CD événement, réédition. JS BACH : Famous Cantates VOL 1. Ton Koopman (1 cd Challenge classics)

challenge classics koopman ca tates js bach vol 1 muhlhausen 1707 cd critique classiquenews koopman cd critiqueCD Ă©vĂ©nement, rĂ©Ă©dition. JS BACH : Famous Cantates VOL 1. Ton Koopman (1 cd CHALLENGE Classics). Heureuse sĂ©rie de 4 cantates parmi les plus dramatiques et filment architecturĂ©es, rĂ©Ă©ditĂ©e par le label Challenge classics en cette fin 2021. La BWV 4 exprime le doute et la fragilitĂ© humaine des croyants en quĂȘte de Dieu (les deux duos pour soprano et alto puis soprano et tĂ©nor) tandis que la basse rĂ©conforte, rassĂ©rĂšne par sa foi intangible. Le soprano de Barbara Schlick incarne cette tendresse fragile irradiĂ©e par Christ comme la tendresse sobre et simple de l’excellent tĂ©nor Guy de Mey. On ne peut trouver actuellement semblable quatuor de solistes, dans l’intensitĂ© sincĂšre, la clartĂ© incandescente, la simplicitĂ© aussi dĂ©pouillĂ©e qu’ardente ; heureux Koopman qui rĂ©unit alors la crĂšme des chanteurs, capables d’exprimer la ferveur la plus Ă©purĂ©e, la plus directe et franche.
La BWV 71 exprime la mĂȘme unitĂ© dans le questionnement fervent qui culmine dans le sublime choeur avec hautbois et flĂ»tes « Du wollest des Feinde niche gobent », d’une tendresse collective dĂ©sarmante.
La BWV 131 affirme chez Bach une nouvelle maĂźtrise de la suspension chorale, d’un souffle suspendu, Ă©thĂ©rĂ©, symptĂŽme d’une foi apaisĂ©e, en apesanteur ainsi qu’en tĂ©moigne les choeurs somptueux de cette cantate trĂšs aboutie dont celui pour tĂ©nor « Meine Seele wartet auf den Herrn », d’une constante certitude de plus de 6mn ! 
 une longueur inĂ©dite chez le Director Musices de Leipzig.
Chef d’oeuvre absolu, la BWV 106 « actus tragicus », est introduite par la sinfonia pour flĂ»tes / traverses obligĂ©s, vraie Ă©piphanie pastorale et tendre qui convoque immĂ©diatement un enchantement angĂ©lique que le choeur qui suit prolonge par sa candeur lumineuse (Gottes Zenit est die allerbeste Zeit). Il s’agit d’un opĂ©ra liturgique d’une finesse bouleversante. L’accord alto / basse profite des timbres Ă  l’énoncĂ© clair et simple des deux solistes, Kai Wessel et Klaus Martens, deux visages de la ferveur, l’un inquiet, fragile ; le second confiant, sĂ»r, secondĂ© par le choeur 
paradisiaque.
CLIC D'OR macaron 200koopman-oratorio-Bach-classiquenews-ton-koopman-dirige-labo_603x380EnregistrĂ© Ă  Amsterdam en 1994, le programme enchante de bout en bout, tĂ©moignant de l’approche de Koopman, d’une cohĂ©rence d’intention manifeste voire irrĂ©sistible, entre sincĂ©ritĂ© et franchise, profitant autant des caractĂšres individualisĂ©s des solistes chanteurs que du choeur inspirĂ© comme des instrumentistes composant son Amsterdam Baroque, Orchestra & Choir. Magistrale plĂ©nitude spirituelle au dĂ©but des annĂ©es 1990. C’est un rappel de ce que le chef et claveciniste lĂ©gendaire a rĂ©alisĂ©, il y a plus de 25 ans Ă  prĂ©sent, une maĂźtrise qui est acte de sincĂ©ritĂ© majeur lequel s’est renouvelĂ© lors du dernier Bach Festival Leipzig 2021 / BACHFEST LEIPZIG 2021, oĂč Koopman dirigeait en livre streaming plusieurs cantates, le Magnificat et la Passion selon Saint-Mathieu (Lire notre critique le 14 juin 2021) -  CLIC de CLASSIQUENEWS.

CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman.

CRITIQUE, live streaming concert. LEIPZIG, BACHFEST, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. AprĂšs une somptueuse entrĂ©e en matiĂšre, dont le dĂ©tail jamais ne sombre sous la grandeur, Ton Koopman inscrit la Passion dans l’intimitĂ© et une progression toute en douceur. La gravitĂ© tragique des derniĂšres heures de la vie de JĂ©sus est Ă©voquĂ©e, prĂ©sente par le chant trĂšs expressif du contre tĂ©nor Maarten Engeltjes ; puis c’est la soprano (Ilse Eerens) au timbre claire, Ă©merveillĂ© qui touche immĂ©diatement ; son air « Blute nur, du liebes Herz!” : affirme la dĂ©termination de la priĂšre implorante et d’une douceur incandescente. La sobriĂ©tĂ© du chant sert le texte.

 

 

 

Ton Koopman joue JS Bach Ă  Leipzig

UNE SAINT-MATTHIEU INTIME, BOULEVERSANTE

 

 

 

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Les portent tous deux, la direction tĂ©nue, Ă  la limite de la confession, pudeur continue, d’une tendresse qui bouleverse. Le sens du dĂ©tail de chaque timbre (jusqu’à la flĂ»te solo avec le trompette
 ou le hautbois magicien de «Ich will bei meinem Jesu wachen » qui fusionne tĂ©nor et choeur angĂ©lique, compassionnel) jaillit comme un Ă©clat d’une poĂ©sie rare.
En JĂ©sus, la basse Andreas Wolf se rĂ©vĂšle elle aussi, jubilatoire : naturel et grave, diseur racĂ© Ă©patant. L’évangĂ©liste de Tilman Lichdi sculpte le verbe agissant, d’une vivacitĂ© qui prend Ă  tĂ©moin, interroge : acteur autant que diseur : imaginatif, astucieux sans ĂȘtre artificiel ni outrageusement thĂ©Ăątral, 
 parfait de bout en bout. Les Chorals ont tous une rondeur caressante ; qui rend la partition si fraternelle, proche et intime.
C’est donc une version de haut vol. OĂč cependant le tĂ©nor chargĂ© des arias paraĂźt moins naturel que ses partenaires, ses aigus tendus, chantournĂ©s, d’une Ă©mission indirecte et nĂ©gociĂ©e ; mais ses aspĂ©ritĂ©s vocales expriment aussi les incertitudes parfois paniques du fervent qui doute, Ă©cartĂ© de la vision de JĂ©sus compatissant et protecteur
 Le choeur lui exulte dans une tendresse hallucinĂ©e ou rugit en un feu dardant, volcan choral aux accents telluriques ; tant de contrastes vertigineux Ă  l’extrĂ©mitĂ© du spectre expressif s’avĂšrent fulgurants dans leur maĂźtrise.

A 20h, reprise pour la 2Ăš partie du cycle de la Passion. La Sinfonia d’ouverture, d’une superbe articulation, avec l’alto qui exprime le doute, interroge le sens de la foi, en pleine crise spirituelle. DĂ©ploratif et juste, et capable d’un legato qui paraĂźt illimitĂ©, l’alto masculin Ă©blouit dĂ©cidĂ©ment par sa sensibilitĂ© hautement musicale que porte aussi le violon solo.

Puis autre facette du croyant dĂ©muni qui se livre quasi Ă  nu, en compassion avec JĂ©sus, la soprano touche tout autant, avec le trio instrumental, d’une ineffable douleur tendre (traverso, hautbois da caccia, hautbois d’amour : « Aus Liebe”) ; le chant exprime le dĂ©nuement humain total grĂące au timbre angĂ©lique idĂ©alement candide de la soprano.

