COMPTE-RENDU, opéra. Rennes, Opéra, le 8 mai 2021. Johann Strauss fils : Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Claude Schnitzler / Jean Lacornerie.

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888COMPTE-RENDU, opéra. Rennes, Opéra, le 8 mai 2021. Johann Strauss fils : Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Claude Schnitzler / Jean Lacornerie. Après la réussite de son dernier spectacle La Dame Blanche (présenté en streaming en partenariat avec de nombreux théâtres en région, dont celui de Compiègne https://www.classiquenews.com/opera-en-ligne-la-dame-blanche-depuis-lopera-de-rennes-streaming/), l’Opéra de Rennes s’illustre avec bonheur dans une nouvelle coproduction, cette fois consacrée au chef d’oeuvre de Johann Strauss fils, La Chauve-Souris (1874). Si les contraintes de la pandémie ne permettent malheureusement pas à Rennes, Angers et Nantes de proposer ce spectacle sur scène cette saison, on peut se consoler avec la diffusion sur grand écran maintenue dans de nombreuses villes en simultané, le 9 juin prochain, en Bretagne et Pays de la Loire : http://www.classiquenews.com/rennes-opera-nouvelle-chauve-souris-en-plein-air-9-juin-2021/  -  Photo ci dessus : portrait de Johann STRAUSS II, DR).

C’est là un évènement à ne pas manquer, tant le spectacle se montre abouti dans le moindre de ses détails : afin de combler les lacunes dramatiques du livret, le directeur de l’Opéra de Rennes, Matthieu Rietzler, a eu la bonne idée de faire appel aux bons soins de Jean Lacornerie. Bien lui en a pris, tant l’ancien directeur du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon sait donner ses lettres de noblesse à ce répertoire souvent mésestimé. On se souvient ainsi de l’un des plus beaux spectacles créés par Lacornerie en 2008 avec Lady in the dark de Kurt Weill, nommé aux Molières dans la foulée, que les directeurs d’opéra seraient bien inspirés de reprendre d’urgence. En attendant, loin du foisonnement psychanalytique de la comédie musicale de Weill, l’opérette de Strauss étonne par son action minimaliste, qui multiplie les ellipses à l’envi. Dès lors, l’ajout d’un narrateur permet de déméler les fils narratifs en un mélange d’esprit, de pédagogie et d’humour, en lien avec la pièce française dont est tiré l’ouvrage. Dans ce rôle de Monsieur Loyal, on retrouve la gouaille étourdissante de la comédienne Anne Girouard, Reine Guenièvre bien connue des amateurs de la série télévisée Kaamelott, tout comme des grands metteurs en scène actuels (Richard Brunel, Brigitte Jaques-Wajeman, Anne-Laure Liégeois…) avec lesquels elle travaille régulièrement. Au-delà des commentaires sur l’action, Anne Girouard prête sa voix à chacun des chanteurs dans les dialogues : un tour de force brillant qui permet de s’entourer d’une distribution vocale majoritairement germanophone. A l’exception de la narration regrettable lors de certains interludes orchestraux, ses interventions font mouche tout au long de la soirée, faisant souvent penser aux outrances délicieusement impertinente et décalée d’un Michel Fau. Dans le même temps, Lacornerie s’amuse à multiplier les interactions entre la voix et ses mimes (sans oublier le chef d’orchestre Claude Schnitzler, pris à parti par le désopilant Frosch – un rôle également interprété par Anne Girouard), tout en faisant souffler un vent de malice toujours élégant avec de petites saynètes finement stylisées, donnant à voir le côté caricatural des personnages à la manière des automates d’une horloge mécanique.

Sans doute stimulé par les trésors d’imagination mélodique de l’ouvrage, le plateau vocal brille de mille feux : compte tenu du nombre important de chanteurs en présence, il faut saluer la performance que de réunir une troupe homogène, aussi à l’aise au niveau vocal que dramatique. Ainsi d’Eleonore Marguerre qui impose une Rosalinde de caractère, bien affirmée vocalement, et ce malgré quelques aigus limites, tandis que Stephan Genz fait oublier son timbre terne par un abattage scénique très à propos. On lui préfère toutefois la voix ample, ronde et parfaitement projetée de Thomas Tatzl, et dans une moindre mesure le chant serein de Milos Bulajic, malgré une émission étroite. Parmi les autres satisfactions, Claire de Sévigné se distingue dans l’agilité des vocalises, de même que Stephanie Houtzeel et sa belle puissance d’incarnation. Si le choeur de chambre Mélisme(s) assure l’essentiel, il en fait parfois un peu trop dans l’éclat, prenant le dessus sur la direction admirablement nuancée de Claude Schnitzler. A la tête d’un Orchestre de Bretagne en formation chambriste, le chef alsacien fait encore une fois l’étalage de sa sensibilité dans la fluidité de la narration et la nervosité des relances. Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte, que l’on pourra aussi voir sur les scènes d’Avignon et Toulon, à partir de la fin du mois de juin.

