Bérénice de Magnard

berenice_titus_Racine_magnardTours, OpĂ©ra. Magnard : BĂ©rĂ©nice, 1911. Les 4,6,8 avril 2014. En s’inspirant très librement de Racine, Magnard compose son chef-d’oeuvre lyrique entre 1905 et 1909. Le symphoniste rĂ©vĂ©lĂ© et magnifiquement servi par Jean-Yves Ossonce, tourne le dos Ă  l’opĂ©ra Ă  la mode Ă  son Ă©poque. Inflexible et exigeant, Magnard, Ă©lève de D’Indy, revendique la souverainetĂ© de la “musique pure”, la modernitĂ© du “style wagnĂ©rien”, tout en reconnaissant l’idĂ©al classique et romantique de Gluck et de Berlioz.
Dans la partition oĂą règne l’orchestre, Magnard cisèle le profil austère et grave des deux protagonistes : Titus et BĂ©rĂ©nice, ici Jean-SĂ©bastien Bou, baryton et Catherine Hunold.
La nouvelle production portĂ©e par l’OpĂ©ra de Tours rend hommage Ă  Magnard dont 2014 marque le centenaire.
Outre Bérénice, les concerts de musique de chambre proposent son Trio et sa Sonate pour violoncelle et piano (2 février 2014). Une page rare de César Franck (Rédemption) est programmée dans la saison symphonique, avec le 2e Concerto de Saint-Saëns (15 et 16 février 2014). Enfin, la Neuvième Symphonie de Mahler, contemporaine de Bérénice, clôturera la saison symphonique (12 et 13 avril 2014).  

BĂ©rĂ©nice (nĂ©e vers 28 après JC) est une figure illustre de l’histoire romaine : multiple Ă©pouse au rang prestigieux, elle rejoint finalement son frère Agrippa II Ă  JĂ©rusalem et exerce le pouvoir Ă  ses cĂ´tĂ©s comme reine.
En GalilĂ©e, elle se rapproche de Titus (30 ans), futur empereur alors qu’il mate la rĂ©sistance des juifs (66-70) et devient sa maĂ®tresse (elle en a 40).
Telle Esther devant Assuerus, BĂ©rĂ©nice prend la dĂ©fense du peuple juif et tente d’adoucir la rĂ©pression des romains.  En 70, le temple de JĂ©rusalem est rĂ©duit en cendres et la JudĂ©e devient province romaine. L’union de Titus et BĂ©rĂ©nice est mentionnĂ©e et commentĂ©e par SuĂ©tone et Tacite.

 

 

aimer ou rĂ©gner …

 

De retour Ă  Rome Titus rappelle BĂ©rĂ©nice (75), promet de l’Ă©pouser, mais face au scandale de leur mariage, renonce Ă  elle et la renvoie auprès de son frère en GalilĂ©e en 79, alors qu’il est devenu empereur. Fière et digne, politicienne et patricienne fortunĂ©e, BĂ©rĂ©nice incarne une figure fĂ©minine forte mais humaine que l’amour a blessĂ© et profondĂ©ment marquĂ©. Titus renonçant Ă  celle qu’il aime devient lui aussi cĂ©lèbre, frappant les esprits par son sens du devoir au mĂ©pris de l’amour…  Titus et BĂ©rĂ©nice donne Ă  rĂ©flĂ©chir sur l’antagonisme entre politique et amour.  Racine et Corneille ont traitĂ© son histoire, devenu un mythe théâtral avant que Magnard ne la choisisse pour son unique opĂ©ra.
Racine choisit de fixer son action Ă  Rome alors que le vainqueur de JudĂ©e, ayant ramenĂ© avec l’Ă©trangère, veut recevoir l’hommage du SĂ©nat. Mais il se confronte Ă  l’hostilitĂ© des sĂ©nateurs quant Ă  son mariage avec BĂ©rĂ©nice. D’un Ă©pisode psychologique assez peu dramatique, Racine rĂ©ussit un tour de force : Ă©crire une tragĂ©die en 5 actes dont la langue dĂ©finit le modèle de la grandeur classique nĂ©o antique. Racine ajoute le personnage d’Antiochus, le meilleur ami de Titus, qui lui aussi aime mais en vain la belle BĂ©rĂ©nice. L’empereur a dĂ©jĂ  fait son choix mais timide, il prĂ©fère que se soit Antiochus qui annonce Ă  la Reine de Palestine, qu’empereur il ne peut l’Ă©pouser…  L’acte IV est celui oĂą l’amoureuse se dĂ©voile Ă  sa tristesse : elle songe au suicide tant il lui est difficile voire insurmontable d’imaginer la vie sans Titus. A la fin de la tragĂ©die, Racine brosse le portrait de trois solitaires qui aiment et souffrent rĂ©signĂ©s ; c’est lĂ  la grandeur tragique de la pièce. L’homme fĂ»t-il empereur ou prince n’est pas le maĂ®tre de son destin : il doit sacrifier ce qu’il aime et rĂ©gner sans bonheur. On est loin ici des amours scandaleuses mais victorieuses de NĂ©ron et PoppĂ©e qui dans le cĂ©lèbre opĂ©ra de Monteverdi (1642) inflĂ©chissent tous les pouvoirs : Amor vincit omnia (l’amour vainc tout). Le thème de Titus et BĂ©rĂ©nice en serait l’antithèse la plus frappante. Quand il Ă©crit sa tragĂ©die en 1670, Racine se serait inspirĂ© des amours sans lendemains de Louis XIV et de sa maĂ®tresse Marie Mancini.

 

720px-Salon_de_Vénus-TITUS_ET_BERENICEBérénice. Tragédie en musique en trois actes
Livret d’AlbĂ©ric Magnard, d’après Racine
Création le 15 décembre 1911 à Paris
Editions Salabert
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Alain Garichot
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Claude Masson
Lumières : Marc Delamézière

Bérénice : Catherine Hunold
Titus : Jean-SĂ©bastien Bou
Lia : Nona Javakhidze
Mucien : Antoine Garcin

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et Choeurs SupplĂ©mentaires
Nouvelle production

Tours, Opéra
Vendredi 4 avril 2014 – 20h
Dimanche 6 avril 2014 – 15h
Mardi 8 avril 2014 – 20h

 

 

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Samedi 22 mars Ă  14h30 • Grand Théâtre de Tours – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles

Illustration : Versailles, angle du plafond du salon de Vénus. Titus et Bérénice ; carton de Lebun, peinture de Houasse, vers 1678.

Titus et Bérénice
Albéric Magnard

De l’aveu du compositeur lui-même, humble serviteur de la musique qui osa mettre en musique le sujet inspiré par Racine, Bérénice a été composé dans le style wagnérien. Ni dramatise exacerbé, ni huit clos étouffant, Bérénice est un opéra classique et équilibré qui s’inspire de la mesure racinienne où l’on ressent cette « tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie ». Le langage de Magnard est celui d’un défenseur ardent de musique pure soucieux de clarté et de structure : coupe symphonique de l’ouverture, forme concertante pour le duo achevant le I; douce harmonie du canon à l’octave pour toutes les effusions amoureuses ; final de sonate pour le retour de Titus au III… Admirateur des grands dramaturges pour le théâtre, Magnard resserre, épure, allège dans le sens d’un « débat de conscience », entre la grandeur d’âme et la vaillance admirable de Bérénice et la lâcheté de Titus… Le compositeur a voulu exprimer le regret d’un empereur mort très jeune à 40 ans, celui d’avoir abandonné et trahi celle qui l’aimait pourtant d’un amour absolu. En sacrifiant le don de la vie le plus précieux, Titus fût-il bien conseillé et sincère dans sa félonie amoureuse, méritait le châtiment suprême. L’opéra de Magnard entend surtout, et si tendrement, ressusciter le visage de l’amoureuse d’autant plus adorable qu’elle est ici affrontée à l’esprit du calcul d’un amant trop politique. Pour confesser Bérénice, Magnard invente le personnage de sa suivante et nourrice, Lia. Musicalement, le musicien veille à diffuser depuis la fosse un parfum «  d’harmonie douloureuse, de tendresse sacrifiée ».

