En direct de Venise, Salieri / Mozart sur Culturebox

Mozart Wolfgang portrait par classiquenews -by-Croce-1780-81EN DIRECT de LA FENICE, Culturebox, mardi 20 oct. Salieri / Mozart. La Fenice prĂ©sente un travail menĂ© par son Ă©quipe de jeunes chanteurs, en formation au Teatro Malibran Ă  Venise. L’empereur Joseph II commande en 1786 un nouveau divertissement pour sa Cour Ă  Vienne ; il s’agira de confronter en une joute poĂ©tique et musicale, deux types d’opĂ©ras Ă  la mode : l’opĂ©ra italien et le singspiel germanique. L’impresario / Der Schauspieldirektor permet au jeune Mozart d’éblouir alors en un acte (5 tableaux) grĂące Ă  sa verve opĂ©ratique (ouverture) et le raffinement de son contrepoint. Tandis que Prima la musica e poi le parole du compositeur alors officiel, Salieri, indique clairement la maĂźtrise de l’auteur dans le genre comique voire caricatural : Salieri y brosse sans dĂ©tour le portrait Ă  charge et drĂŽlatique du Librettiste Da Ponte et du cĂ©lĂšbre castrat Luigi Marchesi
 La production prĂ©sentĂ©e par LA FENICE au Teatro MALIBRAN mĂ©rite d’ĂȘtre connue et Ă©coutĂ©e, en particulier parce que la direction sobre et prĂ©cise de l’excellent Federico Maria Sardelli, grand spĂ©cialiste de l’opĂ©ra napolitain, devrait ciseler chaque situation dans sa cocasserie et sa tendresse (s’agissant surtout du jeune Mozart)…
Plus d’infos sur le site de La Fenice :
https://www.teatrolafenice.it/event/prima-la-musica-e-poi-le-parole-der-schauspieldirektor/

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Teatro La Fenice, Venezia
En direct sur culturebox
Mardi 20 oct 2020 Ă  19h

 

 

 

SALIERI
Prima la musica e poi le parole
divertimento teatrale in un atto
libretto di Giovanni Battista Casti

WA MOZART
Der Schauspieldirektor

singspiel in un atto kv 486
libretto di Gottlieb Stephanie

 

 

 

 

Distribution / Cast :

Prima la musica e poi le parole
Maestro di cappella: Szymon Chojnacki
Donna Eleonora: Francesca Boncompagni
Tonina RocĂ­o: PĂ©rez
Poeta: Francesco Vultaggio

Schauspieldirektor
Frank: Karl-Heinz Macek
Eiler: Marco Ferraro
Buff: Szymon Chojnacki
Herz: Francesco Bortolozzo
Signora Pfeil: Michela Mocchiutti
Signora Krone: Roberta Barbiero
Signora Vogelsang: Valeria de Santis
Signor Vogelsang: Valentino Buzza
Signorina Silberklang: Francesca Boncompagni
Signora Herz: Rocio Perez

Orchestre del Teatro La Fenice
Federico Maria Sardelli, direction

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EN REPLAY SUR CULTUREBOX ici (jusqu’au 4 nov 2021) : https://www.france.tv/spectacles-et-culture/2075349-prima-la-musica-e-poi-le-parole-der-schauspieldirektor-au-teatro-malibran.html

 

 

 
 

 

 

Nouveau Cosi fan Tutte Ă  Nice

NICE, OpĂ©ra. Mozart : COSI FAN TUTTE, 17 – 23 janv 2020. Le dernier opĂ©ra de Mozart conçu avec Da Ponte est un dramma giocoso en deux actes ; le livret reprend le thĂšme d’un ouvrage prĂ©cĂ©dent composĂ© par un Salieri trĂšs en verve et vrai rival de Mozart Ă  Vienne : l’école des jaloux / La Scuola degli Gelosi chez Salieri (Venise, 1779) devient l’école des amants chez Mozart et Da Ponte ; la musique de Wolfgang exprime les vertiges du cƓur humain, la puissance du dĂ©sir et des attractions dangereuses. Ici le cynisme et la sagesse lucide, celle de Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur qui connaĂźt le cƓur humain, Ă©veille les consciences des trop naifs jeunes amants, Gugielmo le baryton et Ferrando le tĂ©nor. Alfonso a t il raison de dĂ©clarer les femmes volages et infidĂšles ? Qui sera fidĂšle aux serments passĂ©s ? Il suffit que passent deux beaux orientaux et tout Ă©clate ; les couples du dĂ©but ne seront plus ceux de la fin
 entre temps, les amants auront appris la leçon sans artifice d’un philosophe amoureux trop conscient des lĂąchetĂ©s du cƓur

La production niçoise réunit plusieurs jeunes interprÚtes à suivre. Sous la baguette de Roland Böer, HélÚne Carpentier (lauréate du dernier Concours Voix Nouvelles, ici Despina) ; la pulpeuse et pétillante soprano Anna Kasyan (Fiordiligi) et Carine Séchaye (Dorabella), ainsi que de Roberto Lorenzi (Guglielmo) et Pierre Derhet (Ferrando) et Alessandro Abis (Don Alfonso).

salieri scola degli gelosi opera buffa classiquenews cd review critique cd classiquenewsApprofondir : LIRE notre critique CD La Scuola degli Sposi de Salieri, chef d’oeuvre mĂ©connu de l’Ă©poque des LumiĂšres…  Sous Ă©tiquette DHM, cette « école des jaloux » / Scuola de’Gelosi de Salieri (qui annonce l’école des amants, ou Cosi fan tutte de Mozart plus tardif) mĂ©rite assurĂ©ment le meilleur accueil comme il confirme le talent dĂ©sormais bien installĂ© d’un chef et de son ensemble parmi les nouveaux dĂ©fenseurs des rĂ©pertoires baroques, classiques, prĂ©romantiques
 Voici sans conteste un nouveau joyau lyrique rĂ©vĂ©lĂ© grĂące au chef Werner Ehrhardt et son ensemble L’Arte del Mondo; les musiciens poursuivent ainsi un partenariat discographqiue avec DHM / Sony classical, plutĂŽt bĂ©nĂ©fique. CLASSIQUENEWS avait distinguĂ© d’un CLIC prĂ©cĂ©dent, la Clemenza di Tito (non de Mozart mais de Gluck, enregistrĂ© deux ans auparavant en 2013). On retrouve ici, la mĂȘme pĂ©tillance, la poursuite d’un esprit flexible et enjouĂ© qui s’avĂšre des mieux expressifs sur la scĂšne comique ; Ă  l’acuitĂ© expressive de l’orchestre rĂ©pond la fine caractĂ©risation des solistes, soucieux d’articulation, ambassadeurs d’un rĂ©alisme thĂ©Ăątral qui rĂ©jouit.