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COMPTE-RENDU, opéra. Paris, Opéra de Rennes, le 8 mai 2021. Johann Strauss fils : Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Stephan Genz (Gabriel von Eisenstein), Eleonore Marguerre (Rosalinde), Claire de Sévigné (Adèle), Veronika Seghers (Ida), Milos Bulajic (Alfred), Thomas Tatzl (Dr Falk), François Piolino (Dr Blind), Horst Lamnek (Franck), Stephanie Houtzeel (Prince Orlofsky), Anne Girouard (Narratrice et Frosch). Choeur de chambre Mélisme(s), Gildas Pungier (chef de choeur), Orchestre national de Bretagne, Claude Schnitzler, direction musicale / mise en scène, Jean Lacornerie.

A l’affiche de l’Opéra de Rennes le 8 mai, à l’Opéra Grand Avignon (Confluence) les 19 et 20 juin, puis à l’Opéra de Toulon en juillet 2021.

Diffusion à venir :
France Musique  -  
Les antennes de 9 télévisions locales : TVR (Rennes), Tébéo, Tébésud pour la Bretagne, TLC (Cholet), Vià LMtv Sarthe, TV Vendée, Vià Angers TV, Télénantes dans les Pays-de-la-Loire, TV Tours-Val de Loire  -  
Sur les sites web de France 3 Pays-de-la-Loire et France 3 Bretagne
  -  Dans de nombreuses villes des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire…

RENNES, Opéra : Nouvelle CHAUVE SOURIS en plein air (9 juin 2021)

CHAUVE SOURIS JUIN 2021 OPERA DE RENNES Chauve sourisRENNES, Opéra. Le 9 juin 2021. Johann Strauss : La Chauve Souris. Nouvelle production. Privé de son public habituel, l’Opéra de Rennes, présente ce nouveau spectacle sous la forme d’une projection filmée sur grands écrans à l’extérieur en Bretagne et en Pays de la Loire dès que la situation sanitaire le permettra, et diffusée aussi sur les chaînes de France Musique et France Télévision. A RENNES : projection en plein air gratuite mercredi 9 juin 2021, 20h – place de l’Opéra.
PLUS D’INFOS ici :
https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/la-chauve-souris-sur-ecrans

Inspiré d’une pièce française (le Réveillon) signée des librettistes de Carmen, Meilhac et Halévy, Die Fledermaus (La Chauve-Souris) reste l’opéra majeur de Johann Strauss fils. Le roi de la valse et de l’opérette viennoise signe un chef d’œuvre qui touche moins par sa légèreté redoutable que sa profondeur et cette nostalgie toute viennoise qui en fait un ouvrage irrésistible.

strauss-johann-II-petit-portrait-298-294-640px-Johann_Strauss_II_by_August_Eisenmenger_1888Synopsis… Profitant du bal masqué offert en son palais viennois par le Prince Orlofsky, le Docteur Falke échaffaude un plan machiavélique pour se venger de son « ami » Eisenstein. Sans illusion sur la barbarie humaine lorsqu’il est question de règlement de compte, Strauss offre un miroir sur une société corrompue et perverse (voire raciste et antisémite comme d’autres mises en scènes l’ont montré / cf Colline Serreau à l’Opéra de Paris) : Strauss allie avec une grâce infinie sur le plan musical, paillettes, champagne et cynisme, offrant des situations cocasses voire délirantes, propices à l’essor du drame.
Le metteur en scène Jean Lacornerie choisit la version originale allemande ; son option est d’éclairer le propos grâce à la narration en français de la comédienne Anne Girouard. Le cast dirigé par Claude Schnitzler, fidèle de l’Opéra de Rennes, et grand habitué de l’œuvre (pour l’avoir dirigée au Volksoper de Vienne, temple de l’opérette viennoise) réunit une distribution de chanteurs germaniques, allemands et autrichiens. Sous la finesse et l’extrême élégance de la parure musicale, Strauss se révèle dramaturge pertinent, voire d’une mordante lucidité sur le genre humain et les ressorts véritables des relations sociales (calcul, mensonge, manipulations, duplicité et exploitation…) : « C’est une espèce de rêve éveillé qui est pour moi comme la danse sur le volcan. C’est la fin d’une époque et d’une civilisation de fête et de plaisir qui masque une réalité beaucoup plus cruelle «  indique le chef Claude Schnitzler. Toujours l’ouvrage déploie une orchestration somptueuse, des airs lyriques d’une grâce absolue (Strauss avait le génie de la mélodie). La production présentée à l’Opéra de Rennes propose une version réduite pour orchestre de 20 musiciens : effectif préservé pour restituer couleurs et finesse des accents dans le respect des mesures sanitaires requises actuellement. Prochaines dates de diffusion à suivre. Photo : Portrait de Johann Strauss II (DR).