De Wagner à Virgile : composer Bérénice

Pour rendre sa figure plus éclatante encore, Maganrd imagine son héroïne jeune et conquérante, âgé d’une vingtaine d’années, en rien cette quinqa déjà flétrie qui cependant a régné un temps sur le cœur de son impérial cadet. Il fusionne aussi deux légendes : la reine de Judée et une autre Bérénice, celle-ci égyptienne, laquelle lui offre la grandeur poétique de son tableau final : pour hâter le retour de son aimé, l’amoureuse enivrée coupe sa chevelure et l’offre en sacrifice à Vénus Aphrodite. Un acte d’une beauté idéale qui rétablissant l’union de l’esthétique et de la tragédie ressuscite l’esprit de Virgile. Comme le souhaitait Magnard.

Tours, Grand Théâtre. Concert Saint-Saëns, Franck, OSRCT. 15, 16 février 2014

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand Théâtre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermède de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxième Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidèle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂą s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre très rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succès; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂŞme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9è de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matière de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante règne la douce et mĂ©lancolique rĂŞverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cède un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dès 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrètement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂŞme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchèque, tout en cultivant la très forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une âme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

Antonín Dvorák
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Concert Franck, Saint-SaĂ«ns, Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand Théâtre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermède de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxième Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidèle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂą s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre très rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succès; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂŞme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9è de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matière de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante règne la douce et mĂ©lancolique rĂŞverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cède un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dès 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrètement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂŞme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchèque, tout en cultivant la très forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une âme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

Antonín Dvorák
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Compte rendu, opéra. Tours. Grand Théâtre, le 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Andrea Hill, Florian Laconi, Vannina Santoni, Sébastien Soulès. Jean-Yves Ossonce, direction musicale. Gilles Bouillon, mise en scène

carmen_opera_de_tours_orchestre_symphonique_region_centre_toursL’Opéra de Tours ouvre l’année 2014 en reprenant la production imaginée par Gilles Bouillon, créée in loco voilà six ans. Point d’espagnolades, ni d’Andalousie de pacotille, mais une scénographie intemporelle, qui rappelle par instants l’Espagne d’Almodovar. De hautes palissades, une estrade, une roulotte et des grillages, voilà qui suffit à poser le cadre au cœur duquel la tragédie de l’amour déçu se joue. L’orchestre maison, toujours bien préparé et dirigé par Jean-Yves Ossonce, joue au diapason de cette mise en scène, dans une belle urgence musicale qui n’est jamais précipitation, aux tempi mesurés, laissant le temps aux harmonies tissées par Bizet de déployer leurs couleurs ardentes. Ce qui nous vaut une première partie incandescente, tant sur scène que dans la fosse. L’entracte passé, et sans qu’on comprenne pourquoi, la tension – autant que l’attention – retombe, les personnages paraissant soudain comme vidés de leur substance, les interprètes se bornant à exécuter leurs actions, semblant d’un coup ne plus y croire. C’est ainsi que le dernier acte tombe à plat, avec ce rideau rouge, ces lampions, et surtout cet immense panneau publicitaire vantant la tauromachie qui dévore une grande partie de l’espace scénique. Jouant – avec raison – la carte de l’épure, le metteur en scène donne involontairement à ce tableau un air de fête de village bon marché qui nous écarte de toute émotion. Les deux protagonistes eux-mêmes peinent à faire éclater la violence contenue dans la musique, et c’est calmement égorgée par son ancien amant, attendant sa fin, que Carmen expire.

Une frustration finale à la mesure de l’énergie qui animait les deux premiers actes et augurait du meilleur.

 

Une demi-Carmen

Aux côtés d’un chœur parfaitement en situation et parmi des seconds rôles efficaces, nous retiendrons en particulier la Frasquita sonore de Chloé Chaume, la Mercédès espiègle et mutine d’Albane Carrère ainsi que le Remendado impeccable de Vincent Ordonneau tout comme le Moralès charismatique et bien chantant de Régis Mengus. Le Zuniga de Vincent Pavesi en impose par sa voix puissante, mais l’aigu demeure ce soir-là bouché et sans éclat, un jour de méforme sans doute.
L’Escamillo de Sébastien Soulès déconcerte, d’autant plus que sa prestance scénique ne trouve aucun écho dans sa voix chantée, au grave sonore mais à l’aigu terne et confidentiel, comme déconnecté du reste de l’instrument, audiblement mal à l’aise dans la tessiture hybride du rôle.
Débutant dans le rôle de Micaëla, la jeune Vannina Santoni croque avec bonheur ce personnage, moins naïf qu’une certaine tradition voudrait le faire croire, et distille de beaux piani. Néanmoins, la voix paraît manquer de soutien et de hauteur de place, ce que trahit un vibrato qui tend à s’élargir dans la nuance forte, notamment dans l’aigu, l’émission vocale perdant alors de sa concentration et de son focus. De beaux moyens, qui méritent justement une attention toute particulière dans leur gestion et leur emploi.
Le couple central de l’œuvre fonctionne plutôt bien, sans doute à cause de l’opposition qui sépare les deux amants.
Florian Laconi en Don José impressionne par une solidité, vocale autant que scénique, à toute épreuve et une puissance sonore qui remplit la salle, osant même de beaux allègements dans son duo avec Micaëla. Toutefois, notre étonnement demeure face à une émission apparaissant souvent lourde – rendant depuis notre place les sons parfois bas en terme de justesse – et un soutien semblant demander un effort musculaire considérable, ainsi que cette couverture de l’aigu qui demeure un mystère pour nous. Mais reconnaissons que le ténor français parvient au bout du rôle sans encombre, alignant les aigus avec panache, une force de la nature.
Sa prestation, plutôt brute de décoffrage, trouve son exact contraire dans l’incarnation toute en élégance et en retenue de la mezzo américaine Andrea Hill, qui effectuait ici ses débuts sous les traits de la cigarière.
Ancienne pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, la chanteuse paraît avoir attentivement écouté Denise Scharley autant que Teresa Berganza, donnant vie à une première Carmen de très haut niveau. La maîtrise de la voix est totale, chaque inflexion trouvant naturellement sa place, au service d’une diction remarquablement travaillée, dans la grande tradition française. Une sensualité qui n’est jamais vulgarité, un jeu de scène à l’élégance jamais prise en défaut, tous les éléments sont réunis pour susciter bien des espoirs, jusqu’à un air des Cartes d’une poignante intimité, au legato imperturbable et au magnétisme intense. Seule la puissance de l’instrument demeure encore modeste et demande à se développer davantage pour pouvoir prétendre à des salles aux dimensions plus vastes. Nonobstant ce détail, nous tenons là une future grande titulaire du rôle-titre.
Une Carmen tourangelle qui nous aura permis de découvrir en Andrea Hill un jeune talent à suivre de très près.

Tours. Grand Théâtre, 17 janvier 2014. Georges Bizet : Carmen. Livret de Henry Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle de Prosper Mérimée. Avec Carmen : Andrea Hill ; Don José : Florian Laconi ; Micaëla : Vannina Santoni ; Escamillo : Sébastien Soulès ; Frasquita : Chloé Chaume ; Mercédès : Albane Carrère ; Le Dancaïre : Ronan Nédelec ; Le Remendado : Julien Ordonneau ; Zuniga : Vincent Pavesi ; Moralès : Régis Mengus. Chœur de l’Opéra de Tours. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scène : Gilles Bouillon ; Décors : Nathalie Holt ; Costumes : Marc Anselmi ; Lumières : Marc Delamézière ; Dramaturgie : Bernard Pico

