CD, coffret : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical)

un siecle de musique francaise berlioz saint saens sony classical 25 cd coffret review preview account of critique cd CLASSIQUENEWSCD, coffret, compte rendu critique : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical). Sony classical rĂ©Ă©dite sous une thĂ©matique dĂ©jĂ  passionnante plusieurs de ses bandes magiques… Attention bain de symphonisme français romantique et moderne : soit un condensĂ© d’histoire musicale française en 10 cd, chacun dĂ©diĂ© Ă  un compositeur majeur, plus un recueil triple thĂ©matisĂ© “escales symphoniques” : Berlioz, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Debussy, Ravel, Poulenc (maĂ®tre de la musique par Eric Lesage et partenaires), Satie (le seul ici Ă  offrir son legs non orchestral mais pianistique sous les doigts de Philippe Entremont, Daniel Varsano, Gaby et Robert Casadesus…), Dutilleux, Boulez, Messiaen (Turangalila Symphonie par Y. Loriod et Seiji Ozawa). L’attrait du coffret de 25 cd rĂ©tablit de puissantes personnalitĂ©s servies par des chefs de première qualitĂ© par leur engagement et leur somptueuse sensibilitĂ©, chacun dans le rĂ©pertoire qu’il aima dĂ©fendre : Munch, Ozawa, Boulez, Hans Graf (chez Dutilleux)… les baguettes sont prestigieuses et leur Ă©coute confirme de saisissantes comprĂ©hensions de la musique française.

Munch-Charles-8Ici règne la nervositĂ© orfèvre de Charles Munch, directeur musical du Boston Symphony (1949-192), ici d’une vivacitĂ© fauve et d’une motricitĂ© analytique irrĂ©sistible, capable de fièvre et d’incandescente folie : remarquable interprète de la musique française romantique (ses Berlioz – premier cd de la collection, sa Fantastique, si chère Ă  son cĹ“ur, devient transe Ă©poustouflante de tension incisive), mais aussi du premier XXè : Milhaud, Honegger, surtout l’ivresse Ă©chevelĂ©e, organique et sensuelle de son Roussel (Suite 2 de Bacchus et Ariane, un coup d’essai captivant hĂ©las trop court : que n’a t il enregistrĂ© l’intĂ©grale du ballet!), sans omettre des incontournables, au chapitre romantisme français dont la trop rare Symphonie sur un chant montagnar de D’Indy, Escales d’Ibert, la Symphonie n°3 avec orgue de Saint-SaĂ«ns, et L’Apprenti sorcier de Dukas…

Pierre_BoulezDEBUSSY et RAVEL boulĂ©ziens, de rĂ©fĂ©rence. C’est aussi un fabuleux legs Pierre Boulez comme chef, interprète gĂ©nial autant analytique que prĂ©cis et dramatique, avec Ă©galement des orchestres amĂ©ricains : New York Philharmonic et surtout Cleveland orchestra pour deux recueils, joyaux incontournables :  Ravel, Debussy (3 cd pour chacun) dont les Ĺ“uvres essentielles sont ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es sous un filtre d’une exigence sonore irrĂ©sistible (Attention le coffret ne comprend pas, hĂ©las, l’intĂ©grale du ballet Daphnis et ChloĂ© de Ravel mais heureusement ShĂ©hĂ©razade, Rapsodie Espagnole, Valses nobles et sentimentales, Ma mère l’Oye, Alborada del Gracioso, les Concertos pour la main gauche et en sol majeur par Philippe Entremont, piano,… sans omettre l’excellent Quatuor par les Juilliard). Vous l’aurez compris, nous tenons lĂ  la quasi intĂ©grale du Ravel symphonique par Boulez. C’est dire.

MĂŞme ivresse “intellectuelle”, la maĂ®trise est de mise sous la baguette boulĂ©zienne-, mais quelle transparence millimĂ©trĂ©e chez Debussy : Dans PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune, l’enchantement s’invite ; Jeux est une extase façonnĂ©e telle un scintillement permanent, un miroitement Ă  la fois introspectif et aĂ©rien ; Images pour orchestre affirme la prĂ©cision analytique d’un chef qui conçoit tout en une succession organiquement enchaĂ®nĂ©e d’admirables sĂ©quences instrumentales d’un fini Ă©poustouflant (ivresse lascive d’IbĂ©ria).Chaque Ă©pisode comme chez Ravel cultivant son propre univers. Les Danses sont des rituels d’une exquise nostalgie. Ces 2 coffrets Debussy et Ravel sont incontournables.

