CRITIQUE, opĂ©ra. WAGNER : Tristan und Isolde, le 9 juil 2021. Stuart Skelton (Tristan), Nina Stemme (Isolde) – mise en scĂšne : Simon Stone. LSO, London Symphony Orchestra – Direction musicale : Simon Rattle.

TRISTAN-ISOLDE-AIX-2021-RATTLE-critique-opera-classiquenews-Stemme-Skelton-ZeligCRITIQUE, opĂ©ra. WAGNER : Tristan und Isolde, le 9 juil 2021. Stuart Skelton (Tristan), Nina Stemme (Isolde) – mise en scĂšne : Simon Stone. LSO, London Symphony Orchestra – Direction musicale : Simon Rattle. Certes on nous avait « vendu » cette production comme « l’évĂ©nement d’Aix 2021 ». Que nenni. Dans un dĂ©cor annĂ©e 60, style Mad men, Isolde dans son salon avec vue sur l’ocĂ©an (histoire de faire rĂ©fĂ©rence au vaisseau qui est censĂ© la conduire jusqu’à la cour du roi Marke Ă  bord du bateau oĂč se trouve aussi Tristan), se morfond, pleine de ressentiment et d’ insatisfaction vis Ă  vis de celui qu’elle a jadis soignĂ© et aimĂ© secrĂštement sous le nom de 
 Tantris. Le premier acte qui est d’exposition, s’enlise dans un jeu d’acteurs statique, oĂč chacun, d’Isolde, Tristan / Tantris, Ă  Brangaine, figure comme une belle plante de salon. Orchestralement, sous la baguette de Rattle, les instrumentistes ne manquent pas de puissance comme d’expressivitĂ©, mais sonnent Ă©pais.
On attend l’acte II. La mise en scĂšne actuelle ne fait pas rĂȘver loin s’en faut surtout pour la magie nocturne de ce dĂ©but d’acte qui exprime les langueurs du dĂ©sir le plus absolu, appel sublime et nocturne Ă  l’anĂ©antissement de la conscience, loin du mensonge du jour
 Pas facile d’imaginer cette couleur mĂ©diĂ©vale du chevalier Tristan et de la princesse Yseult, la belle d’Irlande, couple mythique de l’amour absolu, dans ce dĂ©cor froid et glacial, style Ikea ou cantine d’Ephad
 avec verriĂšre industrielle (!).

Melot-marke-F-zelig-tristan-und-isolde-rattle-aix-2021-opera-critiqueHeureusement, dans toute production, il y a du bon. Franz-Josef Selig, wagnĂ©rien d’une rare subtilitĂ© (jusque sur la scĂšne de l’OpĂ©ra Bastille), Ă©blouit viscĂ©ralement en roi Marke, tĂ©moin malgrĂ© lui de l’effusion des amants magnifiques et maudits; par ses phrasĂ©s suggestifs, sa ligne vocale infinie, Ă©noncĂ©e en vrai diseur, comme enivrĂ©e par la poison de la jalousie et de l’impuissance face au couple divin Yseult / Tristan. Quelle leçon quand il exprime sa blessure car il est ainsi trahi par son cher (et aimĂ©) Tristan
 Il y a dans ce timbre blessĂ© de l’Amfortas Ă  venir ; ĂȘtre Ă  jamais marquĂ© dans sa chair et dans l’esprit par une trahison indĂ©lĂ©bile

De mĂȘme, percutant Dominic Sedgwick en Melot, insinueux, vindicatif et juvĂ©nile, ardent dans la dĂ©nonciation (de Tristan) d’un coeur jaloux et meurtrier (c’est lui qui poignarde Tristan en fin de II)

Dans les rĂŽles titres, hĂ©las les deux protagonistes font entendre la fatigue de voix hier brillantes ; on est Ă  100 lieux du couple jeune, du jeune chevalier et de la princesse
 La crĂ©dibilitĂ© scĂ©nique en pĂątit terriblement. Le brio et l’éclat psychologique, et toutes les nuances d’une partition scintillantes sont absentes. HĂ©las.