Illustration : Andrea Hill (Carmen) © François Berthon

Les 25 ans de Doulce MĂ©moire

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Tours, Paris. Les 25 ans de Doulce MĂ©moire : les 11 et 12 fĂ©vrier 2014. 25 ans d’activitĂ©, 15 ans de rĂ©sidence Ă  Tours : l’ensemble fondĂ© par le flĂ»tiste Denis Raisin Dadre, Doulce MĂ©moire vit en fĂ©vrier 2014 ses heures les plus palpitantes, prĂ©parant pour fĂŞter tant d’accomplissements artistiques, deux soirĂ©es exceptionnelles oĂą sont conviĂ©s plus de 50 artistes complices, partenaires, tĂ©moins inspirĂ©s d’un parcours musical Ă  nul autre pareil.
Quand de nombreux musiciens s’engagent dans les allĂ©es d’un Baroque de plus en plus magicien, l’explorateur et voyageur Denis Raisin Dadre a su depuis ses dĂ©buts, nous enivrer des sonoritĂ©s gourmandes et sensuelles de la Renaissance. C’est un geste souvent miraculeux qui Ă©tend ses champs d’investigations au-delĂ  des limites chronologiques strictes, qui aime les chemins de traverses oĂą les rencontres et les mĂ©tissages, le bain heureux des cultures curieuses et mĂŞlĂ©es apportent Ă  chaque heure, les fruits d’une entente espĂ©rĂ©e, rĂ©alisĂ©e. Au centre du travail de Denis Raisin Dadre, il y a le coeur gĂ©nĂ©reux d’un humaniste capable de toujours s’Ă©merveiller avec une âme d’enfant ; un appĂ©tit et une Ă©nergie qui portent chaque programme avec le mĂŞme indĂ©fectible sentiment de vĂ©ritĂ© et de partage. Pour fĂŞter ses 25 ans, Doulce MĂ©moire vous convie Ă  une fĂŞte inoubliable, surprenante, oĂą la grâce et la finesse le disputent Ă  la facĂ©tie et la suprĂŞme complicitĂ©, … le dĂ©lire et les dĂ©lices des mots Ă  la cocasserie enjĂ´leuse des instruments.

Doulce MĂ©moire saga. Fil rouge du spectacle, cette attention au mot, Ă  l’articulation, et au sens suave, mordant, palpitant d’une action qui fait de chaque concert, une formidable histoire. Dès ses dĂ©buts et Ă  travers ses multiples spectacles, Doulce MĂ©moire est une saga bigarrĂ©e riche en chansons : chansonnettes, frisquettes, joliettes et godinettes (le titre du nouvel album qui sort justement pour les 25 ans de l’ensemble). La chanson reste d’ailleurs l’emblème de la troupe.

 

 

Doulce MĂ©moire fĂŞte ses 25 ans

(et ses 15 ans Ă  Tours)

 

Tours, Grand Théâtre
Mardi 11 février 2014

Paris, Salle Gaveau
Mercredi 12 février 2014

A Tours puis Paris, Denis Raisin Dadre fait escale avec sa brillante et sĂ©millante troupe (chanteurs, instrumentistes, danseurs, …) partenaires familiers d’aventures diverses d’un voyage au long cours qui s’Ă©crit encore … Fidèle Ă  son esprit nomade, Denis Raisin Dadre invite de nombreux musiciens des contrĂ©es abordĂ©es qui ont croisĂ© le chemin de l’ensemble Ă  l’occasion des programmes rĂ©alisĂ©s : danseurs indiens, interprètes flamenco, voix d’Orient et d’Asie, fado portugais, comĂ©diens aux styles variĂ©s…

Doulce MĂ©moire frappe les esprits par son esprit de dĂ©frichement ; en associant recherches scrupuleuses et complicitĂ© entre des partenaires particulièrement soudĂ©s, Denis Raisin Dadre a su produire et cultiver le vrai plaisir du jeu collectif. Un caractère qui fait aussi la rĂ©ussite de la rencontre avec le public. A ses fidèles musiciens classiques (chanteurs et instrumentistes), Denis Raisin Dadre joint le plus souvent danseurs et comĂ©diens, favorisant la notion de geste musical. Ce sont souvent de vĂ©ritables tableaux musicaux qui renouvellent le dispositif statique du concert…, empruntent au théâtre voire Ă  la comĂ©die musicale et suscitent un imaginaire propice au pittoresque picaresque, Ă  l’ivresse comme Ă  l’extase.

 

 

Collection de programmes enchanteurs …

 

CLIC_macaron_20dec13Les routes empruntĂ©es par Doulce MĂ©moire laissent aujourd’hui d’inestimables offrandes, collection de nombreux joyaux aux parfums et climats aussi diffĂ©rents que caractĂ©risĂ©s : du Requiem des Rois de France d’Eustache Du Caurroy au portrait de l’HonnĂŞte courtisane (Ă©vocation festive inspirĂ©e des musiques et contes grivois de la Renaissance), du Procès de Monteverdi (violemment attaquĂ© par le moine Artusi) aux arabesques Ă©lĂ©gantissimes du spectacle MĂ©moires des Vents du sud, sublime production nĂ©e de l’entente artistique avec la troupe de danseuses asiatiques Hang Tang Yuefu de TaĂŻwan oĂą la prĂ©cision raffinĂ©e des Tang, cĂ©lĂ©brant la figure tutĂ©laire d’un artiste de premier plan rencontre l’art subtil de la Belle Danse et des joyaux musicaux du Moyen Age occidental… C’est aussi maints autres hommages rendu aux gĂ©nies et figures emblĂ©matique de la Renaissance : Leonard de Vinci, Rabelais, François Ier …
Autant d’accomplissements (le plus souvent disponibles aussi au disque) qui font de Doulce MĂ©moire l’un des meilleurs ensembles dĂ©diĂ©s aux esthĂ©tiques imprĂ©visibles, enivrantes, plurielles d’une Renaissance enfin rĂ©vĂ©lĂ©e. Le spectacle des 25 ans de Doulce mĂ©moire est Ă©lu ” coup de coeur ” de la RĂ©daction de classiquenews.com.

 

 

Informations, réservations :

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Mardi 11 fĂ©vrier 2014 – Grand Théâtre de Tours - 20h
Tarifs : 1ère catégorie : 24 à 35€ ; 2ème catégorie : 10 à 18€ ; 3ème catégorie 7 à 12€
Réservations auprès du Grand Théâtre à partir du 1er octobre : 02 47 60 20 20
theatre-billetterie@ville-tours.fr

doulce_memoire_25-ans_denis-raisin-dadre_visuel-250Mercredi 12 fĂ©vrier 2014 – Salle Gaveau Ă  Paris – 20h30
Tarifs : 1ère catégorie : 55€ ; 2ème catégorie : 38€ ; 3ème catégorie 22€
Réservations auprès de Philippe Maillard Productions : 01 48 24 16 97
www.philippemaillardproductions.fr

 

 

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Concert Williams, Herrmann, Barber Ă  l’OpĂ©ra de Tours

John+Williams+PNG+VersionTours, OpĂ©ra. Concert Williams, Herrmann, Barber, les 25 et 26 janvier 2014. Musique et cinĂ©ma au programme des deux concerts – les premiers de l’annĂ©e 2014 de la saison symphonique 2013-2014 Ă  l’OpĂ©ra de Tours-, des 25 et 26 janvier 2014.
Immersion tout d’abord dans le film de Hitchcock, Psychose grâce Ă  la musique composĂ©e pour le film par Bernard Herrmann : l’impact du son Ă  l’image frappe immĂ©diatement l’imaginaire du spectateur, la fameuse scène du crime sous la douche gagne grâce aux cordes troublantes et menaçantes, un vrai climat d’angoisse et de peur. Le film d’Hitchcock n’ a rien perdu de son aura comme l’indique le très grand succès de la nouvelle sĂ©rie Bates Motel qui rĂ©tablit l’enfance de Norman Bates, le fils schizo de Psychose… en soulignant en particulier, la relation fusionnelle de Norman avec sa mère.