Ailleurs, l’amateur de raretĂ©s comme de plĂ©nitude orchestrale, Ă  la française trouvera son compte dans les volumes : celui sur Saint-SaĂ«ns comporte ainsi les trois Concertos pour piano 2,4 et 5 (l’Egyptien), avec Philippe Entremont sous la direction de Michel Plasson. Tout autant intĂ©ressant le triple volume dĂ©diĂ© Ă  FaurĂ©, comprenant en particulier le Requiem par Ozawa (Boston Symphony, Barbara Bonney, Hakan Hagegard, et le choeur du Festival de Tanglewood)…

La prĂ©sence du violoncelliste Jean-Guilhen Queyras pour Tout un monde lointain fait la haute valeur du volume simple dĂ©diĂ© Ă  Dutilleux ; et coupe Ă©tant apprĂ©ciĂ©e quand elle est dosĂ©e, le recueil dĂ©volu au compositeur Pierre Boulez, – 1 seul cd, regroupe Le Marteau sans maĂ®tre avec Yvonne Minton (au français bien peu intelligible sous la direction de Diego Masson), et plus intĂ©ressant, Livre pour cordes par Boulez le chef.

Notons l’habile programmation du triple volume intitulĂ© “Escales symphoniques françaises” qui rĂ©vèle sous le feu vif argent et d’une fantaisie jubilatoire de Charles Munch, l’Ă©clectisme de la Symphonie sur un chant montagnard de D’Indy (25mn d’Ă©criture concertante oĂą le piano discute avec l’orchestre en une forme libre entre Concerto et Symphonie), sans omettre le Rouet d’Omphale de Saint-SaĂ«ns, superbe poème symphonique d’une pensĂ©e libre et fluide (prĂ©cĂ©dĂ© par le poème symphonique pour chĹ“ur et soprano La nuit, oĂą le diamant un rien prĂ©cieux de la jeune Natalie Dessay dialogue avec la flĂ»te… Orchestre nat. d’ĂŽle de France, Jacques Mercier).

CLIC_macaron_2014Le coffret forme un cycle incontournable pour amoureux de musique symphonique et concertante française, de Berlioz Ă  Boulez et Messiaen. Par sa diversitĂ©, l’intelligence et la cohĂ©rence des volumes rĂ©unis par compositeur ou thème, la figure d’excellents chefs – de Munch Ă  Boulez, Ozawa et Ormandy (Danse macabre de Saint-SaĂ«ns), sans omettre les pianistes Philippe Entremont (Ravel, Saint-SaĂ«ns), Michel Dalberto (Debussy), JM Luisada (FaurĂ©)… , l’Ă©dition Sony classical constitue une excellente entrĂ©e en matière ou l’enrichissement d’un fonds dĂ©jĂ  existant. 25 cd Ă  possĂ©der en urgence pour Ă©tayer sa discographie de base, au registre musique française. Le volume Poulenc vient astucieusement complĂ©ter la collection en regroupant les fondamentaux de sa musique de chambre (Sonates, Concertos oĂą s’affirme le tempĂ©rament en affinitĂ© du pianiste Eric Lesage et ses nombreux partenaires)…  Seule rĂ©serve : l’Ă©diteur omet de mentionner pour chaque bande la date d’enregistrement, nous privant une juste apprĂ©ciation de l’Ă©poque concernĂ©e et de l’esthĂ©tique atteinte (malgrĂ© l’absence pour le rĂ©pertoire romantique, des instruments d’Ă©poque : or ni Boulez, ni Munch, malgrĂ© l’apport des orchestres et des chefs “historiquement informĂ©s”, ne se montrent dĂ©faillants, bien au contraire. Leur baguette enchanteresse montre aussi que la rĂ©ussite d’une lecture ne dĂ©pend pas exclusivement du choix des instruments…

CD, coffret : Un siècle de musique française (25 cd Sony classical)

CLIC de classiquenews d’avril 2016.