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boutonreservation4 dates Ă  l’OpĂ©ra de Nice
17, 19, 21, 23 janvier 2020
RESERVEZ VOTRE PLACE
http://www.opera-nice.org/fr/evenement/489/cosi-fan-tutte

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Fiordiligi : Anna Kasyan
Dorabella : Carine SĂ©chaye
Guglielmo : Roberto Lorenzi
Ferrando : Pierre Derhet
Despina : HĂ©lĂšne Carpentier
Don Alfonso : Alessandro Abis

Orchestre Philharmonique de Nice
ChƓur de l’OpĂ©ra de Nice
Direction Musicale : Roland Böer

Mise en scĂšne et lumiĂšres : Daniel Benoin

 

 

 

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PrĂ©sentation par l’OpĂ©ra de Nice / CĂŽte d’Azur :

Opera buffa en deux actes K 588
Livret de Lorenzo Da Ponte
Création au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790
Chanté en italien, surtitré en français
Nouvelle production en coproduction avec AnthĂ©a ThĂ©Ăątre d’Antibes

« CosĂŹ fan tutte », « Elles font toutes ainsi », prĂ©tend cyniquement Don Alfonso devant ses jeunes amis. Entendons : « Elles nous seront toutes infidĂšles ». Bien sĂ»r, Ferrando et Guglielmo protestent de la constance de leurs compagnes.  L’intrigue s’engage, suivant les conventions thĂ©Ăątrales du temps : ils annonceront leur dĂ©part Ă  la guerre, puis reviendront sous l’apparence de soldats albanais, chacun essayant de sĂ©duire la maĂźtresse de l’autre.

On raconte que l’Empereur Joseph II lui-mĂȘme, amusĂ© par l’histoire de deux officiers qui avaient Ă©changĂ© leurs femmes, souffla le thĂšme de CosĂŹ fan tutte Ă  Mozart et Ă  son librettiste, l’abbĂ© Da Ponte. Mais cet opĂ©ra, Ă  la saveur douce-amĂšre, Ă  la fois lĂ©ger et dĂ©sespĂ©rĂ©, va bien au-delĂ  de l’anecdote qui ne fait guĂšre honneur aux hommes. Les quatre protagonistes passent par l’indignation, la pitiĂ©, le libertinage, la rĂ©signation, les dĂ©chirements du cƓur, la colĂšre, jusqu’à ce que les masques tombent et que les couples se reforment, leurs illusions perdues…
Homme ou femme, qui n’a pas Ă©tĂ© partagĂ© entre sa fidĂ©litĂ©, son sens du devoir et le dĂ©sir, entre l’amour et les appĂ©tits du corps ? C’est le dilemme de cette Scuola degli amanti, cette « Ă©cole de ceux qui aiment ».

TOURS, Opéra. Nouvelle production de COSI FAN TUTTE de MOZART

MOZART-wolfgang-portrait-concerto-symphonie-jupiter-don-giovanni-mozart-critique-opera-sur-classiquenewsTOURS, OpĂ©ra. MOZART : Cosi fan tutte. 4, 6, 8 octobre 2019. Nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Tours et pilier du rĂ©pertoire : le dernier ouvrage du mythique duo Da Ponte / Mozart, Cosi fan tutte est le sujet de cette nouvelle lecture d’un chef d’oeuvre lyrique incontestable, crĂ©Ă© Ă  Vienne en janvier 1790. Le duo contemporain Benjamin Pionnier / Gilles Bouillon interroge l’étonnante modernitĂ© de la partition, l’une des plus sensuelles et nostalgiques jamais Ă©crites par Wolfgang : Cosi fan tutte conclut le triptyque des opĂ©ras conçus par les deux gĂ©nies des LumiĂšres, aprĂšs Les Noces de Figaro et Don Giovanni. Avant Marivaux et l’échiquier amer, mordant des faux semblants amoureux, Mozart et Da Ponte abordent les intermittences du cƓur, la volatilitĂ© des serments partagĂ©s et l’étonnante inconstance des femmes (« toutes les mĂȘmes ! », s’expriment en morale, le titre de l’ouvrage).

L’école de l’amour : cynique, cruelle, douloureuse


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Plus cru voire cynique, l’opĂ©ra dĂ©peint la cruautĂ© de cƓurs inconstants mais les jeunes hommes (Ferrando tĂ©nor et Guglielmo baryton) ont fait un pari risquĂ© : parier sur la fidĂ©litĂ© de leurs fiancĂ©es respectives (Fiordiligi et Dorabella), deux jeunes beautĂ©s napolitaines, Ă©cervelĂ©es et volages qui aux premiers inconnus rencontrĂ©s (certes de beaux Ă©trangers orientaux qui sont en rĂ©alitĂ© leurs fiancĂ©s dĂ©guisĂ©s et interchangĂ©s), dĂ©faillent et s’alanguissent pour les nouveaux garçons, malgrĂ© les serments Ă©changĂ©s. En pilotes amusĂ©s et parfaitement cyniques, deux endurcis, savourent la naĂŻvetĂ© ici Ă©pinglĂ©e : la servante des deux fiancĂ©es, Despina ; Don Alfonso, vieux sĂ©ducteur philosophe qui n’en est pas Ă  son premier pari ni Ă  sa premiĂšre Ă©preuve sentimentale ; il apprend Ă  ses cadets, la douloureuse Ă©cole de l’amour
 d’ailleurs, l’opĂ©ra s’intitule aussi La Scuola degli amanti / L’école des amants
 on ne saurait ĂȘtre plus clair.
Rival de Mozart Ă  Vienne, le compositeur bientĂŽt officiel, au service des Habsbourg, Antonio Salieri compose lui aussi une Ecole des amants : rĂ©intitulĂ© prĂ©cisĂ©ment « la Scuola degli Gelosi » crĂ©Ă© en 1778 / l’école des jaloux (ce qui revient au mĂȘme) dont la verve et la virtuositĂ© dans le genre buffa napolitain, n’égalent toute fois pas le gĂ©nie ni la justesse de Mozart. La Scuola degli Gelosi affirme cependant l’intelligence rafraichissante d’un Salieri de 28 ans, douĂ© d’une libertĂ© d’invention proche de Mozart.

