CRITIQUE CD. MĂ©lanie BrĂ©gant : ACCORGUEON : Mendelssohn, Franck, BoĂ«llmann, Escaich
 ( 1 cd Klarthe records) – MĂ©lanie BrĂ©gant

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 ( 1 cd Klarthe records)MĂ©lanie BrĂ©gant dĂ©montre ici combien le clavier portatif n’a rien Ă  envier au colossal orgue pour lesquelles les piĂšces sĂ©lectionnĂ©es ont Ă©tĂ© conçues originellement. D’emblĂ©e, la transcription pour l’orgue Ă  bretelles n’entame en rien leur expressivitĂ©, leur gravitas, leur justesse comme leur pouvoir d’évocation : la distribution / rĂ©partition entre les voix et les mains, les options de registrations opĂšrent une adaptation depuis l’architecture originelle qui est in fine enrichissement et non appauvrissement.
D’abord les 3 premiers morceaux d’une presque Ă©gale durĂ©e autour de 8 mn forme comme un triptyque « bachien »; deux romantiques faisant rĂ©vĂ©rence au dieu Jean-SĂ©bastien, leur art dĂ©coulant de la source baroque


L’accordĂ©oniste dĂ©voile chez Mendelssohn une ampleur habitĂ©e, d’une Ă©loquence sereine, lumineuse, confiante ; la variation est d’une souplesse vivace aux phrasĂ©s admirablement maĂźtrisĂ©s sur l’ensemble du spectre sonore, soit 7 octaves (!).
Chez Franck, s’affirme un mĂȘme calme olympien dont la profondeur voire la gravitĂ© (les fabuleux graves de l’accordĂ©on de concert, ou « basses pĂ©dales » sollicitĂ©es Ă  la main gauche) montre combien le liĂ©geois français a su recueillir et transcender l’art contrapuntique de Bach L’accordĂ©on par sa richesse harmonique et l’art des nuances de l’interprĂšte Ă©gale le spectre expressif du piano – comme on dit piano cathĂ©drale et piano orgue, l’accordĂ©on rivalise avec les claviers les plus impressionnants et spectaculaires (la fugue prĂ©cise, sobre, droite comme hallucinĂ©e, suspendue
).
Source inĂ©puisable, la passacaille de JS Bach semble surgir des trĂ©fonds mystĂ©rieux puis flotter entre solennitĂ© et gravitĂ©, en une traversĂ©e nocturne explorant les profondeurs d’un autre-monde.
La Suite « Gothique » de BoĂ«llmann (lui-mĂȘme organiste, fervent admirateur de Franck) Ă©tend les mĂȘmes rĂ©sonances graves, d’une longueur de son impĂ©riale (PrĂ©lude initial) ; le Menuet enjouĂ©, lĂ©ger, badine ; la priĂšre Ă  Marie caresse, rassĂ©rĂšne par sa douceur qui rayonne ; avant que la toccata n’hypnotise par sa coupe prĂ©cise, ses syncopes agiles qui flottent, aĂ©riennes


CLIC D'OR macaron 200Le jeu de MĂ©lanie BrĂ©gant force l’admiration car Ă  la sensibilitĂ© de l’interprĂšte s’ajoute aussi l’intelligence des choix opĂ©rĂ©s pour rĂ©ussir la transcription de l’orgue Ă  l’accordĂ©on soit des 2 mains et des 2 pieds de l’organiste aux seules mains de l’accordĂ©oniste (!) : finesse et subtilitĂ© dans l’indĂ©pendance distincte des voix simultanĂ©es (la Variation chez Franck), comme la nĂ©gociation avec les cĂ©sures du souffle qu’impose le seul soufflet
 L’épreuve en ce sens la plus emblĂ©matique a concernĂ© les 5 versets du Victimae Paschali de Thierry Escaich (1991) pour lesquels MĂ©lanie BrĂ©gant a fait Ɠuvre de transcriptrice inspirĂ©e et pilotĂ©e par le compositeur organiste : l’accordĂ©oniste ayant trouvĂ© l’aval de l’auteur rĂ©ussit la superposition des « univers antagonistes » comme Ă©lectrisĂ©s de l’intĂ©rieur par la riche texture harmonique et la volubilitĂ© de la trame rythmique. De quoi faire surgir et donner vie aux figures thĂ©matiques, vivaces et processionnelles telles des toccatas improvisĂ©es qui s’embrasent
 Superbe programme : original et superbement rĂ©alisĂ©.

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Mélanie Brégant, accorguéon, accordéon de concert

FĂ©lix MENDELSSOHN (1809-1847) – Sonate en rĂ© mineur op. 65 n°6 (1er mouvement, Choral et variations)
CĂ©sar FRANCK (1822-1890) – PrĂ©lude, fugue et variations en si mineur op. 18
Jean-Sebastian BACH (1685-1750) – Passacaille en do mineur BWV 582
Johann PACHELBEL (1653-1706) – Chaconne en fa mineur P 42
LĂ©on BOELLMANN (1862-1897) – Suite Gothique op. 25
Thierry ESCAICH (1965) – Cinq versets sur le Victimae Paschali (1991)

 

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PLUS d’infos sur le site de Klarthe records :
https://www.klarthe.com/index.php/fr/enregistrements/accorgueon-detail

CRITIQUE, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 4 mai 2022. ESCAICH : Shirine, crĂ©ation. Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Franck Ollu

shirineCRITIQUE, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 4 mai 2022. ESCAICH : Shirine, crĂ©ation. Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Franck Ollu (direction) / Richard Brunel (mise en scĂšne) – Une crĂ©ation mondiale est toujours un Ă©vĂ©nement. AprĂšs le succĂšs de Claude, ici mĂȘme Ă  Lyon, on attendait beaucoup du nouvel opus de Thierry Escaich. Attente déçue, compensĂ©e par un plateau de haute tenue, une mise en scĂšne efficace et une direction exemplaire.

Au dĂ©part une Ă©popĂ©e romanesque en vers de NĂȘzĂąmi, Kosrow va ChĂźrĂźn, chef-d’Ɠuvre de la littĂ©rature persane du XIIe siĂšcle, adaptĂ© et resserrĂ© en 12 tableaux par l’écrivain franco-afghan Atiq Rahimi (prix Goncourt 2008), tandis que Richard Brunel, actuel directeur de l’opĂ©ra de Lyon en signe une mise en scĂšne Ă  la fois sobre, puissamment suggestive, Ă  l’image de ces femmes aux bouches cousues avec lesquelles s’ouvrent l’opĂ©ra (clin d’Ɠil au film Shirin du cinĂ©aste iranien Abbas Kiarostami qui parvint Ă  contourner la censure des mollahs), tandis que l’usage (parfois abusif) de la vidĂ©o, et les sĂ©ances de poses photographiques Ă©voquent la relation des deux protagonistes par portraits interposĂ©s.