Mort de Pierre Boulez

Boulez - est mort depeche classiquenews Pierre_Boulez_(1968)Décès. Pierre Boulez est mort, hier mardi 5 janvier 2016 à Baden Baden où il habitait. Né en mars 1925, le chef et compositeur avait têter ses 90 ans. Né à Montbrison en France, Pierre Boulez élève de Messiaen puis du sérialiste René Leibowitz en 1945, avant de revenir finalement en 1946 vers Messiaen, le jeune compositeur transcende l’énergie audacieuse de Beethoven mise au diapason des performances expressives du sérialisme (2ème Sonate pour piano de 1948 écrite à 23 ans). Le système, l’idée primordiale forment une nouvelle équation féconde pour laquelle Boulez réinvente un langage musical, qui faisant rupture totalement et définitivement,  doit « faire cligner les oreilles ». Après avoir rédigé le limites du dodécaphonisme (confinat à un système sclérosant), comme nouvel apôtre de sa propre langue, le compositeur de tarde pas à s’imposer : l’esthétique boulézienne (où même le hasard est mis sous contrôle) devient réseau, institution, dogme à mesure que la personnalité médiatique (excellent communicant) etpolitique s’affirme d’abord à l’étranger (Harvard, Darmstadt puis en France avec la création de l’Ircam (fondée en 1969), auquel tout compositeur des années 1980, 1980 se doit de passer pour recevoir l’onction sacrée. En définitive, les contradictions du Boulez compositeur sont multiples : avec au coeur de sa recherche, la question centrale, comment concilier écriture et mise au propre c’est à dire achèvement d’une oeuvre, et la liberté permanente de sa conception ? A quel moment et selon quels critères, une oeuvre est-elle achevée ? L’idée musicale et sa concrétisation « par défaut » est au coeur de la forme et de la création boulézienne. Après sa mort, le temps de l’analyse se précise : les conclusions à venir sont prometteuses. Il est temps de repenser son héritage.

Boulez_cd_kawkaInterprète boulézien. Parmi les meilleurs interprètes actuels de Pierre Boulez, saluons l’intelligence sensible et précise du chef Daniel Kawka, fondateur de l’Ensemble orchestral contemporain et qui dépuis des décennies a interrogé l’oeuvre boulézienne. LIRE notre critique du cd Daniel Kawfa joue Dérive 1 et Dérive 2 de Pierre Boulez.

Le chef symphonique et lyrique. Aux cĂ´tĂ©s du compositeur, il ne faut pas omettre l’envergure gĂ©niale du chef d’orchestre ayant l’oreille absolue, possĂ©dant une direction claire, prĂ©cise, mĂ©tronomique. La clartĂ© de son geste, son souci de transparence, l’équilibre de la sonoritĂ©, la lisibilitĂ© de l’architecture, la sensualitĂ© feutrĂ©e mais prĂ©sente font la valeur des Ĺ“uvres qu’il a dirigĂ© et des compositeurs qu’il a su dĂ©fendre : Stravinky et Bartok, Debussy et Ravel, sans omettre Mahler dont DG a publiĂ© pas Ă  pas l’intĂ©grale des symphonies (la dernière offrande discographique importante de Boulez). Chef lyrique plus rare, Pierre Boulez a nĂ©anmoins marquĂ© les esprits : sa fameuse et lĂ©gendaire TĂ©tralogie Ă  Bayreuth en 1976 : production pour le centenaire du festival wagnĂ©rien, conçue comme une fresque au capitalisme prolĂ©tarien critique avec le metteur en scène Patrice ChĂ©reau ; plus rĂ©cent, et comme son testament lyrique, l’opĂ©ra De la Maison des morts de Janacek (remontĂ© Ă  Aix en Provence en 2007), huit clos en forme de crĂ©puscule lyrique d’une poĂ©sie noire et sombre dont Boulez a su exprimer jusqu’à la transparence et la vĂ©ritĂ© de l’intention (voir notre prĂ©sentation et notre critique de la production aixoise diffusĂ©e alors sur Arte en juillet 2017).

LIRE aussi notre prĂ©sentation du catalogue de l’exposition les 90 ans de Pierre Boulez (avril-juin 2015)

CD. Coffret Pierre Boulez : le domaine musical : 1956-1967 (10 cd Accord).
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Pas encore trentenaire, Pierre Boulez (né en 1925) fonde et défend l’activité du Domaine musical pendant presque 12 années avec la ferveur d’un militant œuvrant pour le renouvellement salutaire de l’écriture musicale. Ce coffret de 10 cd en témoigne, en s’intitulant légitimement “Aventure” du domaine musical, de 1956 à 1967. Les Leçons de Messiaen, de Leibowitz sont déjà  du passé : le compositeur qui a rencontré René Char dès 1947 a déjà écrit Visage nuptial, Le Soleil des eaux, Sonates pour piano, Livre pour Quatuor… a commencé alors la composition du Marteau sans maîtretoujours sur des poèmes de Char. Directeur musical de la Cie Renaud-Barrault, participant à l’école de Darmstadt, Boulez fait figure d’avant-gardiste radical, parfois ultra mais déterminé, tel un guerrier farouchement et passionnément défenseur de la création contemporaine. Le terreau sur lequel s’est développé une sensibilité aussi affûtée regroupe les compositeurs de la 2ème école de Vienne, les sérialistes eux-mêmes porteurs de la modernité du XXème siècle naissant : Berg, Webern, Schönberg, triade sacrée boulézienne que Paris s’entête à dénigrer par inculture, que Boulez imposera coûte que coûte, tel le manifeste de la nouvelle connaissance musicale.