L’ultime priĂšre « Mache dich, mein Herze, rein », air de basse sur un continuo simple et dĂ©pouillĂ© (l’indice d’une gravitĂ© essentielle qui fait de l’air un air axial dans la dĂ©roulement de la Saint-Mathieu, vĂ©ritable opĂ©ra sacrĂ©) confirme le talent de la basse Klaus Mertens, sobre, naturellement articulĂ©, qui appelle Ă  la rĂ©conciliation, au pardon, Ă  la paix gĂ©nĂ©rale.

 

 

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Enfin le final d’une absolue paix intĂ©rieure s’énonce comme le retrait des eaux – un effacement progressif et gĂ©nĂ©ral, comme le dĂ©roulement Ă  la fois synthĂ©tique et rĂ©trospectif de tout ce qui a Ă©tĂ© Ă©noncĂ©, Ă©prouvĂ©, vĂ©cu aux cĂŽtĂ©s de JĂ©sus, de la CĂšne Ă  la Crucifixion: a contrario du supplice tragique, c’est une fin des plus apaisĂ©e ; la rĂ©solution rassĂ©rĂ©nĂ©e, inscrite dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et l’effacement de toute peine, un miracle d’apaisement fraternel et collectif. LĂ  encore c’est la profonde attĂ©nuation, le sens du murmure intime, ce geste de l’intĂ©rioritĂ© qui font la valeur de la lecture offerte par Ton Koopman. Qu’on est loin des dĂ©monstrations vocalisantes et orchestrales de ses confrĂšres plus jeunes. Le chef nĂ©erlandais rĂ©tablit l’essence de la Saint-Mathieu, moins ample portique majestueux qu’acte de communion partagĂ©e. La rĂ©alisation est bouleversante par son humanitĂ© et sa pudeur sincĂšre. Elle suscite chez l’auditeur le questionnement, confrontĂ© Ă  la mort et au Sacrifice, plongeant dans le grand mystĂšre de JĂ©sus, sa nature Ă  la fois divine et humaine. Voici assurĂ©ment l’un des instants les plus saisissants rĂ©alisĂ©s dans le cadre des streamings du BACHFEST LEPIZIG 2021.

 

 

 

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CRITIQUE, live streaming concert. BACHFEST Leipzig, Gewandhaus, großer Saal, le 14 juin 2021. JS BACH : Passion selon Saint-Matthieu. Ton Koopman. Tilman Lichdi (tenor – Evangelist), Andreas Wolf (bass – Jesus), Ilse Eerens (soprano), Maarten Engeltjes (altus), Nils Giebelhausen (tenor – arias), Klaus Mertens (bass – arias), GewandhausKinderchor, Amsterdam Baroque Orchestra & Choir / direction: Ton Koopman. Photos : Ton Koopman, Ilse Eerens, Andreas Wolf (DR).

 

 

  

 

CRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman

koopman-bachfest-leipzigjuin2021-concert-critique-classiquenewsCRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman. Sous la nef rococo et ses palmes Ă©lĂ©gantissimes toutes d’un blanc nuptial, de l’église Saint Nicolas de Leipzig, sans masque et Ă  bonne distance, les musiciens rĂ©pondent au souci de tendresse et de lumiĂšre intĂ©rieure d’un Koopman d’une sĂ©rĂ©nitĂ© constante. A travers les 4 Cantates choisies qui composent ce premier programme, le chef au geste receuilli et prĂ©cis, sculpte la nuance comme le sens intime du texte. Les timbres instrumentaux sont mis en lumiĂšre Ă  Ă©galitĂ© avec le chant choral et le relief des solistes.
Se distinguent entre autres, la tendresse du duo sop / alto (contre tĂ©nor), avec deux hautbois obligĂ©s (dont le hautbois da caccia) d’une incomparable sensibilitĂ© entre inquiĂ©tude et compassion (BWV23). Puis la noblesse (attendrie elle aussi) du tĂ©nor – rĂ©citant, sous une une direction toute en souplesse rassĂ©rĂ©nĂ©e d’un Ton Koopman qui fait figure dĂ©sormais d’interprĂšte de rĂ©fĂ©rence, d’une constante attention Ă  l’humanitĂ© d’un Bach qui sait implorer et adoucir. Au demeurant le mĂȘme Ton Koopman est prĂ©sident du fonds Bach Archive / les archives Bach de Leipzig ; il connaĂźt son Bach jusqu’au bout des doigts, en fin connaisseur et d’une vitalitĂ© intacte. Le choeur rĂ©conforte et accompagne le fervent sur le chemin de la sĂ©rĂ©nitĂ© et de la confiance qu’affirme le duo tĂ©nor / baryton, plein de joie tranquille. L’inusable basse Klaus Mertens rassure et captive par la naturel de son chant articulĂ©. Moelleux et presque jusqu’à la mollesse, l’ñme bercĂ©e s’adoucit et s’abandonne car comme il est dit dans l’Evangile de Luc, – dont des extraits sont dits depuis la chaire par le comĂ©dien Ulrich Noethen, « Dieu est avec vous, Ă  vos cĂŽtĂ©s », comme il est prĂ©sent aux cĂŽtĂ©s de Joseph et de Marie. Rien ne vient atteindre la perfection bienheureuse et rĂ©confortante de cette certitude. En outre le rĂ©citant ainsi requis cite les textes dans la traduction de Luther et contextualise chaque cantate dans son contexte biblique.
BACH FEST LEIPZIGFamilier de Bach, passeur expĂ©rimentĂ©, Ton Koopman nous fait entendre chaque sĂ©quence dans sa portĂ©e pĂ©dagogique et spirituelle. Ainsi l’air solo du tĂ©nor de la BWV1, rayonne d’heureuse confiance. Comme on est Ă©pargnĂ© des doutes, des inquiĂ©tudes qui Ă©maillent ailleurs les pentes escarpĂ©es des autres Cantates d’un Bach qui semblent avoir tout pensĂ© de l’itinĂ©rance du pĂšlerin, tout mesurĂ© de l’expĂ©rience parfois contrariĂ©e, incertaine du croyant. Les chƓurs de la BWV1 disent aussi la riche expĂ©rience du fervent mĂȘme quand il doute : l’étonnant duo alto / tĂ©nor avec continuo et trompette (surtout) de la BWV 10 exprime la fragilitĂ© humaine sur des crĂȘtes incertaines : et le choeur final, court, presque lapidaire, se referme sur le mystĂšre total. L’orchestre dĂ©taillĂ©, vivant, bondissant, et dans le cas de Koopman caressant et tendre, se place du cĂŽtĂ© du croyant. Fraternel, compatissant ; pilier et socle pour la foi. Koopman a bien raison de rester presque une minute immobile aprĂšs le dernier accord et le silence qui suit la fin du choeur final. Instant suspendu qui rappelle combien la musique est un acte spirituel, profond, sincĂšre, en communion, portĂ© par le sens du texte. TrĂšs bon programme d’ouverture du BACH FEST 2021.

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CRITIQUE, concert. LIVE STREAMING, LEIPZIG, en direct du BACHFEST Leipzig, le 11 juin 2021. JS BACH : Cantates BWV 61, 23, 1 et 10. Ton Koopman

Nun komm, der Heiden Heiland, aus der gleichnamigen Kantate, BWV 61
Du wahrer Gott und Davids Sohn, BWV 23
Wie schön leuchtet der Morgenstern, BWV 1
Meine Seel erhebt den Herren, BWV 10
Ulrich Noethen (Sprecher), Ilse Eerens (Sopran), Maarten Engeltjes (Altus), Tilman Lichdi (Tenor), Klaus Mertens (Bass) – Amsterdam Baroque Orchestra & Choir. Ton Koopman, direction.

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Prochain streaming demain samedi 12 juin : Oratorio de Noël, 18h30.