La lĂ©gende des amants malheureux – l’union du roi de Perse et de la princesse d’ArmĂ©nie – inspire au compositeur une musique Ă  la croisĂ©e des cultures orientale et occidentale, magnifiĂ©e par les dĂ©cors inspirĂ©s d’Etienne Pluss (un plateau tournant supportant 4 murs modulables et qui font apparaĂźtre des enluminures persanes plurisĂ©culaires, tandis qu’autour un terrain vague gris sert d’accĂšs aux personnages et au chƓur) et par les superbes costumes de Wojciech Dziedzic.

CrĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de Lyon

SHIRINE
 en demi-teintes

La dimension relativement statique de l’intrigue souligne la source narrative de l’épopĂ©e ; elle rend d’autant plus intense la confrontation des protagonistes, l’un reprochant Ă  l’autre de lui avoir fait perdre son royaume, l’autre reprochant au premier d’avoir fait crever les yeux de son pĂšre, tandis que l’intrigant Chapour, peintre de son Ă©tat, sert de fil rouge Ă  l’intrigue en endossant parfois le rĂŽle de narrateur, partagĂ© par NakissĂą et BarbĂąd. ComplĂštent la liste des personnages, Chamira, reine d’ArmĂ©nie et tante de Shirine, Chiroya, le fils de Khosrow et Maryam, et le sculpteur FarhĂąd, autre prĂ©tendant de la princesse armĂ©nienne. En somme, un RomĂ©o et Juliette prĂ©islamique qui aurait croisĂ© le chemin d’ƒdipe.

Si on est subjuguĂ© par le traitement des voix, souvent d’une grande sensualitĂ©, qu’accompagnent les instruments traditionnels que sont la flĂ»te naĂŻ, le duduk et le qĂąnĂ»n, la rĂ©duction littĂ©raire de Rahimi peine Ă  convaincre et l’on sent une cruelle dichotomie entre une masse orchestrale souvent Ă©touffante et un traitement musical du texte fort peu alliciant, celui-ci alternant austĂ©ritĂ© et sophistication archaĂŻsante (« aimance » qui revient comme un leitmotiv obsĂ©dant), alors que les voix, Ă  quelques exceptions prĂšs, ne se dĂ©marquent pas toujours nettement d’un personnage Ă  l’autre.

La distribution pourtant est de trĂšs haute tenue. Le Chapour de Jean-SĂ©bastien Bou dĂ©ploie un timbre solide, parfaitement projetĂ©, Ă  la diction impeccable sans que la ligne musicale qui lui Ă©choit ne mette rĂ©ellement en valeur ses grandes qualitĂ©s vocales. Julien Behr campe un roi de Perse Ă  la vocalitĂ© puissante et tire son Ă©pingle du jeu d’un registre excessivement monolithique. Dans le rĂŽle-titre, Jeanne GĂ©rard magnifie son personnage par la longue tenue et la puretĂ© de ses aigus, tandis que la Chamira de Majdouline Zerari Ă©merveille par l’élĂ©gance de son phrasĂ©, tout comme le FarhĂąd de Florent Karrer, superbement incarnĂ©. IntĂ©ressante l’idĂ©e de confier le rĂŽle des deux conteurs Ă  des voix opposĂ©es : le baryton-basse Laurent Alvaro offre Ă  BĂąrbad ses graves hypnotiques, quand non moins hypnotiques sont les aigus cintrĂ©s du contre-tĂ©nor ThĂ©ophile Alexandre qui confĂšre adĂ©quatement au personnage de NakissĂą, une tonalitĂ© Ă©trange et fĂ©Ă©rique. Enfin le Chiroya prometteur de Stephen Mills (Ă©trangement accoutrĂ© en jean-basquettes-casquette), jeune recrue de l’OpĂ©ra Studio de Lyon, complĂšte avec sensibilitĂ© la distribution.

Dans la fosse, l’expert Franck Ollu dirige avec force et mille nuances l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon. Quant aux ChƓurs de l’OpĂ©ra, ils sont excellemment dirigĂ©s par Denis Comtet, constamment attentifs Ă  la diction, rappelant ainsi la dimension Ă©pique de l’Ɠuvre source.

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CRITIQUE, opĂ©ra. LYON, OpĂ©ra, le 4 mai 2022. ESCAICH : Shirine, crĂ©ation. Jeanne GĂ©rard (Shirine), Julien Behr (Khosrow), Jean-SĂ©bastien Bou (Chapour), Majdouline Zerari (Chamira), ThĂ©ophile Alexandre (NakissĂą), Laurent Alvaro (BĂąrbad), Florent Karrer (FarhĂąd), Stephen Mills (Chiroya), Nicole Mersey (Maryam), Jean-Philippe SalĂ©rio (Roi Hormoz), Richard Brunel (mise en scĂšne), HervĂ© Chaussard (ChorĂ©graphie), Etienne Pluss (dĂ©cors), Wojciech Dziedzic (costumes), Henning Streck (lumiĂšres), Yann Philippe (vidĂ©o), Catherine Ailloud-Nicolas (Dramaturgie), Denis Comtet (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Franck Ollu (direction).

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VIDEO, entretien : Thierry Escaich présente Shirine, son nouvel opéra (mai 2022) : https://www.youtube.com/watch?v=X9QO1lAR_jw

POINT D’ORGUE de THIERRY ESCAICH

point-d-orgue-voix-humaine-escaich-poulenc-petibon-opera-critique-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 27 mars 2021, 20h. POULENC / ESCAICH. La soprano familiĂšre des grands dĂ©fis vocaux chante La Voix humaine du premier, Point d’orgue du second (crĂ©ation, prĂ©sentĂ©e en mars au TCE, sans public). Captation les 3 et 5 mars 2021 pour diffusion sur la toile ultĂ©rieure (avril 2021?).

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 FRANCE MUSIQUE, Samedi 27 mars 2021, 20h

Programme double :
La Voix Humaine de Poulenc / Point d’Orgue de Thierry Escaich (crĂ©ation mondiale).
Mise en scĂšne : O.Py,
avec P. Petibon (Elle), J.S Bou (Lui), C.Dubois (L’Autre) – Orchestre National de Bordeaux / J. Rhorer, direction.