 

 

Paris, exposition Pierre Boulez Ă  la Philharmonie

boulez en 1976 bayreuth le ring avec chéreau 35-0986Paris, Philharmonie. Exposition Pierre Boulez, jusqu’au 25 juin 2015. Pour ses 90 ans, Paris célèbre le génie duc compositeur et chef d’orchestre Pierre Boulez. Le parcours chronologique, à partir d’une sélection d’œuvres de Pierre Boulez illustre ses œuvres clés, validées par le créateur dont les partitions de la Deuxième Sonate, Le Marteau sans maître, Pli selon pli, la Troisième Sonate, Rituel, Répons et sur Incises. Chacune d’elles envisage des résonances par référence avec ses choix musicaux comme chef d’orchestre : ainsi se trouve éclairée la relation cohérente des partitions produites et des engagements artistiques simultanés. Est exploré un univers nourri de ses activités de chef d’orchestre mondialement reconnu, de pédagogue et de théoricien, mais aussi de ses rencontres avec d’autres créateurs dont de nombreux peintres et plasticiens  (Klee), de ses affinités avec la littérature et les poètes  (Joyce, Mallarmé, Char), la mise en scène (Barrault, Chéreau), l’architecture (Portzamparc, Frank Gehry)…

Quelques 270 œuvres jalonnent ainsi un parcours qui se veut aussi sonore : l’écoute des œuvres étant privilégiée. Les amateurs d’arts visuels seront comblés puisque de nombreuses peintures y paraissent,  parmi les artistes majeurs du XXe siècle : Cézanne, Klee, Staël, Giacometti, Bacon,Mondrian…

 

 

 

Jusqu’au 28 juin 2015. Toutes les infos, les modalités de réservation, les horaires in situ, consultez le site de la Philharmonie de Paris / exposition Pierre Boulez

 

 

 

Livre. Pierre Boulez (Actes Sud, Philharmonie de Paris)

Livre. Pierre Boulez (Actes Sud, Philharmonie de Paris). Cet ouvrage qui est un beau-livre consacré à Pierre Boulez, pour son quatre-vingt-dixième anniversaire souhaite retracer le parcours de l’exposition qui lui est consacrée à la Philharmonie de Paris. A travers les interventions de ses admirateurs et biographes, l’ouvrage offre une contextualisation habile de son œuvre, sur le plan historique et artistique, humain et esthétique.

Les 90 ans de Pierre Boulez

boulez pierre exposition philharmonie de paris exposition livre actes sudParis cĂ©lèbre le gĂ©nie polymorphe et la pensĂ©e mobile de Pierre Boulez sous la forme d’une exposition et de son catalogue, vĂ©ritable ouvrage de rĂ©fĂ©rence… Parcours de l’artiste, esthĂ©tique et politique dans la France d’alors et sur le plan international, dialogue entre les arts (la peinture contemporaine : Kandinsky, de Stael, Bacon, Mondrian…, et la poĂ©sie – celle de Bonnefoy comme de Char-, y sont Ă©videmment essentielles), travail et pensĂ©e de Boulez Ă  l’après-guerre et dans la seconde moitiĂ© du xxe siècle… Ă©claire un cycle et une activitĂ© de rĂ©fĂ©rence pour le XXème siècle. Les textes brefs suivent la sĂ©lection des oeuvres exposĂ©es Ă  la Philharmonie de Paris : le travail de Pierre Boulez rentrant en rĂ©sonance avec un objet, une partition manuscrite, une esquisse, des dessins ou peintures de Klee, De Kooning, Vieira da Silva, Giacometti, Cage, CĂ©zanne, Calder, Gehry, Tinguely, MallarmĂ©, Vilar, Jean-Louis Barrault…

La pensée de Boulez s’est construite en réaction contre la sclérose artistique et l’urgence d’en sortir, dès les années 1950. La vitalité des forces de l’esprit, l’ambition d’un geste universel qui pose ses propres jalons artistiques par fragments, particules annonçant un tout global, la volonté d’agir par mouvement et non par accomplissement, désigne l’acuité d’un créateur toujours critique, y compris sur lui-même. La forme et le support sont constamment interrogés, renouvelés, parfois métamorphosés pour que naissent non pas tant des oeuvres que des systèmes mobiles et fluides et des langages. C’est l’enseignement premier de ce catalogue qui en écho à l’exposition parisienne éclaire de façon opportune l’œuvre et la pensée, la posture dynamique du musicien Boulez, chef et compositeur.

En fin d’ouvrage, une chronologie détaillée et illustrée permet de situer, dans le parcours de Pierre Boulez, les éléments abordés de manière thématisée dans articles et notices.

