens du Concentus Musicus,- mais aussi Mozart ou Beethoven : Harnoncourt depuis toujours dĂ©fend un Strauss concrĂštement
 rustique et Ă©lĂ©gantissime.

Nouvelle Chauve Souris Ă  l'OpĂ©ra de ToursC’est toute la valeur du coffret de 7cd Warner : premier hommage Ă  celui qui reste Ă  plus de 80 ans, d’une audace et d’une exigence absolues, infiniment plus visionnaire encore que bon nombre de ses hĂ©ritiers et disciples, « suiveurs » de la 2,3Ăš et 4Ăš gĂ©nĂ©rations d’interprĂštes. Les Gustav Leonhardt et Frans BrĂŒggen sont partis ; reste Harnoncourt (et ses cadets parmi lesquels le plus actif William Christie), vĂ©ritables dĂ©tenteurs d’un regard sans concession, – et depuis plus de 30 ans-, argumentĂ©, original, lĂ©gitime et constamment critique sur les rĂ©pertoires choisis. Harnoncourt, Christie n’incarnent pas seulement une sonoritĂ©, un hĂ©ritage musical fabuleux, ils transmettent aussi une esthĂ©tique et un mode de travail dĂ©sormais inĂ©vitable, dont la justesse devrait mieux inspirer la plupart des orchestres modernes (si routiniers, si pĂ©pĂšres et sans surprise
).

Le coffret rĂ©unit deux opĂ©ras-opĂ©rettes : l’ineffable et si subtile Chauve souris enregistrĂ©e ici au Concertgebouw d’Amsterdam en juin 1987 (et donc avec l’orchestre local du royal Concertgebouw : Die Fledermaus, avec Gruberova, dĂ©lectable comtesse hongroise et Ă  la ville Madame Eisenstein, soit Rosalinde ; Barbara Bonney en AdĂšle / Olga
 dĂ©licieusement insolente ; surtout Lipovsek en Orlofsky dĂ©pressif, suavement androgyne) ; Le baron Tzigane enregistrĂ© au Konzerthaus de Vienne en avril 1994 Ă  la tĂȘte du Wiener Symphoniker (Der Zigeunerbaron) soit les 4 premiers cd ; suivent un important legs symphonique de danses : valses, polkas, galops, poĂšme symphonique dont Le beau Danube bleu (cd5 : Nikolaus Harnoncourt y dirige le royal Concertgebouw d’Amsterdam : ouvertures du Baron Tzigane et de La Chauve souris, valses diverses
 – Concertgebouw d’Amsterdam, mai 1986 et juin 1987).

Harnoncourt_maestro nikolaus harnoncourt johann strauss coffret 7 cd Warner classicsLes deux derniers cd comprennent deux programmes plus rĂ©cents encore : « Johann Strauss Ă  Berlin » (live captĂ© avec le Philharmonique de Berlin en septembre 1998) et le dorĂ©navant lĂ©gendaire concert du Nouvel An au Konzerthaus de Vienne 2001, moment heureux d’une incontestable plĂ©nitude orchestrale : cycle de danses et valses de Johann II, complĂ©tĂ© par la Marche de Radetsky (signĂ© par le pĂšre Johann I), et Die Schönbrunner de Joseph Lanner (de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration que Johann pĂšre
 ). Outre l’affinitĂ© d’Harnoncourt avec l’élĂ©gance et la nostalgie johannesque, le programme Ă  Vienne dĂ©voile aussi le gĂ©nie de l’autre Strauss, frĂšre cadet de Johann II, Josef qui malgrĂ© sa passion de la mĂ©canique et qui voulait ĂȘtre ingĂ©nieur, suivit les pas de aĂźnĂ©, affirmant une inspiration aussi puissante, originale et raffinĂ©e que celle de son frĂšre (Halekin Polka, Dorfschwalben aux Österreich)

La rĂ©alisation est digne d’intĂ©rĂȘt voire indispensable : rien ne saurait remplacer Harnoncourt dans un rĂ©pertoire qu’il sert avec une sanguinitĂ© suave d’un raffinement contagieux : Ă©videmment La Chauve souris de 1987, Baron Tzigane de 1994, et le dernier cd, comprenant Strauss abordĂ© avec le Philharmonique de Vienne pour le concert du Nouvel 2001
 sont les perles d’une sĂ©lection trĂšs conviancante
 voire irrĂ©sistible. Coffret Ă©vĂ©nement.