Psychose, Star Wars : musiques du cinéma américain

Suit en fin de partie, le lyrisme Ă©chevelĂ© de l’une des sagas les plus stimulantes au grand Ă©cran : Star Wars rĂ©alisĂ© par George Lucas. C’est Steven Spielberg qui recommande Williams pour la musique de Star Wars…  Ă©pique, sidĂ©rale, mystĂ©rieuse. John Williams a composĂ© la bande son de nombreux longs mĂ©trages, tous des succès phĂ©nomĂ©naux, soulignant l’impact de la combinaison son/images quand elle est rĂ©ussie : Les dents de la mer (1975), Rencontres du troisième type (1977), Superman (1978), Les aventuriers de l’arche perdue (1981), L’Empire du Soleil (1987) qui marque l’apogĂ©e d’une inspiration couronnĂ©e par plusieurs oscars.
La musique de Star War remonte Ă©galement Ă  1977. Williams composera ensuite la bande son de L’empire contre attaque (1980) puis La menace fantĂ´me (1999). D’une sensibilitĂ© romantique et instrumentale, Williams opère comme Wagner, en crĂ©ant une totalitĂ© organique grâce au jeu des motifs musicaux (leitmotiv), lesquels caractĂ©risent une situation, un personnage, un climat… thèmes de la force, thème principal, d’Obi-Wan Kenobi, de Luke Skywalker, de la princesse LeĂŻa de Yoda, trompettes de la marche impĂ©riale… autant de motifs dont les tableaux visuels sont durablement inscrits dans l’imaginaire collectif de tous les cinĂ©philes.

Entre ces deux Ă©popĂ©es symphoniques riches en suggestions visuelles, – un vrai dĂ©fi pour l’orchestre dirigĂ© par Jean-Yves Ossonce-, le Concerto pour violon de Samuel Barber : ainsi s’accomplit le triptyque amĂ©ricain du premier concert 2014 de l’OSRCT. Le Concerto pour violon de Barber date de 1940, portant parfois avec une fantaisie dĂ©concertante, des inflexions nettement jazzy (mouvement 1).

Ce sont trois oeuvres nouvelles dans le rĂ©pertoire de l’OSRC-T, pour une incursion dans la musique symphonique amĂ©ricaine.

Opéra de Tours
OSRCT
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
saison symphonique 2013-2014

Samedi 25 janvier 2014, 20h
Dimanche 26 janvier 2014, 17h

Fanny Clamagirand, violon
Jean-Yves Ossonce, direction

Bernard Herrmann
Suite pour orchestre “Psycho”

Samuel Barber
Concerto pour violon, op.14

John Williams
Star Wars, Suite symphonique

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Illustration : John Williams, le gĂ©nial compositeur de la musique de Star Wars, mais pas seulement … (DR)

Compte-rendu : Tours. Grand Théâtre, le 19 mai 2013. Honegger / Ibert : L’Aiglon. Carine SĂ©chaye, Franco Pomponi … Jean-Yves Ossonce, direction musicale. RenĂ©e Auphan, mise en scène

l'aiglon Honegger Ibert Renée Auphan ToursAprès sa création à Marseille en 2004, cette production du rare Aiglon composé à quatre mains par Arthur Honegger et Jacques Ibert revient sous les feux de la rampe, grâce aux opéras de Lausanne et Tours. Créé en 1937 à Monte-Carlo, avec Fanny Heldy, Arthur Endrèze et Vanni Marcoux dans les rôles principaux, ce drame musical retrace la destinée avortée du Duc de Reichstadt, fils de Napoléon 1er et Marie-Louise d’Autriche, aux idéaux soutenus farouchement par le fidèle Séraphin Flambeau, ancien grognard, mais sans cesse anéantis par le haineux Prince de Metternich.

 

 

L’envol de l’Aiglon

 

En mettant en musique la pièce éponyme d’Edmond Rostand, grand succès de Sarah Bernhardt, les deux compositeurs ont su créer une œuvre forte, au patriotisme galvanisant, surprenante par sa concision, mais d’une intense concentration dramatique, ne laissant aucun répit au spectateur. Malgré le mystère que les deux musiciens ont malicieusement gardé sur le partage de l’œuvre entre leurs deux plumes, force est de reconnaître la patte délicate d’Ibert dans les valses et les passages tendres, et la griffe violente d’Honegger dans la tension psychologique et l’évocation des batailles. A ce titre, on se souviendra longtemps de la confrontation entre l’Aiglon et Metternich à la fin du deuxième acte, véritable torture mentale avançant inexorablement vers la destruction des espoirs du jeune héritier, ainsi que du quatrième acte sur la mythique plaine de Wagram, où le petit Duc rappelle à Séraphin expirant la grande bataille auquel il avait pris part en ces lieux, la terre semblant lui répondre par les plaintes fantomatiques des soldats tombés au combat.

Remercions Renée Auphan d’avoir supervisé la reprise de cette superbe mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser, une production qu’elle connaît bien, puisque que c’est elle qui avait fait remonter cette œuvre alors qu’elle présidait aux destinées de l’Opéra de Marseille. D’un classicisme élégant, fidèle à l’Histoire, cette scénographie ne sacrifie pourtant jamais la théâtralité et prouve ainsi que la force dramatique ne réside pas forcément dans l’actualisation des images. Les costumes sont à l’avenant, superbement soignés jusque dans le détail, et tout fonctionne admirablement.

D’un très beau plateau sans faiblesse, aux seconds rôles excellemment distribués, se détachent particulièrement le ténor percutant de Florian Cafiero, la Marie-Louise au velours capiteux et puissant de Marie Karall, ainsi que la Thérèse ample et sensible de Chloé Chaume.
Franche opposition entre les deux barytons : autant Franco Pomponi noircit le timbre et sombre l’émission, autant Marc Barrard chante haut et clair, dans la grande tradition française, avec une diction qui tient littéralement de la déclamation. Et chacun convient à merveille à son personnage. Le chanteur américain campe un Metternich haïssable à souhait, convoquant les ombres de Méphistophélès, Iago et Scarpia, notamment dans l’acte II, assourdissant de violence. Hautain, cassant, rude de voix et d’accents, il fait littéralement passer un frisson de terreur dans la salle.
A l’opposé, le baryton nîmois se coule avec aisance dans le rôle du brave Séraphin Flambeau, tout dévoué au fils du « Petit caporal ». La faconde et la noble fierté du grognard, notamment sa mort, à la fois simple et héroïque, tout cela semble vibrer si naturellement chez lui qu’on a du mal à imaginer qu’à la création marseillaise de cette production, c’est Metternich qu’il incarnait.

S’emparant du rôle épuisant de l’Aiglon, Carine Séchaye le prend à bras le corps et lui donne vie avec une énergie flamboyante. La voix sonne parfaitement assurée sur toute l’étendue de la tessiture, déjouant avec brio les brusques intervalles et les aigus périlleux contenus dans la partition. On croit sans réserve à ce garçon ardent, désireux de marcher sur les traces de son légendaire père, animé d’une volonté de fer pourtant mise en miettes si férocement par l’infâme chancelier. Un portrait saisissant, qui constitue à n’en pas douter un jalon important dans la carrière de la jeune mezzo suisse.

Excellente prestation des chœurs et de l’orchestre, tous impliqués avec ferveur dans cette redécouverte, sous la baguette toujours amoureusement efficace, surtout dans ce répertoire, de Jean-Yves Ossonce. Un très beau spectacle, pour une œuvre qui mériterait d’être davantage connue et, surtout, d’avoir enfin les honneurs du disque.