Au Festival d’Aix 2021,
dans une mise en scÚne désatreuse de Simon Stone,
TRISTAN PREND LE METRO PARISIEN ET MEURT DANS LA RAME

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Le III (Ă  3h44) fait valoir les limites et les incongruitĂ©s d’une mise en scĂšne trop dĂ©calĂ©e, une conception qui comme tant d’autres aujourd’hui recherche avant toute fusion avec la musique, sa propre grille de lecture ; une rame de mĂ©tro emporte les hĂ©ros marquĂ©s par leur destin ; l’admirable air du pĂątre (hautbois solo) qui dit tout le dĂ©nuement ultime des ĂȘtres impuissants et solitaires, est un musicien qui fait la manche
 Une voyageuse fait tomber des papiers en prenant son portable et demande son chemin
 Evidemment Tristan en habit de soirĂ©e se dispute avec Isolde puis est (encore) poignardĂ© par le jeune Melot tout de blanc vĂȘtu
 la rĂ©pĂ©tition, l’anecdotique, le manque de cohĂ©rence tranchent derechef avec ce qui a prĂ©cĂ©dĂ©. Le solo de Tristan blessĂ© gagne une certaine puissance dans cette rame de mĂ©tro qui va sa route, Ă  vive allure, aux arrĂȘts de plus en plus improbables
 Ainsi va la mise en scĂšne actuelle et le choix des directeurs de thĂ©Ăątres. On dĂ©route chaque soir un peu plus l’auditeur, surtout les nĂ©ophytes qui pensent alors dĂ©couvrir sur scĂšne les Ɠuvres marquantes du rĂ©pertoire, dans toute leur
 incohĂ©rence visuelle et scĂ©nique. Les amateurs d’opĂ©ra eux, restent dĂ©concertĂ©s par tant de confusion comme d’invraisemblance scĂ©nique.

C’est d’autant plus dommage que vocalement, le niveau est relevĂ© Ă  ce moment : Josef Wagner (Kurwenal, trĂšs impliquĂ©) ; particuliĂšrement Linard Vrielink (Hirt) excellent diseur
 Et Tristan lui-mĂȘme qui semble portĂ©, inspirĂ© par les insinuations sombres, crĂ©pusculaires de la musique, atteint cette articulation chantante et naturelle proche de la parole. Dans une quĂȘte de lui-mĂȘme qui est une confession dĂ©jĂ  psychanalytique, oĂč il meurt presque apaisĂ© car il s’est trouvĂ© ; a analysĂ© l’ampleur de son dĂ©sir pour Isolde. Celui qui a tout vĂ©cu, qui a tout compris, peut mourir en paix. Force est de reconnaĂźtre la prestation de Stuart Skelton qui donne tout, exprimant les affres de l’homme qui doute et est maudit par le philtre du dĂ©sir, mais s’émerveille toujours Ă  l’évocation d’Isolde. Autour de lui, les voyageurs du mĂ©tro, absents Ă  sa priĂšre, Ă  sa sincĂ©ritĂ© ensanglantĂ©e
 entrent et sortent de la voiture. A Goncourt, les deux amants se retrouvent, avant que Tristan n’expire.
Autant de voix qui timbrent et articulent enfin un Wagner chambriste, empĂȘtrĂ©, sublimĂ© dans les rets d’une langueur infinie. Reconnaissons Ă  Rattle aussi, le sens de la mesure, des Ă©quilibres chambristes d’une partition fleuve, suspendue. Et ici, visuellement dĂ©cortiquĂ©e et dĂ©naturĂ©e, rĂ©Ă©crite, Ă©clatĂ©e
 c’est Ă  dire Ă  la mode.
On reste perplexe voire agacĂ© par la « conception » de Simon Stone ; par ce chaos de tableaux incohĂ©rents qui finit par gĂȘner la perception de la musique et l’unitĂ© du drame conçu Ă  l’origine par Wagner. Pour les idĂ©es dĂ©co et quelques jeux de lumiĂšres, on veut bien reprendre le mĂ©tro avec le metteur en scĂšne australien, et l’inviter Ă  ne pas rater la station BHV HĂŽtel de ville


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CRITIQUE, opĂ©ra. WAGNER : Tristan und Isolde, le 9 juil 2021. Stuart Skelton (Tristan), Nina Stemme (Isolde) – mise en scĂšne : Simon Stone. LSO, London Symphony Orchestra – Direction musicale : Simon Rattle.