CD. Nikolaus Harnoncourt. Johann Strauss II (7 cd Warner classics).

 

 

 

 logos warner classics eratoCD 1 & 2 : Johann Strauss II : Die Fledermaus (La chauve-souris) : Werner Hollweg – Edita Gruberova – Christian Boesch – Marjana LipovĆĄek – Josef Protschka – Anton Scharinger – Waldemar Kmentt – Barbara Bonney – Elisabeth von Magnus. Chorus off De Nederlandse Opera – Orchestre du Royal Concertgebouw.

CD 3 & 4 : Johann Strauss II : Der Zigeunerbaron (Le Baron tzigane) : Herbert Lippert – Pamela Coburn – Rudolf Schasching – Julia Hamari – Wolfgang Holzmair – Christiane Oelze – Elisabeth von Magnus – Hans-JĂŒrgen Lazar – JĂŒrgen Flimm – Robert FlorianschĂŒtz. Arnold Schoenberg Chor – Wiener Symphoniker.

CD 5 : Johann Strauss II : Ouverture du ‘Baron tzigane’ – Kreuzfidel – Leichtes Blut – Histoires de la forĂȘt viennoise – Marche Ă©gyptienne – Wiener Bonbons – Pizzicato-Polka – Unter Donner und Blitz – Le Beau Danube bleu – Ouverture de ‘La chauve-souris’
Orchestre du Royal Concertgebouw, Amsterdam.


CD 6 : Johann Strauss II : Kaiserwalzer – Ouverture de ‘Une nuit Ă  Venise’ – Die Tauben von San Marco – Voix du printemps – Ouverture de ‘La chauve-souris’ – Seid umschlungen, Millionen – Lob der Frauen – Simplicius-Walzer – Tritsch-Tratsch polka – Kaiser Franz Josef I. Rettungs-Jubel Marsch
Berliner Philharmoniker


CD 7 : Concert du Nouvel an 2001 (Vienne)
Johann Strauss I : Marche de Radetzky. Joseph Lanner : Die Schönbrunner – JĂ€gers Lust – Steyerische TĂ€nze. Johann Strauss II : MorgenblĂ€tter – Elektro-magnetische Polka – Electrofor – Ouverture de ‘Une nuit Ă  Venise’ – Harlekin-Polka – Dorfschwalben aus Österreich – VergnĂŒgungszug – Seid umschlungen, Millionen – Der Kobold – Luzifer-Polka
Wiener Philharmoniker. Coffret 7CD 0825646222391

CD, annonce. Coffret Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered (69 cd Warner classics).

CD, annonce. Coffret Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered (69 cd Warner classics). Presque 40 ans aprĂšs sa mort, la sublime et inatteignable Marias Callas continue de nous fasciner par son art divin… L’icĂŽne suprĂȘme de l’opĂ©ra : tragĂ©dienne, bel cantiste, perfectionniste comme personne, actrice subtile d’une hypersensibilitĂ© admirable, Maria Callas ressuscite en septembre 2014 grĂące au coffret Ă©vĂ©nement que Warner classics Ă©dite, synthĂ©tisant l’apport interprĂ©tatif de la divina, en une sĂ©lection de ses meilleurs enregistrements, remastĂ©risĂ©s pour l’occasion. Le coffret intĂ©gral comprend 69 cd, regroupant toutes les bandes enregistrĂ©es en studio par Maria Callas entre 1949 et 1969, pour EMI/Columbia et le label italien Cetra. Chaque document a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une restauration minutieuse en 24-bit/96kHz, rĂ©alisĂ©e par les Studios Abbey Road durant plus d’un an, Ă  partir des sources d’origine. PrĂ©sentĂ© avec un soin scientifique, artistique, Ă©ditorial tout particulier, le coffret rassemble 26 intĂ©grales d’opĂ©ras ainsi que  13 rĂ©citals gravĂ©s par Maria Callas.