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LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau – Francis Poulenc
Tragédie lyrique en un acte (1958)
Paroles : Jean COCTEAU
Musique : Francis POULENC
CREATION MONDIALE

POINT D’ORGUE de Thierry Escaich – Olivier Py
Opéra en un acte
Livret : Olivier PY
Musique : Thierry ESCAICH

En 1958, deux ans aprĂšs son opĂ©ra tragique et historique Dialogues des CarmĂ©lites, Francis Poulenc Ă©crit La Voix humaine, partition en un acte composĂ©e pour une seule voix de soprano, tragĂ©dienne moderne Ă©garĂ©e, abandonnĂ©e, impuissante face au dĂ©sarroi de la rupture amoureuse. Le TCE Ă  Paris commande au compositeur (et organiste, d’oĂč le titre de son Ɠuvre), une nouvelle partition lyrique qui serait comme le double de l’ouvrage de Poulenc. Escaich imagine ainsi la suite du monologue sous forme d’un dialogue renouĂ© entre Elle et Lui. « Lui » qui n’apparaĂźt jamais dans l’oeuvre de Poulenc / Cocteau. La parole, le dialogue sont le sujet principal des deux Ɠuvres ainsi prĂ©sentĂ©es en miroir.
Ainsi le « trio » Patricia Petibon, Olivier Py et JĂ©rĂ©mie Rhorer se recompose, aprĂšs leur prĂ©cĂ©dente coopĂ©ration pour Dialogues des CarmĂ©lites de Francis Poulenc, crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es en 2013. On se souvient aussi que JĂ©rĂ©mie Rhorer, formĂ© par Thierry Escaich dans ses annĂ©es d’apprentissage, dirigea la crĂ©ation de son opĂ©ra Claude (livret de Robert Badinter, adaptĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo) Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, une production mise en scĂšne par Olivier Py et oĂč Jean-SĂ©bastien Bou interprĂ©tait le rĂŽle-titre. Les retrouvailles scellent donc la nouvelle production du TCE autour du diptyque POULENC / ESCAICH 2021.

En 1920, le « moine et voyou » Poulenc rejoint le Groupe des Six, dont le porte-parole est Jean Cocteau : les Ɠuvres de cette pĂ©riode sont lĂ©gĂšres, virtuoses. Mais aprĂšs 1936 avec la mort de son ami le compositeur Pierre Octave Ferroud, l’inspiration de Poulenc se fait plus grave et sombre (Stabat Mater) tout en poursuivant cette impertinence proche de Satie (Les Mamelles de TirĂ©sias). En 1958, Poulenc s’empare du monologue Ă©ponyme de Jean Cocteau (1930) et en dĂ©duit un opĂ©ra en un acte crĂ©Ă© en 1959 salle Favart, par la soprano Denise Duval, son amie et sa complice.
AprĂšs Les Enfants terribles (1929) et avant son film La Belle et la BĂȘte (1945), Cocteau imagine en un huis clos Ă©touffant la dĂ©sespĂ©rance d’une femme amoureuse qui tente de renouer le fil avec son amant, au tĂ©lĂ©phone, dans sa chambre d’hĂŽtel.

POINT D’ORGUE… Une apothĂ©ose pour ELLE
L’organiste et compositeur, Thierry Escaich retrouve son ancien Ă©lĂšve JĂ©rĂ©mie Rhorer (classe de composition) pour la crĂ©ation de Point d’orgue dont le sujet offre une suite Ă  La Voix humaine de Poulenc / Cocteau. Escaich a longtemps jouĂ© le Concerto pour orgue et orchestre de Poulenc, au flux Ă©nergique, aux audaces harmoniques singuliĂšres. Pour son nouvel ouvrage conçu en « miroir », Escaich dĂ©veloppe en rĂ©sonance et par goĂ»t personnel, un univers harmonique, post-tonal, polytonal, qui vient plutĂŽt de Debussy, Ravel, Poulenc, Dutilleux, Honegger. La continuitĂ© de l’un Ă  l’autre ouvrage, vient du mĂȘme instrumentarium, dans l’esprit d’un orchestre Mozart.
A la descente aux enfers que dessine le mĂ©lodrame de Cocteau, Escaich, inspirĂ© par le livret de Py pour Point d’orgue, offre une sublime rĂ©surrection Ă  Elle, dans une conclusion qui frappe par sa sĂ©rĂ©nitĂ©. La force inĂ©dite de l’hĂ©roĂŻne si malmenĂ©e par Poulenc et Cocteau, submerge la scĂšne d’une force virile saisissante qui finit par emporter comem dans un thriller psychologique, les deux rĂŽles masculins : Lui et l’Autre, respectivement pour baryton et tĂ©nor. Le compositeur trouve Ă  chaque mots du livret, une nuance musicale propre Ă  ciseler et Ă©clairer les composantes d’un Ă©chiquier du sentiment et de la passion humaine.
L’écriture vocale de Point d’orgue est plus opĂ©ratique que l’ouvrage prĂ©cĂ©dent, Claude. Escaich utilisant la forme d’arias, qui rĂ©sonnent parfois comme des pastiches, « des sortes d’éclipses dans un esprit opĂ©ra bouffe bien que la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale du texte soit plutĂŽt sombre. » Thierry Escaich connaĂźt Ă  prĂ©sent idĂ©alement les performances artistiques de Jean-SĂ©bastien Bou et Patricia Petibon. Concernant le tĂ©nor Cyrille Dubois, son timbre correspond parfaitement Ă  l’idĂ©e du personnage telle qu’elle s’est affirmĂ©e peu Ă  peu au cours de la rĂ©daction du livret d’Olivier Py.

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STREAMING, e-concert. LILLE, le 16 janvier 2021 : concert Escaich / Chausson. ON LILLE / Alexandre Bloch

STREAMING. LILLE, le 16 janvier 2021 : concert Escaich / Chausson. ON LILLE / Alexandre Bloch. Concert captivant depuis l’Auditorium du Nouveau SiĂšcle de Lille et diffusĂ© sur la toile dans le cadre de l’offre digitale de l’ON LILLE / Orchestre National de Lille (Audite 2.0), Ă©laborĂ©e en rĂ©ponse au confinement des orchestres depuis la fin octobre 2019. La combinaison Escaich / Chausson, confirme que le National de Lille a Ă  cƓur de dĂ©fendre le rayonnement de notre patrimoine musical français. On notera en particulier le caractĂšre trĂšs dramatique voire cinĂ©matographique de la partition de Thierry Escaich ; ses Ă©clairs fantastiques dĂšs le dĂ©but du Concert pour orgue n°1 : Escaich est un narrateur inspirĂ© qui joue des antagonismes de couleurs, d’atmosphĂšres et de rythmes aussi ; voilĂ  qui crĂ©e dĂšs son commencement, une ambiance Ă©lectrique mais suavement articulĂ©e dĂšs le premier mouvement du Concerto (Allegro moderato). Crescendos, sĂ©quences fortissimo, le compositeur Ă  l’orgue lui-mĂȘme offre une lecture complice avec chef et instrumentistes, riche en clartĂ© et expressivitĂ©. De surcroĂźt la rĂ©alisation de ce streaming est engageante et immersive, avec effet de grue au dessus de l’organiste, au dessus de l’orchestre. La conception est d’autant plus intĂ©ressante que ce dramatisme exige de tous les pupitres, et sait dĂ©velopper de somptueuses effets de texture souterraine, infiniment suggestive (la fin du mĂȘme premier mouvement). Le dĂ©but mystĂ©rieux, inquiĂ©tant de l’Adagio (orgue en dialogue mĂȘlĂ© avec les clarinettes), plante le dĂ©cor ; c’est un lamento conçu comme un vaste crescendo, oĂč l’orgue semble s’enivrer des riches vagues texturĂ©es de l’orchestre. Le compositeur ouvrageant le mouvement central tel un appel irrĂ©sistible, en un temps irrĂ©pressible et irrĂ©versible, en un dramatisme lĂ  encore exacerbĂ©, 
d’apocalypse ou de dĂ©luge.