Tours. Grand Théâtre, 19 mai 2013. Arthur Honegger / Jacques Ibert : L’Aiglon. Livret d’après la pièce d’Edmond Rostand adaptée par Henri Cain. Avec Duc de Reichstadt : Carine Séchaye ; Prince de Metternich : Franco Pomponi ; Séraphin Flambeau : Marc Barrard ; Thérèse de Lorget : Chloé Chaume ; Marie-Louise, duchesse de Parme : Marie Karall ; Maréchal Marmont : Benoît Capt ; L’attaché militaire français : Florian Cafiero ; Le Chevalier de Prokesch-Osten : Ronan Nédelec ; Frédéric de Gentz : Michaël Chapeau ; Fanny Essler : Katarina Simon ; La Comtesse Camerata : Julie Girerd. Chœurs de l’Opéra de Tours ; Chef de chœur : Emmanuel Trenque. Orchestre Symphonique Région Centre-Tours. Jean-Yves Ossonce, direction musicale ; Mise en scène : Renée Auphan, d’après la production de Patrice Caurier et Moshe Leiser. Décors : Christian Fenouillat ; Costumes : Agostino Cavalca Ruiz ; Lumières : Christophe Forey, réalisées par Olivier Modol ; Chef de chant : Vincent Lansiaux

 

Illustration : la mort de l’Aiglon © F. Berthon / OpĂ©ra de Tours 2013

 

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

bizet_portraitTours, OpĂ©ra. Carmen de Bizet. Les 17,19,21 janvier 2014. Reprise Ă©vĂ©nement. La production de Gilles Bouillon et Nathalie Holt a Ă©tĂ© un grand succès en 2008. Une nouvelle distribution, menĂ©e par Andrea Hill  et Florian Laconi (dans les rĂ´les de Carmen et Don JosĂ©), renouvelle la sĂ©duction vocale d’un ouvrage justement estimĂ© après la mort du compositeur : Bizet s’est Ă©teint quelques semaines après la crĂ©ation malheureuse de son oeuvre, Ă©tranger Ă  son riomphe planĂ©taire actuel. Carmen est une femme libre, intransigeante, forte. MagnifiĂ©e par le gĂ©nie de Bizet, c’est la “vraie la vie” qui explose sur scène, Ă  l’image d’une musique inĂ©puisable dont Nietzsche dĂ©sormais ennemi du théâtre wagnĂ©rien en ses brumes lĂ©nifiantes vĂ©nĂ©neuses hypnotiques, a louĂ© la santĂ© mĂ©diterranĂ©enne, franche et directe, et mĂŞme ses rythmes ” africains “. Contre le nord voilĂ©, sa texture Ă©touffante, le philosophe retrouvait l’ivresse des couleurs, la sensualitĂ© latine assumĂ©e et librement vĂ©cue par Bizet, Ă  travers le profil de son hĂ©roĂŻne, vraie femme fatale, aussi entière et passionnĂ©e que tendre et exclusive. Reprise Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours pour 3 dates incontournables.

 

 

reprise de Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Vendredi 17 janvier 2014 Ă  20h
Dimanche 19 janvier 2014 Ă  15h
Mardi 21 janvier 2014 Ă  20h

Samedi 11 janvier Ă  14h30 • Grand Théâtre de Tours – Salle Jean Vilar • EntrĂ©e gratuite dans la limite des places disponibles

 

Bizet : Carmen Ă  l’OpĂ©ra de Tours. OpĂ©ra en quatre actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic HalĂ©vy, d’après la nouvelle de P. MĂ©rimĂ©e
Création le 3 mars 1875 à Paris
Alkor Edition Kassel – Version originale dialogues parlĂ©s
Présenté en français, surtitré en français

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scène : Gilles Bouillon
DĂ©cors : Nathalie Holt
Costumes : Marc Anselmi
Lumières : Marc Delamézière
Dramaturgie : Bernard Pico

Carmen : Andrea Hill
Micaëla : Vanina Santoni
Frasquita : Chloé Chaume
Mercédès : Albane Carrère
Don José : Florian Laconi
Escamillo : Sébastien Soulès
Zuniga : Vincent Pavesi / Moralès : NN
Le Dancaïre : Ronan Nédélec / Remendado : Vincent Ordonneau

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours et choeurs supplĂ©mentaires

Coproduction dĂ©cors et costumes OpĂ©ra de Tours/Conseil GĂ©nĂ©ral d’Indre & Loire (2008) – RĂ©alisĂ©e dans les ateliers de l’OpĂ©ra de Tours

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Une cigarière libre, mangeuse d’hommes

calve_emma_carmenGeorges Bizet (1838-1875) savait-il que, malgrĂ© l’Ă©chec de son vivant de Carmen (cet insuccès devait accĂ©lĂ©rer sa fin malheureuse quelques jours après la crĂ©ation de l’ouvrage), il avait composĂ© l’oeuvre lyrique la plus populaire aujourd’hui?
Le brigadier Don JosĂ© Ă©prouve les provocations de la belle cigarière Carmen. Il ramasse la fleur qu’elle lui jette Ă  la sortie de la manufacture de tabac. Lors d’une bagarre entre ouvrières, Carmen est arrĂŞtĂ©e et confiĂ©e Ă  la garde de Don JosĂ©. Usant de tout son charme, la voluptueuse sirène le persuade de la laisser s’enfuir… Par amour, le beau militaire trahit son engagement, devient contrebandier en rejoignant les Gitans. Mais trop vite dĂ©laissĂ© par la belle indomptable, il dĂ©cide de l’assassiner… Surtout connu aujourd’hui comme Ă©crivain, Prosper MĂ©rimĂ©e fut aussi traducteur, critique, historien, archĂ©ologue. MĂ©rimĂ©e inventa la doctrine de protection du patrimoine et rĂ©alisa presque seul l’inventaire des monuments de France. Carmen, Ă©ditĂ©e en 1845, est restĂ©e son Ĺ“uvre la plus fameuse. 30 ans après sa publication, Bizet lui offre un Ă©crin musical digne de sa nature passionnĂ©e et sanguine. “Africaine” dira ainsi Nietzsche qui y voyait l’opĂ©ra alternatif au wagnĂ©risme dont il ne partageait plus la croyance. Le compositeur approfondit le trio amoureux: Carmen, JosĂ©, Escamillo… le brigadier reste prisonnier d’une passion qu’il subit en victime; Carmen Ă©touffe rapidement et quand paraĂ®t la star des arènes, Escamillo, dans ses habits de lumière, ce nouvel Adam triomphant, incarne la promesse d’une nouvelle aventure… C’est pour Carmen un idĂ©al sensuel que refuse de rĂ©aliser JosĂ©, enchaĂ®nĂ© par le lien qui le relie Ă  sa mère (mourante) et Ă  MicaĂ«lla (sa blonde et impuissante fiancĂ©e)… trop fragile rivale de Carmen.

 

Opéra en quatre actes, livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac. Création à Paris le 3 mars 1875

 

Illustrations: Bizet et Emma CalvĂ©, Carmen mythique… (DR)

 

André Messager : Passionnément, 1926

Messager : PassionnĂ©ment. Tours, OpĂ©ra, les 27, 28, 29 et 31 dĂ©cembre 2013   …   Ni trop de gravitĂ©, ni trop de sĂ©rieux, l’amour lĂ©ger et volage : la recette des comĂ©dies musicales de la Belle Époque est bien connue. Après l’Amour MasquĂ©, notre promenade avec Messager se prolonge, en compagnie d’une brillante Ă©quipe menĂ©e par Jacques Duparc. Ce joyaux lyrique idĂ©al en temps de fĂŞtes est un nouveau jalon de l’exploration de ce rĂ©pertoire très populaire Ă  son Ă©poque, servi par une qualitĂ© musicale tissĂ©e dans la finesse et la subtilitĂ©.

 

messager_andre_portrait_250_CrĂ©Ă© au Théâtre de la Michodière, le 16 janvier 1926, PassionnĂ©ment incarne le mieux l’idĂ©al théâtral et lyrique de Messager alors septuagĂ©naire, et aussi l’esprit pĂ©tillant nostalgique de L’Entre-Deux-Guerre, ses AnnĂ©es Folles, bercĂ©es d’insouciance et de claire appĂ©tit de vivre…
Très influencĂ©e par le musical hall (Polin Mayol), la nouvelle comĂ©die musicale de Messager s’apparente Ă  un théâtre vocal sans dĂ©monstration lyrique oĂą s’affirme surtout le dĂ©veloppement du drame et de la comĂ©die : pas de choeur, pas de ballets ni de grands solos mais surtout deux bons chanteurs-acteurs dans les 2 rĂ´les sentimentaux (Ketty et Robert).
Les airs subtilement intĂ©grĂ©s aux dialogues parlĂ©s prĂ©cipitent l’action offrant aux 3 portraits de femmes, des figures particulièrement abouties : l’épouse nĂ©gligĂ©e, la maĂ®tresse exclusive et possessive, la femme de chambre manipulatrice… auxquelles il convient d’ajouter des profils tout aussi prometteurs : le jeune dandy plutĂ´t dĂ©pensier, l’Ă©poux trahi et manipulĂ© …
Dans le genre de l’opĂ©rette lĂ©gère, PassionĂ©ment Ă©pingle les travers humains avec une verve et une finesse digne d’un Guitry. Sur le plan de l’Ă©criture musicale, Messager se montre l’Ă©gale d’un Haendel ou d’un Mozart : sa virtuositĂ© mĂ©lodique s’associe Ă  l’Ă©lĂ©gance d’une inspiration jamais mĂ©canique. Du très grand art.