Callas ressuscitée

Callas Maria+Callas+i71531L’ «Edition Collector», intitulĂ©e CALLAS REMASTERED prĂ©sente chaque enregistrement d’opĂ©ra ou chaque rĂ©cital avec sa couverture originale. Elle contient Ă©galement un livre reliĂ© de 132 pages, qui comprend de nombreux articles, une biographie, une chronologie de la vie de l’artiste, des photographies ainsi que des lettres de Maria Callas elle-mĂȘme, du producteur Walter Legge ou d’autres responsables d’EMI. Les livrets complets des opĂ©ras ainsi que les textes des airs pour les rĂ©citals sont disponibles intĂ©gralement sur un CD-ROM. Les bandes gagnent un relief, une prĂ©cision, une prĂ©sence renforcĂ©e dans le sens de la sensibilitĂ© et de l’émotivitĂ© : jamais Maria Callas interprĂšte n’aura Ă©tĂ© aussi mieux dĂ©fendue, rĂ©vĂ©lĂ©e, restituĂ©e. VoilĂ  qui accentue l’immense valeur de son legs lyrique.  Contre les adeptes d’un beau chant dĂ©sincarnĂ© ne s’exprimant que par la pure agilitĂ© technicienne, La Callas rĂ©alise de façon unique, la rĂ©ussite d’un chant lyrique intense, expressif, « laid » diront ses dĂ©tracteurs qui avaient oubliĂ© que l’opĂ©ra c’est aussi du thĂ©Ăątre. Peu Ă  peu, et dĂšs la vingtaine, Maria Callas observe un choix judicieux de prises de rĂŽles qui lui assure longĂ©vitĂ© et pertinence artistique : la mezzo soprano dramatique Ă  la tessiture Ă©tonnamment Ă©tendue s’impose dans plusieurs caractĂšres, exigeant drame et puretĂ© vocale : Gioconda (Ponchielli), Turandot (Puccini), BrĂŒnnhilde et Isolde (Wagner). Mais aussi, diamants du rĂ©pertoire belcantiste italien : Norma et Amina (La Somnambule) de Bellini, Violetta (La Traviata) de Verdi, Lucia et Anna Bolena de Donizetti, MĂ©dĂ©e de Cherubini et Tosca de Puccini. Son sens du thĂ©Ăątre, sa musicalitĂ© et son art du phrasĂ© fondent un nouvel art du chant. AprĂšs elle, chaque cantatrice digne de ce nom recherche et la musicalitĂ© et la prĂ©sence dramatique, sans jamais sacrifier la finesse ni le subtilitĂ© d’un chant incarnĂ©. Ainsi en tĂ©moigne aussi son approche du rĂŽle de Carmen (Bizet) dont Warner classics dĂ©voile dans la box 2014, une nouvelle version remastĂ©risĂ©e, d’autant plus prĂ©cieuse qu’elle dĂ©coule du master original jamais utilisĂ© et miraculeusement retrouvĂ© Ă  Saint-Ouen !

Le legs Warner classics 2014 correspond ainsi aux annĂ©es 1950 c’est Ă  dire Ă  l’apogĂ©e de la carriĂšre de Maria Callas. Principalement attachĂ©e aux maisons d’opĂ©ra d’Italie, elle devient la prima donna assoluta de la Scala de Milan, en participant notamment aux productions de Luchino Visconti, un partenaire et un mentor avec lequel elle partageait la mĂȘme exigence esthĂ©tique. Elle apparaĂźt Ă©galement au Royal Opera House (Covent Garden) de Londres, au Metropolitan Opera de New York, Ă  l’OpĂ©ra de Paris, Ă  l’OpĂ©ra de Vienne, et dans les maisons d’opĂ©ra de Chicago, Dallas, Houston, Lisbonne, et au dĂ©but des annĂ©es 1950, de Mexico, SĂŁo Paolo, Rio de Janeiro.

