ENTRETIEN avec Iakovos Pappas. 6 Sonates clavecin / violon de Charles-François CLÉMENT…

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’instinct et le goĂ»t d’un interprĂšte enquĂȘteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de dĂ©frichement est demeurĂ© intact. ClĂ©ment, gĂ©nie oubliĂ© du XVIIIĂš français, Ă©blouit par sa virtuositĂ© facĂ©tieuse, son mordant expressif, son goĂ»t du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspirĂ© ressuscite aujourd’hui (nouveau cd Ă©ditĂ© par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiĂšgle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalitĂ© inclassable : une exception Ă  classer dĂ©sormais aux cĂŽtĂ©s des opus de Leclair, Rameau, Mondonville… Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment définir le style de Clément comparé à Leclair, Rameau, Mondonville ?

IAKOVOS PAPPAS : Je dirais en prĂ©ambule que dĂ©finir est de nature restrictive, et cela doit ĂȘtre maniĂ© avec circonspection. Lorsqu’on dĂ©finit des Ă©tats simples ceci ne pose pas de difficultĂ©, mais dĂšs que nous trouvons en face des Ă©tats si complexes qu’un style artistique, l’art de la dĂ©finition s’obscurcit souvent, et surtout inutilement. Il est plus aisĂ© d’apercevoir, ou sentir si on veut, un style que le dĂ©finir d’une façon pleinement satisfaisante adĂ©quate.

On surmonta cette difficultĂ©, laquelle causa beaucoup de cĂ©phalĂ©es, en dĂ©finissant par la nĂ©gation, que les mĂ©taphysiciens appellent apophatisme. Bien-sĂ»r ce n’est pas pareille chose vouloir dĂ©finir le Divin que circonscrire l’Ɠuvre d’un simple mortel.

Cette mise en garde Ă©mise, il faut souligner un autre point essentiel, quant Ă  la stylistique française, je veux parler de la tradition. En restant dans le domaine musical français des XVII et XVIII siĂšcles , une chose remarquable frappe un auditeur tant soi peu attentif : sa continuitĂ© stylistique. Des personnes n’ayant ni l’ouĂŻe assez fine et attentive, ni un esprit dĂ©gagĂ© de prĂ©jugĂ©s, trouvent que cette musique se ressemble et se rĂ©pĂšte.

Alors il est important de dĂ©gager ce qui appartient Ă  la tradition, c’est-Ă -dire le vocabulaire commun de ce qui est proprement personnel.

Comme Leclair et Rameau, ClĂ©ment est un harmoniste accompli ; j’ai dĂ©jĂ  Ă©numĂ©rĂ© un certain nombre de remarquables passages tĂ©moins de sa maĂźtrise en la matiĂšre. D’un autre cĂŽtĂ© il est capable d’écrire des passages, tel que le second mouvement de la premiĂšre sonate, d’une tendresse simple comme Mondonville qui y excelle. Il manie Ă©galement la forme avec une facilitĂ© dĂ©sinvolte, toute personnelle.

La meilleure voie pour comprendre une telle musique est de l’écouter avec une attitude active, sans jamais oublier qu’elle n’est pas conçue comme un loisir ou pour servir de fond sonore.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : La part du clavecin est spécifique, comptant 2 voix. Comment se réalisent ses dialogues avec le violon ?

IAKOVOS PAPPAS : Certes ClĂ©ment intitule son Ɠuvre Sonates en trios en comptant une voix pour le violon et deux pour le clavecin! Cependant la rĂ©alitĂ© est bien plus complexe et deux exemples suffiront Ă  le prouver facilement. En comparant le final de la IIe sonate et le second air de la IVe sonate on s’aperçoit que le premier final est Ă©crit strictement en trois parties, alors que le second en quatre. C’est selon le besoin de chaque piĂšce, le cadre prĂ©Ă©tabli peut se rĂ©ajuster. Une Ă©criture obĂ©issant scrupuleusement au postulat du titre conduirait inĂ©vitablement Ă  une Ă©criture scolaire et fatalement Ă  faire bailler! Ceci est un point commun avec Rameau et Mondonville.

D’autre part j’ai dĂ©jĂ  indiquĂ© (IIe remarque de mon Essaie) l’absence totale de la basse-continue dans cette Ɠuvre de ClĂ©ment. Par consĂ©quent le clavecin se voit obligĂ© de supplĂ©er le manque d’improvisation qu’une basse chiffrĂ©e lui permettrait avec une sĂ©rie d’accompagnements Ă©crits en toutes notes. Cette profusion d’accompagnements ingĂ©nieusement variĂ©s que ces Sonates offrent, dĂ©passe d’une part les Ɠuvres antĂ©rieures des Mondonville, Corrette et Rameau ; l’imbrication fusionnelle de deux partenaires provoque l’effacement des limites entre les passages d’accompagnement, et, passages solistes. MĂȘme le Concerto (1e mouvement, Ve Sonate) ne respecte pas une dĂ©limitation nette entre les parties, pourtant signe distinctif d’un concerto.

Il ne faut pas perdre de vue que ce rapport de stricte Ă©galitĂ© entre les deux instruments n’a jamais Ă©tĂ© attestĂ© auparavant, et que peu de compositeurs postĂ©rieurs peuvent s’en prĂ©valoir d’y ĂȘtre arrivĂ©s.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous avez choisi comme partenaire le violoniste Augustin Lusson. Sur quels aspects musicaux et techniques avez-vous particuliÚrement travaillé ?

IAKOVOS PAPPAS : Pendant la pĂ©riode qui nous intĂ©resse, la distinction entre musique proprement dite et technique est quasi nulle. Des Ɠuvres didactiques telles que l’Art de toucher le Clavecin de F. Couperin, ou les Exercices de D. Scarlatti sont Ă©minemment des compositions exigeant un travail d’interprĂ©tation, la partie mĂ©canique Ă©tant un de ces aspects. Distinguer musique et technique mĂ©canique est une conception bien plus tardive. On peut ĂȘtre musicien exĂ©crable et pouvoir jouer sans difficultĂ© les Ɠuvres didactiques d’un Carl Czerny.

Pour ce qui est dĂ©chiffrage d’une partition inconnue, on se trouve dans une position mentale semblable Ă  celle de Jean-François Champollion devant la Pierre de Rosette. Il ne reste que le travail par analogie, puisqu’aucune tradition interprĂ©tative ne peut nous ĂȘtre secourable directement. Pouvoir travailler analogiquement suppose obligatoirement une vaste connaissance du rĂ©pertoire voisin.

Prenons le cas d’indications du mouvement : le finale de la IVe sonate comporte comme indication Presto ; jusqu’à quelle vitesse faut-il le jouer ? La prĂ©sence d’un grand nombre d’ornements (tremblements et pincĂ©s) exclue un jeu trop pressĂ©, comme on pourrait se permettre dans une piĂšce qui en serait dĂ©pourvue. Les ornements sont par ailleurs le sceau de cette musique française, quand bien mĂȘme elle se trouverait maquillĂ©e avec quelque fard italianisant. Le Concerto mouvement initial de la Ve sonate Ă  l’opposĂ© manque d’indications ; comment procĂšde-t-on en pareil cas ? Ainsi un travail expĂ©rimental commence afin de trouver l’équilibre entre le dĂ©bit harmonique, la propretĂ© des ornements et le brillant qu’exige pareille forme musicale. Jouer son instrument est insuffisant quant Ă  ce travail minutieux demandant beaucoup de patience, un esprit ouvert aimant l’aventure ; il faut des personnalitĂ©s que l’inconnu n’effraie pas, ce qui n’est pas donnĂ© Ă  tous. Voici comment fut dictĂ© le choix portĂ© Ă  Augustin Lusson.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : En quoi dévoiler la maniÚre de Clément permet-il de mieux comprendre la forme Sonate au XVIIIe ?