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Opéra de Toursboutonreservation
MOZART : Cosi fan tutte, 1790
Nouvelle production

Vendredi 4 octobre 2019 – 20h
Dimanche 6 octobre 2019 – 15h
Mardi 8 octobre 2019 – 20h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.operadetours.fr/cosi-fan-tutte

 

 

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Opéra buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Créé le 26 janvier 1790 au Burgtheater de Vienne
Production de l’OpĂ©ra de Tours

Durée : environ 3h30 avec entracte

Direction musicale: Benjamin Pionnier
Mise en scĂšne: Gilles Bouillon
DĂ©cors: Nathalie Holt
Costumes: Marc Anselmi
LumiÚres: Marc DelaméziÚre

Fiordiligi : Angélique Boudeville
Dorabella : Alienor Feix
Despina : Dima Bawab
Ferrando : SĂ©bastien Droy
Guglielmo : Marc Scoffoni
Don Alfonso : Leonardo Galeazzi

Choeur de l’OpĂ©ra de Tours
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Val de Loire/Tours

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Samedi 28 septembre – 14h30
Grand ThĂ©Ăątre – Salle Jean Vilar
ConfĂ©rence sur l’opĂ©ra Cosi fan tutti – EntrĂ©e gratuite

Grand Théùtre de Tours
34 rue de la Scellerie
37000 Tours

02.47.60.20.00
Contactez-nous
Billetterie
Ouverture du mardi au samedi
10h30 Ă  13h00 / 14h00 Ă  17h45

 

 

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Approfondir

 

 

Salieri, gĂ©nie du buffaLIRE notre critique du cd SALIERI : La Scuola de’Gelosi, Venise /1778, version viennoise de 1783 (livret de Da Ponte Ă  partir de l’original de Mazzola). ComĂ©die en deux actes – / Werner Ehrhardt (3 cd DHM – 2015) – parution fĂ©vrier 2017
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-la-scuola-degelosi-werner-ehrahardt-3-cd-dhm-2015/

 

 

 

 

TARARE de SALIERI

Le gĂ©nie de Salieri rĂ©vĂ©lĂ© : La Scuola de'gelosi (1779)VERSAILLES, OpĂ©ra royal, le 22 nov 18. SALIERI : TARARE, 1787. Rendons Ă  CĂ©sar
. C’est Jean-Claude Malgoire qui le premier – comme souvent, c’est intĂ©ressĂ© Ă  la partition de l’opĂ©ra de Salieri Tarare, conte philosophique et ouvrage le plus imprĂ©gnĂ© de l’idĂ©al des LumiĂšres : le livret il est vrai, est le seul texte pour l’opĂ©ra signĂ© de Beaumarchais. Il existe un remarquable DVD de l’interprĂ©tation du chef hĂ©las dĂ©cĂ©dĂ©, approche Ă©tonnamment rĂ©ussie rĂ©alisĂ© en 
 1988 (et dans le cadre du festival de Schwetzinger). Dans la forme, l’objet est inclassable : Ă  la fois tragĂ©die en musique (restituant la tradition antĂ©rieurement illustrĂ©e par Lully et Rameau) et aussi comĂ©die satirique : les Ă©crivains de la fin des annĂ©es 1780, maniant avec gĂ©nie, la double langue, tissĂ©e de rĂ©fĂ©rences en Ă©chos aux remous de l’époque prĂ© rĂ©volutionnaire. Le spectacle est complet comprenant 5 actes, Prologue et grand divertissement dansĂ©. En 2018 c’est l’excellent tĂ©nor français Cyrille Dubois qui suit le sillon de l’éloquence Ă©lĂ©gantissime et surtout intelligible d’Howard Crook chez Malgoire, qui incarne les aspirations Ă  la lumiĂšre du prince Tarare.

 

 

 

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Antonio Salieri (1750-1825) : Tarare
Opéra en cinq actes sur un livret de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, créé en 1787 à Paris.

Versailles, jeudi 22 nov 2018
Opéra royal à 20h
3h30 mn, 1 entracte inclus
RÉSERVER
https://www.chateauversailles-spectacles.fr/programmation/salieri-tarare_e1993

 

 

 

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Cyrille Dubois, Tarare
Karine Deshayes, Astasie
Jean-Sébastien Bou, Atar
Judith van Wanroij, La Nature/Spinette
Enguerrand de Hys, Calpigi
Tassis Christoyannis, Arthénée/Le Génie du Feu
JĂ©rĂŽme Boutillier, Urson/Un Esclave/Un PrĂȘtre
Philippe-Nicolas, Martin Altamort/Un Paysan/Un Eunuque
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (Direction : Olivier Schneebeli)

Les Talens lyriques (Ch Rousset, dir)

 

 

 