Warner classics Maria callas complete recordings remastered box coffret

A partir de 1959, quand dĂ©bute sa tumultueuse histoire d’amour avec l’armateur grec Aristote Onassis, sa carriĂšre scĂ©nique se fait plus rare, sa voix plus fragile. Son ultime apparition sur une scĂšne d’opĂ©ra remonte Ă  1965 : elle avait seulement 42 ans. MalgrĂ© quelques projets de retour Ă  la scĂšne, et en studio de nouvelles intĂ©grales d’opĂ©ras,  Maria Callas s’efface peu Ă  peu de la scĂšne. Elle donne cependant en 1974 une sĂ©rie de rĂ©citals en Europe, Ă  Paris, aux Etats-Unis et au Japon avec le tĂ©nor Giuseppe di Stefano, l’un de ses plus fidĂšles partenaires (leur lĂ©gendaire Tosca de 1953, sous la direction du chef d’orchestre Victor de Sabata demeure une version insurpassĂ©e dans l’histoire de l’enregistrement). Si l’actrice saisit l’audience, la chanteuse n’avait plus toutes ses facultĂ©s, affichant dĂ©sormais une voix usĂ©e et instable. Maria Callas meurt, seule, en septembre 1977, dans son appartement parisien.

Maria Callas : The Complete Studio Recordings Remastered, coffret de 69 cd Warner classics. Parution : le 22 septembre 2014. Prochaine compte rendu critique complet dans le mag cd de classiquenews.com.

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Illustration : Maria Callas divina © Sothebys

CD. R. STRAUSS: The great operas (22 cd Warner classics)

CLICK_classiquenews_dec13 CD, coffret Richard Strauss : The great operas (22 cd Warner classics). Autant le dire, ce coffret (le premier Ă©ditĂ© pour l’anniversaire Strauss 2014, 150 ans de la naissance, car Universal prĂ©voit aussi le sien au dĂ©but de l’annĂ©e nouvelle), est une malle Ă  trĂ©sors, de surcroĂźt rĂ©unissant des versions lĂ©gendaires, absolument irrĂ©sistibles, en un prix plus qu’abordable, au regard de la qualitĂ© des lectures. Les straussiens ici rĂ©unis sont demeurĂ©s indiscutables, offrant une quasi intĂ©grale des ouvrages les plus recommandables : le coffret comprend les opĂ©ras majeurs composĂ©s avec le poĂšte librettiste Hugo von Hofmannsthal, puis Stefan Zweig, enfin Joseph Gregor …

 

 

Coffret Richard Strauss chez Warner classics :
pépite exceptionnelle !

 