REVOIR Tristan und Isolde AIX 2021 – Rattle, Stone

https://www.arte.tv/fr/videos/103071-000-A/tristan-et-isolde-festival-d-aix-en-provence-2021/

En replay sur ARTEconcert jusqu’au 30 aoĂ»t 2023.

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siĂšcle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane

LAMOUREUX livre yannick simon critique livre actes sud edition critique classiquenews-Charles-Lamoureux-chef-dorchestre-et-directeur-musical-au-XIX-636x1024LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siĂšcle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane, 2020. Dans le dernier tiers du XIXĂš « romantique », le chef d’orchestre Charles Lamoureux (1834-1899), hyperactif et militant marque la vie musicale parisienne : fondateur d’un Quatuor, d’une sociĂ©tĂ© de musique chorale participant Ă  l’exhumation des grandes pages du passĂ© (SociĂ©tĂ© française de l’Harmonie sacrĂ©e fondĂ©e en 1873, une chorale d’amateurs avec laquelle il joue les grands oratorios de Haendel et les Passions de JS Bach
), le maestro lĂ©gendaire fonde en 1881, la SociĂ©tĂ© des nouveaux concerts, c’est Ă  dire les fameux « Concerts Lamoureux ». Jusqu’en 1899, Lamoureux dirige un collectif de musiciens au service de ses goĂ»ts orchestraux, en particulier les opĂ©ras de Wagner (quand les institutions de concerts concurrentes : Pas de loup ou Colonne
 jouent plutĂŽt Berlioz).

 

 

 

Quand Lamoureux diffusait Wagner à Paris


 

 

lamoureux-charles-portrait-chef-Charles_Lamoureux-chef-maestro-classiquenews-livre-yannick-simon-critique-classiquenewsNĂ© Ă  Bordeaux, il Ă©tudie au Conservatoire de Paris, et y obtient un 1er prix de violon (en 1854). Il doit son solide mĂ©tier instrumental puis de direction d’orchestre grĂące Ă  ses fonctions successives : violoniste dans l’orchestre de l’OpĂ©ra (1853), puis au sein de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire (1863), oĂč il devient chef d’orchestre adjoint en 1872. Le geste visionnaire de Charles Lamoureux, comme directeur de sa propre sociĂ©tĂ© de concerts, sait outrepasser le contexte gĂ©opolitique en France depuis 1870, oĂč parce que l’Allemagne menace et dĂ©fie les Gaulois, toutes les musiques d’Outre-Rhin sont suspectes, en premier lieu Wagner. Directeur musical, chef d’orchestre, entrepreneur, administrateur, programmateur, on doit Ă  Charles Lamoureux la diffusion la plus large et constante des pages wagnĂ©riennes Ă  Paris, comme Habeneck au sein de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire avait dans la premiĂšre moitiĂ© du siĂšcle, fait connaĂźtre les symphonies de Beethoven.