 

Comédie musicale en trois actes
Livret d’Albert Willemetz et de Maurice Hennequin
Création le 16 janvier 1926 à Paris

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Direction : Emmanuel Trenque
Mise en scène : Jacques Duparc
DĂ©cors : Christophe Vallaux
Costumes : Opéra de Tours
Lumières : Marc Delamézière

Ketty Stevenson : Catherine Dune
Julia : Chloé Chaume
M. Le Barrois : Jacques Lemaire
Le Capitaine Harris : Ronan Nédélec
Auguste : Jacques Duparc
Hélène Le Barrois : Cécile Galois
Robert Perceval : RĂ©gis Mengus
William Stevenson : Didier Henry

 

 

OSRCT, Jean-Yves Ossonce : Poulenc, Wagner, TchaĂŻkovski

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours, les 23 et 24 novembre 2013

 

TchaikovskiL’OSRCT fĂŞte les 200 ans de Wagner avec Siegfried Idyll composĂ© pour l’Ă©pouse du compositeur Cosima ; mais aussi Poulenc dont 2013 marque le premier jubilĂ© de sa disparition (il y a 50 ans)…
Fondateur de l’AcadĂ©mie Francis Poulenc, le baryton François Le Roux, diseur inĂ©galable dans ce rĂ©pertoire sublime la portĂ©e poĂ©tique et linguistique des poèmes de Ronsard orchestrĂ©s par Poulenc.
Enfin l’orchestre tourangeau poursuit un cycle remarquable dĂ©diĂ© aux symphonies de TchaĂŻkovski : Jean-Yves Ossonce en comprend les enjeux Ă  la fois autobiographiques mais aussi purement formels. Oeuvre de jeunesse, l’opus 13 (crĂ©Ă© en 1868) mĂŞle en un subtil Ă©quilibre, passion irrĂ©pressible et pudeur suggestive, miroir de l’âme hypersensible de Piotr Illiytch. En 1874, le compositeur apporte des modifications substantielles aux mouvements 1, 2 et 4. Le titre renvoie aux paysages traversĂ©s entre Moscou et Saint-Petersbourg, prĂ©texte Ă  creuser toujours la faille mĂ©lancolique de l’auteur. De ce point de vue, entre rĂ©miniscence et rĂ©itĂ©ration, le second mouvement dĂ©veloppe l’expressivitĂ© atmosphĂ©rique de l’Ă©criture : ” contrĂ©e lugubre, contrĂ©e brumeuse “, TchaĂŻkovsky y favorise ses humeurs nostalgiques et lyriques d’un caractère Ă©minemment nordique.

 
 

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction
saison 2013-2014

Poulenc
Chansons villageoises
5 Poèmes de Ronsard

Wagner
Siegfried Idyll

TchaĂŻkovski
Symphonie n°1 en sol mineur opus 13
” RĂŞves d’hiver ”

Jean-Yves Ossonce, direction

Tours, Grand Théâtre
samedi 23 novembre 2013, 20h
dimanche 24 novembre 2013, 17h

 

réservations, informations

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OSRCT, Jean-Yves Ossonce : Poulenc, Wagner, TchaĂŻkovski

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours, les 23 et 24 novembre 2013

 

TchaikovskiL’OSRCT fĂŞte les 200 ans de Wagner avec Siegfried Idyll composĂ© pour l’Ă©pouse du compositeur Cosima ; mais aussi Poulenc dont 2013 marque le premier jubilĂ© de sa disparition (il y a 50 ans)…
Fondateur de l’AcadĂ©mie Francis Poulenc, le baryton François Le Roux, diseur inĂ©galable dans ce rĂ©pertoire sublime la portĂ©e poĂ©tique et linguistique des poèmes de Ronsard orchestrĂ©s par Poulenc.
Enfin l’orchestre tourangeau poursuit un cycle remarquable dĂ©diĂ© aux symphonies de TchaĂŻkovski : Jean-Yves Ossonce en comprend les enjeux Ă  la fois autobiographiques mais aussi purement formels. Oeuvre de jeunesse, l’opus 13 (crĂ©Ă© en 1868) mĂŞle en un subtil Ă©quilibre, passion irrĂ©pressible et pudeur suggestive, miroir de l’âme hypersensible de Piotr Illiytch. En 1874, le compositeur apporte des modifications substantielles aux mouvements 1, 2 et 4. Le titre renvoie aux paysages traversĂ©s entre Moscou et Saint-Petersbourg, prĂ©texte Ă  creuser toujours la faille mĂ©lancolique de l’auteur. De ce point de vue, entre rĂ©miniscence et rĂ©itĂ©ration, le second mouvement dĂ©veloppe l’expressivitĂ© atmosphĂ©rique de l’Ă©criture : ” contrĂ©e lugubre, contrĂ©e brumeuse “, TchaĂŻkovsky y favorise ses humeurs nostalgiques et lyriques d’un caractère Ă©minemment nordique.

Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Jean-Yves Ossonce, direction
saison 2013-2014

Poulenc
Chansons villageoises
5 Poèmes de Ronsard

Wagner
Siegfried Idyll

TchaĂŻkovski
Symphonie n°1 en sol mineur opus 13
” RĂŞves d’hiver ”

Jean-Yves Ossonce, direction

Tours, Grand Théâtre
samedi 23 novembre 2013, 20h
dimanche 24 novembre 2013, 17h

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L’Aiglon (Ibert, Honegger, 1937)

Tours, OpĂ©ra. L’Aiglon (Ibert, Honegger, 1937), les 17, 19 et 21 mai 2013 …

Après l’OpĂ©ra de Lausanne (Suisse), l’OpĂ©ra de Tours se passionne pour L’Aiglon, opĂ©ra de 1927, signĂ© par le duo de compositeurs : Ibert et Honegger… 3 dates Ă©vĂ©nement les 17, 19 et 21 mai 2013.

C’est le temps fort de la saison lyrique 12-13 de l’OpĂ©ra de Tours : L’Aiglon occupe la scène tourangelle, une Ĺ“uvre au noir, moins politique que psychologique, portĂ©e entre autres par la confrontation de plus en plus terrifiante entre le prince de Metternich (Franco Pomponi) et le jeune Duc de Reichstadt (remarquable Carine SĂ©chaye)… Drame historique surtout huit-clos Ă  deux figures (fantastique effrayant de l’acte II), la production lyrique prĂ©sentĂ©e par l’OpĂ©ra de Lausanne et donc reprise Ă  Tours en mai, est un spectacle incontournable.

c8mtcxAGAa_201341408K826K52F-2CrĂ©Ă© en 1937, l’opĂ©ra L’Aiglon Ă©voque la carrière dĂ©risoire du fils de NapolĂ©on. ProclamĂ© roi de Rome Ă  sa naissance en 1811, NapolĂ©on II « rĂ©gna » quelques jours de 1815 ; mais si son père abdique en sa faveur, les AlliĂ©s prĂ©fèrent Louis XVIII. Après l’Empire, et ses aspirations dĂ©cevantes, retour de la monarchie. A Vienne, le jeune hĂ©ritier encombrant, devient le duc de Reichstadt, et vit cloĂ®trĂ© au Palais de Schönbrunn, auprès de son grand-père maternel François II, empereur d’Autriche, sous la surveillance Ă©troite voire obsessionnelle du ministre Metternich…