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Bach_Messias_streaming BACHFEST leipzig 2021 annonce critique concert passion classiquenewsLes retransmissions en streaming du BACH FEST Leipzig, se poursuivent jusqu’au 20 juin prochain. LIRE ici notre prĂ©sentation du cycle des concerts du Festival Bach de Leipzig 2021 :
http://www.classiquenews.com/streamings-les-cantates-de-js-bach-depuis-le-bachfest-leipzig-11-20-juin-2021/

Compte rendu, festivals. Festival itinéraire Baroque en Perigord Vert, du 28 au 31 juillet 2016. Ton Koopman / La Risonanza (Fabio Bonizzoni)


ton-koopmanFondĂ© en 2002 par Ton Koopman et Robert Nicolas Huet, le Festival ItinĂ©raire Baroque nous offrait, pour sa quinziĂšme Ă©dition, un programme d’une passionnante richesse. Sis au cƓur d’un merveilleux patrimoine architectural, le Festival a permis Ă  des musiciens venus des quatre coins de l’Europe de nous faire traverser le Moyen-Âge, la Renaissance italienne, française et anglaise, le Baroque italien et le Classicisme viennois dans des Ă©glises romanes peu connues du grand public, mais Ă  l’acoustique remarquable. Durant quatre jours, du jeudi au dimanche, plusieurs formules Ă©taient offertes au festivaliers : le concert unique, plusieurs concerts dans un seul lieu, enfin des concerts sur plusieurs sites. De quoi satisfaire toutes les envies et toutes les Ă©nergies, car suivre l’entiĂšretĂ© du programme (en tout onze concerts) Ă©tait particuliĂšrement intense.

 

 

 

ECLECTISME pour les 15 ans du Festival Itinéraire Baroque en Périgord

 