Lamoureux ne dĂ©sarme pas contre les dĂ©fenseurs de la musique franco-française : il dirige Lohengrin (le 3 mai 1887, Ă  l’Éden-ThĂ©Ăątre, avec d’Indy qui prĂ©pare les chƓurs), puis en 1891 Ă  l’OpĂ©ra, mais aussi Tristan und Isolde, au Nouveau ThĂ©Ăątre en 1899 (l’annĂ©e de sa mort, Ă  65 ans) ; tout en jouant les compositeurs hexagonaux. La musique nouvelle est sa spĂ©cialitĂ©. En dehors des antagonismes partisans dont aime Ă  se dĂ©lecter le petit milieu musical parisien, Lamoureux voit grand et large, allemand ET français ; en une pĂ©riode oĂč les patriotismes sont exacerbĂ©s de part et d’autre des frontiĂšres, oĂč il est de bon ton de montrer dans quel camp l’on est. Lamoureux permet finalement Ă  Wagner l’occasion de prendre sa revanche aprĂšs l’échec cuisant de son TannhĂ€user, objet d’une cabale aprĂšs ses 3 reprĂ©sentations parisiennes de 1861. Le wagnĂ©risme devient total, 20 ans plus tard, grĂące Ă  Lamoureux, partisan infatigable (dans le sillon de Baudelaire). L’auteur analyse les jalons d’une activitĂ© musicale unique Ă  Paris, celle du chef et producteur Charles Lamoureux. Il montre en particulier la volontĂ© et l’ambition d’un musicien, entrepreneur courageux pour lesquels le succĂšs et les revenus furent aussi prĂ©caires que le public, volatile. Critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

 
 

 

 

 

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DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann)

wagner tristan und isolde DVD wagner review compte rendu dvd critique vignette deutsche grammophonDVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann). Deutsche Grammophon Ă©dite le 8 juillet prochain, le dvd de la production du nouveau Tristan und Isolde crĂ©Ă© en juillet 2015
 Que vaut cette production polĂ©mique qui positionne l’arriĂšre petite fille et codirectrice du Festival de Bayreuth, telle une metteure en scĂšne de poids, habile ou inspirĂ©e Ă  dĂ©fendre le gĂ©nie dramatique et thĂ©Ăątrale de son ascendant ? AprĂšs une lecture iconoclaste et finalement superficielle car gadget des Maitres Chanteurs de Nuremberg (2011), ce Tristan und Isolde de 2015 vaut adoubement. Une rĂ©ussite Ă©loquente qui a le mĂ©rite d’ĂȘtre claire, parfois Ă©purĂ©e et suscite des tableaux puissants qui laissent la sĂ©duction du plateau vocal s’épanouir en un jeu dramatique naturel
 Prochaine critique complĂšte dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

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DVD, annonce. WAGNER : Tristan und Isolde, Bayreuth 2015 : Katarina Wagner / Christian Thielemann avec Stephen Gould (Tristan). Avec Evelyn Herlitzius (Isolde), Georg Zeppenfelds (König/Le Roi Marke), Iain Paterson (Kurwenal), Raimund Nolte (Melot), Christa Mayer (BrangÀne), Tansel Akzeybek (Ein Hirt/Un berger), Kay Stiefermann (Ein Steuermann), Tansel Akzeybek (Junger Seemann / Jeune matelot), Bayreuth Festival Orchestra / Christian Thielemann, direction.Katharina Wagner, Stage Director / mise en scÚne. Production créée à Bayreuth le 25 juillet 2015.

 

 

 

wagner-tristan-und-isolde-thielemann-katarina-wagnerBAYREUTH 2016
 Cette annĂ©e, Bayreuth semble – enfin- renouer avec les grandes annĂ©es; rĂ©tablissant la place des distributions cohĂ©rentes et surtout Ă©cartant l’outrance nĂ©faste des mises en scĂšnes dĂ©calĂ©es et gadgets. Les Temps forts sont Ă©videmment la nouvelle production de Parsifal signĂ©e Uwe Eric Laufenberg, sous la conduite du trĂšs efficace Hartmut Haenchen, avec l’angĂ©lique, ardent, lumineux Klaus Florian Vogt dans le rĂŽle titre (les 25 juillet qui est l’ouverture du Festival de Bayreuth 2016, puis 2, 6, 15, 24 et 28 aoĂ»t) ; Le Ring musicalement prometteur sous la direction de Marek Janwski (Ă  dĂ©faut d’une mise en scĂšne dĂ©jĂ  vue et plutĂŽt consternante, pour le coup trĂšs gadget de Frank Castorf
 rien que provocante et anecdotique).
La production de Tristan und Isolde version Katharina Wagner est Ă  l’affiche cette annĂ©e pour 6 dates : les 1er, 5, 9, 13, 17, et 22 aoĂ»t 2016. Stephen Gould, Tristan Ă©lĂ©gant et nuancĂ© chante aux cĂŽtĂ©s de l’Isolde de Petra Lang (comme Stephen Gould, Christa Mayer est toujours prĂ©sente dans le rĂŽle de Brangaine)
 Consulter le site du Festival de Bayreuth : http://www.bayreuther-festspiele.de/english/programme_157.html