Un Duc de 20 ans, aux ailes brisĂ©es… 

Le texte de Rostang brosse son portrait en 1831, lorsque les rĂ©volutions libertaires europĂ©ennes laissent espĂ©rer un nouveau monde, dĂ©barrassĂ© des despotismes monarchiques pour… le retour du fils de NapolĂ©on. On lui fait miroiter de vaines illusions de pouvoir : il a alors 20 ans, l’âge de toutes les illusions et de toutes les manipulations. Trop occultĂ© par l’ombre du père, NapolĂ©on Bonaparte, soumis voire humiliĂ© par l’intraitable chancelier Metternich, le jeune homme meurt Ă  propos, de tuberculose en 1832… Auparavant s’exalte et s’enflamme une âme lyrique avortĂ©e, pourtant capable d’une ardeur rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e (Acte IV, le plaine de Wagram : quand l’Aiglon imagine la bataille victorieuse aux cĂ´tĂ©s de son compagnon fidèle, l’ex grognard Flambeau lequel mourant, imagine soudain qu’il meurt en combattant)…
Ibert, Honegger
L’Aiglon
1937
D’après la pièce d’Edmond Rostand, adaptĂ©e par Henri CaĂŻn

Mise en scène : RenĂ©e Auphan d’après Patrice Caurier et Moshe Leiser

Tours, Grand Théâtre Opéra
Vendredi 17 mai 2013, 20h
Dimanche 19 mai 2013, 15h
Mardi 21 mai 2013, 20h

Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Opéra de Tours: Roméo et Juliette de Gounod, 25,27,29 janvier 2013

Jean-Yves Ossonce dirige Ă  l’OpĂ©ra de Tours une nouvelle production de RomĂ©o et Juliette de Gounod (1867).
OpĂ©ra orchestral autant que vocal, le RomĂ©o de Gounod est d’abord sombre et tragique, revisite l’opĂ©ra romantique Ă  sa source berliozienne (le chĹ“ur d’introduction qui explique le contexte); l’ivresse et l’extase amoureuse se dĂ©veloppent librement surtout dans les 4 duos d’amour entre les deux adolescents, dont la scène de la chambre Ă  coucher oĂą ils se donnent l’un Ă  l’autre, marque le point d’accomplissement… Juliette a très vite la prĂ©monition de sa mort et mĂŞme RomĂ©o semble ne s’adresser qu’Ă  la faucheuse dans la dernière partie de l’action. Deux âme pures sont vouĂ©es Ă  la mort comme si l’issue fatale ne pouvait, ne devait que s’accomplir pour rĂ©aliser leur union au-delĂ  de la vie, au-delĂ  des haines fratricides qui corrompt le destin de leurs familles respectives, Capulet contre Montaigus…

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Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂą Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

Tours_ossonce_Tomasi_trompette_franck_symphonie_re_concert_570

Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ĺ“uvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂ®t d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXè (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printanière dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents très exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprètes offrent une excellente entrĂ©e en matière dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ĺ“uvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ĺ“uvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ĺ“uvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrète, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grâce Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poète wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

Après la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂ®tre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ĺ“uvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumière ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂŞme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilège de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dès le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂ®nement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cĹ“ur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lève tel une incantation au mystère, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3ème mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thèmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théâtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013

Gounod: Roméo et Juliette. Tours, Opéra. Les 25,27,29 janvier 2013

Tours. Roméo et Juliette de Gounod, dès le 25 janvier 2013

SpĂ©cialiste affĂ»tĂ© du rĂ©pertoire français romantique, le chef et directeur artistique du Théâtre tourangeau, Jean-Yves Ossonce dirige l’Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours dans une nouvelle production très attendue de RomĂ©o et Juliette de Gounod… 3 dates incontournables les 25, 27 et 29 janvier 2013

Charles-Gounod_portraitNon le chef d’Ĺ“uvre, avec Faust, de Gounod,  RomĂ©o et Juliette, applaudi dès sa crĂ©ation en 1867, ne se rĂ©duit pas Ă  quelques beaux duos suaves et inspirĂ©s: le traitement que rĂ©serve Gounod au mythe de RomĂ©o et de Juliette affiche un tempĂ©rament original (harmoniquement), une construction dramatique progressive qui suit essentiellement le souffle tragique de l’action, avec, issue implacable, la mort des deux jeunes amants.Si aujourd’hui, la version discographique dirigĂ©e par Michel Plasson et qui rĂ©alise une heureuse synthèse entre la version de l’OpĂ©ra Comique (1873) et de l’OpĂ©ra (1888) demeure la rĂ©fĂ©rence absolue, la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours entend restituer dans sa cohĂ©rence et son unitĂ© originelle, la partition romantique et tragique. Arguments de taille, dans les deux rĂ´les-titres: Floriant Laconi et Anne-Catherine Gillet…

Charles Gounod

Roméo et Juliette

Opéra de Tours
vendredi 25 janvier 2012, 20h
dimanche 27 janvier 2012, 15h
mardi 29 janvier 2012, 20h

Nouvelle production
Paul-Emile Fourny, mise en scène
Jean-Yves Ossonce, direction

Le drame de Gounod insiste sur l’antagonisme viscĂ©ral entre Capulets et Montaigus. Les haines ancestrales broient comme un machine l’espoir de deux cĹ“urs amoureux…  L’action s’ouvre sur le bal chez les Capulets: Juliette y est promise au comte Pâris. L’accent sombre et tragique Ă  l’Ă©noncĂ© des vrais sentiments de RomĂ©o, (Montaigu rival des Capulets), pour la belle Juliette, est adouci par l’humeur lĂ©gère de Mercutio (double de RomĂ©o), qui Ă©voque avec une facĂ©tie gĂ©niale la reine Mab… la force de l’opĂ©ra revient au choix de Gounod: au moment de l’action, les deux jeunes gens que tout sĂ©pare et oppose mĂŞme, tombent Ă©perdument amoureux l’un de l’autre (scène du jardin des Capulets, II). Pourtant mariĂ©s,  porteurs d’une chance de rĂ©conciliation entre le deux clans, RomĂ©o et Juliette ne peuvent empĂŞcher une sĂ©rie de meurtres: Mercutio est blessĂ© mortellement par Tybalt le Capulet, lequel est tuĂ© par RomĂ©o (III). Grâce Ă  Frère Laurent, Juliette qui a bu un puissant narcotique, feint la mort au moment de son mariage avec Pâris: consternation et choc: elle est conduite au tombeau (IV). Le dernier acte met en scène la tragĂ©die inĂ©luctable du mythe lĂ©guĂ© par Shakespeare: RomĂ©o n’a pas Ă©tĂ© mis dans la confidence et quand le jeune amant dĂ©truit pĂ©nètre dans le tombeau de Juliette inanimĂ©e, croyant Ă  la mort de son aimĂ©e, se donne la mort. Juliette s’Ă©veille et se poignarde pour rejoindre son aimĂ© en un duo funèbre particulièrement poignant.

En rĂ©unissant deux chanteurs d’exception, Florian Laconi et Anne Catherine Gillet dans les rĂ´les phares de RomĂ©o et Juliette (sans pour autant minimiser la valeur des rĂ´les complĂ©mentaires de Tybalt et de Mercutio), Jean-Yves Ossonce met toutes les chances de son cĂ´tĂ© et promet de cĂ©lĂ©brer le gĂ©nie lyrique de Gounod avec la sensibilitĂ© et le tempĂ©rament dramatique que nous lui connaissons. Nouvelle production Ă©vĂ©nement.

ConfĂ©rence de prĂ©sentation Ă  l’Ĺ“uvre, samedi 12 janvier 2012, 20h
RomĂ©o et Juliette de Gounod Ă  l’OpĂ©ra de Tours
Sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré, Roméo et Juliette de Gounod est créé à Paris, le 27 avril 1867.

Florian Laconi, Roméo
Anne Catherine Gillet, Juliette
Doris Lamprecht, Gertrude
Ronan Nédélec, Mercutio
Christophe Berry, Tybalt
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours
Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours

toutes les infos et les modalitĂ©s de rĂ©servation sur le site de l’OpĂ©ra de Tours.