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PARIS, PASSION SALIERI (1787)
 Quoiqu’on en dise, mai quand mĂȘme d’un gĂ©nie moindre que celui de son « rival » Mozart », Salieri eut cependant son heure de gloire et un statut plus qu’enviable
 Il devient compositeur officiel Ă  Vienne,  car il est italien et plutĂŽt douĂ©, « dauphin » de Gluck, jouĂ© et estimĂ© partout en Europe, 
 c’est peut-ĂȘtre moins par ses opĂ©ras rĂ©cemment remontĂ©s (Les DanaĂŻdes, d’abord commandĂ© Ă  Gluck puis confiĂ© Ă  son meilleur Ă©lĂšve), que ses buffas dĂ©licieux (le rĂ©cent par DHM), que le tempĂ©rament de Salieri pour le thĂ©Ăątre s’affirme le mieux. Or, inclassable, fruit de la maturitĂ©, TARARE fait partie de ses joyaux mĂ©connus qui pourraient inscrire l’auteur au nombre des meilleurs dramaturges de son temps.
Les DanaĂŻdes (1784) ont rĂ©vĂ©lĂ© aux parisiens l’écriture de Salieri, qui devient du jour au lendemain, un compositeur Ă  la mode, adulĂ© (et rĂ©compensĂ©) par Marie-Antoinette, heureuse de cĂ©lĂ©brĂ© aprĂšs son cher Gluck (qui fut son maĂźtre de musique Ă  Vienne) un nouveau compositeur « viennois ».
Le cas de TARARE est significatif, de la passion des parisiens pour l’opĂ©ra ; de l’engouement rĂ©cent pour Salieri. Beaumarchais, auteur du livret, sut orchestrer une campagne de publicitĂ© admirable, suscitant l’intĂ©rĂȘt quasi hystĂ©rique pour le nouvel ouvrage de Salieri qu’il commença de composer en 1787. RĂ©sultat : 400 gardes furent nĂ©cessaires pour maĂźtriser l’affluence de la premiĂšre en 1787 ! A la fois turquerie orientaliste et satire en rĂšgle contre le pouvoir despotique (trĂšs habilement dĂ©guisĂ© selon l’intelligence de Beaumarchais), TARARE resta Ă  l’affiche durablement, assurant Ă  l’OpĂ©ra de belles recettes. Sur le plan littĂ©raire et philosophique comme musical et dramatique, l’ouvrage est une piĂšce maĂźtresse de l’époque des LumiĂšres.
Salieri et Da Ponte refondirent l’Ɠuvre pour une version italienne, Axur, Re d’Ormuz crĂ©Ă©e Ă  Vienne pour l’empereur en 1788, et qui fit le tour du monde, de la Russie au BrĂ©sil

Un gĂ©nĂ©ral martyrisĂ© par le Sultan se voit dĂ©fendu par le peuple puis choisi par lui pour ĂȘtre roi : les germes de la RĂ©volution Ă  venir, infiltrent toute l’édifice lyrique conçu par les visionnaires Beaumarchais et Salieri : ainsi y sont prophĂ©tisĂ©es la fin et la chute de Louis XVI et Bonaparte ! En phase avec son Ă©poque et les aspirations dĂ©mocratiques de la nation, Beaumarchais reprit son Tarare, devenu emblĂšme de la libertĂ© contre l’oppression, et Ă  l’occasion des Ă©vĂ©nements commandĂ©s pour la FĂȘte de la FĂ©dĂ©ration, en 1790 Ă  Paris, il Ă©labora un acte final complĂ©mentaire crĂ©ant ainsi « Le Couronnement de Tarare », promis Ă  un nouveau succĂšs populaire.

 

 

 

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CD, critique. SALIERI : Les Horaces (Les Talens Lyriques, 2 cd ApartĂ© – 2016)

salieri les horaces talens lyriques rousset critique opera critique cd cd review par classiquenews CLIC de classiquenews AP185-2-3000-1024x1024CD, critique. SALIERI : Les Horaces (Les Talens Lyriques, 2 cd ApartĂ© – 2016). Versailles, 1780
 Un certain engouement dĂ©fendu par le milieu parisien et versaillais, s’est rĂ©cemment portĂ© (avec plus ou moins de rĂ©ussites) sur les opĂ©ras crĂ©Ă©s Ă  Versailles sous le rĂšgne si court de Louis XVI et Marie-Antoinette ; soit pendant les annĂ©es 1780 (dĂ©cennie faste il est vrai, pour les arts du spectacle / comme si avant la rĂ©volution Ă  venir, au bord du gouffre, les patriciens et les nantis de l’ancien rĂ©gime, s’en donnaient Ă  cƓur joie dans une ivresse aussi intense qu’insouciante). L’époque est au grand spectacle, avec tableaux spectaculaires voire terrifiants, ballet dĂ©veloppĂ© et aussi intrigue sentimentale qui « humanise » tout cela.
Nous avions dĂ©jĂ  pu mesurer dans le cadre du mĂȘme courant de rĂ©surrections, les fameuses DanaĂŻdes, opĂ©ra antĂ©rieur du mĂȘme Salieri, crĂ©Ă© en 1784 Ă  Versailles Ă©galement mais sur un sujet tirĂ© de l’AntiquitĂ© (certes la plus sanglante et tragique : car il y est question d’un massacre en bonne et due forme
 LIRE ici notre critique des DanaĂŻdes de Salieri, Ă©galement restituĂ© par Les Talens lyriques en 2013 et une partie de la distribution des Horaces
).
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-salieri-les-danaides-christoyannis-van-wanroij-rousset-2013/

 

 

 

Versailles, 1786
Les Horaces
 la tragédie cornélienne selon Salieri

 

 

 

salieri-portrait-classiquenews-les-danaides-1784-antonio-salieriAvant le « grand opĂ©ra romantique » (fixĂ© au siĂšcle suivant par Spontini et Meyerbeer, dans la suite de Rossini (on le voit : que des Ă©trangers), le XVIIIĂš français, sait lui aussi s’ouvrir Ă  la diversitĂ© et aux talents extĂ©rieurs, puisque aprĂšs Rameau (le dernier grand gĂ©nie lyrique hexagonal, aprĂšs Lully), c’est le Chevalier Gluck qui opĂšre la rĂ©forme de l’opĂ©ra français au dĂ©but des annĂ©es 1770 : pour revitaliser un genre qui se sclĂ©rosait, – la tragĂ©die en musique (hĂ©ritĂ© de Lully), Rameau d’abord, puis Gluck, puis Ă  partir des annĂ©es 1780, une colonie de compositeurs Ă©trangers paraissent Ă  la Cour et prĂ©sentent leur conception du drame lyrique. Gossec, Vogel, Johann Christian Bach, mais aussi les Napolitains (Sachini, Piccinni), puis Salieri, autoritĂ© europĂ©enne, surtout viennoise, apportent chacun leur Ă©clairage Ă  l’édifice lyrique français.
Avant la RĂ©volution et comme les prĂ©mices du chaos Ă  venir, la nervositĂ©, une certaine frĂ©nĂ©sie (gluckiste) se mĂȘlent alors Ă  la ciselure nouvelle des affects, au moment oĂč la notion de sentimentalitĂ© s’impose et avec elle, les germes du romantisme.
AprĂšs donc Les DanaĂŻdes, opĂ©ra sanglant dont le tableau du massacre perpĂ©trĂ© par les vierges DanaĂŻdes Ă©tat un prĂ©texte spectaculaire, voici (avant Tarare, perle lyrique des LumiĂšres, bientĂŽt abordĂ© dans la suite du visionnaire en la matiĂšre, Jean-Claude Malgoire), Les Horaces, crĂ©Ă© en 1786, au moment oĂč David fixe pour Louis XVI, les rĂšgles nouvelles de l’art pictural, ce nĂ©oclassicisme Ă  la clartĂ© expressionniste, elle aussi nerveuse et immĂ©diatement intelligible (Le Serment des Horaces, prĂ©sentĂ© au Salon de 1784). 