 

 

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L’esprit de la catastrophe emporte tout l’orchestre et le chant de l’orgue hallucinĂ©, qui se termine sur une phrase suspendue, interrogative, irrĂ©solue. Le solo de violoncelle cristallise cette mise sous tension gĂ©nĂ©rale (Ă  14’32) cĂ©dant la voie Ă  l’orgue de plus en plus crĂ©pusculaire et finalement apaisĂ©. Le dernier mouvement cite plusieurs Ă©pisodes en une course effrĂ©nĂ©e oĂč scintillent l’accent des bois, vents et cuivres (somptueuses et mystĂ©rieuses clarinettes). La vitalitĂ© du discours orchestral qui dialogue avec l’orgue en fusions et oppositions achĂšve la partition gĂ©nĂ©reuse et flamboyante mĂȘme, avec les mĂȘmes crĂ©pitements et Ă©clairs du dĂ©but. De quoi aussi souligner la grande unitĂ© du propos qui refonde Ă  sa façon, le propos cyclique d’un Franck. Ce qui frappe c’est la grande sensibilitĂ© quasi hollywoodienne d’Escaich pour la palette Ă©largie, dĂ©ployĂ©e de l’orchestre. Un bain spectaculaire de timbres et d’épisodes hautement contrastĂ©s qui respectent les Ă©quilibres de l’écriture symphonique.

Trentenaire, Chausson livre une splendide partition orchestrale lui aussi : sa Symphonie en si bĂ©mol majeur de 1891 (dĂ©but Ă  28’50), prolonge le souci symphonique de Saint-SaĂ«ns, Lalo, Franck Ă©videmment et aussi d’Indy qui dans le sillon ouvert par la crĂ©ation de la SNM – SociĂ©tĂ© nationale de musique (nĂ©e aprĂšs 1870), cultivent l’essor de l’écriture symphonique française contemporaine. L’ampleur de Chausson sonne comme une apothĂ©ose mĂȘme : dĂšs 1897, le Philharmonique de Berlin sous la direction d’Arthur Nikisch joue l’opus 20.
WagnĂ©rien de la premiĂšre heure (comme Saint-SaĂ«ns), Chausson intĂšgre le choc de Parsifal (Ă©coutĂ© Ă  sa crĂ©ation Ă  Bayreuth en 1883) : grandeur, majestĂ©, poison fatidique et fatalisme irrĂ©pressible aussi s’entendent ici. Mais avec la clartĂ©, la construction de Franck. Chausson sculpte la matiĂšre orchestrale avec une suavitĂ© intĂ©rieure qui lui est propre (bois caressants, caverneux, tendres). A l’instar de leur enregistrement discographique, chef et orchestre lillois savent amplifier la grandeur tragique de l’écriture (appel des trombones du premier mouvement) tout en se souciant des couleurs (la partition porte la dĂ©dicace au peintre Henry Lerolle, beau frĂšre d’Ernest), de la dĂ©licate texture qui cite de fait souvent le Wagner de Parsifal, mais comme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© / colorĂ© d’une transparence typiquement française (qui sollicite spĂ©cifiquement clarinettes, flĂ»tes, hautbois en leurs Ă©clats pastoraux annonciateurs de la fraĂźcheur impressionniste). D’ailleurs, la Symphonie opus 20 est parsemĂ©e d’une franche allĂ©gresse, bien absente ensuite des Ɠuvres tardives, plus vĂ©nĂ©neuses (PoĂšme de l’amour et de la mer).

 

 

Symphonie en si bémol majeur de 1891

Accents wagnériens et franckistes de Chausson

 

 

Le mouvement central (TrĂšs lent), dirigĂ© mains nues par le chef dĂ©veloppe ce sentiment de langueur dĂ©sespĂ©rĂ©e aux couleurs parsifaliennes ; Ă©noncĂ© en vagues longues, Ă©tirĂ©es comme le ferait Wagner. Chausson marquĂ© par Bayreuth cĂ©lĂšbre ici le gĂ©nie qui dut l’émouvoir au cƓur, balançant entre la caresse Ă©perdue de la clarinette, la tendresse Ă©thĂ©rĂ©e de la flĂ»te, le flot lĂ©tal des cordes
 que confortent plus mystĂ©rieux et souterrains, les violoncelles. Le pessimisme pictural de Chausson se dĂ©voile ici grĂące au souci de clartĂ© et Ă  la grande flexibilitĂ© recherchĂ©e, atteinte par Alexandre Bloch. Le maestro ajoute aussi des rĂ©sonances plus suggestives encore dans l’énoncĂ© du 2Ăš thĂšme, inscrit comme une lĂ©gende mĂ©diĂ©vale, aux circonvolutions amoureuses et maudites. Le sommet de la partition se rĂ©vĂšle dans l’équilibre clair des pupitres oĂč bois, cuivres et cordes s’approprient la dimension spectaculaire de la douleur et du tragique wagnĂ©rien. De sorte que nous tenons ici l’opus nĂ©o wagnĂ©rien mais français, le plus accompli. Ainsi Chausson dans le sillon de Wagner, se montre-t-il aussi pertinent et original, puissant et poĂšte que CĂ©sar Franck. De fait, les annĂ©es 1880 et 1890 marquent France l’apothĂ©ose du wagnĂ©risme.
L’ultime mouvement (notĂ© AnimĂ©) affirme davantage le tempĂ©rament hĂ©roĂŻque et tragique de Chausson. Tout en rĂ©alisant le principe cyclique franckiste, Chausson Ă©blouit par sa dimension lĂ  encore hautement dramatique, d’une coupe habile qui Ă©carte la grandiloquence et les banalitĂ©s ; l’Orchestre National de Lille cisĂšle un son large, aux crĂ©pitements prĂ©cis et saillants, installant la noble Ă©lĂ©gie du choral final dont hautbois et Eblouissant symphonisme de Chausonclarinette solos dessinent le profil tendre ; Alexandre Bloch sait vivifier la texture gĂ©nĂ©reuse et subtile tout en creusant l’ampleur grave, la tension du propos symphonique, qui entre espoirs et dĂ©sillusions, est d’une Ă©tonnante maturitĂ© Ă©motionnelle (franckiste). Et le chef apporte aussi ce dosage ineffable de grandeur pastorale (Ă  la Dvorak), de tendresse enchantĂ©e, de mĂ©lancolie discrĂšte et pleinement apaisĂ©e qui s’achĂšve ainsi dans la douceur. Superbe lecture, puissante et dĂ©taillĂ©e, fine et colorĂ©e, que l’on retrouvera dans le disque prĂ©cĂ©demment paru (et critiquĂ© sur classiquenews, distinguĂ© par notre CLIC de CLASSIQUENEWS, mars 2019).