Tours. Grand Théâtre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise enscène

“Laide”,”mĂ©chante”, avec une voix “âpre”, “voilĂ©e”, “sombre”, “diabolique”... Quand Verdi Ă©voque ce que doit ĂŞtre le personnage de Lady Macbeth (fameuse lettre Ă©crite Ă  Paris en novembre 1848 Ă  l’adresse de Salvatore Cammarano, quand la cantatrice trop angĂ©lique Mademoiselle Tadolini reprend le rĂ´le), le compositeur insiste sur le caractère théâtral de l’opĂ©ra, soulignant dans ce sens les deux scènes capitales dans le dĂ©roulement de l’action, le grand duo de Macbeth et de son Ă©pouse au II, puis la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, qui doivent ĂŞtre jouĂ©es et dĂ©clamĂ©es, en rien chantĂ©es… C’est Ă  ce jeu scĂ©nique particulier que l’opĂ©ra verdien captive depuis don dĂ©but, s’inscrit idĂ©alement dans l’univers dont il prolonge la couleur fantastique et tragique: le drame shakespearien.

La production tourangelle rĂ©ussit tout cela, avec une force et une cohĂ©rence…
exceptionnelles. Qui en font l’un des meilleurs spectacles vus au Grand théâtre OpĂ©ra de Tours. La vision du metteur en scène local, 
Gilles Bouillon (directeur du Centre dramatique rĂ©gional de Tours) y aide grandement: sans dilution dĂ©corative sans surexplication codĂ©e lourde mais avec un rare sens de l’efficacitĂ© scĂ©nique; les solos de Macbeth et de son Ă©pouse, ceux pĂ©riphĂ©riques de Banco puis Macduff, les duos hallucinĂ©s, les scènes collectives comme le banquet qui ferme le II, avec l’exposition de Duncan mort assassiné… s’imposent en clartĂ© terrible, en expression hĂ©roĂŻque, en nuance de l’inĂ©luctable et du sublime tragique; ici chaque option scĂ©nique, chaque mouvement des acteurs et du choeur (un choeur magnifiques en chanteurs parfaitement impliquĂ©s!) Ă©clairent les nĹ“uds de l’action; en particulier la relation du roi d’Ecosse Macbeth avec les sorcières; de mĂŞme, l’obsession du roi criminel et usurpateur dĂ©vorĂ© par son impuissance foncière: ne pas avoir de fils donc de descendance (ceci nous vaut un tableau fantastique et hĂ©roĂŻque oĂą alors qu’il a tuĂ© le père : Banco, Macbeth en un dĂ©lire hallucinĂ© voit chacun de ses 5 enfants rĂ©gner en … souverains lĂ©gitimes. Tableau fort et puissant qui rĂ©tablit avec quel Ă  propos ces tĂ©nèbres permanents qui dĂ©vorent un Macbeth de plus en plus Ă©branlĂ© et dĂ©truit.


L’impuissance suprĂŞme
L’unitĂ© et la cohĂ©rence visuelles de la production renforcent davantage cette singulière descente aux enfers ; et l’on comprend dès lors toute la justesse de la vision de Gilles Bouillon qui en homme de théâtre, maĂ®tre de sa vision, dĂ©fend un point de vue passionnant; quoi de plus insupportable et de plus honteux pour un homme rongĂ© par l’ambition et le pouvoir, – en cela poussĂ© jusqu’Ă  l’extrĂŞme par son Ă©pouse dĂ©moniaque comme il a Ă©tĂ© dit par Verdi soi-”mĂŞme,- de ne pas avoir d’enfants? Impuissance suprĂŞme et jamais dite explicitement mais qui scelle bel et bien la crise spirituelle d’un homme maudit/foudroyĂ© dans sa destinĂ©e.
A l’intelligence de la mise en scène rĂ©pond la cohĂ©rence du plateau vocal, en particulier chez les hommes: grâce Ă  une projection naturelle et fluide, une intonation franche et sans affectation, en cela idĂ©alement proche du texte, le Macbeth d’Enrico Marrucci convainc et captive.
Le baryton italo-amĂ©ricain dĂ©ploie une aisance scĂ©nique assez exceptionnelle; son jeu Ă©conome, superbement simple rĂ©tablit l’essence du rĂ´le qui est une figure surtout théâtrale, avant d’ĂŞtre vocale: il incarne cette Ă©vidence dramatique que Verdi Ă©voque dans ses lettres; le travail de l’acteur est exemplaire; son italien dĂ©clamĂ© avec nuances et virilitĂ©, est articulĂ© dans de somptueuses couleurs toujours justes et musicales. L’arrogance, la fiertĂ© puis les doutes et la folie hullulĂ©e : le chanteur Ă©claire tout ce qu’Ă  de terriblement humain, la figure du roi criminel et maudit, grâce Ă  un style tout en finesse; Jean Teitgen est un Banco puissant et mâle dont l’autoritĂ© rend tout leur poids Ă  son air avec son fils ; puis Ă  son apparition comme spectre titillant l’esprit dĂ©jĂ  dĂ©rangĂ© de Macbeth au banquet du II; puis, quel luxe d’écouter le timbre clair et vaillant de Luca Lombardo (chanteur familier de la scène tourangelle) en Macduff … pour le seul vĂ©ritable grand air de tĂ©nor de tout l’opĂ©ra: un air endeuillĂ© (l’Ă©poux et le père pleurent leurs proches massacrĂ©s par le couple Macbeth), et fougueux appelant et avec quel aplomb le peuple Ă©cossais Ă  la rĂ©volte!
Les chĹ“urs sont fabuleux, eux aussi en prĂ©sence et jeu scĂ©nique; du reste tous les finaux sont saisissants de vĂ©ritĂ© et de justesse. Les sorcières s’affirment visuellement ; leur apparition rĂ©currente au dĂ©but du I puis du III pour activitĂ© la machination criminelle des Macbeth, offre des tableaux graphiquement rĂ©ussis oĂą les couleurs, les costumes, dans cette boite fermĂ©e et sombre citent l’enfermement, l’inĂ©luctable, la course Ă  l’abĂ®me … La rouille qui ronge tout le dĂ©cor dit aussi cette dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale (très belle rĂ©alisation de la dĂ©coratrice Nathalie Holt… qui n’en est pas a son premier travail avec Gilles Bouillon). Reste la Lady Macbeth de Jana Dolezilkova: si la voix n’a ni la puissance imprĂ©catrice du rĂ´le ni le soutien dans les aigus, le chant s’accorde en fusion chambriste, avec son partenaire, avec l’orchestre: son mĂ©dium est souple, riche, onctueux; son air de somnambulisme est stylistiquement irrĂ©prochable, vocalement tendu et habitĂ©; il offre avec le Macbeth d’Enrico Marrucci, un portrait bouleversant de barbarie coupable et finalement bouleversante

Dans la fosse, Jean-Yves Ossonce montre une passion verdienne exemplaire, sachant enflammer les chĹ“urs comme ciseler en couleurs chambristes chaque scène oĂą le couple Macbeth exprime la passion sanguinaire, l’ambition politique, la solitude crĂ©pusculaire qui les rongent peu Ă  peu. Les nuances dĂ©fendues par la direction respectent idĂ©alement ce théâtre millimĂ©trĂ© oĂą chaque accent, chaque inflexion restituĂ©e produit un miracle de dramatisme musical.

 

Tours. Grand Théâtre OpĂ©ra, le 11 mai 2012. Verdi: Macbeth, version 1865. Avec Enrico Marrucci, … Choeurs de l’OpĂ©ra de Tours, Orchestre symphonique RĂ©gion Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Gilles Bouillon, mise en scène. Illustration: Macbeth et Lady Macbeth: Enrico Marrucci, Jana Dolezilkova © F.Berthon.

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En mai 2012, pour 3 dates, l’OpĂ©ra de Tours et Jean-Yves Ossonce, son directeur, prĂ©sente un nouveau Macbeth, d’autant plus prometteur qu’il sollicite la vision du metteur en scène Gilles Bouillon… Production Ă©vĂ©nement: 3 dates incontournables, les 11, 13 et 15 mai 2012.