Compte-rendu : Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction

Nureyev portraitLe Palais des Congrès annonce une soirĂ©e vraiment extraordinaire. ” Noureev & Friends ” est un gala de danse sous le patronage de la Fondation Rudolf Noureev, cĂ©lĂ©brant le 75e anniversaire de la naissance du danseur icĂ´nique. Pour l’Ă©vĂ©nement, une quinzaine d’Étoiles des meilleures compagnies de ballet dans le monde interprètent des extraits de chorĂ©graphies liĂ©es Ă  Noureev. L’Orchestre Pasdeloup assure  la partie musicale sous la direction du chef Russe Valery Ovsianikov.

 

 

Souvenirs de Noureev

 

Charles Jude, actuel directeur du Ballet de l’OpĂ©ra National de Bordeaux crĂ©e le programme de la soirĂ©e avec David Makhateli, ancien danseur Étoile du Royal Ballet. Le programme très complet prĂ©sente les diffĂ©rent facettes de l’art de Noureev ; le chorĂ©graphe, certes, mais aussi le danseur lĂ©gendaire, reprĂ©sentant par excellence de l’hĂ©ritage classique ainsi que l’artiste assoiffĂ© de modernitĂ©. Les prestations sont entrecoupĂ©es par des tĂ©moignages vidĂ©os d’une beautĂ© rare et particulièrement touchants. Ainsi Mikhail Baryshnikov partage avec un public Ă©mu, le fait que Rudolf lui manque et qu’il pense Ă  lui tous les jours de sa vie… Nous partageons ce sentiment Ă  100%.

Les danseurs du Ballet National de Bordeaux commencent la soirĂ©e avec la Petite Mort de JirĂ­ Kylián. Nous avons vu et apprĂ©ciĂ© la reprise du ballet lors des Quatre Tendances ce printemps Ă  l’OpĂ©ra National de Bordeaux.

Ce soir, nous avons le plaisir d’entendre un Orchestre Pasdeloup immaculĂ© et le piano sensible d’Olga Jegunova dans les mouvements lents des concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart. Dans ce sens, l’ambiance est encore plus sensuelle et les danseurs paraissent plus expressifs et cohĂ©sifs.

CohĂ©sion et complicitĂ© s’accordent Ă  l’entrain et Ă  l’athlĂ©tisme de Maia Makhateli et Remi Wörtmeyer du Ballet National de Hollande, dans Two pieces for Het du chorĂ©graphe Hollandais Hans Van Manen. Ils font preuve d’un tempĂ©rament Ă  la fois imposant et dĂ©contractĂ© dans les deux pièces ; lui avec une sensualitĂ© et une virtuositĂ© trĂ©pidante ; elle, avec une personnalitĂ© Ă©lectrique.

Puis paraĂ®t non sans dĂ©lices, un pas de deux de La Sylphide, dans la chorĂ©graphie d’August Bournonville rarement programmĂ©e en France. Rudolf Noureev affectionnait particulièrement ce ballet de l’École Danoise. Iana Salenko et Marian Walter du Ballet de l’OpĂ©ra d’État de Berlin l’interprètent. La grâce infinie du couple se distingue très nettement, et notamment les beaux sauts et les impeccables entrechats de Marian Walter en James. Si Paris est peu habituĂ©e aux galas, elle est moins encore habituĂ©e aux ballets de Bournonville. Nous aimerions voir davantage les merveilles du style Bournonville en France, avec son Ă©paulement singulier, sa pantomime raffinĂ©e, sa batterie exquise.

Exquise est aussi la prestation de Tamara Rojo, Étoile incroyable du Royal Ballet et de l’English National Ballet, oĂą elle exerce aussi la direction artistique.  D’abord dans le pas de deux de la chambre du ballet Manon de MacMillian oĂą l’Orchestre Pasdeloup est rayonnant dans la musique somptueuse de Massenet. Tamara Rojo forme un couple ravissant avec son partenaire Federico Bonelli du Royal Ballet. Elle est tellement passionnĂ©e et passionnante dans sa performance… Son style captive par son engagement Ă©motionnel et son sens de l’abandon. Tout comme dans Marguerite et Armand, crĂ©Ă© spĂ©cialement pour Rudolf Noureev et Margot Fonteyn par le chorĂ©graphe Sir Frederick Ashton. L’occasion est rare et donc d’autant plus apprĂ©ciĂ©e de voir ce bijou chorĂ©graphique particulièrement Ă©mouvant. Le couple avec Robert Pennefather du Royal Ballet est de mĂŞme très beau, lui avec des lignes particulièrement Ă©lĂ©gantes.

L’Ă©lĂ©gance et l’excellence sont aussi au rendez-vous en ce qui concerne Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, Étoiles du Ballet de l’OpĂ©ra de Paris. Elle impressionne avec ses pointes irrĂ©prochables, une prĂ©sence et un charisme irrĂ©sistible dans le pas de deux de Raymonda, version Noureev. Ici ils dĂ©bordent de brio lors des variations et la coda n’est pas moins que gĂ©niale. Mathias Heymann interprète Ă©galement le solo Manfred, chorĂ©graphie rare et intense de Noureev. Le danseur français offre une prestation puissante et dramatique. Il tient l’audience en haleine avec son envol et ses sauts. La performance des deux est Ă  la hauteur de l’occasion et fait sans doute honneur au Ballet de l’OpĂ©ra de Paris.

Tout Ă  fait honorable est aussi Evgenia Obrazstova, Étoile du BolchoĂŻ. Pendant le pas de deux de La Belle au Bois dormant, elle est spectaculaire. Ses mouvements sont pleins de grâce, sa technique est parfaite ;  son expression d’une immense musicalitĂ©. Nous sommes totalement Ă©blouis par la majestĂ© et la subtilitĂ© de sa danse.

L’oeuvre qui clĂ´t le programme n’est autre que le fameux pas de deux du ballet de Petipa Le Corsaire (il s’agĂ®t Ă  l’origine d’un pas de trois). La pièce de bravoure et de virtuositĂ© est pour toujours liĂ©e Ă  Noureev, devenu cĂ©lèbre dans son adolescence en l’interprĂ©tant. Aleksandra Timofeeva du Ballet du Kremlin et Vadim Muntagirov de l’English National Ballet la dansent ce soir. Le jeune couple est Ă  couper le souffle. Lui avec ses manèges Ă©poustouflants, elle avec ses 29 fouettĂ©s enflammĂ©s. C’est la cerise de virtuositĂ© d’un gâteau d’art très bien pensĂ©.

Saluons l’initiative de la Fondation Rudolf Noureev, et l’engagement de son Ă©quipe artistique. Les danseurs extraordinaires, le programme gĂ©nĂ©reux et diversifiĂ©, l’orchestre Pasdeloup plus brillant que jamais, ont fait de cet hommage Ă  Noureev un moment inoubliable. Le dvd de ce gala mĂ©morable est annoncĂ© courant 2014.

Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction.