CD. Elgar : Symphonie n°2 (Barenboim, 2013)

elgar symphony elgar symphony 2 Barenboim staatskapelle BerlinCD. Elgar : Symphonie n°2 (Barenboim, 2013). Plus proche de la nature ambivalente en rĂ©alitĂ© brahmsienne de son auteur, la Symphonie n°2 d’Edward Elgar (1857-1934) est l’ultime massif symphonique achevĂ© par le compositeur britannique… l’ouvrage est crĂ©Ă© avec applaudissements polis en mai 191. De fait, l’ample Larghetto affiche une couleur hĂ©ritière de Brahms et de Wagner (la Symphonie n°1 n’était-elle pas estimĂ©e telle la 5ème de Brahms?). La superbe noblesse du Staatkapelle de Berlin assure haut la main les dĂ©fis multiples d’une partition ambivalente aux climats souvent contradictoires voire opposĂ©s (c’est Ă  dire dĂ©concertants pour les premiers auditeurs). Fin interprète elgarien, Barenboim fait vrombir le rugissement des cuivres (cors remarquables) comme la suractivitĂ© murmurĂ©e et liquide des cordes. EmblĂ©matique de la souffrance secrète teintĂ©e de cette majestĂ© affleurant continument (la symphonie est un hommage au roi Édouard VII rĂ©cemment disparu, dĂ©cĂ©dĂ© en mai 1910), le second mouvement est l’un des plus aboutis du cycle (gloire des harpes). Les teintes Ă©vanouies et introspectives que sait capter et diffuser le chef rendent hommage Ă  une Ă©criture infiniment moins superficielle qu’on le dit abusivement.

Elgar et le Roi …

Le Rondo presto est un pur jeu rythmique magnifiquement contrôlé par Barenboim auquel répond la coda maestosa, elle aussi finalement plus wagnérienne que strausienne du Moderato final -au panache très Maîtres chanteurs.

CLIC_macaron_2014ComposĂ©e quand Strauss et Hoffmansthal livraient l’enchantement nĂ©obaroque du Chevalier Ă  la rose (crĂ©Ă© en janvier 1911), la Deuxième d’Elgar ne manque ni de souffle ni de grandeur. Barenboim sait lui insuffler une prodigieuse vie intĂ©rieure,  les mauvaise langue diront bavarde, inutilement autobiographique, mais la sĂ»retĂ© articulĂ©e de la baguette du maestro argentino-israĂ©lo-palestinien sait surtout lui restituer son Ă©quilibre voire son flux organique. Entre solennitĂ© et affect plus intime,  le chef captive par une retenue et une pudeur imprĂ©vues (dernier mouvement dĂ©cidĂ©ment très convaincant par sa finesse). Au moment oĂą il publie ce nouvel album symphonique chez Decca,  Daniel Barenboim annonce le lancement de son propre label : « Peral Music », initiative 100% numĂ©rique oĂą les amateurs et connaisseurs du travail du maestro, retrouveront tous ses chantiers musicaux Ă  la tĂŞte de ses deux orchestres de prĂ©dilection : la Staatskapelle de Berlin et le West-Eastern Divan Orchestra, mais aussi ses dernières rĂ©alisations comme pianiste solo ou concertant au sein de formations chambristes. Sont annoncĂ©es comme premières propositions de Peral Music : Symphonies 1-3 de Bruckner (Chicago Symphony, 1970 et Berliner Philharmoniker 1990)…  Ă  suivre.

Elgar : Symphonie N°2. Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction.  1 Decca 0289 478 6677 0 CD DDD DH. Durée : 56mn. Enregistré en à la Philharmonie de Berlin en octobre 2013.