CLIC D'OR macaron 200Pierre Boulez. Actes Sud, Philharmonie de Paris. Catalogue de l’exposition présentée pour les 90 ans du compositeur à la Philharmmonie de Paris, jusqu’en juin 2015. Parution : mars, 2015 / 21,0 x 24,0 / 256 pages. ISBN 978-2-330-04796-2. Prix indicatif : 38 € (éditions Actes Sud / Philharmonie de Paris, Cité de la musique).

CD, coffret. Pierre Boulez : le domaine musical : 1956-1967(10 cd Accord)

pierre-boulez-le-domaine-musical-1956-1967-10-cd-accord-coffret-classiquenewsCD, coffret. Pierre Boulez : le domaine musical : 1956-1967(10 cd Accord). Pas encore trentenaire, Pierre Boulez (nĂ© en 1925) fonde et dĂ©fend l’activitĂ© du Domaine musical pendant presque 12 annĂ©es avec la ferveur d’un militant Ĺ“uvrant pour le renouvellement salutaire de l’Ă©criture musicale. Ce coffret de 10 cd en tĂ©moigne, en s’intitulant lĂ©gitimement “Aventure” du domaine musical, de 1956 Ă  1967. Les Leçons de Messiaen, de Leibowitz sont dĂ©jà  du passĂ© : le compositeur qui a rencontrĂ© RenĂ© Char dès 1947 a dĂ©jĂ  Ă©crit Visage nuptial, Le Soleil des eaux, Sonates pour piano, Livre pour Quatuor… a commencĂ© alors la composition du Marteau sans maĂ®tre toujours sur des poèmes de Char. Directeur musical de la Cie Renaud-Barrault, participant Ă  l’Ă©cole de Darmstadt, Boulez fait figure d’avant-gardiste radical, parfois ultra mais dĂ©terminĂ©, tel un guerrier farouchement et passionnĂ©ment dĂ©fenseur de la crĂ©ation contemporaine. Le terreau sur lequel s’est dĂ©veloppĂ© une sensibilitĂ© aussi affĂ»tĂ©e regroupe les compositeurs de la 2ème Ă©cole de Vienne, les sĂ©rialistes eux-mĂŞmes porteurs de la modernitĂ© du XXème siècle naissant : Berg, Webern, Schönberg, triade sacrĂ©e boulĂ©zienne que Paris s’entĂŞte Ă  dĂ©nigrer par inculture, que Boulez imposera coĂ»te que coĂ»te, tel le manifeste de la nouvelle connaissance musicale.

 

 

 

Pour le 90 ème anniversaire de Pierre Boulez, Accord publie un coffret dédié au Domaine musical

Domaine d’expĂ©rimentation et de crĂ©ation

 

CLIC_classiquenews_2014Le Domaine Musical propose très vite dès 1954, des cycles de concerts oĂą sont jouĂ©s les Viennois perturbateurs et les “amis” de Boulez, d’abord au Petit Marigny Ă  Paris, puis Salle Gaveau enfin Ă  l’OdĂ©on : Boulez a suivi la Compagnie théâtrale de Jean-Louis Barrault. Le goĂ»t de Boulez s’exprime dans des programmations pointues et exigeantes qui rĂ©vèlent l’acuitĂ© de la crĂ©ation musicale des annĂ©es 1950 et 1960 : les intellectuels le suivent accrĂ©ditant davantage l’initiative, devenant un phare dans l’obscurantisme conservateur de la France d’après guerre : Vieira da Silva, Serge Poliakoff, Eugène Ionesco, Henri Michaux et RenĂ© Char soutiennent officiellement le dĂ©frichement et l’instinct novateur du jeune Boulez.
Le coffret Ă©ditĂ© par Accord rĂ©tablit le musicien chercheur dans son “laboratoire”, dĂ©voilant la modernitĂ© indiscutable et l’Ă©quilibre artistique de ses cycles de concerts. S’y distingue nettement l’intelligence d’une pensĂ©e musicale très structurĂ©e dont le plan très clair stimule les curiositĂ©s et peut aisĂ©ment ĂŞtre un modèle de clairvoyance comme de discernement pour les programmateurs d’aujourd’hui. Mais disons-le tout net, Ă  part le festival PrĂ©sences de Radio France, seul festival dĂ©diĂ© aujourd’hui Ă  la crĂ©ation contemporaine, les cycles de concerts actuels paraissent bien ternes et lisses comparĂ©s Ă  ce que fut le contenu du Domaine Musical sous la direction de Boulez.
Boulez conçoit d’abord un pĂ©rimètre de bases et de rĂ©fĂ©rences structurantes : Machaut, Dufay, Gesualdo (et ses transgressions harmoniques), Bach Ă©videmment (dont l’Offrande musicale est prĂ©sente dès le premier concert), Gabrieli (comme en tĂ©moigne le cd 9, saison 1956, 3ème concert). Puis un cercle mouvant de sensibilitĂ©s plus proches : Debussy, Ravel (vite Ă©cartĂ©), Stravinsky (le plus novateur et certainement pas le nĂ©oclassique, voir le cd 5), enfin Varèse, Bartok… (voir le cd 2 : “rĂ©fĂ©rences françaises” ; Debussy, Syrinx ; Varèse et Messiaen dont les Sept HaĂŻkaĂŻ…). Essentiels aussi, les champs les plus excitants demeurent les partitions des Viennois particulièrement les Ĺ“uvres de Webern. C’est ici le contenu des cd 6,7 et 8 : comprenant La nuit transfigurĂ©e, Pierrot lunaire SĂ©rĂ©nade, Suite pour 7 instruments de Schoenberg ; Six pièces pour orchestre, Lieder, Cantates, Symphonies pour 9 instruments de Webern, Trois pièces pour orchestre de Berg…