Pour son concert d’ouverture, dans la trĂšs belle Ă©glise romane de Champagne, la phalange des Amsterdam Baroque Orchestra dirigĂ©e par T. Koopman a proposĂ© un judicieux programme Bach, compositeur fĂ©tiche du chef nĂ©erlandais, avec la suite n°1 BWV 1066, la sinfonia de BWV 42 et deux cantates festives de circonstance, « Jauchzet Gott in allen Landen » et « Weichet nur, betrĂŒbte Schalten », dite Cantate du Mariage. Souffrante, la soprano Hana BlazĂ­kovĂĄ a Ă©tĂ© remplacĂ©e au pied levĂ© par la cubaine Yetzabel Arias Fernandez qui, malgrĂ© une prononciation de l’allemand plus mĂ©diterranĂ©enne qu’orthodoxe, a enchantĂ© l’auditoire : projection impeccable, puissance d’une voix ronde et chaleureuse, trĂšs Ă  l’aise dans les aigus, sans aucune affectation, tout en Ă©tant attentive aux inflexions pathĂ©tiques du texte. Une trĂšs belle musicalitĂ© magnifiĂ©e par les musiciens d’une justesse confondante, avec un trompettiste particuliĂšrement virtuose, David Hendry, et des violonistes qui ne le sont pas moins. Dans la premiĂšre cantate, quand la voix est sollicitĂ©e dans l’aigue s’installe alors un dialogue admirable avec les cordes. D’autres grands moments ont captivĂ© l’assistance, notamment la magnifique premiĂšre aria avec hautbois obligĂ© de la seconde cantate ou les arpĂšges envoĂ»tants des violons et violoncelles de la seconde aria. Le trĂšs bel Ă©quilibre des pupitres est encore mieux mis en valeur dans les piĂšces instrumentales, en particulier dans la Sinfonia qui ouvrait la seconde partie du concert.
Le second jour, l’itinĂ©raire emmenait les festivaliers globe-trotter dans le charmant village de Cercles. De 11h Ă  23h, autour d’un cafĂ© baroque et d’un marchĂ© gourmand, trois concerts se dĂ©roulaient dans la trĂšs belle abbatiale Saint-Cybard datant du XIVe siĂšcle. Au programme, des piĂšces de Monteverdi pour deux tĂ©nors (Ensemble Vivante), extraites des VIIe, VIIIe et IXe Livres. On saluera la qualitĂ© du chant et de l’accompagnement instrumental, la parfaite diction de Tore Tom Denys et Érik Leydal que dĂ©nature nullement une lĂ©gĂšre pointe d’accent d’outre-Manche. Les voix sont sonores et bien articulĂ©es, chacune avec leurs caractĂšres propres (l’une plus juvĂ©nile et lumineuse, l’autre plus ronde et charnue). Elles font merveille dans les grandes pages madrigalesques, en particulier dans la longue plainte en dialogue pĂ©trie de chromatismes de « Interrotte speranze », dans l’oxymorique canzonetta « SĂŹ dolce Ăš ’l tormento », ou encore dans le concitato « Se vittorie sĂŹ belle », avec en bis les cĂ©lĂšbres « Bella donna » et « Zefiro torna ».
Le second concert proposait un parcours original autour de la naissance et de la diffusion de la Commedia dell’Arte. On passera rapidement sur la soprano Elena Bertuzzi, voix verte et acide, sans aucune des aspĂ©ritĂ©s sur lesquelles pourraient s’agripper les mille nuances pathĂ©tiques du texte. Une lecture strictement littĂ©rale Ă  l’opposĂ© de ce qu’exige ce riche rĂ©pertoire du premier Seicento. En revanche, le programme, constituĂ© de piĂšces de Vecchi, Willaert, Landi, Holborne, Zanetti, Janequin, Ferrari et quelques anonymes, servait de parfait Ă©crin aux performances convaincantes du comĂ©dien Lorenzo Bassotto, histrion rompu Ă  l’art des lazzi, sachant parfaitement s’adapter au public, Ă  l’actualitĂ© (ainsi le cĂ©lĂšbre lazzo de la mouche revisitĂ©e Ă  la sauce Brexit) et aux situations parfois imprĂ©visibles qui peuvent naĂźtre au cours de la soirĂ©e (l’arrivĂ©e impromptue d’un spectateur retardataire par exemple).
Mais le concert le plus remarquĂ© fut celui qui acheva la journĂ©e, donnĂ© par l’Ensemble La Risonanza, dirigĂ© par Fabio Bonizzoni du clavecin. À travers un superbe programme Vivaldi, Scarlatti, Bononcini, Corelli et Haendel, on a pu y retrouver Yetzabel Arias Fernandez, magnifique fil rouge de ce Festival. Elle a livrĂ© une lecture Ă©blouissante de la cantate « Bella madre dei fiori » d’Alessandro Scarlatti, et ce dĂšs le rĂ©citatif initial, d’une puissante charge pathĂ©tique ; ligne de chant d’une grande ductilitĂ© qui, avec grĂące et naturel, permet le passage Ă  la premiĂšre aria sans heurts particuliers, comme c’est souvent le cas dans les cantates du XVIIIe siĂšcle, extrĂȘmement codifiĂ©es. On apprĂ©ciera les incroyables pianissimi des violons qui ne faiblissent guĂšre et conservent une Ă©gale Ă©nergie, ou encore la sublime aria finale, avant un bref et rĂ©citatif et trĂšs cantabile, renouant avec la tonalitĂ© pathĂ©tique du dĂ©but. Des qualitĂ©s qu’on retrouve dans les deux autres cantates de Bononcini (« Barbara, ninfa ingrata »), oĂč la voix de la soprano fait preuve d’une amplitude impressionnante, et de Haendel (« Armida abbandonata »), pour laquelle la chanteuse cubaine rĂ©vĂšle un timbre gĂ©nĂ©reux, parfaitement idoine pour incarner la magicienne, tout en laissant paraĂźtre les failles humaines d’une femme avant tout amoureuse. Dans les piĂšces instrumentales (les variations sur la Folie d’Espagne de Vivaldi et la chaconne de Corelli, rĂ©vĂ©lant une belle cohĂ©rence thĂ©matique en faisant Ă©cho Ă  l’entĂȘtement du sentiment amoureux des trois cantates), les musiciens de La Risonanza font preuve d’une prĂ©cision entomologiste, agrĂ©mentĂ©e d’un son chaleureux, d’une opulence toute vĂ©nitienne.
Le lendemain commençait l’itinĂ©raire proprement dit. Six brefs concerts de moins d’une heure nous entrainaient tour Ă  tour Ă  l’église Saint Martin de Cherval, Saint Martial Viveyrol, Sainte-Marie de Bourg-des-Maisons, Saint-Saturnin de Coutures ou au chĂąteau de Beauregard, selon un ordre que les festivaliers pouvaient choisir Ă  leur convenance, les concerts Ă©tant repris cinq fois dans la journĂ©e. Parmi les temps forts de cet itinĂ©raire, on relĂšvera en particulier le beau rĂ©cital de harpe baroque, par la jeune Emma Huijsser (que l’on retrouvera dans quelques jours Ă  Innsbruck dans la recrĂ©ation des Nozze in sogno de Cesti), qui nous a fait redĂ©couvrir le riche rĂ©pertoire de la Thuringe au XVIIIe siĂšcle (piĂšces de Bach, Weiss et auteurs anonymes), dans une interprĂ©tation dĂ©licate, sans failles et constamment inspirĂ©e, alors qu’elle remplaçait elle aussi au pied levĂ© la soprano-harpiste Hana BlazĂ­kovĂĄ, prĂ©vue dans un programme de musique mĂ©diĂ©vale. AprĂšs un beau concert de cantates classiques de Kraus et Haydn par la mezzo Anna Zander, judicieusement accompagnĂ©e au pianoforte par Mayumi Kamata (belle voix sonore et bien projetĂ©e), le meilleur moment de la journĂ©e fut sans conteste le programme « Dowland in Holland » proposĂ© par les experts nĂ©erlandais de la Camerata Trajectina ; des textes particuliĂšrement savoureux, pleins d’humanitĂ©, de bon sens populaire et de gouaille sur des musiques prĂ©existantes du cĂ©lĂšbre gambiste anglais. Tous les musiciens sont Ă  fĂ©liciter, des voix toujours bien posĂ©es de la soprano Hieke Meppelink et du tĂ©nor Nico van der Meel, fidĂšles de toujours de la Camerata, aux instruments prĂ©cis et colorĂ©s de Saskia Coolen (flĂ»te Ă  bec et viole de gambe), de Erik Beijer (viole de gambe) et Michiel Niessen (luth et vihuela). Un programme fort rĂ©jouissant (l’un des recueils choisis s’intitule prĂ©cisĂ©ment « de Boertigen », « JovialitĂ©s ») qui faisait alterner les piĂšces pathĂ©tiques (comme le « Christelijcke Klachte », rĂ©Ă©criture du cĂ©lĂšbre « Flow my tears »), les airs plus burlesques (irrĂ©sistible « Meysje met jou blancke billen », « Fillettes avec tes fesses pĂąles »), ou sĂ©rieux, voire politiques (« D’un gouvernement parfait », sur une pavane de Dowland). En outre, il faut souligner la remarquable acoustique dans le cadre enchanteur du jardin de Beauregard. La façade arriĂšre du chĂąteau, au pied d’un grand arbre aux branches enveloppantes, les spectateurs assis en demi-cercle, tout cela donnait l’impression d’un thĂ©Ăątre de verdure du plus bel effet.