richard-strauss-r-strauss-the-great-operas-1Voici donc Herbert von Karajan Ă©videmment : Der Rosenkavalier de 1956 (la rĂ©fĂ©rence en la matiĂšre, alternative Ă  la nervositĂ© tout aussi Ă©lĂ©gante d’un Solti : ici version anthologique de l’aprĂšs guerre avec Schwarzkopf, Edelman, Ludwig, Stich-Randall, Nicolai Gedda…), SalomĂ© de 1977 et 1978 (lecture lunaire aux Ă©clats tendus et scintillants -, ceux des Wiener Philharmoniker avec Hildegard Behrens, AgnĂšs Baltsa, JosĂ© van Dam dans les rĂŽles de SalomĂ©, Herodias, Jochanaan…). C’est surtout Wolfgang Sawalisch (photo ci-dessous) qui gagne un regain de reconnaissance car son legs straussien s’avĂšre indiscutable ; dĂ©cĂ©dĂ© en fĂ©vrier 2013 (Ă  89 ans), le chef de tradition bavaroise, nĂ© Ă  Munich semble respirer Strauss avec un naturel confondant, le coffret rĂ©vĂšle sa maniĂšre aussi efficace, simple et directe qu’extrĂȘmement ciselĂ©e – n’a-t-il pas rĂ©gnĂ© sur l’OpĂ©ra de Munich, OpĂ©ra d’État de BaviĂšre, de 1971 Ă  1992, y dirigeant tous les ouvrages de Strauss (sauf SalomĂ©); un style et une expĂ©rience aujourd’hui Ă  redĂ©couvrir : ainsi en tĂ©moignent Capriccio de 1957-1958, Intermezzo de 1980, La femme sans ombre (Die Frau ohne schatten) de 1987, Friedenstag de 1988 (l’annĂ©e oĂč il dirige l’intĂ©grale lyrique) et Elektra de 1990 (Ă©ruptive, incandescente, d’une prĂ©cision exemplaire avec des balances voix/instruments remarquablement conçues, grĂące Ă  Eva Marton, Cheryl Studer, Marjana Lipovsek dans les rĂŽles fĂ©minins centraux de Elektra, Chrysothemis, KlytĂ€mnestra …).
sawallisch_wolfgang_strauss_portrait_290Sens de l’architecture, expressivitĂ© affĂ»tĂ©e (dans le sillon de Karajan avec ce souffle ductile propre Ă  Böhm), entre hĂ©donisme, grĂące et prĂ©cision instrumentale, Sawalisch se montre un superbe straussien comme il fut grand wagnĂ©rien (sa TĂ©tralogie est absolument Ă  possĂ©der tout autant). Au sommet de son legs ici concernĂ©, avouons notre prĂ©fĂ©rence pour l’accomplissement de la Femme sans ombre, opĂ©ra de guerre et de sang d’une violence orchestrale inouĂŻe, dernier grand opĂ©ra romantique qui est aussi une rĂ©ponse et une alternative au wagnĂ©risme et au vĂ©risme contemporain : la partition grandiose pĂ©nĂ©trĂ©e par l’esprit des LumiĂšres oĂč souffle un pur imaginaire fantastique et fĂ©erique se rĂ©alise sous la direction superlative du chef d’une hypersensibilitĂ© instrumentale confondante de nuances et de respirations inĂ©dites, comptant sur un quatuor de solistes Ă©patants : RenĂ© Kollo, Cheryl Studer (d’un angĂ©lisme dans lequel s’incarne le chant d’une progressive humanitĂ©), Alfred Muff et Ute Vinzing, dans les rĂŽles de l’Empereur, l’ImpĂ©ratrice, Barak et la teinturiĂšre, sans omettre l’Ă©blouissante et ardente nourrice d’Hanna Schwarz. Si familiĂšrement Sinopoli, Karajan (2 versions) et Böhm sont reconnus comme les champions de ce prodige humaniste composĂ© Ă  l’Ă©poque de la premiĂšre guerre, il faut compter aussi avec la version d’un Sawalisch conteur remarquablement inspirĂ© en 1987. MĂȘme enthousiasme total pour Capriccio enregistrĂ© Ă  Londres en 1957 et 1958 oĂč Ă  la tĂȘte du Philharmonia, le chef dirige un trio exemplaire : Schwarzkopf dans le rĂŽle axial de la comtesse Madeleine, Ă  laquelle le Flamand de Nicolai Gedda et surtout Olivier de Dietrich Fischer Dieskau lui donnent la rĂ©plique  : un trio de rĂȘve confondant de raffinement linguistique et d’une musicalitĂ© rayonnante.

Etrangement la DaphnĂ© de Haitink (1982), pourtant avec le mĂȘme orchestre que dirige Sawalisch (le Symphonique de la Radio Bavaroise : Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks) laisse mitigĂ© (avec effets kitsch amplifiĂ©s par la prise studio : la foudre prĂ©enregistrĂ©e pour les Ă©clats de tonnerre…) : la direction manque parfois de ductilitĂ© flexible, trop raide, droite et brutale, un rien carrĂ©e sans les infimes nuances requises d’une partition qui semble rĂ©capituler et la philharmonie cuivrĂ©e de La Femme sans ombre et les Ă©clairs antiquisants d’Elektra (mais Lucia Popp dans le rĂŽle-titre demeure irrĂ©sistible, subtilement accompagnĂ©e par Ortrun Wenkel et le Leukippos de Peter Schreier).Si la direction de Haitink manque parfois de respiration chambriste Ă©clairant le message esthĂ©tique et humaniste de Strauss et de Gregor, la voix de Lucia Popp fait une excellente DaphnĂ© ; son timbre aspire totalement Ă  cette sublimation abstraite qui la porte peu Ă  peu Ă  sa transformation finale : timbre blessĂ©, d’une hypersensibilitĂ© tendant au basculement souhaitĂ©… LĂ  encore la musique et tout l’orchestre qui puise dans les accents et l’hyperactivitĂ© de La Femme sans ombre, semble ressusciter l’AntiquitĂ© d’Ovide revisitĂ©e par un sentiment de pacification. Un vƓu qui prend d’autant plus son sens dans le contexte hitlĂ©rien de 1938. Auparavant (1935), Strauss, gĂ©nie musicien vivant, avait dĂ©missionner de toutes ses fonctions officielles au sein du Reich, de sorte qui lui aussi porteur d’un message civilisateur Ă  travers un nouvel ouvrage antiquisant semblait suivre l’itinĂ©raire de ses deux protagonistes, DaphnĂ© et Apollon. La lumiĂšre contre les tĂ©nĂšbres.