 

 

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LIRE aussi notre critique du cd CHAUSSON : Symphonie en mi bĂ©mol majeur – opus 20, 1891 par l’ON LILLE / Alexandre Bloch / CLIC de CLASSIQUENEWS (mars 2019) :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/

 

 

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Programme de salle ici
https://www.onlille.com/saison_20-21/wp-content/uploads/prog-salle-Chausson-Janv2021.pdf

 

 

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audito-2.0-Orchestre-National-de-lille-concerts-annonce-critique-classiquenewsREVOIR le concert Escaich / Chausson par l’Orcehstre National de Lille / Alexandre Bloch sur le site YOUTUBE de l’ON LILLE – Orchestre National de Lille, Alexandre BLOCH : https://www.youtube.com/watch?v=FVkMKw1WSjY&feature=emb_logo

STREAMING Ă©vĂ©nement : CHAUSSON, ESCAICH par l’Orchestre National de LILLE

ESCAICH_thierry_448_escaich-6736-c-guy-vivienE CONCERT : LILLE, sam 16 janvier 2021, 20h. CHAUSSON, ESCAICH. Musique française romantique et contemporaine. Confinement du secteur oblige, L’ONLille poursuit son cycle de concerts digitaux (Audito 2.0). Le concert programmĂ© le 14 janvier 2021 est proposĂ© en STREAMING ce sam 16 janvier 2021 Ă  20h sur le site YOUTUBE de l’Orchestre National de Lille. La Symphonie de Chausson est un monument orchestral du romantisme français encore mĂ©connu et mĂȘme sousestimĂ©. AprĂšs l’avoir enregistrĂ© au disque, l’Orchestre National de Lille la joue lors de ce premier concert 2021 rpĂ©sentĂ© ainsi en streaming samedi prochain.

 

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E CONCERT, STREAMING : Samedi 16 janvier 20hboutonreservation
Symphonie de Chausson / Concerto pour orgue de Thierry Escaich
Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch (direction)

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Eblouissant symphonisme de ChausonPremier rendez-vous digital de l’annĂ©e 2021, Alexandre Bloch dirige le compositeur français Ernest Chausson, gĂ©nie de la texture purement romantique et française, sa Symphonie en si bĂ©mol majeur est en 1891, le premier coup d’éclat d’un compositeur singulier. Voici la critique de notre rĂ©dacteur Lucas Irom Ă  propos du cd Symphonie de Chausson par l’Orchestre National de Lille / Alexandre Bloch : « MĂȘme geste nuancĂ© pour le flux de la Symphonie en si bĂ©mol majeur (1891) qui dĂ©livre le mĂȘme sentiment d’irrĂ©pressible malĂ©diction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense Ă  la 4Ăš symphonie) et Ă©videmment l’immersion dans la psychĂ© wagnĂ©rienne la plus sombre et la plus rĂ©signĂ© (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant Ă©gale par son orchestration scintillante et colorĂ©e, ses Ă©clairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy. VoilĂ  qui inscrit le compositeur fauchĂ© en 1899, – trop tĂŽt, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, Ă©videmment Franck, mais aussi Dukas
 Le « TrĂšs lent », volet central, s’immerge dans le pur dĂ©sespoir, fier hĂ©ritier des prĂ©ludes de Tristan und Isolde de chaussonWagner (mĂȘme couleur d’une douleur foudroyĂ©e), lĂ  encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficultĂ© (en un « effet » volontaire, maĂźtrisĂ©), l’orchestre, clair et prĂ©cis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inĂ©narrable, l’épisode de presque 9 mn, Ă©tire sa langueur dĂ©sespĂ©rĂ©e que la parure orchestrale recharge et Ă©nergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre trĂšs efficace : jamais Ă©paisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. DĂ©voilant des trĂ©sors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres
 d’une ivresse gĂ©niale. » – LIRE la critique complĂšte : http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/

Le concert marque aussi les retrouvailles avec l’organiste et compositeur Thierry Escaich (nĂ© en 1965) – fidĂšle compagnon de l’orchestre et de son directeur musical Alexandre Bloch ; avec son premier Concerto pour orgue, Thierry Escaich, titulaire depuis 1997 des orgues Ă  Saint-Etienne du Mont Ă  Paris (comme DuruflĂ©), confirme qu’il est l’un de nos grands compositeurs et organiste. Il enseigne l’écriture et l’improvisation au Conservatoire de Paris (CNSMD) depuis 1992. En 1995, Escaich a trente ans. AprĂšs de brillantes Ă©tudes au Conservatoire de Paris, il se fait trĂšs tĂŽt remarquer par sa musique au lyrisme incandescent. Depuis l’enfance, l’orgue est l’instrument de prĂ©dilection du musicien dont il renouvelle en profondeur la palette expressive, l’imaginaire poĂ©tique. FiĂ©vreux, brĂ»lant et d’une clartĂ© exceptionnelle, le Concerto pour orgue n°1 est l’un des chefs-d’oeuvre de son auteur et est l’une de ses piĂšces les plus jouĂ©es.

INFOS & RESERVATIONS :

www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-symphonie-de-chausson

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A retrouver en février sur France Musique et BFM Grand Lille / Grand Littoral.
Retrouvez aussi en streaming gratuit les 8 premiers concerts de l’Orchestre dans l’Audito 2.0 – disponible depuis fin octobre 2020 : https://bit.ly/2INlAIg

L’Orchestre National de Lille joue la symphonie de Chausson

BLOCH alexandre ON LILLE metamorphosesLILLE, ONL, le 14 janv 2021. Chausson : Symphonie. Alexandre Bloch nous offre un somptueux concert de musique française en faisant dialoguer deux Ɠuvres importantes, la Symphonie du Romantique Ernest Chausson, et le Concert pour orgue de Thierry Escaich… (avec en soliste le compositeur lui-mĂȘme) Alliage rĂ©ussi entre romantisme et musique contemporaine. AprĂšs l’avoir enregistrĂ© au disque, L’Orchestre National de Lille et Alexandre Bloch (directeur musical) jouent la Symphonie de Chausson, sommet orchestral du compositeur romantique français, avec son diptyque Ă©blouissant « PoĂšme de l’amour et de la mer » opus 19.
Notre rĂ©dacteur Lucas Irom Ă©crivait alors (au moment de la sortie du disque, en mars 2019) : « On y sent et le poison introspectif wagnĂ©rien et la subtile texture debussyste et mĂȘme ravĂ©lienne dans un raffinement inouĂŻ de l’orchestration » 