 

 

NEOCLASSICISME TRAGIQUE
 C’est la pĂ©riode oĂč il n’est pas d’acte hĂ©roĂŻque s’il ne produit pas de sacrifice. Du peintre au compositeur, circule une Ă©vidente cĂ©lĂ©bration du radicalisme hĂ©roĂŻque, Ă  peine tempĂ©rĂ© ou adouci par la tendresse de quelque personnage isolĂ© (ainsi sƓur d’Horace, Camille dont l’amour sincĂšre inflĂ©chit rĂ©ellement le cƓur du Curiace
 mais en vain). Ici, la destinĂ©e individuelle est broyĂ©e par la machine de l’implacable Histoire : les pĂšres (le vieil Horace, obstinĂ©, suicidaire) transmettent aux fils, l’esprit de haine et de vengeance, faisant peser la menace de l’extinction de la race. Meurtre, tuerie, vengeance et jalouse haine, hargne, possession, dĂ©raison
 sont les ferments des livrets d’alors, prĂ©textes Ă©videmment Ă  de passionnantes mises en musique.
Avec Salieri (sur les traces de Corneille), qu’en est-il ?

On ne saurait trop louer l’effort qui produit cette rĂ©surrection salutaire, indice d’une Ă©poque lyrique qui pourrait pas sa diversitĂ© et les profils invitĂ©s, ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme un vĂ©ritable Ăąge d’or du spectacle lyrique en France. 10 ans avant la RĂ©volution, la Cour de France produit quantitĂ© d’ouvrages les uns plus passionnants et saisissants que les autres. Ce n’est pas ces Horaces qui contredisent la tendance. La grandeur morale de chaque figure, et dans chaque clan opposĂ©, incarne un idĂ©al louable.
A l’heure oĂč l’opĂ©ra français tente de se rĂ©inventer, en particulier comme dans le cas des Horaces, en revisitant les textes classiques du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, ici, celui de Corneille, Salieri s’attĂšle Ă  une tragĂ©die romaine au français le plus noble, porteur de sentiments exacerbĂ©s.
Las, la tension essentielle et sa forme expressive premiĂšre : la langue est malheureusement bien mal dĂ©fendue dans cette interprĂ©tation qui recherche surtout la nervositĂ© et l’expressivitĂ© : rares sont les chanteurs, malgrĂ© la qualitĂ© de leur timbre et une certaine Ă©lĂ©gance de style, Ă  savoir maitriser totalement la courbe tendue du verbe cornĂ©lien : une seule chanteuse suffit Ă  dĂ©montrer ce qui fait les limites et une certaine sĂ©duction : Judith van Wanroij, qui a fait des hĂ©roĂŻnes altiĂšres ou princiĂšres, sa spĂ©cialitĂ©, mais si discutable quand on l’écoute yeux fermĂ©s, tentant – vainement de deviner ce qu’elle dit : c’est tout le relief sĂ©mantique d’un Corneille plutĂŽt inspirĂ© alors (Les Horaces, 1640) qui disparaĂźt de façon dommageable. ClartĂ©, dĂ©clamation tendue et naturelle, ferme et tendre, hĂ©roĂŻque et tragique doivent Ă©videmment infĂ©odĂ© tout l’édifice Ă  l’orchestre comme de la part de chaque soliste. Quel plaisir alors d’écouter la fine fleur des tĂ©nors français actuels : Cyrille Dubois (Curiace), Julien Dran (Horace) : leur intelligibilitĂ© rend encore plus exaltant le relief d’un texte nerveux, musclĂ© qui les affronte sans mĂ©nagement, jusqu’à la mort. Pour les deux voix masculines, le prĂ©sent album mĂ©rite tous les suffrages. Quel nerf et quel style ! D’autant que l’orchestre sert cette frĂ©nĂ©sie postgluckistes avec une tension permanente. MĂȘme engagĂ© articulĂ© et bien dĂ©clamĂ© de la part de Jean-SĂ©bastien Bou qui fait un vieil Horace, animĂ© par la vengeance.
C’est du David sur scĂšne, une peinture vivante et palpitante du mot dĂ©clamĂ©, la claire et noble expression des passions les plus rivales et les plus extrĂ©mistes.
Salieri a le sens du rythme : scĂšnes de foule et bataille, attendrissement tendre (duo Camille / Curiace), cas de conscience de Curiace, entre loi et devoir, sentiment et dĂ©sir, le thĂ©Ăątre lyrique s’exalte, s’embrase mĂȘme. Il reste incomprĂ©hensible qu’au moment de la crĂ©ation, une partie du public ait ri plutĂŽt qu’il ait Ă©tĂ© touchĂ© par cette lyre abrupte et acerbe oĂč coule un sang facile, et se dressent des orgueils pourtant sincĂšres et chacun lĂ©gitime
 les interprĂštes Ă  la crĂ©ation furent-ils en dessous des dĂ©fis conçus par Salieri ?AprĂšs 3 reprĂ©sentations en dĂ©cembre 1786, le second opĂ©ra de Salieri en France disparut totalement. Belle recrĂ©ation.