 

 

Nouveau Tristan und Isolde Ă  Bayreuth

Festspielhaus BayreuthBayreuth. Tristan und Isolde : les 25 juillet-2,7,13,18 et 23 aoĂ»t 2015. L’Ă©vĂ©nement de ce Bayreuth 2015 reste cĂŽtĂ© nouvelles productions, le tristan version Katharina Wagner, co directrice plutĂŽt critiquĂ©e depuis 2008. Sous la baguette fĂ©dĂ©rarice, honnĂȘte de Christian Thieleman, la nouvelle production de tristan conçue par l’arriĂšre petite fille du compositeur rĂ©ussira-t-elle Ă  convaincre vĂ©ritablement ? On se souvient que sa mise en scĂšne des MaĂźtres Chanteurs n’avait guĂšre Ă©bloui par son intelligence et son esthĂ©tisme… Reste que pour Tristan, sommet lyrique de 1865 qui scelle aussi la relation de Louis II de BaviĂšre et de Richard en BaviĂšre, il faut un certain onirisme certes pas gadgĂ©tisĂ© ou dĂ©calĂ© comme c’est le cas dans les rĂ©alisations scĂ©niques Ă  Bayreuth depuis des annĂ©es. triste tendance qui sacrifie la poĂ©sie sur l’autel de la provocation. CĂŽtĂ© voix : Stephen Gould (Tristan), Evelyn Herlitzius (Isolde), Georg Zeppenfeld (Marke), Iain Paterson (Kurwenal), Christa Mayer (BrangĂ€ne) devraient assurer de leur cĂŽtĂ©, une dĂ©fense engagĂ©e de la partition amoureuse, vĂ©nĂ©neuse du chef d’oeuvre de Wagner.

Ce nouveau Tristan ouvre l’Ă©dition du Bayreuth 2015 dĂšs le 25 juillet. La rĂ©ponse sera claire dĂšs le premier soir : Katharina Wagner Ă  dĂ©faut d’avoir les idĂ©es pour un festival digne du futur, est-elle une metteure en scĂšne pertinente ?

LIRE la page Tristan und Isolde sur le site du Festival de Bayreuth

LIRE aussi notre chronique : Bayreuth 2015 : triste routine

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DOSSIER : Tristan und Isolde de Wagner

tristanandisoldewiththepotion_circa1916Wagner : Tristan und Isolde. Toute nouvelle production du sommet lyrique de Wagner crĂ©Ă© Ă  Munich grĂące Ă  l’aide financiĂšre du jeune Louis II de BaviĂšre en 1865, laisse espĂ©rer une rĂ©alisation Ă  la hauteur de la partition, la plus envoĂ»tante (ivresse extatique de l’acte II) de Wagner. Ici le mensonge du jour et le miracle de la nuit suscitent une maniĂšre de rĂȘve Ă©veillĂ© qui ose concevoir une extase amoureuse sans Ă©quivalent dont la musique somptueuse et hypnotique, exprime les Ă©lans et les aspirations les plus profondes. Musique de la psychĂ© enfin dĂ©voilĂ©e, mais avec quel raffinement orchestral, le Tristan wagnĂ©rien ne laisse rien dans l’ombre : le poison vĂ©nĂ©neux et fatal de l’amour qui unit la belle Isolde au chevalier venu la chercher pour qu’elle Ă©pouse le Roi Mark. Or dĂšs leur rencontre, les deux Ăąmes s’abandonnent au dĂ©sir qui les enchaĂźnent en particulier dans le II. AprĂšs l’enchantement des sentiments mis Ă  nu, vĂ©ritable mystique de l’amour (et sur le plan lyrique, duo amoureux irrĂ©sistible), Wagner souligne le mal qui suit l’extase : la souffrance de Mark, la solitude et l’errance de Tristan sur son Ăźle, dĂ©possĂ©dĂ© de celle qu’il aime (III). VouĂ© Ă  la mort, expirant, le chevalier exsangue voit une derniĂšre fois Isolde qui chante alors en un hymne universel l’ivresse de l’amour total qui s’il n’est pas rĂ©alisable sur Terre, promet une sublimation finale Ă  tous ceux qui sincĂšres en ont ressenti le miracle.