IAKOVOS PAPPAS : Mon dessein initial, Ă©tait simplement de partager avec le public cette musique qui vient du passĂ© et tend vers l’avenir.

AussitĂŽt, il apparut indispensable, au cours de l’élaboration du prĂ©sent enregistrement, de l’accompagner de quelques Ă©claircissements Ă  l’usage aussi bien des auditeurs curieux que des musiciens se voulant avertis.

Cependant plus je me plongeais dans diffĂ©rents textes en rapport avec mon objet, plus je constatais l’invraisemblable amas d’erreurs, de lieux communs et d’affirmations doctement

Ă©talĂ©s avec un aplomb stupĂ©fiant. Et je me suis trouvĂ© dans l’obligation, par honnĂȘtetĂ© envers les auditeurs et moi-mĂȘme, d’élargir le plan de la rĂ©daction initiale.

En premier lieu se pose le problĂšme des vocables : le sort de certains mots fort usitĂ©s est toujours le mĂȘme, l’altĂ©ration ; soit de sa forme soit de son sens, soit des deux Ă  la fois. Quand le signe demeure inchangĂ© et la chose signifiĂ©e s’altĂšre, nous nous trouvons nĂ©cessairement devant des barriĂšres infranchissables. Sonate ne signifie pas la mĂȘme chose sous la plume d’un Domenico Gabrielli et sous la plume d’un Jiry Benda ; un menuet de Lully n’a de commun que le nom d’avec celui de Beethoven.

En second lieu le problĂšme des modĂšles se pose pour pouvoir opĂ©rer des comparaisons : affirmer quoi que ce soit du point de vue stylistique, sans avoir une quantitĂ© suffisante de sources Ă  comparer, nous condamne Ă  conjecturer au mieux ou Ă  pĂ©rorer au pire. Encore une fois plus la dĂ©finition est restrictive plus on risque de se trouver avec des exceptions embarrassantes. Prendre le cas particulier pour le cas gĂ©nĂ©ral afin d’ Ă©tablir une rĂšgle se soldera invariablement par un Ă©chec et une vision estropiĂ©e ; le rĂ©trĂ©cissement de la connaissance devient inĂ©vitable.

En troisiĂšme et dernier lieu, la notion linĂ©aire de l’histoire, amenant par Ă©volution vers un Ă©tat de perfection, est un colifichet enfantin. La vĂ©ritable connaissance s’obtient par des longs et pĂ©nibles travaux, et pour y parvenir on ne peut aspirer au repos.

Propos recueillis en décembre 2020.

 

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates enCLIC_macaron_20dec13 trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François ClĂ©ment (c 1720 – Paris, 1789) ? En polĂ©miste virtuose, d’une acuitĂ© parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clartĂ© audacieuse de CF ClĂ©ment, puissant crĂ©ateur aux cĂŽtĂ©s des Leclair, Rameau, Mondonville
 A la maniĂšre des polĂ©mistes du XVIIIĂš, Iakovos Pappas prend la plume, trempĂ©e dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goĂ»t et de la culture « classique ». On y goĂ»te son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la lĂ©gitimitĂ© de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vĂ©ritĂ©s souvent aussi Ă©normes qu’elles sont Ă©mises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une sĂ©rie de « remarques » qui commente et explique la maniĂšre inventive voire dĂ©cisive de Charles François ClĂ©ment dont la carriĂšre s’arrĂȘte Ă  la RĂ©volution.

CD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019)

clement-sonates-en-trio-pappas-lusson maguelone critique cd classiquenewsCD, Ă©vĂ©nement critique. CLÉMENT : Sonates en trio, Iakovos Pappas / Augustin Lusson (Maguelone, 2019). Connaissez-vous les Sonates pour clavecin et violon de Charles François ClĂ©ment (c 1720 – Paris, 1789) ? En polĂ©miste virtuose, d’une acuitĂ© parfois mordante, par son verbe et son geste, le Iakovos Pappas souligne la clartĂ© audacieuse de CF ClĂ©ment, puissant crĂ©ateur aux cĂŽtĂ©s des Leclair, Rameau, Mondonville
 A la maniĂšre des polĂ©mistes du XVIIIĂš, Iakovos Pappas prend la plume, trempĂ©e dans un bain de verve critique voire acerbe contre les tenants du goĂ»t et de la culture « classique ». On y goĂ»te son humour et son sens parodique, son esprit libre qui « ose » non sans raison et nombreux arguments, attaquer la lĂ©gitimitĂ© de tout ceux qui jugent ; affichant, claironnant des contre vĂ©ritĂ©s souvent aussi Ă©normes qu’elles sont Ă©mises sans vrai discernement. Ce sens analytique s’applique ensuite dans une sĂ©rie de « remarques » qui commente et explique la maniĂšre inventive voire dĂ©cisive de Charles François ClĂ©ment dont la carriĂšre s’arrĂȘte Ă  la RĂ©volution.

Professeur de clavecin Ă  Paris, ClĂ©ment a laissĂ© un recueil de 3 cantatilles (Le DĂ©part des guerriers et Le Retour des guerriers en 1750, Le CĂ©libat en 1762), un Livre de Sonates en Trio pour clavecin et violon (1743) – le sujet du prĂ©sent album ; un journal de clavecin (airs extraits des intermĂšdes et opĂ©ras comiques Ă  la mode, transcrits pour clavecin seul et accompagnement de violon)
publiĂ© dĂšs 1762. A l’opĂ©ra, ClĂ©ment compose aussi La PipĂ©e, parodie d’aprĂšs le Paratorio du napolitain Jommelli (ThĂ©Ăątre Italien, 1756), l’opĂ©ra comique la BohĂ©mienne (1756).

En rĂ©fĂ©rence Ă  Rameau (PiĂšces de clavecin en concerts, 1741), ClĂ©ment pose d’emblĂ©e que le clavecin compte pour 2 voix. Sa densitĂ© – comme l’est aussi celle de Forqueray, contredit la lĂ©gĂšretĂ© d’une musique rocaille et galante qui ne serait ĂȘtre que « creuse ». PersonnalitĂ© qui touche par sa profondeur et son imagination, ClĂ©ment maĂźtrise le jeu Ă©gal rĂ©servĂ© aux deux instruments, autant qu’un Mondonville (opus III).
Sur le plan structurel, ses 6 Sonates appliquant le schĂ©ma lent – vif – lent, suivent Rameau plutĂŽt que Mondonville : la forme Ă  3 mouvements « traditionnelle », est enrichie (pour 3 d’entre elles) d’inserts au caractĂšre imprĂ©vu. Exemple : Sonate III : Allegro-Largo e affettuoso – Minoetto I (rondeau) – Minoetto II – Giga. Allegro. Soit une expĂ©rimentation permanente dans l’esprit d’un laboratoire musical.
Le clavecin en verve, autant que le violon donc, indique une Ă©criture raffinĂ©e, volubile, juste, attestant de l’éloquence expressive du clavier baroque, – jusqu’à sa pleine disparition en 1776 (Ă  l’OpĂ©ra de Paris).