 

 

Chausson : un symphonisme wagnérien


Eblouissant symphonisme de Chauson« MĂȘme geste nuancĂ© pour le flux de la Symphonie en si bĂ©mol majeur (1891) qui dĂ©livre le mĂȘme sentiment d’irrĂ©pressible malĂ©diction. Le premier mouvement saisit par son souffle tragique (tchaikovskien : on pense Ă  la 4Ăš symphonie) et Ă©videmment l’immersion dans la psychĂ© wagnĂ©rienne la plus sombre et la plus rĂ©signĂ© (avant l’essor de l’Allegro vivo). Chausson est un grand romantique tragique qui cependant Ă©gale par son orchestration scintillante et colorĂ©e, ses Ă©clairs rythmiques, les grands opus de Ravel comme de Debussy.
VoilĂ  qui inscrit le compositeur fauchĂ© en 1899, – trop tĂŽt, dans un sillon prestigieux, celui des grands symphonistes romantiques français : Berlioz, Lalo, Ă©videmment Franck, mais aussi Dukas
 Le « TrĂšs lent », volet central, s’immerge dans le pur dĂ©sespoir, fier hĂ©ritier des prĂ©ludes de Tristan und Isolde de Wagner (mĂȘme couleur d’une douleur foudroyĂ©e), lĂ  encore. Comme s’il reprenait son souffle et sa respiration avec difficultĂ© (en un « effet » volontaire, maĂźtrisĂ©), l’orchestre, clair et prĂ©cis, fluide et ondulant, plonge en eaux profondes. Lamento de la douleur inĂ©narrable, l’épisode de presque 9 mn, Ă©tire sa langueur dĂ©sespĂ©rĂ©e que la parure orchestrale recharge et Ă©nergise cependant constamment : en cela, la direction du chef se montre trĂšs efficace : jamais Ă©paisse, toujours transparente : elle fait respirer chaque pupitre. DĂ©voilant des trĂ©sors d’harmonies rares, et d’alliages de timbres
 d’une ivresse gĂ©niale.
Alexandre Bloch et l’Orchestre National de Lille ouvrent de larges perspectives dont l’ampleur nous terrifie comme elle nous captive : faisant surgir les guirlandes mĂ©lodiques sur un nuage brumeux de plus en plus menaçant et lĂ©tal (aprĂšs le motif du « temps des lilas » au cor anglais, rĂ©miniscence de Tristan). Le III applique Ă  la lettre le principe cyclique de son maĂźtre Franck, rĂ©capitulation des motifs prĂ©cĂ©dents mais harmonisĂ©s diffĂ©remment, et dans un climat d’agitation voire de panique au dĂ©but primitif. Alexandre Bloch exprime l’énergie brute, comme Ă  vif, comme incandescente, son ivresse primitive, sa noirceur large et enveloppante (wagnĂ©rienne), tout en se souciant de l’intelligibilitĂ© de la texture (bois, cordes, cuivres sont d’une couleur toute française). » 

chaussonLa puissante Ă©criture de Chausson (1891), son absence de tout formalisme ni rĂ©vĂ©rences, affirme un tempĂ©rament original, qui inscrit la partition de l’auteur comme un jalon dans la riche et mĂ©sestimĂ©e histoire de la symphonie romantique française, portĂ©e par de compositeurs innovants, tous marquants pour leur audace formelle : Cherubini (1815), Berlioz (Symphonie Fantastique, 1830), Bizet (1855), Lalo (Symphonie espagnole, 1875), Saint-SaĂ«ns (5 symphonies dont la n°2 avec orgue, 1886), D’Indy (Symphonie CĂ©venole, 1887), enfin Franck (Symphonie en rĂ©, 1889) ou Gounod (Symphonie n°2, 1890).

 

 

 

 

 

boutonreservationLILLE, Auditorium du Nouveau SiĂšcle
Jeudi 14 janvier 2021, 20h
1h sans entracte

ESCAICH
Concerto pour orgue et orchestre n°1
CHAUSSON
Symphonie
Alexandre Bloch, direction
Thierry Escaich, orgue
Orchestre National de Lille

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RÉSERVEZ VOTRE PLACE
https://www.onlille.com/saison_20-21/concert/la-symphonie-de-chausson/

 

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Approfondir
LIRE notre critique complĂšte du cd CD Ă©vĂ©nement, critique. ERNEST CHAUSSON : PoĂšme de l’amour et de la Mer, Symphonie opus 20 (Orchestre National de Lille, Alexandre Bloch / VĂ©ronique Gens – 1 cd Alpha 2018) / CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2019 :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-ernest-chausson-poeme-de-lamour-et-de-la-mer-symphonie-opus-20-orchestre-national-de-lille-alexandre-bloch-veronique-gens-1-cd-alpha-2018/
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RETOUR SUR
 CrĂ©ation de « Cris », le nouvel oratorio de Thierry Escaich (juin 2016)

cris-verdun-thierry-escaich-creation-mondiale-juin-2016-retour-sur-classiquenewsRETOUR SUR
 CrĂ©ation de « Cris », le nouvel oratorio de Thierry Escaich (juin 2016). En juin dernier (17, 18, 19 juin 2016), l’organiste et compositeur Thierry Escaich a accompagnĂ© la crĂ©ation de son nouvel oratorio “Cris”, commĂ©morant le souvenir de la Bataille de Verdun dont 2016 marque le centenaire. Le compositeur français rĂ©pondait ainsi Ă  une commande destinĂ©e Ă  cĂ©lĂ©brer l’une des batailles de la PremiĂšre Guerre parmi les plus longues et les plus meurtriĂšres, qui s’est dĂ©roulĂ©e de fĂ©vrier Ă  dĂ©cembre 1916.
Pour commĂ©morer ainsi la “mĂšre des batailles”, Thierry Escaich a conçu « Cris »  pour rĂ©citant, chƓur, accordĂ©on, percussions et huit violoncelles. Le titre renvoie au roman « Cris » de Laurent GaudĂ© paru en 2005, dont il a empruntĂ© plusieurs textes . L’oratorio qui en rĂ©sulte ainsi, Ă©voque une Ă©popĂ©e militaire et tragique, mĂȘlant le destin de 7 poilus qui vivent l’enfer des tranchĂ©es. MalgrĂ© la difficultĂ© du sujet, le compositeur rĂ©ussit l’exercice : il sait transcender la souffrance tragique que chacun Ă©prouve, en un puissant et progressif appel humaniste et fraternel. Dans son dĂ©roulement, l’oratorio permet au rĂ©citant (Pierre Val) de dialoguer avec le choeur de chambre : Les Cris de Paris dirigĂ©s par leur chef et fondateur Geoffroy Jourdain, avec le concours de l’ensemble de violoncelles Nomos et le trio percussions / accordĂ©on, “KDM” trio qui est Ă  l’origine du projet.