 

boulez-pierre-gros-plan-portrait-540Boulez programme surtout les travaux de ses contemporains, ceux de sa gĂ©nĂ©ration, rencontrĂ©s entre autres Ă  Darmstadt... et qui se sont reconnus Ă  travers l’hĂ©ritage commun des Viennois : Nono, Stockhausen, … (dĂ©jĂ  prĂ©sent au concert inaugural dirigĂ© par le chef Hermann Scherchen), sans omettre Berio, Maderna, Kagel (le plus iconoclaste pour les Parisiens), Ligeti, Bussoti, Holliger, Boucourechliev, BarraquĂ©, Henze, et plus Ă©pisodiquement, Xenakis : voir les cd 4 (“les compagnons de route” : Kagel, Nono, Henze, Pousseur, Stockhausen). Et parmi les nouveaux Ă©lèves de Messiaen, Boulez programma de nouvelles Ă©critures dont celle de Jean-Claude Eloy, MĂ©fano, Lehmann… ou Gilbert Amy lequel succèdera Ă  Boulez Ă  la direction du Domaine, pour 7 saisons suivantes. De Messiaen, en disciple respectueux et admiratif, Boulez programme les oeuvres tardives, celles que le dispositif instrumental du Domaine lui permet de crĂ©er ainsi : Oiseaux exotiques (mars 1956), Catalogue d’oiseaux (avril 1959), ou Sept HaĂŻkaĂŻ (octobre 1963) restent des jalons de la programmation dĂ©fendue au sein du Domaine.

Parmi les indispensables / incontournables du coffret, mentionnons ainsi le cd 1 qui conserve la mĂ©moire du concert du 10è anniversaire comprenant Stockhausen (Kontra-punkte), Berio (Serenata), Boulez (Le Marteau sans maĂ®tre), Oiseaux exotiques de Messiaen (sous la direction de Boulez) ; le cd 3 qui regroupe des Ĺ“uvres de Boulez (Structures, Livre I ; Sonatine pour flĂ»te et piano, Sonate n°2 pour piano par Yvonne Loriod. Enfin l’Ă©coute du cd 10, offre les explications et prĂ©sentation de Pierre Boulez lui-mĂŞme Ă  propos de l’aventure de Domaine musical, lors d’un entretien radiophonique rĂ©alisĂ© en septembre 2005, couplĂ© avec le premier enregistrement du Marteau sans maĂ®tre pour voix d’alto et 6 instruments en 1956. Coffret majeur pour les 90 ans de Pierre Boulez en 2015.

 

 

CD, coffret. Pierre Boulez : le domaine musical : 1956-1967(10 cd Accord)

 

 

Le Visage nuptial de Pierre Boulez, dernière version 2014

Pierre_BoulezParis, CitĂ© de la musique. Boulez : le Visage Nuptial. Mardi 25 fĂ©vrier 2014, 20h. Pour clĂ´turer le festival PrĂ©sences, exceptionnelle Ă©dition cette annĂ©e qui sur le thème Paris – Berlin a croisĂ© de nombreux genres et Ă©critures contemporaines (en particulier celles de Fabien LĂ©vy, Lachenmann et Oliver Schneller), le Philharmonique de Radio France, le chĹ“ur de femmes de Radio France (prĂ©parĂ© par Catherine Simonpietri) crĂ©ent la version dĂ©finitive de Visage nuptial de Pierre Boulez (nĂ© en 1925) ce 25 fĂ©vrier 2014 Ă  20h, sous la direction de Pasacal RophĂ©.
Le cycle pour soprano, mezzo, choeur et orchestre se compose de 5 séquences, chacune d’après les poèmes de René Char (Fureur et Mystère), le 3ème donnant le titre de l’ensemble. La force et la puissance poétique des images de Char, très souvent proche de l’extase surréaliste, inspire visiblement le musicien qui s’est entendu très tôt avec le poète pour une mise en musique de ses vers. Corpus traversé par l’amour, la sensualité (mais oui car Boulez que l’on s’entend à nous présenter comme une unique cérébral sait aussi s’alanguir et exulter de façon hédoniste), le cycle est le sujet d’un raffinement instrumental spécifique pour chaque poème. Jamais Boulez ne fut aussi alchimiste des timbres, orfèvre dans l’art des combinaisons et des associations.