 

 

 

Merveilles de la Sonate française au XVIIIÚ

Iakovos Pappas ressuscite le génie expérimental
de Charles François Clément

 

 

 

clement-sonates-en-trio-pappas-lussonD’une Ă©rudition pertinente, Iakovos Pappas note trĂšs judicieusement la place primordiale du rondeau, avec son refrain, court, mĂ©morisable, puis son couplet (trait manifeste dans la Sonate II). MĂȘme non indiquĂ©, sa carrure, son allure y sont Ă©vidents
 En particulier dans le mouvement central. Le fait qu’il soit associĂ© au premier Allegro de la Sonate II est inĂ©dit alors. Le claveciniste en expert de la forme distingue chaque variation ainsi Ă©laborĂ©e par ClĂ©ment dans le traitement musical (rondeau notĂ© « aria affetuoso » en forme de gavotte tendre de la Sonate I ; structure rondeau trĂšs originale, dĂ©taillant la succession du refrain puis des 3 couplets qui suivent pour l’ultime mouvement de la Sonate III, notĂ© « Allegro poco andante »).
Comme s’il suivait l’instinct novateur d’un ClĂ©ment rĂ©formateur, le geste souple de Iakovos Pappas, rappelant trĂšs justement l’influence de la danse chantĂ©e, prend soin de toujours prĂ©server le flux naturel, l’allant, le rebond flexible de chaque Sonate : cela chante et parle mĂȘme, mais cela court et ondule.

LE CLAVECIN DES LUMIERES… S’agissant de la structure mĂȘme des parties, le claveciniste s’interroge sur les Ă©lĂ©ments qui relĂšvent de la rhĂ©torique mĂȘme du discours musical, soulignant le bon usage du point d’orgue (point d’arrĂȘt), opportun entre autres lorsqu’il indique le dĂ©but d’une section improvisĂ©e (cadence), en rĂšgle gĂ©nĂ©rale jouĂ©e sans reprises (comme Corelli au siĂšcle prĂ©cĂ©dent, dans ses PrĂ©ludes Ă  mouvement lent ou modĂ©rĂ©). Toute l’esthĂ©tique expressive fondĂ©e sur la respiration et le rebond naturel s’en trouve Ă©claircie. A partir d’une analyse trĂšs fine des partitions Ă©ditĂ©es au XVIIIĂš, Iakovos Pappas intĂšgre aussi le phĂ©nomĂšne Ă©mergeant au dĂ©but du XVIIIĂš (avec Veracini, Geminiani ou Locatelli), le point d’orgue sans limite tend Ă  dĂ©faire la « rĂ©gularitĂ© du rythme pĂ©riodique » et accentuer la lente et inĂ©luctable « dislocation «  de la forme des mouvements. En France Dandrieu et Rameau indiquent les points d’arrĂȘt, comme Guillemain, Guignon, Duphly et Jean-Marie Leclair (qui fut danseur), en particulier dans la dĂ©cennie 1730 – 1740. Incroyable parcours de la notation ainsi relevĂ©e qui mĂšne jusqu’à Ernelinde de FAD Philidor de 1767, « littĂ©ralement noyé » sous les points d’orgue !
Tout cela indique l’évolution permanente de la forme, soumise Ă  l’invention des compositeurs, Ă  la tĂ©nacitĂ© de leur geste libre face Ă  la mĂ©canisation du rythme (batteries interminables « inventĂ©es Ă  la fin du XVIIĂš en Italie »). Une dĂ©fense du gĂ©nie français se glisserait-elle ainsi grĂące Ă  une argumentation qui sĂ©duit par son Ă©loquence ?
La conception premiĂšre et le geste qui en dĂ©coule sont ainsi restituĂ©e dans leur contexte et leur ineffable parure ; l’approche et la lecture qui sont ici proposĂ©es saisissent par leur finesse et leur ouverture ; c’est un retour aux fondements mĂȘme de la « RĂ©volution baroqueuse » propre aux annĂ©es 1970 ; Iakovos Pappas suggĂšre, Ă©voque, prend en compte toutes les options Ă  partir des notations minutieusement constatĂ©es ; cette culture philologique nourrit un questionnement perpĂ©tuel sur chaque mesure, chaque formule rythmique ; le sens, la direction, la rĂ©alisation d’une poĂ©sie musicale dont la richesse et la carrure toujours en mĂ©tamorphose singularisent l’écriture française. VoilĂ  qui rĂ©habilite ClĂ©ment au rang des crĂ©ateurs les plus imprĂ©visibles et les plus pertinents de son Ă©poque. D’autant que le violon d’Augustin Lusson, satellite libre et lui aussi virtuose, renforce le tempĂ©rament et l’intention artistique du programme. L’élĂšve de Patrick Bismuth, remarquĂ© par Sigiswald Kuijken partage l’acuitĂ© d’esprit, l’expressivitĂ© articulĂ©e de Iakovos Pappas. Ces deux lĂ  s’électrisent. ClĂ©ment ne pouvait rencontrer meilleurs alliĂ©s.

On croit vivre de nouveau le temps des dĂ©fricheurs
 quand nombre d’interprĂštes savaient oser, expliquer, convaincre, rĂ©vĂ©lant dans le Baroque tout ce qu’il a de neuf, de moderne, d’inouĂŻ, d’imprĂ©visible et de saisissant.

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement, critique. Charles-François CLÉMENT (1720 – 1789) : Sonates en trio, Iakovos Pappas, clavecin / Augustin Lusson, violon (Maguelone, 2019) – 6 Sonates en trio, 1743 – Livre cd Maguelone MAG 358.435 – Enregistrement sept 2019 – durĂ©e : 1h10. Notice livret : essai “ConsidĂ©rations sur la lĂ©gitimitĂ© de l’autoritĂ© critique et son usurpation” par Iakovos Pappas – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020

 

 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

LIRE aussi notre annonce du livre cd Charles François Clément : Sonates en trio / Iakovos Pappas :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-clement-sonates-en-trio-iakovos-pappas-maguelone-2019/

 

_________________________________________________________________________________________________

 

LIRE aussi notre ENTRETIEN EXCLUSIF avec Iakovos PAPPAS à propos de Charles François Clément, génie oublié du XVIIIÚ français :

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos Pappas. L’écriture de Charles-François CLÉMENT nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par l’instinct et le goĂ»t d’un interprĂšte enquĂȘteur de premier plan, Iakovos Pappas dont l’esprit de dĂ©frichement est demeurĂ© intact. ClĂ©ment, gĂ©nie oubliĂ© du XVIIIĂš français, Ă©blouit par sa virtuositĂ© facĂ©tieuse, son mordant expressif, son goĂ»t du jeu formel et de l’invention : les 6 Sonates que le claveciniste inspirĂ© ressuscite aujourd’hui (nouveau cd Ă©ditĂ© par Maguelone – CLIC de CLASSIQUENEWS NoĂ«l 2020), avec le concours du violoniste, aussi imaginatif qu’espiĂšgle, Augustin Lusson, saisissent par leur vitalitĂ© inclassable : une exception Ă  classer dĂ©sormais aux cĂŽtĂ©s des opus de Leclair, Rameau, Mondonville
 Entretien exclusif pour classiquenews.com

 

 

_________________________________________________________________________________________________

 

 

 

CD, VASTA : Reine de Bordélie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018)