La crĂ©ation mondiale “CRIS” a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e les 17 et 18 juin 2016, au ThĂ©Ăątre de Verdun,  puis le 19, au pĂŽle d’avenir d’Ecurey sur la commune de Montiers sur Saulx.

 

 

 

VIDEO : clip Ave Maria de Piazzolla par Thierry Escaich (orgue) et Christian-Pierre La Marca (violoncelle)

 

 

CD événement, compte-rendu critique. CANTUS : Christian-Pierre La Marca, violoncelle (1 cd Sony classical 2015)

CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. CANTUS : Christian-Pierre La Marca, violoncelle (1 cd Sony classical 2015). Ce qui frappe immĂ©diatement et qui assure la profonde cohĂ©rence d’un programme qui n’aurait paru qu’Ă©clectique voire dĂ©cousu, c’est la finesse Ă©lĂ©gantissime du son de Christian-Pierre La Marca (nĂ© Ă  Nice en 1983). L’interprĂšte maĂźtrise totalement la puissance cuivrĂ©e et chaleureuse de son violoncelle Jean-Baptiste Vuillaume de 1856 : un chant Ă©videmment vocal (d’oĂč le titre “Cantus”), Ă  l’Ă©loquence pĂ©nĂ©trante et troublante qui affirme l’indiscutable musicalitĂ© de l’instrumentiste. Les plus rĂ©tifs Ă  ce genre d’exercice – panorama sacrĂ©-, resteront sur une impression mitigĂ©e, entre kitsch saint-sulpicien, ou kalĂ©idoscope autopromotionnel. Pourtant le concertiste qui joue dans les salles traditionnelles, les grandes Ɠuvres du rĂ©pertoire surtout concertantes et orchestrales, ose ici des choix (transpositions et associations de timbres) que permet le studio. Le choix rĂ©gulier des airs de Jean-SĂ©bastien Bach, prĂ©sence permanente comme s’il s’agissait d’une source continue, tout en rappelant l’inspiration religieuse du programme, offre des dĂ©fis nouveaux oĂč la voix originelle est remplacĂ©e par le chant du violoncelle. Sans le texte et la parole originels, l’instrument atteint pourtant Ă  une Ă©loquence souvent irrĂ©sistible. Ainsi il suffit de n’Ă©couter que les 3 premiĂšres plages – JS BACH (transcription de l’air si dramatique et exaltĂ© “Deposuit potentes”, du Magnificat BWV 243a), Pie Jesu du Requiem de FaurĂ©, “Erbarme dich, mein Gott” de la Passion selon Saint-Matthieu-, pour mesurer le style du violoncelliste français, d’une suavitĂ© intĂ©rieure jamais dĂ©monstrative ni calculĂ©e ; son clair souci de mesure, d’allusion suggestive, son articulation poĂ©tique, son Ă©loquence parlĂ©e, en un jeu d’une sĂ»re et mĂąle dĂ©licatesse.

CANTUS visuel def

 

Dans Cantus, l’instrumentiste français signe un rĂ©cital personnel et ciselĂ©

Le violoncelle embrasé, aérien de Christian-Pierre La Marca

 

Le musicien sait cultiver l’exquise musicalitĂ© de son instrument dont il projette la formidable vocalitĂ©, respirant, soufflant mĂȘme comme une voix la mieux inspirĂ©e. Son chant fin, raffinĂ©, d’un tact contrĂŽlĂ© et fluide, entre naturel et pudeur, se rĂ©vĂšle bouleversant. On reconnaĂźt la mĂȘme intelligence dans la transposition (signĂ©e Samuel Strouk) du “Funeral Ikos” de John Tavener, l’Agnus Dei et l’Adagio du Quatuor de Barber (pour violoncelle solo et quintette Ă  cordes) : un souci Ă©vident de l’articulation, de la caractĂ©risation habitĂ©e, sertie de nuances et de profondeur, et sans guĂšre d’instruments autres que les cordes (sauf la flĂ»te de Alexis Kossenko), comme une grisaille scintillante dont les passages subtils, et les teintes tĂ©nues entre ombre, pĂ©nombre, Ă©clairs façonnent un festival de timbres d’une finesse inouĂŻe.
L’exigence artistique de Christian-Pierre La Marca a pilotĂ© le choix de toutes les piĂšces assemblĂ©es comme un collier de joyaux divers, Ă©clatants par leur profonde quiĂ©tude, leur Ă©panchement extrĂȘmement pudique : on est donc loin, dĂ©finitivement, de toute kitcherie.
Le violoncelliste français sait s’entourer de partenaires irrĂ©sistibles dont surtout son frĂšre altiste Adrien (duo accordĂ©, souple et suave “Et Misericordia” du Magnificat de JS BACH ; mystĂ©rieux, habitĂ© pour “De torrente in via bibet” du Dixit Dominus HWV 232, sublimant la profondeur haendĂ©lienne ni plus ni moins).
LA-MARCA-TAVENER-FUNERAL-IKOS-Christian-pierre-La-Marca-video-clipD’une inflexible justesse, la rondeur grave et sobre, rayonnante du violoncelliste fait paraĂźtre tout ce que la voix aigre et pincĂ©e du contre-tĂ©nor Philippe Jaroussky a de miĂšvre et d’affectĂ©e en comparaison : hors sujet selon nous (le maillon faible, unique erreur de ce rĂ©cital qui frappe ailleurs par sa grande cohĂ©rence) ; le Panis angelicus de Franck en perd sa grĂące originelle. Sommet expressif d’une rare et franche intelligence poĂ©tique, le triptyque enchaĂźnĂ© : Vivaldi / Piazzolla / Vivaldi (preuve que sur le thĂšme de leurs deux noms si harmonieusement fraternels, il n’y a pas que le prĂ©texte des Saisons comme seule carte musicale Ă  jouer) ; Christian-Pierre La Marca a bien raison d’enchĂąsser, comme une perle sertie de deux autres gemmes, l’Ave Maria de l’argentin entre deux extraits du Stabat mater vivaldien. Cet Ave Maria saisit immĂ©diatement par son intensitĂ© serrĂ©e, lumineuse pierre que le violoncelle fait briller de l’intĂ©rieur, comme l’expression contenue d’un secret intime.