 

 

Présences 2014, le festival de Radio France 100% création musicaleConduite : sans le chœur, la voix chante naturellement et simplement l’attente amoureuse sur un tapis orchestral complet mais chambriste: l’évocation de l’aimée est sublimée par des colorations filigranées ici recourant à la cymbale chinoise et à la vibration harmonique du violoncelle.
Gravité : ou l’emmuré. L’instrumentarium privilégie les frottements et les résonances (xylo/vibra phone). L’attente se mue en crainte et soupçon, inquiétude et fébrilité sous le poids du désir. A l’écoute des images souvent érotiques, la pudeur du compositeur explore les quarts de tons, emblème de toute sa recherche sonore. Le texte s’exprime par le chant de la soliste (parlé,chanté) et du choeur (parfois bouches fermées).
Le visage nuptial : le raffinement de l’instrumentation indique la réalisation de l’étreinte amoureuse, de l’idéal d’amour chanté, espéré, précédemment.
Evadné : la voix parlée dit le bonheur et la paix, avec une spatialisation et un phénomène d’écho extérieur entre les 10 solistes du choeur (5 sopranos, 5 altos) et le chant non incarné de l’orchestre.
Enfin Postcriptum, met en avant la solitude après la fusion. Choeur et solistes sont accompagnés par cordes et percus seules.

 

 

Pierre Boulez
Le visage Nuptial
première version originale 1946
version définitive 2014
création mondiale

Présence 2014. Concert 13, de clôture : Widmann, Borowski, Boulez… 
Paris, Maison de Radio France, mardi 25 février 2014, 20h

Jörg Widmann: Armonica

Johannes Boris Borowski : Change pour orchestre
création française

Pierre Boulez : Le Visage Nuptial
version définitive
création française – création mondiale

solistes, choeur de femmes de Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France

 

logo_france musiqueDiffusion en dirct sur France Musique et sur Medici tv

 

PrĂ©sences 2014. Concert de clĂ´ture : Widmann, Borowski, Boulez…

PrĂ©sences 2014, le festival de Radio France 100% musique contemporaineParis, Maison de Radio France, le 22 fĂ©vrier 2014, 17h. Festival PrĂ©sences : Paris-Berlin. Du 13 au 25 fĂ©vrier 2014. Festival de crĂ©ation musicale … Concert 13, de clĂ´ture : Widmann, Borowski, Boulez… 13 jours de programmation dĂ©diĂ©e exclusivement aux Ă©critures contemporaines produisent ici le plus important festival français de musique actuelle, consacrĂ© Ă  la crĂ©ation musicale, soit 13 concerts synthĂ©tisant sur le thème choisi (Paris-Berlin donc en 2014 pour la 24ème Ă©dition) les Ă©critures les plus significatives. Un nombre impressionnant de crĂ©ations (crĂ©ations françaises ou crĂ©ations mondiales soit pour cette annĂ©e respectivement 17 et 9 !) renforce encore la valeur d’un Ă©vĂ©nement qui frappe toujours par la diversitĂ© de son regard et le très haut niveau de la sĂ©lection artistique. En 2014, le festival PrĂ©sences invite interprètes français et allemands pour un formidable partage avec le public : National de France pour l’ouverture le 13 fĂ©vrier ; Philharmonique de Radio France les 14 et 25 fĂ©vrier; ensembles : Neue vocalsolisten, 2e2m, Modern, Alternance, Variances, Cairn, Kammerensemble Neue Musik Berlin… C’est aussi l’occasion pour les formations maison : MaĂ®trise et Choeur de Radio France, Orchestre Philharmonique et Orchestre national de France de s’investir totalement dans l’interprĂ©tation des oeuvres actuelles, souvent, bĂ©nĂ©fice exceptionnel, en compagnie du compositeur prĂ©sent Ă  leur cĂ´tĂ©. En lire +

PrĂ©sence 2014. Concert 13, de clĂ´ture : Widmann, Borowski, Boulez…
Paris, Maison de Radio France, mardi 25 février 2014, 20h