 

 

 

wagner grand formatDans la vie de Wagner, la crĂ©ation de Tristan und Isolde correspond aussi Ă  un double miracle : Richard emmĂ©nage avec la compagne tant espĂ©rĂ©e : Cosima, la fille de Franz Liszt. Il est devenu aussi le protĂ©gĂ© du jeune roi de BaviĂšre lequel lui assure dĂ©sormais protection et nouveaux moyens financiers. Celui qui dut fuir ses crĂ©anciers, devenu persona non grata en Allemagne (aprĂšs sa participation aux rĂ©volutions de 1848), est enfin sauvĂ©, miraculĂ© : il peut se dĂ©dier sans inquiĂ©tudes d’aucune sorte Ă  l’accomplissement de son grand Ɠuvre musical et lyrique dont le ThĂ©Ăątre de Bayreuth conçu spĂ©cialement pour ses opĂ©ras et inaugurĂ© en 1876, marque l’aboutissement. Le thĂ©Ăątre aprĂšs bien des avatars est Ă©difiĂ© lĂ  encore grĂące Ă  l’appui financier du jeune souverain.

 

Tristan und Isolde Ă  l’OpĂ©ra du Rhin

tristanandisoldewiththepotion_circa1916Strasbourg, Mulhouse : Tristan und Isolde de Wagner, 18 mars>19 avril 2015.  Wagner : Tristan und Isolde. Toute nouvelle production du sommet lyrique de Wagner crĂ©Ă© Ă  Munich grĂące Ă  l’aide financiĂšre du jeune Louis II de BaviĂšre en 1865, laisse espĂ©rer une rĂ©alisation Ă  la hauteur de la partition, la plus envoĂ»tante (ivresse extatique de l’acte II) de Wagner. Ici le mensonge du jour et le miracle de la nuit suscitent une maniĂšre de rĂȘve Ă©veillĂ© qui ose concevoir une extase amoureuse sans Ă©quivalent dont la musique somptueuse et hypnotique, exprime les Ă©lans et les aspirations les plus profondes. Musique de la psychĂ© enfin dĂ©voilĂ©e, mais avec quel raffinement orchestral, le Tristan wagnĂ©rien ne laisse rien dans l’ombre : le poison vĂ©nĂ©neux et fatal de l’amour qui unit la belle Isolde au chevalier venu la chercher pour qu’elle Ă©pouse le Roi Mark. Or dĂšs leur rencontre, les deux Ăąmes s’abandonnent au dĂ©sir qui les enchaĂźnent en particulier dans le II. AprĂšs l’enchantement des sentiments mis Ă  nu, vĂ©ritable mystique de l’amour (et sur le plan lyrique, duo amoureux irrĂ©sistible), Wagner souligne le mal qui suit l’extase : la souffrance de Mark, la solitude et l’errance de Tristan sur son Ăźle, dĂ©possĂ©dĂ© de celle qu’il aime (III). VouĂ© Ă  la mort, expirant, le chevalier exsangue voit une derniĂšre fois Isolde qui chante alors en un hymne universel l’ivresse de l’amour total qui s’il n’est pas rĂ©alisable sur Terre, promet une sublimation finale Ă  tous ceux qui sincĂšres en ont ressenti le miracle.