 

 

 

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Antonio Salieri (1750-1825) : Les Horaces

Judith Van Wanroij, Camille
Cyrille Dubois, Curiace
Julien Dran, le jeune Horace
Jean-SĂ©bastien Bou, le vieil Horace
Philippe-Nicolas Martin, L’Oracle, un Albain, Valùre, un Romain
Andrew Foster-Williams, Le Grand-PrĂȘtre, le Grand-Sacrificateur
Eugénie Lefebvre, Une suivante de Camille
Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Olivier Schneebeli, direction
Les Talens Lyriques / Christophe Rousset, direction

2 cd APARTE AP185 – enregistrement rĂ©alisĂ© en 2016. CD1 : 55’33
/ CD2 : 30’10

 

 

 

Partitions, découverte : Mozart et Salieri auraient travaillé ensemble

partition Per la ricuperata di Ophelia mozart salieri nancy storace manuscrit decouvert prague classiquenews janvier 2016Partitions, dĂ©couverte : Mozart et Salieri auraient travaillĂ© ensemble Ă  la composition d’une cantate inĂ©dite. DĂ©couvert dans une BibliothĂšque Ă  Prague, un manuscrit inconnu jusqu’alors aurait Ă©tĂ© formellement identifiĂ© : il s’agit d’une cantate composĂ©e Ă  quatre mains par Mozart et Salieri, deux compositeurs de deux gĂ©nĂ©rations diffĂ©rentes (et de deux styles distincts) que l’Histoire et la lĂ©gende (entretenu par le mythe de l’assassinat du premier par le second, par la nouvelle de Pouchkine de 1830, traitĂ© au cinĂ©ma par Forman) ont aimĂ© opposer.

Amoureux voire rivaux, Mozart et Salieri composent de concert pour Nancy Storace….

nancy-storace-1345730156-article-0Rivaux les deux musiciens par si sĂ»r… Le musicologue Timo Jouko Hermann vient d’annoncer sa brillante dĂ©couverte d’autant que le texte de la cantate, Ă©crite en hommage au talent de la jeune et belle soprano Nancy Storace (la crĂ©atrice du rĂŽle de Susanna dans les Noces de Figaro de Mozart en 1786, nĂ©e Ă  Londres en 1765), serait de Da Ponte. La cantate Ă©voque la convalescence de la cantatrice qui s’est sortie alors d’une maladie… Nancy Storace serait l’une des divas les plus captivantes de l’Ă©poque : jeune, belle, superbe actrice et chanteuse de premier plan… Elle fut l’Ă©lĂšve du castrat Venanzio Rauzzini (pour lequel Mozart avait Ă©crit son cĂ©lĂšbre motet virtuose Exsultate Jubilate). La soprano employĂ©e dans la troupe impĂ©riale Ă  Vienne fut une artiste adorĂ©e, cĂ©lĂ©brĂ©e, et donc convoitĂ©e par les deux compositeurs en vue sous Joseph II, Salieri et Mozart (dont on ne compte plus les aventures extra-conjugales). Nancy Storace fit ses dĂ©buts Ă  Vienne dans L’Ă©cole des Jaloux (La Scuola De’Gelosi) ; c’est Ă  ce moment que Mozart la dĂ©couvre et tombe amoureux d’elle… Avec son frĂšre aĂźnĂ©, Stephen, Nancy est une habituĂ© du couple Mozart Ă  Vienne. C’est pour elle encore que Mozart Ă©crit le fameux air de concert, joyau nĂ©oclassique : “Ch’io mi scordi di te ?”. Nancy Storace meurt en 1817 Ă  51 ans.
MentionnĂ©e dans le catalogue des Ɠuvres de Mozart (KƓchel : K477a : “Per la ricuperata di Ophelia”), la cantate que l’on croyait perdue, serait donc composĂ©e pour la guĂ©rison dĂ©finitive de Nancy Storace qui devait chanter le rĂŽle de… Ophelia dans l’opĂ©ra buffa de Salieri, La grotta di trofonio (dont il existe une bonen version par Les Talens Lyriques, Ch. Rousset).
MĂȘme incomplet, le manuscrit devrait prochainement ĂȘtre recrĂ©Ă© par une Ă©quipe du Mozarteum de Salzbourg.
A suivre.

CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013)

salieri danaides rousset christoyannis van wanroij critique compte rendu classiquenews CLIC de juin 2015CD, compte rendu critique. Salieri : Les DanaĂŻdes (Christoyannis, van Wanroij, Rousset, 2013). Cela cravache sec et tendu dĂšs l’ouverture oĂč le chef C. Rousset plus incisif que jamais emporte tout abandon galant, tout italianisme sensuel, au profit d’un expressionnisme tendu et Ă©lectrique, soulignant combien ce Salieri de 1784 doit au style franc et frĂ©nĂ©tique de Gluck, rĂ©pond aussi au goĂ»t pour la grandeur tendue, la froideur terrifiante et spectaculaire des passions … raciniennes. L’Ă©poque est Ă  l’Ă©clectisme europĂ©en, le goĂ»t savant des LumiĂšres qui aprĂšs le dĂ©part du Chevalier Gluck (1779), grand rĂ©formateur de l’opĂ©ra français dans les annĂ©es 1770, entend renouveler son apport. Dans le sillon du nĂ©oclassicisme gluckiste, les Ă©trangers Ă  Paris, germaniques (Jean ChrĂ©tien Bach, Vogel…), italiens surtout (Piccinni et Sacchini), nordiques (GrĂ©try,Gossec), avant Cherubini et Spontini, rĂ©gĂ©nĂšrent ainsi d’un sang neuf, entre suavitĂ© et ardeur martiale (dĂ©jĂ  prĂ©rĂ©volutionnaire) la langue lyrique parisienne, en particulier dans le genre de la tragĂ©die lyrique. Salieri participe Ă  la fertilisation du terreau français des LumiĂšres Ă  quelques annĂ©es de la RĂ©volution : son style est lui aussi europĂ©en, constamment Ă©lĂ©gant, poli, d’un raffinement alliant la rythmique bondissante des symphonistes germaniques, la dĂ©licatesse et le raffinement français, la virtuositĂ© italienne. Salieri d’un souci mozartien sait servir chacune des sensiblitĂ©s avec un art consumĂ© de l’Ă©quilibre esthĂ©tique. Avec d’autant plus de mesure et de raffinement que son sujet est sanglant et particuliĂšrement effrayant, renouvelant la lyre tragique sacrificielle, atroce, sanguinaire, terrifiante, celle des meurtres en nombre dans le sillon de ce fantastique conçu par les Antiques, Euripide, Eschylle, Sophocle et dont Racine avait sur la scĂšne du thĂ©Ăątre classique (parlĂ©) prĂ©servĂ© la tension sublime. De toute Ă©vidence, le public des LumiĂšres aimait se faire peur Ă  l’opĂ©ra. Et la partition des DanaĂŻdes satisfait idĂ©alement ce dĂ©sir et cette attente.