VASTA-almazis-cd-livre-critique-annonce-classiquenews-cd-par-classiquenewsCD, VASTA : Reine de BordĂ©lie (1 cd Maguelone, Almazis, Yakovos Pappas, 2018). Plus affĂ»tĂ© et engagĂ© que jamais, le chef et claveciniste Iakovos Pappas poursuit l’idĂ©e d’un Baroque sĂ©ditieux, libertaire, plus expĂ©rimental que convenu voire complaisant. VoilĂ  un Baroque qui dĂ©range et qui nous plapit
. dont les dĂ©lices ont ravi les spectateurs lors d’un concert bienvenu, prĂ©lude Ă  ce disque, prĂ©sentĂ© Ă  la BNF. Les manuscrits concernĂ©s y sont tous conservĂ©s – dormants, oubliĂ©s,
 jusqu’à aujourd’hui. Les cordes Ăąpres, mordantes, expressives, le clavier et les voix trĂšs en verve savent ici ressusciter l’irrĂ©vĂ©rence inventive des libres penseurs et des Ă©rotomanes du XVIIIĂš. Le texte de Piron (Vasta, Reine de BordĂ©lie) choisi dans ce programme rĂ©jouissant, souligne combien dĂšs son dĂ©but, le XVIIIĂš français manie la langue avec dĂ©lire, poĂ©sie et invention ; l’épigrammiste Ă©voque cet essor remarquable du Baroque insoumis, revenu Ă  son irrespect critique ; interprĂštes, textes et musique accrĂ©ditent l’émergence d’une pensĂ©e souveraine, fĂ©conde pour les arts, stimulante pour l’esprit. A travers un texte provocateur en façade, c’est la libertĂ© recrĂ©atrice de l’art qui est cĂ©lĂ©brĂ© et grĂące Ă  Almazis, l’inspirante libertĂ© (pour les interprĂštes) de la satire critique.

EROTIQUE INSOLENCE, BAROQUE PARODIQUE

En liaison avec l’insolence inspirĂ©e de l’épigrammiste français Alexis Piron (1689-1773) qui fournit le texte de cette tragĂ©die imaginaire, Iakovos Pappas a scrupuleusement sĂ©lectionnĂ© les musiques les plus adaptĂ©es. L’AcadĂ©micien dĂ©chu, qui perdit son fauteuil et ses palmes d’Immortel, en raison justement de ses saillies et pointes gĂ©niales (Ode Ă  Priape, texte de jeunesse) laisse surtout un texte d’une rare Ă©loquence comique, prĂ©texte de ce programme : « Vasta, reine de BordĂ©lie ».  Piron concentre l’inspiration emblĂ©matique du XVIIIĂš français : la comĂ©die, en ce qu’elle cultive et rĂ©vĂšle les vertus de la verve satirique,  de l’insolence poĂ©tique. Erotique et mĂȘme poĂ©tiquement obscĂšne, le texte cible en rĂ©alitĂ© la censure et la politique, la chape asphyxiante qui corsĂšte toute la sociĂ©tĂ© de l’Ancien RĂ©gime.

A travers l’intrigue, une mĂšre (Vasta) et sa fille (Conille) s’affrontent Ă  travers leurs amants. La « goulue », Vasta dĂ©montre sans morale, sa souveraine prĂ©Ă©minence, – un tempĂ©rament virile en vĂ©ritĂ© (formidable, sincĂšre, hallucinĂ©e Elizabeth Fernandez), sacrifiant sa fille (trop molle : larmoyante et habitĂ©e elle aussi Delphine Guevar) ; la reine dĂ©cide : elle cĂ©lĂšbre l’endurance admirable du prince « Fout Six coups » (et son accent provincial bien trempĂ© : truculent Christophe Crapez). Tous les chanteurs rehaussent par leur esprit de caractĂ©risation, et un vrai plaisir de la langue (et ses mĂ©andres sĂ©mantiques souvent hilarants), l’irrĂ©vĂ©rence du livret ; tous sont habiles Ă  transfĂ©rer d’authentiques situations tragiques et nobles, dans un texte d’une libertĂ© amorale, provocante, 
 voire dangereuse.  L’amateur des tragĂ©dies en musique retrouve le caractĂšre des vraies scĂšnes Ă©plorĂ©es, Ă  la fois langoureuses et suspendues, de vraies tensions affrontĂ©es,
 mais dans une langue crue, totalement et outrageusement dĂ©calĂ©e.
Ce principe parodique prend une dimension emblĂ©matique dans le rĂ©cit du viol de Vit-Mollet par Fout Six coups, rapportĂ© par Couille au cul (excellent Guillaume Durand, fin du II) : au rĂ©cit savoureux rĂ©pond l’engagement des instrumentistes trĂšs proches du texte.

La force du programme vient aussi de la variĂ©tĂ© des auteurs, et des contrastes que leur style font naĂźtre : abandon lacrymal – « la princesse n’est plus » / en dĂ©chargeant (Benda, plage 25) : noblesse et majestĂ© de la Reine (Marche de Campra, 26) qui salue l’arrivĂ©e de son  hĂ©ros final (Fout-six-coups, exposant les parties de son rival vaincu, Vit-Mollet)
 tout s’enchaĂźne avec un sens dĂ©lectable des saillies percutantes.

AprĂšs les actes de la « tragĂ©die », Iakovos Pappas agence enfin un grand « divertissement » (selon les codes du genre), et agence plusieurs fragments musicaux d’une Ă©vidente tension dramatique  : on y relĂšve plusieurs extraits de « ZaĂŻde » de Pancrace Royer (encore une perle oubliĂ©e, opportunĂ©ment rĂ©vĂ©lĂ©e ici : « Chasse » en prĂ©lude ; enfin « Air des turcs » et « tambourins » pour conclusion.
Le verbe n’est pas omis, grĂące Ă  la restitution de 4 sĂ©quences chantĂ©es, dĂ©clamĂ©es : Nous perdons Philis (duo de dĂ©ploration Ă  deux voix mĂąles); Monologue « Cucumane » (Caquire de De Vessaire, 1780), en voix de tĂȘte par le tĂ©nor Christophe Crapez, dont la verve insolente exprime dĂ©jĂ  le climat rĂ©volutionnaire des annĂ©es 1780

Tout l’esprit libertaire, dĂ©lirant est dĂ©jĂ  Ă©noncĂ© entre autres dans le Prologue avec « Vive les cons », extrait du DĂ©serteur de Monsigny, 1769 ; dans « On dit que le mĂ©decin » de JC Gillier, tout en gouaille et vulgaritĂ© ; il est mĂȘme exacerbĂ© et servi en un geste libĂ©rĂ©, dĂ©lurĂ©, essentiellement linguistique et thĂ©Ăątral : « C’est fait Minon, Minette  » dans l’inoubliable « L’autre jour » de Louis Lemaire dĂ©cĂ©dĂ© en 1750.
De mĂȘme, le scabreux voire scato (« le pot de chambre », puis « Les CheminĂ©es » ) nourrit la tension du divertissement final, conclusion magnifique de la tragĂ©die Ă©rotique proprement dite.
Toujours la verve des chanteurs et des instrumentistes redouble en cocasserie linguistique et triple lecture expressive
 c’est une parodie insolente et paillarde (relecture de « Plaisirs d’amour » de Martini placĂ© en fin de Prologue) ; c’est un procĂšs en rĂšgle des canons de la tragĂ©die officielle, de ses rĂšgles si strictes et asphyxiantes qui ont prĂ©valu de Lully Ă  Rameau, Ă©touffant certainement l’écriture des auteurs : il fallait bien toute la crĂ©ativitĂ© des forains satiriques (que reprennent Ă  leur compte avec combien de justesse, les interprĂštes d’Almazis) pour en mesurer Ă  la fois le ridicule et le potentiel humoristique ; tous ces dĂ©calages en dĂ©noncent allusivement l’artificialitĂ© et le manque de vĂ©ritĂ© d’un genre que Gluck rĂ©formera Ă  Paris au dĂ©but des annĂ©es 1770.
Or le geste d’Almazis retrouve cette franchise et cette sincĂ©ritĂ© qui manque tant (que JJ Rousseau apprĂ©ciait tant). Les textes osĂ©s, provocants rĂ©tablissent le sang, la pulsion certes primitive, un naturel « populaire » totalement absent du genre noble.
Au clavecin, et Ă  la direction, Iakovos Pappas sait exalter et Ă©lectriser sa troupe : chanteurs acteurs et comĂ©diens, capables de transformer leur voix, jouant des registres et des types de projection ; instrumentistes sans rĂ©serve, soulignant tout ce qu’ont d’irrĂ©vĂ©rence sĂ©ditieuse textes et musique : sous leurs doigts amusĂ©s mais conscients, se profilent dĂ©jĂ  les ferments de la rĂ©volte et de la sainte libertĂ©.