Jörg Widmann: Armonica

Johannes Boris Borowski : Change pour orchestre
création française

Pierre Boulez : Le Visage Nuptial
version définitive
crĂ©ation française – crĂ©ation mondiale

solistes, choeur de femmes de Radio France
Orchestre Philharmonique de Radio France

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CD. Pierre Boulez : Intégrale Mahler (1994-2011)

Mahler : intĂ©grale des Symphonies et lieder avec orchestre (Pierre Boulez : 1994-2011)    …     14 cd Deutsche Grammophon. Si l’on remonte aux gravures les plus anciennes, 1994 avec entre autres : la 6è et le 7è, Ă  la tĂŞte respectivement du Wiener Philharmoniker et du Cleveland Orchestra, voici donc enfin l’intĂ©grale Gustav Mahler de Pierre Boulez, Ă©ditĂ©e presque 20 ans après ses premières fondations. La 9è avec le Chicago Symphony remonte Ă  1995, quand au ” grand oeuvre “, par son effectif et aussi la valeur de son texte rĂ©unissant une belle distribution de solistes, la Symphonie des Mille n°8, la rĂ©alisation dĂ©miurgique remonte Ă  2007, l’une des plus rĂ©centes donc, avec les troupes de la Staatskapelle de Berlin … Le dernier apport reste la Symphonie n°3 (Wiener Philharmoniker) avec Anne Sofie von Otter, enregistrĂ©e en 2011. Le cycle entier prend valeur de miroir artistique d’autant plus captivant s’agissant d’un chef compositeur parmi les plus cultivĂ©s et les plus affĂ»tĂ©s de notre Ă©poque.

 

 

Pierre Boulez dirige tout Mahler

L’intĂ©grale magicienne

 

Pierre Boulez : integrale Gustav MahlerLa baguette claire, Ă©quilibrĂ©e, volontiers cĂ©rĂ©brale, est d’une fièvre maĂ®trisĂ©e et d’une Ă©lĂ©gance arachnĂ©nenne superlative, autant dire que malgrĂ© la diversitĂ© des orchestres amĂ©ricains (Chicago, Cleveland) et europĂ©ens (Staatskapelle de Berlin) le maestro suit sa route d’une Ă©vidente cohĂ©rence, un legs qui frappe par sa maturitĂ©, son assise, sa vision très architecturĂ©e et finement articulĂ©e, ce dès la Titan… Avec ses chers instrumentistes du Wiener Philharmoniker, Boulez grave ici une part importante de son intĂ©grale Mahler : n°2 ” RĂ©surrection “, Symphonie n°3, Symphonie n°5, Symphonie n°6,  sans omettre les cycles de lieder, si importants pour l’enrichissement du matĂ©riau symphonique, Das Klagende Lied (superbe et embrasĂ©e Dorothea Röschmann),   Kindertotenlieder (Quasthoff, Urmana, Otter), Das lied von der Erde (Schade, Urmana), … Jamais dĂ©bridĂ©e, mais tendue jusqu’au point de rupture, la direction de Pierre Boulez frappe d’emblĂ©e par sa prĂ©cision, sa nettetĂ© tranchante qui avec les Wiener atteint des sommets de transe expressive (la 6ème). Certains lui ont reprochĂ© une trop grande rĂ©serve, comme une mise Ă  distance : reconnaissons a contrario, la perfection de sa mĂ©trique, la subtilitĂ© de sa gestion agogique : la science et une pudeur spĂ©cifique, -retenue et mesure aspirant Ă  la lumière-, dialoguent irrĂ©sistiblement avec le ” bavardage mahlĂ©rien ” ; osons mĂŞme dire que Pierre Boulez lui apporte une rigueur, une concision et une intensitĂ© rares qui Ă©vitent bien souvent le dĂ©ballage expansif de la confession a voce sola. Le souffle que le maestro insuffle Ă  l’ensemble de l’Ă©popĂ©e mahlĂ©rienne force l’admiration. Avouons que mĂŞme comparĂ©e Ă  diverses approches sur instruments anciens (dont celle rĂ©cente de Philippe Herreweghe : une Titan Ă©poustouflante  au concert avec les jeunes musiciens du JOA Jeune Orchestre Atlantique Ă  Saintes Ă  l’Ă©tĂ© 2013), le geste millimĂ©trĂ© et si dĂ©taillĂ© de Boulez demeure un modèle de prĂ©cision et aussi d’intimitĂ© … ce quelque soit son orchestre (quoique les Wiener semblent lui rĂ©pondent au doigt et Ă  l’oeil… en vrais complices). IntĂ©grale Ă©vĂ©nement.

 

Pierre Boulez : intégrale des symphonies et des lieder avec orchestre de Gustav Mahler. 14 cd Deutsche Grammophon. Parution annoncée : début novembre 2013.