 

Le Festival s’achĂšve comme il avait commencĂ© avec Ton Koopman et les forces de son Amsterdam Baroque Orchestra cette fois au grand complet dans un double programme Haydn (Nelson-Messe) et Mozart (Messe du Couronnement). Une nouvelle interprĂ©tation magistrale des musiciens nĂ©erlandais dans ces deux chefs-d’Ɠuvre classiques. La direction de Koopmann fascine par sa prĂ©cision sans qu’à aucun moment elle ne sacrifie la ferveur qu’exigent ces deux messes. La puissance dramatique, l’amplitude et l’équilibre des parties, le respect scrupuleux des contrastes accompagnent avec Ă©lĂ©gance les rares parties solistes, dont tous les interprĂštes sont Ă  saluer (Yetzabel Arias Fernandez, une fois de plus, l’alto Bogna Bartosz, plus en retrait, le tĂ©nor remarquable de clartĂ© Tilman Lichdi, et surtout la basse Klaus Mertens, dont l’autoritĂ© et la justesse n’ont pas pris une ride). Une mention spĂ©ciale pour le formidable chƓur, fervent et techniquement impeccable, qui a livrĂ©, en particulier de l’opus mozartien, une interprĂ©tation autrement plus inspirĂ©e que la rĂ©cente lecture d’Accentus Ă  Beaune quinze jours auparavant. Au final un bilan extrĂȘmement positif.