On goĂ»te la causticitĂ© mordante du texte, paillarde donc choquante au premier degrĂ© ; et pourtant furieusement critique Ă  l’endroit du politique, rĂ©duit Ă  des ĂȘtres de pulsions et de jouissance immĂ©diate ; sur le plan musical, Iakovos Pappas a ainsi rĂ©sumĂ© tous les effets de la palette lyrique expressive, propre au genre officiel au XVIIĂš et XVIIIĂš, la tragĂ©die en musique. D’ailleurs, c’est l’une des partitions les plus scandaleusement musicale, d’un dĂ©bridĂ© ici dĂ©sopilant (et qui prĂ©figure toutes les comĂ©dies musicales Ă  venir),  PlatĂ©e de Rameau (1745) qui ouvre l’action centrale. 
 
 

BONUS
 La cantate « burlesque » et d’une belle insolence, ActĂ©on de Pierre-CĂ©sar Abeille (dĂ©cĂ©dĂ© en 1733) atteste de l’essor de ce courant baroque paillard, qui sait avec quelle intelligence et raffinement se moquer des codes mythologiques et tragiques. Abeille appartient Ă  la colonie d’auteurs douĂ©s d’une extrĂȘme acuitĂ© expressive et poĂ©tique, dont Monteclair ou mĂȘme JB Rousseau (Odes tirĂ©es des Psaumes, 1716) sont d’autres penseurs douĂ©s.
La solide gouaille articulĂ©e du baryton Guillaume Durand (qui incarne Couille-au-cul dans la tragĂ©die qui prĂ©cĂšde) sert idĂ©alement le texte, avec une attention affĂ»tĂ©e Ă  l’intelligibilitĂ©, une exquise et savoureuse comprĂ©hension des enjeux des images poĂ©tiques, un rien lubrique, et bien habitĂ©e. Le vrai sujet ici, c’est ce qu’a vu le chasseur : la nuditĂ© de la dĂ©esse (prĂ©cisĂ©ment ses jolies fesses) : c’est la dĂ©esse calipige que cible Abeille dans sa fabuleuse cantate / et le regard impudique du chasseur, sa curiositĂ© irrespectueuse sont le vrai sujet de cette sĂ©quence qui ne manque pas de piquant, et lĂ  encore ni cocasserie trĂšs imaginative:  « Diane se lave le cul avec ses nymphes potagĂšres qui lui servent de chambriĂšres  » etc


CLIC D'OR macaron 200BAROQUE INSOLENT, BAROQUE INVENTIF…Nerveux et souple, le continuo d’Almazis expose chaque mot, le commente, l’enveloppe d’une ironie poĂ©tique dĂ©lectable.  En choisissant d’achever le cycle de Piron, par cette cantate, vĂ©ritable joyau en irrĂ©vĂ©rence poĂ©tique et irrespect des convenances mythologiques, Iakovos Pappas rĂ©tablit la place de la cantate comme Ă©crin expĂ©rimental, propice Ă  renouveler l’écriture lyrique et la construction dramatique, officielles. Abeille, Piron
 le chef d’Almazis a bien raison de souligner et la force du texte et la qualitĂ© de la musique. On l’on ce dit face Ă  tant de crĂ©ativitĂ© censurĂ©e, qu’il nous manque encore bien des informations pour connaĂźtre vraiment la diversitĂ© de notre patrimoine. VoilĂ  posĂ©es, les bases d’une nouvelle recherche Ă  la fois littĂ©raire, poĂ©tique, lyrique et musicale qu’il faudrait encore et encore approfondir. A suivre.

 
 
  
 
 

LIRE AUSSI notre présentation critique du CD VASTA

 
 
  
 
 

——————————————————————————————————————————————————

VOIR un extrait vidĂ©o de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773 – extraits du spectacle donnĂ© Ă  la BNF BibliothĂšque National de France, en avril 2018.
https://www.youtube.com/watch?v=iIzsuzZUDag
 
 
 
VOIR LE TEASER VASTA,  reine de BordĂ©lie, tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron (1773)
Ensemble Almazis – Iakovos Pappas / Co rĂ©alisation BibliothĂšque Nationale de France
https://vimeo.com/301819639  

VASTA-reine-de-bordelie-iakovos-pappas-teaser-video-classiquenews-critique-cd

 

https://vimeo.com/301819639  

 
 
 

——————————————————————————————————————————————————

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos PAPPAS, Ă  propos de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773
 Le 23 novembre 2018 paraĂźt le nouvel album d’Almazis : « Vasta, Reine de BordĂ©lie », tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron. A partir de textes du XVIIIĂš, le chef et claveciniste, dĂ©fricheur impertinent, poursuit un travail souvent percutant / pertinent sur les sources baroques. En associant baroque et Ă©rotisme, Iakavos Pappas renoue avec l’instinct dĂ©fricheur des plus grands « baroqueux », 
 en dĂ©coule un drame d’un nouveau genre, oĂč lĂ  encore, textes et musique, drame et poĂ©tique sont indissolublement liĂ©s. LIRE notre entretien avec IAKOVOS PAPPAS


 
 
 

almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582

 
 
 

Cd, critique. PIRON : VASTA Reine de BordĂ©lie (1773) – Almazis (1 livre-cd Maguelone)

VASTA-almazis-cd-livre-critique-annonce-classiquenews-cd-par-classiquenewsCd, critique. PIRON : VASTA Reine de BordĂ©lie (1773) – Almazis (1 cd Maguelone). Au dĂ©but de ce drame Ă©rotique, la Reine de BordĂ©lie, Vasta congĂ©die son amant Vit-Molet (Prince de la cour) en raison de sa mollesse qui lui fait perdre un temps prĂ©cieux
 Frappart, le capitaine des gardes saura, lui, rĂ©pondre Ă  ses demandes
 A moins qu’un prince Ă©tranger (Fout-six-coups) ne se montre plus convaincant
 La « tragĂ©die » d’Alexis Piron assemble en rĂ©alitĂ© un matĂ©riau musical et lyrique empruntĂ© Ă  divers auteurs du XVIIIĂš dont Pancrace Royer (extraits de ZaĂŻde), Lemaire, Abeille (ActĂ©on), surtout Rameau (ouverture de PlatĂ©e), Mondonville (IsbĂ©), Benda, 
 sans omettre la lyre tragique française Ă  sa source, Lully (Atys). InspirĂ© par son sujet, Iakovos Pappas sĂ©lectionne un catalogue de textes paillards Ă  l’érotisme raffinĂ© qu’il accompagne lui-mĂȘme et dont il a Ă©crit les arrangements pour les voix (Vive les cons, le siĂšge de l’ñme, le pot de chambres, la sodomie, les cheminĂ©es
). S’il n’était les rĂ©fĂ©rences Ă©rotiques, toutes les situations dramatiques et lyriques sont bien celles d’un hĂ©roĂŻsme tragique et parfois sanglant habituel sur la scĂšne de l’AcadĂ©mie royale (cf. la mort de Conille, fille de Vasta ; ou le sort rĂ©servĂ© Ă  Vit-Mollet par Fout-six-coups, comme en atteste le rĂ©cit de Vit-en-l’air, scĂšne II, Acte III). Au final c’est l’ardeur et l’endurance de Fout-six-coups, prince Ă©tranger, porteur d’un sang neuf, rĂ©gĂ©nĂ©rateur, que Vasta cĂ©lĂšbre devant sa cour.
A travers les pĂ©pites savoureuses de textes trĂšs inspirĂ©s, s’écoule le nerf tragique le plus Ăąpre, tendu, mordant. Dans cette arĂšne, oĂč les mots guerriers et barbares ont troquĂ©s le lieu des batailles pour les draps de l’alcĂŽve, on mesure avec quel souci du dĂ©tail, avec quel soin pour le sens du texte, et pour la cohĂ©rence du drame, les musiciens rĂ©unis autour du clavecin de Iakovos Pappas, s’ingĂ©nient Ă  incarner et rendre palpitant chaque sĂ©quence.