 

 

 

wagner grand formatDans la vie de Wagner, la crĂ©ation de Tristan und Isolde correspond aussi Ă  un double miracle : Richard emmĂ©nage avec la compagne tant espĂ©rĂ©e : Cosima, la fille de Franz Liszt. Il est devenu aussi le protĂ©gĂ© du jeune roi de BaviĂšre lequel lui assure dĂ©sormais protection et nouveaux moyens financiers. Celui qui dut fuir ses crĂ©anciers, devenu persona non grata en Allemagne (aprĂšs sa participation aux rĂ©volutions de 1848), est enfin sauvĂ©, miraculĂ© : il peut se dĂ©dier sans inquiĂ©tudes d’aucune sorte Ă  l’accomplissement de son grand Ɠuvre musical et lyrique dont le ThĂ©Ăątre de Bayreuth conçu spĂ©cialement pour ses opĂ©ras et inaugurĂ© en 1876, marque l’aboutissement. Le thĂ©Ăątre aprĂšs bien des avatars est Ă©difiĂ© lĂ  encore grĂące Ă  l’appui financier du jeune souverain.

 

 

 

boutonreservationTristan et Isolde Ă  l’OpĂ©ra du Rhin, nouvelle production
Strasbourg, les 18,21, 24, 30 mars puis 2 avril 2015
Mulhouse, les 17 et 19 avril 2015

Axel Kober, direction
Antony McDonald, mise en scĂšne

Tristan : Ian Storey
Le Roi Marke :  Attila Jun
Isolde :  Melanie Diener
Kurwenal : Raimund Nolte
BrangÀne : Michelle Breedt
Melot : Gijs Van der Linden
Un berger, un marin : Sunggoo Lee

ChƓurs de l’OpĂ©ra national du Rhin
Orchestre philharmonique de Strasbourg

Livres. Serge Gut : Tristan et Isolde de Wagner (Fayard)

Gut serge tristan und isoldeLivres. Serge Gut : Tristan et Isolde de Wagner (Fayard)… ƒuvre clĂ© dans la production wagnĂ©rienne, mais aussi centrale dans toute la crĂ©ation musicale lyrique, l’opĂ©ra de Wagner : Tristan et Isolde (crĂ©Ă© en 1865) se dĂ©voile ici sous la plume passionnĂ©e, subjective de son auteur. Le texte analyse chacun des aspect de la partition, Ă©clairant architecture harmonique, audace stylistique, accords suspendus, surtout cet accord fameux de Tristan
 noyau fascinant d’une Ă©criture qui ouvre sur l’inexprimable et le transcendant, sur le mystĂšre de l’amour et l’impossibilitĂ© de le vivre sur cette terre (mensonge du jour, ivresse extatique de la nuit comme le dĂ©veloppe l’acte II). Tristan une Isolde composĂ© pendant le vaste chantier du Ring, n’exprimerait-il pas au plus prĂšs les thĂšses esthĂ©tiques de Wagner dĂ©veloppĂ©es dans son passionnant essai sur la musique : «  OpĂ©ra et drame « ? – un essai que Richard Strauss considĂ©rait comme sa bible
  VoilĂ  une Ă©vidence Ă  laquelle le lecteur souscrit face Ă  d’aussi bons arguments.

L’auteur explique la place de Tristan dans l’oeuvre de Wagner, la genĂšse de l’ouvrage, sa singularitĂ© face aux opĂ©ras Siegfried, Les MaĂźtres Chanteurs de Nuremberg jusqu’à Parsifal
 les thĂšmes du mythe tristanesque sont ici argumentĂ©s et analysĂ©s : l’amour et la mort, le jour et la nuit, et certains passages sont plus minutieusement Ă©tudiĂ©s tels le PrĂ©lude et la mort d’amour (Liebestod). MĂȘme la liste prĂ©cise des quelques 62 thĂšmes musicaux (Leitmotive) permet d’identifier les Ă©lĂ©ments structurels d’une partition complexe mais pas compliquĂ©e, aussi dense et versatile que le mouvement des sentiments.