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Claude Schnitzler, direction musicale
Jean Lacornerie, mise en scène

Orchestre National de Bretagne
Chœur de chambre Mélisme(s)

Stephan Genz : Gabriel von Eisenstein
Eleonore Marguerre : Rosalinde, son épouse
Claire de Sévigné : Adèle, servante de Rosalinde
Veronika Seghers: Ida, sœur d’Adèle
Milos Bulajic : Alfred, un maître de chant
Thomas Tatzl : Dr Falk, un notaire
François Piolino : Dr Blind, un avocat
Horst Lamnek : Franck, un gouverneur de prison
Stephanie Houtzeel : Prince Orlofsky, un noble russe
Anne Girouard : Narratrice et Frosch

A l’origine 17 représentations étaient
prévues, dont 12 en Bretagne et Pays de la
Loire

La Chauve Souris
Opérette viennoise en trois actes
1874 – Livret de Richard Genée et
Carl Haffner d’après le Réveillon
de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
Durée 2h15
opéra chanté en allemand et
surtitré en français

Diffusion à venir :
France Musique
Les antennes de 9 télévisions locales : TVR (Rennes), Tébéo, Tébésud pour la Bretagne, TLC
(Cholet), Vià LMtv Sarthe, TV Vendée, ViàAngers TV, Télénantes dans les Pays-de-la-Loire, TV
Tours-Val de Loire
Sur les sites web de France 3 Pays-de-la-Loire et France 3 Bretagne
Dans de nombreuses villes des régions Bretagne et Pays-de-la-Loire

Iphigénie en Tauride dirigé par Diego Fasolis

iphigenie-tauride-gluck-critique-opera-rennes-angers-nantes-opera-critique-classiquenewsOPÉRA sur internet : Iphigénie en Tauride à l’Opéra de Rennes, le 5 déc 2020. L’Iphigénie en Tauride de Gluck est une tragédie sublime qui ressuscite la dignité des héros mythologiques avec exception une fin heureuse. Sous la direction de Diego Fasolis, dans la mise en scène du mayennais Julien Ostini l’action pose la question de « l’altérité, d’une forme de quête spirituelle et de la capacité des humains à vivre ensemble. Condamnée à être immolée par son père Agamemnon, Iphigénie est sauvée et transportée par Diane en Tauride où elle est devenue prêtresse. Mais elle doit sacrifier un étranger qui n’est autre que son frère Oreste qu’elle reconnaît heureusement in extremis. Oreste pourra regagner Mycènes avec Iphigénie pour y régner. Tendu et héroïque, grave et digne comme un relief antique, l’Iphigénie de Gluck suscite un immense succès à sa création. L’orchestre, le chœur articulent le drame avec clarté et solennité. Gluck réalise ainsi sa réforme de l’opéra français à la fin du XVIIIè, quelques années avant la Révolution. 2h10 avec entracte.

gluck willibald christoph orfeoGLUCK cisèle le profil d’Iphigénie. Gluck n’aura jamais été aussi sombre, et même angoissé que dans sa seconde Iphigénie : un théâtre plus inquiet et noir que l’héritage légué par Euripide. C’est dire le trait de génie du compositeur invité à Paris, auteur d’une scène inouïe qui depuis Racine (dont il s’inspire), réussit à révéler l’obscurité vivante qui domine le désir inconscient des personnages. Wagner pour Iphigénie en Aulide, Strauss pour Iphigénie en Tauride ont compris la force des opéras de Gluck : chacun en a composé une adaptation encore respectée (Wagner n’hésitant pas à revoir la fin de l’opéra selon une vision définitivement tragique). Dans Iphigénie en Aulide, Gluck brosse le portrait de Clytemnestre laquelle dans une scène de folie délirante invective la folie des dieux (Anne Sofie von Otter). Dans Iphigénie en Tauride, Gluck ne peut s’empêcher de rompre le fil de l’action par l’intervention parfois envahissante du choeur mais il sait affiner le portrait des deux grecs chez les Scythes, Pylade et surtout Oreste lequel finit par se faire reconnaîre de sa soeur Iphigénie

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VOIR le spectacle enregistré au Grand Théâtre d’Angers le 25 octobre 2020. L’Opéra de Rennes le diffuse le 5 déc 2020, 18h sur

TVR – télé Vidéo Rennes
https://www.tvr.bzh/

Youtube de l’Opéra de Rennes
https://www.youtube.com/channel/UCeBGQ7jjy_P0ccmrJKnHF3w

le site de l’Opéra de Rennes
https://www.opera-rennes.fr/fr

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Diego Fasolis : Direction musicale
Julien Ostini : Mise en scène, décors, costumes

Marie-Adeline Henry : Iphigénie
Élodie Hache : Diane
Charles Rice : Oreste
Sébastien Droy : Pylade
Jean-Luc Ballestra : Thoas

Orchestre National des Pays de la Loire

Chœur d’Angers Nantes Opéra
Direction : Xavier Ribes

Tragédie lyrique en 4 actes de Christoph Willibald Gluck
Livret de Nicolas-François Guillard,
créée à l’Académie Royale de Musique (Paris) le 18 mai 1779

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LIRE aussi notre dossier sur les 2 Iphigénies (en Aulide, en Tauride) de Gluck
https://www.classiquenews.com/dvd-gluck-iphigenie-en-aulide-en-tauride-minkowski-2011-opus-arte/

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