popp_lucia_strauss_intermezzo_daphneLe coffret met ainsi en lumiĂšre le chant captivant de la soprano Lucia Popp : brĂ»lante diseuse Ă  l’abattage parlĂ© chantĂ© irrĂ©sistible pour le personnage de Christine dans l’opĂ©ra intimiste Intermezzo – si proche du thĂ©Ăątre parlĂ©, vraie drame domestique d’une rare intensitĂ© linguistique, sans omettre son Ă©poux dans la partition, interprĂšte non moins indiscutable Dietrich Fischer Dieskau (il est vrai sous la baguette libre, claire, foisonnante mais surtout toujours chambriste de Sawallisch en 1980 : un modĂšle d’Ă©quilibre et de pĂ©tillance) ; deux annĂ©es plus tard, la mĂȘme Lucia Popp enregistre le rĂŽle si difficile de DaphnĂ©, en 1982 donc, mais sous la baguette un rien tendue, presque muselĂ©e donc de Bernard Haitink : sous la battue moins Ă©vidente et naturelle,- avec pourtant le mĂȘme orchestre bavarois-, la cantatrice paraĂźt parfois Ă  la tĂąche, sans ce dĂ©bridĂ© thĂ©Ăątral et si subtil qui fait encore toute la sĂ©duction de sa Christine chez Intermezzo. LĂ  encore quelle interprĂšte car si elle avait peut-ĂȘtre bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une baguette autrement plus subtile, sa DaphnĂ© aurait Ă©tĂ© Ă  n’en pas douter anthologique.

kempe_rudolf_rkVous ne bouderez pas votre plaisir grĂące Ă  l’Ariadne auf Naxos du Saxon pur jus Rudolf Kempe (photo ci-contre) Ă  la baguette tout aussi vive et claire, sans effets d’aucune sorte (un miracle pour l’orchestre suractif de Strauss, ainsi Kempe comme Sawallisch dĂ©fendent une mĂȘme vision Ă©purĂ©e, assouplie, sobre, indiscutablement intĂšgre, plus raffinĂ©e qu’on s’obstine Ă  le rĂ©pĂ©ter) : cette Ariadne de 1968, magnifiquement enregistrĂ©e au studio bĂ©nĂ©ficie aussi d’une distribution superlative : Gundula Janowitz (Ariadne), Teresa Zylis-Gara (le compositeur) … de surcroĂźt avec un orchestre miraculeux de chambrisme ardent et lui aussi nuancĂ© (rappelons que l’intĂ©grale symphonique du chef fait toujours autoritĂ© Ă  juste titre) : la Staaskapelle de Dresde, Ă  son meilleur Ă  la fin des annĂ©es 1960. Encore un jalon lĂ©gendaire qui accrĂ©dite la trĂšs haute valeur du coffret Warner classics. Superbe rĂ©vĂ©lation en prĂ©ambule aux cĂ©lĂ©brations du 150 Ăšme anniversaire de Richard Strauss en 2014.

Illustrations : le geste ciselė de Wolfgang Sawallisch et de Rudolf Kempe, les deux champions, – immenses straussiens que rĂ©vĂšle le coffret Warner classics.