Familiers de la collection discographique (OpĂ©ra Français / French Opera), dĂ©diĂ©e Ă  l’opĂ©ra français des LumiĂšres,  les chanteurs ici rĂ©unis composent un collectif particuliĂšrement scrupuleux de la langue et de cette expressivitĂ© Ă©motionnelle. L’articulation et l’intelligibilitĂ© sont leurs qualitĂ©s communes, exceptionnellement dĂ©lectables, apport mĂ©ritant de cette production, partagĂ©es aussi par un choeur riche en finesse et subtilitĂ© (les excellents Chantres du CMBV Centre de musique baroque de Versailles qui avaient dĂ©jĂ  participĂ© avec la mĂȘme qualitĂ©, Ă  l’opĂ©ra Renaud de Sacchini, immĂ©diatement antĂ©rieur en 1783 des DanaĂŻdes de Salieri).

 

 

 

AprĂšs Renaud de Sacchini de 1783, voici en 1784, la suite plus frĂ©nĂ©tique encore de l’opĂ©ra des LumiĂšres, parfaitement gluckiste…

Salieri frénétique et sanguinaire

 

 

Le DanaĂŒs du baryton Tassis Christoyannis est d’une impeccable prĂ©cision, naturelle et timbrĂ©e, subtile et mĂȘme crĂ©dible : il excelle Ă  exprimer l’autoritĂ© du pĂšre, faussement bon et pacificateur au dĂ©but, puis vĂ©ritable instigateur de l’horreur croissante qui s’empare de la scĂšne. Judith van Wanroij et Philippe Talbot incarnent la lyre amoureuse, plus tendre qui contraste avec la terreur environnante. Ils accordent leurs timbres complĂ©mentaires, clairs et cristallins, en un duo constamment enivrĂ©, Ă©lĂ©gant, Ă©perdu (I, IV). Et comme nous l’avons dit avant, fort d’une intelligibilitĂ© qui sert l’impact du texte.

salieri-portrait-classiquenews-les-danaides-1784-antonio-salieriEn architecte affĂ»tĂ©, Antonio Salieri compose un opĂ©ra dont le rythme reste trĂ©pidant : oĂč a t on vu des actes aussi courts, comme expĂ©ditifs ? Les divertissements et ballets de l’Ă©poque de Rameau, alanguissements hors de l’action proprement dite sont Ă©cartĂ©s. Pourtant tout s’il n’Ă©tait le sujet, tend Ă  s’alanguir ici vers l’Ă©lĂ©giaque et le dĂ©licat mais acclimatĂ© au cadre europĂ©en des biensĂ©ances : Salieri semble inflĂ©chir sa nature, et faire la synthĂšse d’un Gluck enclin pourtant Ă  la sensualitĂ© (le rĂŽle d’Hypermnestre, dĂ©loyale aux ordres de son pĂšre, y pourvoit). Le compositeur se montre aussi voisin aussi des compositeurs tendus et frĂ©nĂ©tiques du Sturm und Drang.
TrĂšs vite, le lugubre sanguinaire du II -quand DanaĂŒs relativise le climat pacificateur des mariages en nombre, et vise la duplicitĂ© de son frĂšre Egyptus, fait sombrer l’opĂ©ra dans l’horreur et la transe sanguinaire collective partagĂ©e par toutes ses filles bien conditionnĂ©es : une prĂ©figuration des dĂ©bordements de la RĂ©volution et de la terreur (!). Tant d’atrocitĂ©s, de panique cannibale ont marquĂ© voire scandalisĂ© l’audience quoique saisit les plus rĂ©servĂ©s.

Une seule ose dĂ©fier l’ordre du pĂšre et son appel au massacre, Hypermnestre inspirĂ©e par l’amour (pour LyncĂ©e), elle prĂ©fĂšre fuir le lieu du futur massacre des Ă©poux (festin fatal de la fin du IV oĂč percent les cris d’agonie des jeunes hommes massacrĂ©s par leurs promises) quitte Ă  troubler son fiancĂ© (III). Et au soir de la mise Ă  mort par les DanaĂŻdes de leurs Ă©poux, elle s’Ă©vanouit de douleur coupable (IV).  Tout le V trempe et plonge dans le frĂ©nĂ©tique le plus terrifiant : tableau infernal des supplices des DanaĂŻdes et de leur pĂšre Danaus Ă  l’agonie – attachĂ© Ă  son rocher oĂč un vautour lui dĂ©vore les viscĂšres(!), expiant leurs terribles forfaits. Salieri ne nous Ă©pargne rien : musicalement, chaque tableau exprime la vive horreur du sujet.
Branchu-Vestale-caroline-branchu-soprano-hypermnestre-des-danaides-de-salieri-en-1784-classiquenewsLe rĂŽle d’Hypermnestre offre un superbe rĂŽle Ă  la soprano requise, exigeant des qualitĂ©s tragiques amples, entre hĂ©roĂŻque digne et pathĂ©tique tendre. L’individualitĂ© d’Hypermnestre jaillit dĂšs le III.  Les airs s’enchaĂźnent de scĂšne en scĂšne : Le Barbare ! il me fuit ! au III : marque la rĂ©sistance de la fille face Ă  la cruautĂ© et la folie de son pĂšre qui a motivĂ© Ă  la haine toutes ses autres filles. Puis c’est son errance horrifiĂ©e “OĂč suis-je” qui ouvre le IV… Elle est tiraillĂ©e entre l’horreur que lui inspire son pĂšre et sa tendresse pour LyncĂ©e. C’est bien le rĂŽle le plus passionnant avec l’Armide de Sacchini l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente et bientĂŽt, MĂ©dĂ©e de Cherubini (ou celle prĂ©cĂ©dente de Vogel dans La Toison d’or). Sur une articulation affĂ»tĂ©e, s’exhale l’humeur vaine des passions exacerbĂ©e dont les accents ont la grandeur et le mordant des bas reliefs antiques : l’Ă©poque est bien Ă  ce nĂ©o classicisme oĂč la droiture de certaines hĂ©roĂŻnes, leur tendresse naturelle (voyez Alceste et IphigĂ©nie chez Gluck) se dressent contre le folie collective. Judith Van Wanroij reste ferme et prĂ©cise dans airs et rĂ©citatifs (III, IV), digne et ardente sur les traces des grandes cantatrices (dessus) de l’Ă©poque, d’abord Sainte-Huberty puis Caroline Branchu (qui impressionne tant Berlioz dans les annĂ©es 1820). De notre point de vue, ce sont essentiellement les deux rĂŽles antagonistes du pĂšre (Danaus) et de la fille qui sont les plus saisissants : le DanaĂŒs de Tassis Christoyannis apporte un relief saisissant dans leur duo, vrai moteur du drame.