ParticuliĂšrement passionnants les chapitres dĂ©diĂ©s Ă  la structure tonale des actes II et III et leur signification sĂ©mantique et le complĂ©ment analytique consacrĂ© au traitement orchestral dans Tristan und Isolde. Le regard embrasse toute une vie, un destin aussi, celui de Wagner empĂȘtrĂ© dans la malĂ©diction de l’amour (pour Mathilde Wesendonck). Et l’on comprend mieux le fil tĂ©nu d’une Ă©criture qui tĂ©moigne de sa expĂ©rience face Ă  la puissance amoureuse, elle-mĂȘme inspiratrice de l’Ɠuvre d’art totale Ă  laquelle aspire toutes les forces du compositeur dĂ©miurge. C’est une route sinueuse de sentiments radicaux et exacerbĂ©s qui fait de Wagner, le compositeur de l’amour, mais une force vĂ©cue, Ă©prouvĂ©e qui subit l’influence du pessimisme de Shopenhauer et celle de Feuersbach : ayant atteint un sommet avec le duo Siegmund/Sieglinde de la Walkyrie, Richard laisse reposer la composition de Siegfried pour se consacrer Ă  Tristan
 ainsi pourra-t-il Ă©crire le duo Siegfried/BrĂŒnnhilde. Mais se dĂ©faire d’une telle Ă©preuve musicale et personnelle, Wagner compose sa comĂ©die Les MaĂźtres Chanteurs pour revĂȘtir non pas l’habit du jeune champion rĂ©formateur Walther, mais plutĂŽt celui du maĂźtre artisan philosophe, Hans Sachs, qui le mĂšne vers la voie du renoncement 
 celle de Parsifal (le dernier visage du Wagner mystique, dĂ©sormais convaincu par les enseignements de Bouddha).  Passionnant.

Livres. Serge Gut : Tristan et Isolde de Wagner (Fayard). EAN : 978221368113. Parution : 28/05/2014. 288 pages. Format : 120 x 185 mm. Prix public TTC: 17 €.

Tristan und Isolde de Wagner par Philippe Jordan

logo_francemusiqueFrance Musique, le 17 mai, 19h.Wagner : Tristan und Isolde, Production Sellars. Philippe Jordan (avril 2014). AprĂšs Salonen (2005), Bychkov (2008), Philippe Jordan reprend le pari de cette production contestĂ©e, mais Ă©vĂ©nement : son excĂšs de visuel (les immenses tableaux vivants de Bill Viola, finissant pour certains par “polluer” l’action scĂ©nique – si confidentielle-, et la fosse. A la radio, c’est Ă  dire nettoyĂ©e de ses artifices trompeurs pour les yeux, le spectacle captĂ© en avril 2014, se concentre sur le travail remarquable d’articulation et de profondeur chambriste de Philippe Jordan, vĂ©ritable hĂ©ros de la soirĂ©e. D’autant que les solistes, au contact d’une direction aussi filigranĂ©e, intĂ©rieure, mystĂ©rieuse, semblent eux aussi produire de la magie pure : Violetta Urmana fait une Isolde nuancĂ©e, elliptique, rĂ©ussissant enfin les passages pleine voix et pianissimi (suivant la baguette du chef alchimiste). HĂ©las, le Tristan de Robert D. Smith nage en eaux plus troublĂ©es : timbre rĂąpeux et chant limitĂ©, usĂ© dans le III. Heureusement, Franz-Josef Selig impose un Mark noble, trouble, maĂźtrisĂ©, de trĂšs grande allure : humain et dĂ©chirĂ©. Repris et dĂ©diĂ© Ă  GĂ©rard Mortier, dĂ©cĂ©dĂ© il y a peu, le spectacle parisien grĂące Ă  la baguette hallucinĂ© et en transe d’un Jordan miraculeux enchante de bout en bout. TrĂšs grand moment d’envoĂ»tement wagnĂ©rien auquel vous ne resterez pas de marbre. Diffusion Ă©vĂ©nement.

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Illustration : Gary Lehmann, Violetta Urmana (Bill Viola studio)