S’associer Ă  l’orgue du compositeur contemporain Thierry Escaich est un gage d’extrĂȘme musicalitĂ© : retenons de leur entente ineffablement fusionnĂ©e, le sublime Ave Maria (tout recueillement) d’aprĂšs Astor Piazzola dĂ©jĂ  citĂ© dans sa parure vivaldienne ; la priĂšre de Saint-SaĂ«ns (vrai Ă©quilibre d’une rare plĂ©nitude entre Ă©loquence et profondeur, aux rĂ©sonances miraculeuses violoncelle / orgue). Christian-Pierre La Marca a mĂȘme commandĂ© une nouvelle partition au compositeur : d’oĂč “Enluminures” (avec la complicitĂ© de Patricia Petibon), presque 5mn d’aspiration incarnĂ©e Ă  l’Ă©tat de grĂące auquel aspire le programme entier, Ă  travers ses facettes multiples. On y retrouve ce scintillement suractif propre Ă  l’Ă©criture de Thierry Escaich, qui sait aussi travailler comme peu, l’articulation du texte en latin, “Alleluia”, – voix quasi parlĂ©e, et plus lyrique quand elle exprime l’essence mĂȘme d’une priĂšre primitive, toujours aĂ©rienne et cristalline qui s’achĂšve- ultime miracle sonore, en un murmure suspendu, Ă©quivoque Ă  laquelle rĂ©pond le chant embrasĂ©, transfigurĂ© du violoncelle enveloppant. Le propre de ce rĂ©cital oĂč rĂšgne la souveraine musicalitĂ© du violoncelle de Christian-Pierre La Marca, est son goĂ»t. CiselĂ©, indiscutable. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, compte-rendu critique. CANTUS : airs sacrĂ©s transposĂ©s d’aprĂšs JS Bach, Tavener, Haendel, Barber, Piazzolla, Saint-SaĂ«ns, Allegri. Enluminures de Thierry Escaich. Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Les Ambassadeurs. Alexis Kossenko, direction. 1 cd Sony classical 88875098932 (enregistrement rĂ©alisĂ© en juillet et octobre 2015). Parution : le 26 fĂ©vrier 2016. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier et mars 2016.

Claude, l’opĂ©ra de Thierry Escaich et Robert Badinter sur Arte

Lyon claude boy escaich badinterTĂ©lĂ©. Arte, dimanche 11 Mai,00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013). OpĂ©ra de Lyon, avril 2013. Pour l’OpĂ©ra de Lyon, Robert Badinter, ancien garde des Sceaux et le compositeur Thierry Escaich relisent Claude Gueux de Victor Hugo : il en dĂ©coule un nouvel opĂ©ra sur l’univers concentrationnaire oĂč les personnages sont en quĂȘte d’humanitĂ©. Comme tous les ouvrages de Hugo, Claude offre un portrait mordant et sans illusion d’une sociĂ©tĂ© gangrĂ©nĂ©e par ses propres errements : un monde Ă©cartĂ© de toute lumiĂšre, celle du pardon, de l’égalitĂ© des chances, du droit au dĂ©passement de ses fautes antĂ©rieures. Ici les tenants de l’autoritĂ© et de l’ordre moral sont les pires bouchers tortionnaires, et les condamnĂ©s, les victimes d’un ordre arbitraire totalement injuste.

Olivier Py dessine un climat oppressant dĂ©voilant en multiples scĂšnes simultanĂ©es le destin maudit, oubliĂ© des prisonniers de longues peines.  Au cƓur de cette parodie satire de la sociĂ©tĂ©, la barbarie d’un monde sans culture et sans Ă©ducation qui se rĂ©vĂšle Ă©videmment plus ignoble et terrifiant que l’animal: l’homme est bien ce diable qui invente contre ses semblables, le pire des cauchemars collectifs (esclavage, torture
 de ce point de vue rien n’est Ă©pargnĂ© aux spectateurs dans la premiĂšre partie) : l’opĂ©ra prison, dans son Ă©crin gestapiste, est rempli de cette terreur inhumaine qu’incarne magnifiquement le chant rien que bestial et inhumain du directeur de la prison, Jean-Philippe Lafont. Face Ă  lui, l’affamĂ©, victime du monde industriel qui prend le travail aux honnĂȘtes gens comme lui, le canut Jean-SĂ©bastien Bou (ouvrier de la filiĂšre tissus), l’honnĂȘte homme, conduit malgrĂ© lui Ă  la duplicité  puis au crime par nĂ©cessitĂ© et sentiment d’injustice.

Claude, Albin: l’amour contre la prison

CLAUDEHumanitĂ© avilie, humiliĂ©e, soumise Ă  l’autoritĂ© de gardiens extĂ©nuĂ©s, la prison de Clairvaux (acutellement lieu d’un festival de musique chaque mois d’octobre) a des allures d’asile psychiatrique pour cafards sans espĂ©rance. Ces hommes dĂ©truits symbolisent l’avenir de toute l’humanitĂ©. Alors quelle issue dans ce trou des condamnĂ©s d’oĂč l’espoir hugolien aime faire jaillir une flamme de bontĂ© ? L’élan irrĂ©sistible d’un dĂ©sir de fusion et d’amour entre les deux hommes incarcĂ©rĂ©s : Claude et Albin (le haute contre Rodrigo Ferreira), codĂ©tenu de son mitard de Clairvaux. Comme dans un opĂ©ra classique, la passion submerge les cƓurs jusqu’au delĂ  du raisonnable et parce qu’il a sĂ©parĂ© les amants apaisĂ©s, le directeur de la geĂŽle est assassinĂ© par Claude. Ce dernier est guillautinĂ©.

arte_logo_2013Efficace, suractive, la musique de Thiery Escaich (qui signe son premier opĂ©ra), paraĂźt plus narrative et strictement illustrative que vraiment inspirĂ©e. Souvent bavarde Ă  force d’effets acadĂ©miques, sans suspensions, sans transe, sans fiĂšvre comme l’aurait mĂ©ritĂ© le livret, lui trĂšs dense et cohĂ©rent, voire passionnant par les thĂšmes philosophiques qu’il soulĂšve autour du salut des condamnĂ©s. «  Justice injustice », tel Ă©tait le thĂšme retenu pour un cycle vaste et attendu par l’OpĂ©ra de Lyon. La rĂ©alisation visuelle et scĂ©nographie est Ă  la hauteur de la portĂ©e du livret : Jean-SĂ©bastien Bou s’y montre bouleversant entre fĂ©linitĂ© Ă©cƓurĂ©e et aspiration irrĂ©pressible Ă  un monde meilleur : en lui souffle la flamme ardente des hĂ©ros rĂ©volutionnaires, des visionnaires tragiques. Dommage que la musique soit aussi extĂ©rieure au sujet et finalement artificielle. Pourtant la derniĂšre image convoquant au moment du supplice, une figure de danseuse exprime astucieusement l’idĂ©e de la justice qui doit faire son Ɠuvre et dont on attend toujours dans bien des cas, l’activitĂ© libĂ©ratrice…

Télé. Arte, dimanche 11 Mai, 00h15. Escaich, Badinter: Claude (2013).