 

 

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Oratorio de Noël de Jean-Sébastien Bach

koopman-oratorio-Bach-classiquenews-ton-koopman-dirige-labo_603x380France Musique. Bach : Oratorio de NoĂ«l. Vendredi 25 dĂ©cembre 2015, 14h. Ton Koopman dirige l’Amsterdam Baroque Orchestra dans l’un des sommets liturgiques conçus par Bach pour le temps de NoĂ«l. L’ensemble, ambitieux et mĂȘme vaste, d’une durĂ©e totale de 2h30 environ, comprend six parties, parfaitement liĂ©es entre elles par un sujet unique, se dĂ©roulant avec cohĂ©rence de l’une Ă  l’autre. Bach a conçu le cycle pour les 6 jours de fĂȘte du temps de NoĂ«l 1734/1735. L’ensemble fut crĂ©Ă© dans les Ă©glises Thomaskirche et Nicolaikirche de Leipzig, sur un livret aujourd’hui attribuable Ă  Picander, mais sans vĂ©ritable preuves. Le fil conducteur est donnĂ© par le tĂ©nor qui raconte, narre, fidĂšle mĂ©diateur et rĂ©citant de l’histoire de la NativitĂ©, depuis le recensement de BĂ©thlĂ©em, jusqu’à l’adoration des mages. Chaque partie Ă©tait chantĂ©e, un jour aprĂšs l’autre, et non successivement en un tout continu, du 25 dĂ©cembre 1734, jour de NoĂ«l, jusqu’au 6 janvier 1735, pour l’Epiphanie. En dramaturge respectueux des Saintes Ă©critures (Passion de Saint-Mathieu et Passion de Saint-Luc), Bach qui a manifestement collaborĂ© au livret, et au choix des textes, structure musicalement son cycle liturgique en citant par intermittence les mĂȘmes familles d’instruments, d’un tableau Ă  l’autre : ainsi, le corps des trompettes en rĂ©, dans les parties I, III, VI.  Les parties I, II, III narrent la prochaine dĂ©livrance de Marie, la naissance de JĂ©sus (I) ; l’Annonciation aux bergers (II) ; l’invitation vers BethlĂ©em (II) ; la TroisiĂšme partie comporte l’air pour alto, le seul air original de l’Oratorio qui ne soit pas un rĂ©emploi d’une mĂ©lodie prise dans une cantate prĂ©cĂ©dente : un air oĂč Marie prend la parole et dĂ©clare “Renferme mon coeur ce doux miracle
” ; la circoncision (IV) : les mages d’Orient Ă  JĂ©rusalem et l’inquiĂ©tude d’HĂ©rode Ă  la nouvelle de la naissance de l’Enfant (V) ; la marche et l’adoration des mages (VI). Le cycle se termine par un choral de triomphe, entonnĂ© par la trompette dont la partie de soliste fut composĂ©e par Bach pour le virtuose Gottfried Reiche, l’un des musiciens de l’orchestre que le compositeur dirigeait Ă  Leipzig.

France Musique, le 25 dĂ©cembre 2015 Ă  14h. Concert donnĂ© le 21 dĂ©cembre 2014 en l’Eglise St Martini, Ă  Brunswick (Braunschweig) en Basse Saxe (Allemagne)

Jean-SĂ©bastien Bach
Oratorio de Noël BWV 248
Yetzabel Arias Fernandez, Soprano
Tilman Lichdi, TĂ©nor
Klaus Mertens, Basse
Maarten Engeltjes, Contre-ténor
Amsterdam Baroque Orchestra‹Ton Koopman : Chef d’orchestre