CLIC D'OR macaron 200JouĂ© Ă  la BNF en avril 2018, le programme trouve un second souffle au studio qui articule encore davantage les moteurs de la provocation, surtout l’expression d’une pensĂ©e libre, imaginative, souveraine dans sa verve dĂ©lirante et poĂ©tique. Le chef et directeur d’Almazis cĂ©lĂšbre en vĂ©ritĂ© l’acuitĂ© de la langue française, celle du baroque Alexis Piron, chansonnier vert et cru. Tous les hommes valent par la taille et l’endurance de leur membre ; toutes les femmes sont prĂȘtes Ă  tout pour s’y abandonner sans retenue. Elles ont le rire gras, et la posture complice. Eux redoublent de malice, de saillies satiriques, de nuances parodiques
 En Conille, Delphine Guevar (et son « Con goulu »), comme Elizabeth Hernandez (dans le rĂŽle titre), relĂšvent parfaitement les dĂ©fis de leurs parties, avec un plaisir manifeste, dans l’expressivitĂ© comme l’intelligibilitĂ©. D’autant que leurs partenaires et tous les musiciens jouent des notes comme les vers des textes choisis, avec une finesse savoureuse. Il faut infiniment de maĂźtrise des caractĂšres (tragique, hĂ©roĂŻque, langoureux, lacrymal
) pour ressusciter cette mosaĂŻque dĂ©lurĂ©e d’instants cocasses et goguenards, d’une fantaisie sans limite, qui dĂ©voilant le tabou, offre un vent rafraĂźchissant contre le puritanisme moderne et l’hypocrisie ambiante. On sait grĂ© Ă  Iakovos Pappas et sa troupe engagĂ©e de rĂ©tablir ce baroque piquant, expĂ©rimental, imprĂ©visible et dĂ©licieusement impertinent
 Ă  mille lieues des recrĂ©ations actuels dont le sĂ©rieux et le noble registre ont fini par asphyxier toute audace et tout esprit d’invention. Le baroque choisi ici souffle l’esprit de Voltaire : il lui faut de la libertĂ© et de l’art. Tout ce que nous offre l’opĂ©ra conçu par Iakovos Pappas dans son insolence policĂ©e. IrrĂ©sistible.

 
 
 
 
 
 

——————————————————————————————————————————————————

VOIR un extrait vidĂ©o de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773 – extraits du spectacle donnĂ© Ă  la BNF BibliothĂšque National de France, en avril 2018.
https://www.youtube.com/watch?v=iIzsuzZUDag

 
 
VOIR LE TEASER VASTA,  reine de BordĂ©lie, tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron (1773)
Ensemble Almazis – Iakovos Pappas / Co rĂ©alisation BibliothĂšque Nationale de France
https://vimeo.com/301819639  

VASTA-reine-de-bordelie-iakovos-pappas-teaser-video-classiquenews-critique-cd

 

https://vimeo.com/301819639  
 
 
 
 
 
 

——————————————————————————————————————————————————

yakovos pappasENTRETIEN avec Iakovos PAPPAS, Ă  propos de VASTA, Reine de BordĂ©lie, 1773
 Le 23 novembre 2018 paraĂźt le nouvel album d’Almazis : « Vasta, Reine de BordĂ©lie », tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron. A partir de textes du XVIIIĂš, le chef et claveciniste, dĂ©fricheur impertinent, poursuit un travail souvent percutant / pertinent sur les sources baroques. En associant baroque et Ă©rotisme, Iakavos Pappas renoue avec l’instinct dĂ©fricheur des plus grands « baroqueux », 
 en dĂ©coule un drame d’un nouveau genre, oĂč lĂ  encore, textes et musique, drame et poĂ©tique sont indissolublement liĂ©s. LIRE notre entretien avec IAKOVOS PAPPAS

 
 
 

almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582

 
 
 

VASTA, Reine de Bordélie. Entretien avec IAKOVOS PAPPAS / ALMAZIS

VASTA-almazis-cd-livre-critique-annonce-classiquenews-cd-par-classiquenewsVASTA, Reine de BordĂ©lie. Entretien avec IAKOVOS PAPPAS, directeur musical et fondateur de l’ensemble Almazis. Le 23 novembre 2018 paraĂźt le nouvel album d’Almazis : « Vasta, Reine de BordĂ©lie », tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis Piron. A partir de textes du XVIIIĂš, le chef et claveciniste, dĂ©fricheur impertinent, poursuit un travail souvent percutant / pertinent sur les sources baroques. En associant baroque et Ă©rotisme, Iakavos Pappas renoue avec l’instinct dĂ©fricheur des plus grands « baroqueux », 
 en dĂ©coule un drame d’un nouveau genre, oĂč lĂ  encore, textes et musique, drame et poĂ©tique sont indissolublement liĂ©s. Ils questionnent la forme musical, l’intention du texte, le sens d’une situation dramatique. Entre irrĂ©vĂ©rence, provocation mais pertinence, Iakovos Pappas rĂ©tablit la qualitĂ© suprĂȘme du baroque : sa vitalitĂ© critique. Ainsi Vasta 2018 est le fruit attendu d’une gestation longue et reportĂ©e (amorcĂ©e dĂšs 2003) qui n’a pas manquĂ© Ă©videmment, dans notre sociĂ©tĂ© bienpensante, puritaine et ouatĂ©e, de susciter refus et incomprĂ©hension
 Entretien exclusif.

   

 

almazis-vasta-iakovos-pappas-vasta-concert-annonce-critique-classiquenews-582  

 
——————————————————————————————————————————————————

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les critÚres qui vous ont permis de sélectionner textes et musique pour ce nouveau programme ? 

yakovos pappasIakovos PAPPAS : Je crois que mon goĂ»t pour le rire est le principal critĂšre ; le constat aussi d’un raidissement moral gĂ©nĂ©ral et des relents d’intolĂ©rance trĂšs inquiĂ©tants. D’autre part l’ennui causĂ© par des programmations d’une tristesse Ă  faire mourir instantanĂ©ment, m’ont Ă©galement dĂ©cidĂ© Ă  exploiter ce rĂ©pertoire pour la plus grande rĂ©probation de la sainte biensĂ©ance baroqueuse, prĂŽnant la puretĂ© artistique.
Vasta est l’aboutissement de rĂ©flexions et de recherches durant une vingtaine d’annĂ©es, ce qui doit constituer le plus long projet de la musique dite baroque. DĂ©jĂ  en 1998, nous prĂ©parions avec Philippe LĂ©naĂ«l dans le cadre du feu « Printemps des Arts de Nantes », une sorte de joute-en-spectacle : opposer PhĂšdre de Racine Ă  Vasta de Piron ; une levĂ©e de boucliers au sein mĂȘme du conseil d’administration eut raison de notre trĂšs grand enthousiasme. Vous comprendrez alors que je suis extrĂȘmement reconnaissant auprĂšs de MM. Jean-Loup Gratton et François Nida qui permirent, par leur impeccable accueil au sein de la BibliothĂšque de France, d’achever cette longue aventure.
 