La mĂ©canique presque trop sĂšche de l’orchestre tire la performance vers une agitation dĂ©sincarnĂ©e et rien que frĂ©nĂ©tique qui Ă©videmment Ă©lectrise constamment la grandeur terrifiante des tableaux, surtout dans l’enchaĂźnement des deux derniers actes : IV (le festin massacre) et le V (la victoire de LyncĂ©e / Pelagus et la chute des DanaĂŻdes, promis aux flammes de l’enfer : comme Don Giovanni de Mozart). Le spectaculaire des “dĂ©corations” (selon la terminologie de l’Ă©poque) jointe Ă  l’exacerbation des passions font un spectacle total qui on le comprend allait marquer le jeune Berlioz, futur auteur des Troyens : de Salieri Ă  Berlioz, la lyre de Gluck avait trouvĂ© ses plus ardents disciples dans l’admiration des grands mythes antiques.
Le nerf, la hargne dĂ©fendus par Les Talens Lyriques sont d’une indĂ©niables efficacitĂ©, servie de surcroĂźt par deux interprĂštes convaincants (LyncĂ©e ou Plancipe sont des ajouts sans plus de profondeur). Salieri, pilotĂ© depuis Vienne par Gluck lui-mĂȘme, avait tout pour rĂ©ussir son coup : ses DanaĂŻdes semblent assurer Ă  la fois la suprĂ©matie expressive comme la revanche du Chevalier Ă©vincĂ© voire humiliĂ© par un dĂ©part prĂ©cipitĂ© de France en 1779. Les coupes des actes de plus en plus courts, le principe mĂȘme d’une surenchĂšre dramatique subtilement canalisĂ©e illustrent mieux que les deux IphigĂ©nies, la maĂźtrise nĂ©oantique de Gluck, tout en Ă©tant fidĂšle Ă  l’esthĂ©tique de son thĂ©Ăątre.

CLIC D'OR macaron 200C’est donc un CLIC de classiquenews, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation par le disque de ce sommet lyrique des LumiĂšres. Pour autant, le geste du chef pour affĂ»tĂ© qu’il soit, rĂ©duit d’autant l’idĂ©e et les effets globaux que l’ouvrage pourrait aussi produire avec plus de rondeur comme de profondeur. La pointe sĂšche et tranchante de la lame (qui s’expose en couverture et que brandissent toutes les jeunes Ă©pouses prĂȘtes Ă  massacrer leurs maris) supplante tout autre registre expressif. Une autre direction toute aussi tendue sans pourtant ĂȘtre aussi carnassiĂšre et parfois hystĂ©rique pourrait y rĂ©ussir tout autant. Mais alors il faudrait compter sur un talent aussi fin et troublant que celui de l’excellent Tassis Christoyannis, DanaĂŒs, plein de fougue et de profondeur. Ne serait-il pas le vĂ©ritable hĂ©ros de cette production ? De toute Ă©vidence, nous avons une relation pĂšre / fille aussi passionnante que plus tard celle exprimĂ©e par Verdi (Boccanegra/Amalia, Gilda/Rigoletto…) ou Wagner (Wotan / Brunnhilde). Le germe romantique couve chez ce Salieri fortement gluckiste.

 

 

 

CD. Compte rendu critique. Antonio Salieri (1750-1825) : Les DanaĂŻdes, 1784. TragĂ©die lyrique en cinq actes, livret de François Bailli du Roullet et Louis-ThĂ©odore de Tschudi. CrĂ©Ă©e Ă  l’AcadĂ©mie royale de musique, le 26 avril 1784. Hypermnestre : Judith van Wanroij, LyncĂ©e : Philippe Talbot, DanaĂŒs : Tassis Christoyannis, Plancippe : Katia Velletaz, PĂ©lagus / Officier : Thomas DoliĂ©. Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Les Talens Lyriques. Christophe Rousset, direction.  EnregistrĂ© Ă  l’Arsenal de Metz, les 29 et 30 novembre 2013. 2 CD Palazzeto Bru Zane ES1019 – DurĂ©e : cd1, 72’28 + CD2, 35’58.

 

 

 

LIRE, APPROFONDIR : Renaud de Sacchini par Les Talens Lyriques : critique du cd et reportage rĂ©pĂ©titions vidĂ©o ; reportage vidĂ©o de l’opĂ©ra RENAUD de Sacchini (grand reportage de 12 mn © CLASSIQUENEWS.TV : entretien avec BenoĂźt Dratwicki, directeur artistique du Centre de musique de Versailles, la place des Italiens en France, le bel canto dans Renaud, l’hĂ©ritage de Gluck dans Renaud…)... L’opĂ©ra français Ă  l’Ă©poque des LumiĂšres, Ă©volution de la tragĂ©die lyrique sous l’influence de Gluck…

 

 

Illustrations : Antonio Salieri, Caroline Branchu dans le rĂŽle de La Vestale de Spontini (DR)