   

 

CLASSIQUENEWS : Qu’est-ce qui prĂ©serve la cohĂ©rence de l’ensemble ?

Iakovos PAPPAS : En tout cas ni l’argent, ni le pouvoir ; je n’ai ni l’un ni l’autre.
Il se pourrait que les artistes avec lesquels je collabore, trouvent satisfaction Ă  ce que je ne demande rien que je ne pourrais rĂ©aliser moi-mĂȘme ; si vous voulez je suis mon propre cobaye. Peut-ĂȘtre la cohĂ©rence est prĂ©servĂ©e par l’absence de rapports de pouvoir ; je ne fais pas la musique pour assouvir des frustrations en traitant chanteurs et instrumentistes avec la morgue d’un roitelet.

   

 

CLASSIQUENEWS : L’effectif instrumental requis et les chanteurs apportent quels Ă©clairages sur le sens et le dramatisme des Ɠuvres ?

Iakovos PAPPAS : Pour un projet radical et exceptionnel, il faut une Ă©quipe exceptionnellement douĂ©e et capable d’une expression radicale.
Concernant les chanteurs, qui sont aussi et surtout des acteurs chantants, il n’y a pas beaucoup Ă  dire ; quant Ă  l’effectif, il est imposĂ© par les besoins de Vasta, piĂšce principale de la production ; enfin rien sauf l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© des qualitĂ©s requises extrĂȘmement rares, surtout prĂ©sentement : une absence trĂšs poussĂ©e de scories petit-bourgeois-bien-rangĂ©. Cette distribution obligĂ©e ne fut pas un fardeau mais au contraire l’occasion d’expĂ©rimentations trĂšs fertiles : je fus obligĂ© de revoir
les piĂšces Ă  l’origine Ă  une voix, tels « Le pot de chambre », et « Si vos cheminĂ©es, Mesdames »  en les mettant en plusieurs voix.
La partie instrumentale en revanche a Ă©normĂ©ment Ă©voluĂ© depuis la crĂ©ation de la premiĂšre version en 2003. A l’époque, il n’y avait que la basse-continue pour soutenir tout le spectacle ; ce qui fut herculĂ©en. Il m’a paru nĂ©cessaire, si on voulait atteindre le postulat d’une efficacitĂ© radicale, d’ajouter quelque chose qui manquait aux origines, et qui rendrait nos travaux justes et parfaits, du point de vue de l’expression bien sĂ»r ; ainsi naĂźtra l’idĂ©e d’ajouter un prologue, et un divertissement ; utiliser Ariane Ă  Naxos de G. Benda (d’aprĂšs une version pour quatuor Ă  cordes du XVIIIe siĂšcle) pour transformer des scĂšnes en mĂ©lodrame. L’accompagnement musical ajouta quelque chose de trouble et mĂȘme d‘inquiĂ©tant : faut-il rire, faut-il pleurer pendant les deux scĂšnes des messagers ? Il y aurait beaucoup Ă  dire sur ces rapports qui se crĂ©ent dans le cadre du mĂ©lodrame.

   

 

CLASSIQUENEWS : Quel érotisme se précise à travers ce programme ?  Est-on proche de Sade ou des LumiÚres ? Dénotez-vous une lecture parodique voire satirique à travers le prétexte dramatique ?

Iakovos PAPPAS : Bannissons une rumeur tenace au sujet du mouvement appelĂ© « les LumiĂšres » : du point de vue de la sexualitĂ©, les coryphĂ©es de ce mouvement sont aussi loquaces que les carpes. Ils semblent restĂ©s, telle est mon estimation, dans leur Ă©tat de petits bourgeois guindĂ©s. Lisez Voltaire et Montesquieu, les hĂ©rauts prĂ©sumĂ©s des libertĂ©s sociales : l’article sur la femme et sur la pĂ©dĂ©rastie du premier dans son Dictionnaire Philosophique de 1764 (oĂč il n’est question que peu de philia) ; l’article intitulĂ© Crime contre nature de l’Esprit des Lois (Livre XII, chapitre 6) du second. Nous sommes trĂšs Ă©loignĂ©s de l’esprit qui rĂšgne dans Vasta ou La Comtesse d’Olonne (que nous enregistrĂąmes au dĂ©but des annĂ©es 2000) ou La Nouvelle Messaline ou encore Caquire.
L’esprit des piĂšces choisies est trĂšs loin de celui qui rĂšgne dans les ouvrages de Sade. Toutes les piĂšces que nous lĂ»mes sont remplies d’un esprit insinuant, de sel fin, moqueur. A l’opposĂ© des Ă©crits de De Sade, l’acte sexuel n’a pas une fonction punitive ; il n’y a ni viol, ni esprit blasphĂ©matoire, ni athĂ©isme, et sĂ»rement pas une apologie du meurtre ; rire est plus important que discourir sur l’existence de Dieu. En mĂȘme temps il y rĂšgne un esprit parodique assez sanglant concernant souvent des auteurs du grand style devenus dĂ©jĂ  classiques, inĂ©vitablement les Corneille et les Racine.

   

 
  

 

CLASSIQUENEWS : En quoi ce programme original et inĂ©dit est-il emblĂ©matique d’Almazis ?

Sans vouloir me vanter, je dirai que cette question est tautologique : par postulat Almazis est une formation qui se pose au-delĂ  des clivages de coquetteries esthĂ©tiques ordinaires, et Ă©prouve une aversion viscĂ©rale pour les collections d’objets enfermĂ©s sous cloches de verre et plongĂ©s dans du formol.

   

 

Propos recueillis en novembre 2018.

 
 

 
 

——————————————————————————————————————————————————

   

 

 

vasta-almazis-classiquenews-annonce-critique-cd-entretien-iakovos-pappas-582  

 
CD, Ă©vĂ©nement. VASTA, REINE DE BORDELIE, tragĂ©die Ă©rotico-lyrique d’Alexis PIRON. Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone)
. Parution le 23 novembre 2018. PRESENTATION DU CD : « Vasta, Reine de BordĂ©lie (1773) ou le ThĂ©Ăątre Gaillard ». Quels sont les grands poĂštes tragiques du XVIIIĂš, de la mort de LOUIX XIV Ă  1789 ? Il semble qu’aprĂšs la tension morale des tragĂ©dies de Corneille et de Racine au XVIIĂš, le XVIIIĂš s’allĂšge, s’enivre mĂȘme de comĂ©dies plus lĂ©gĂšres, de ballets afriolants, de spectacles hybrides, mi comiques mi impertinents et toujours satiriques
 Autant de rĂ©alisations lĂ©gĂšres et libertines, et rime avec plaisir et libĂ©ration Ă©rotique. Ce sont pour la majoritĂ© des partitions d’une libertĂ© formelle que le XIXĂš puritain a pris soin d’étouffer, d’effacer, d’ignorer.
InspirĂ© par la rencontre de la musique, de la poĂ©sie et du thĂ©Ăątre, l’ouvrage d’Alexis PIRON nous offre un visage des rĂ©alisations poudrĂ©es voire kitsh que l’on nous sert familiĂšrement. Iakovos Pappas et son ensemble Almazis nous offrent un regard direct sur cette libertĂ© de pensĂ©e et de chanter propre Ă  la sociĂ©tĂ© inventive d’avant 1789 : libertinage, Ă©rotisme ont pour tĂ©moin privilĂ©giĂ©.. la musique. Ici une chanson Ă  boire valeur de fugue, 
 les usages populaires ou nobles sont inversĂ©s, croisĂ©s, mĂ©tissĂ©s. La chanson paillarde du XVIIIĂš a un charme souvent irrĂ©sistible car propre au XVIIIĂš français, l’écriture en est toujours raffinĂ©e, Ă©lĂ©gante, d’une finesse que Almazis ressuscite avec impertinence et vivacitĂ©. Critique du CD VASTA / ALMAZIS Ă  venir dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS

   

   

 

CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone)

clerambault-fables-de-la-fontaineCD, critique compte-rendu. ClĂ©rambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone). TRUCULENCE MORALE. On les a quittĂ©s chez Duni, les voici dans les Fables de La Fontaine, rĂ©Ă©crites en une prosodie efficece, dramatique… Musiciens et chanteurs d’Almazis, dirigĂ©s par Yakovos Pappas dĂ©voilent l’intelligence d’un ClĂ©rambault respectueux de la subtilitĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur La Fontaine. La collection de perles ici dĂ©fendue sĂ©lectionne au total 16 fables, mis en musique sur des airs Ă  la mode et Ă©ditĂ©es dans un cycle de 8 volumes entre 1730 et 1733 (l’Ă©poque est celle du scandale D’Hippolyte et Aricie de Rameau Ă  l’opĂ©ra)… D’emblĂ©e, c’est la gĂ©nĂ©reuse gouaille Ă©loquente et particuliĂšrement expressive qui s’affirme Ă  l’Ă©coute, rĂ©alisation dĂ©lectable de chaque interprĂšte d’Almazis  qui met le texte en avant, un souci linguistique d’autant plus percutant que l’Ă©criture de ClĂ©rambault saisit par son intelligence prosodique et sa prĂ©cision dramatique ; vivacitĂ© Ă©loquente qui rend grĂące Ă  chaque texte conçu par le librettiste de ClĂ©rambault, – demeurĂ© anonyme ; le geste expressif des interprĂštes a ici tout pour sĂ©duire. Chaque Ă©pisode repose sur un puissant coup de thĂ©Ăątre qui dĂ©voile ce en quoi le sujet animal principal est, soit le dupĂ©, soit le trompeur ; c’est toujours un jeu de dupes dont les identitĂ©s combinĂ©es sont finement dĂ©voilĂ©es en fin d’action. Mais sous le masque animal perce l’idiotie crasse (le “MaĂźtre” de la poule aux oeufs d’or…) ou l’esprit astucieux des hommes (le Coq et le renard). AviditĂ©, vanitĂ© (doublement traitĂ©e), ingratitude, beautĂ© Ă©cervelĂ©e (celle du jeune cerf se mirant dans une onde…)… partout ici la noblesse des sentiments et qualitĂ©s cĂ©lĂ©brĂ©s savent captiver, servi par une parure musicale et linguistique qu’il Ă©tait urgent de rĂ©vĂ©ler.

Yakovos Pappas et Almazis redouble d’Ă©loquence dramatique au service d’un ClĂ©rambault magicien de la litote. …

Fables truculentes et moralisatrices

clerambault-fables-de-la-fontaine-1La verve ciselĂ©e qu’y dĂ©veloppe la fine Ă©quipe rĂ©unie par Yakovos Pappas, chanteurs et instrumentistes, dĂ©passe le prĂ©texte pĂ©dagogique et de sensibilisation qui au dĂ©part du projet artistique a ciblĂ© surtout le jeune public;  l’attention Ă  chaque atmosphĂšre et chaque situation exprimĂ©e par le baryton narrateur, contrastĂ©, dĂ©clamĂ© (Paul-Alexandre Dubois) oĂč le tenor (Christophe Crapez) s’affirme franchement afin que l’auditeur goĂ»te et le jeu llinguistique des poĂšmes fables de La Fontaine, et les ressorts purement dramatiques de chaque situation ; la musique souligne les passages forts ou les effets de surprise de l’action moralisatrice. Dans La formidable Ă©vocation-Ă©popĂ©e de La Tortue (& l’Aigle, sur un air de l’Alcyone de Marais), la soprano Elizabeth Fernandez ajoute un dĂ©lire lyrique qui sait rester proche de l’articulation du texte : l’une des perles les plus brillantes de la collection. Les instrumentistes expriment  sans emphase quant Ă  eux, la fluiditĂ© expressive d’un XVIII Ăšme qui regarde rĂ©trospectivement vers le XVII Ăšme : preuve que du vivant de ClĂ©rambault, les vers de La Fontaine savaient encore sĂ©duire par la justesse de leur inspiration, la concision d’un style chantant d’une exceptionnelle drĂŽlerie mordante et finalement trĂšs compassionnelle pour la gent animale qui y est ainsi raillĂ©e, sous couvert d’humanisation ou d’anthropomorphisme, ou vice versa.

DRAMES EN LITOTE... De fait, aspect remarquable du filon ainsi rĂ©vĂ©lĂ©,le librettiste de ClĂ©rambault toujours anonyme adapte avec un sens inouĂŻ de l’efficacitĂ© prosodique, chaque fable de La Fontaine : science de la synthĂšse, maĂźtrise de contrastes dramatiques, Ă©conomie et pour le dire dun seul mot central: art brillant de la litote – spĂ©cificitĂ© du gĂ©nie français,  l’intelligence des textes captive de part en part: deja remarquĂ©, applaudi Ă  juste titre chez Duni, et dans un spectacle riche en rebond et verve thĂ©Ăątrale, lĂ  aussi d’aprĂšs le fabuliste gĂ©nial, Yakovos Pappas a eu le nez creux en sĂ©lectionnant cette collection de joyaux lyriques et poĂ©tiques;   sa direction met en avant cette science de l’Ă©loquence resserrĂ©e qui affirme la perfection d’une langue fugace, brillante, synthĂ©tique Ă©tonnement vivante ; Ă©coutez par exemple Le rat de ville et le rat des champs : recyclĂ©s / rĂ©Ă©crits, les 7 paragraphes originaux Ă©crits par le poĂšte dĂ©fenseur de Fouquet lors de l’affaire de Vaux, … s’affirme ici en seulement 2 rĂ©cits aussi courts mais d’une verve prĂ©servĂ©e avec un sens du raccourci exceptionnel.
La durĂ©e de chaque fable y gagne prĂ©cision, concentration prenant appui sur la seule force des mots et leur mise en musique d’une rapiditĂ© aussi Ă©loquente qu’efficace;  ce temps raccourci s’expose facilement Ă  l’Ă©coute des jeunes auditeurs sĂ©duits par un Ă  propos percutant. La France a toujours eu le sens des formules et des raccourcis synthĂ©tiques,  – art de la litote donc magnifiquement incarnĂ© ici, – art et expertise permettant d’Ă©crire le moins pour exprimer le plus : compositeur de l’exactitude, ClĂ©rambault, – maĂźtre Ăšs contrastes, a su visiblement s’associer la compĂ©tence d’un versificateur dramaturge d’un exceptionnel talent.

CLIC D'OR macaron 200PIECES POUR CLAVECIN sur un mode animal… A l’appui de cette rĂ©ussite en caractĂ©risation vocale, soulignons aussi le mĂȘme brio caractĂ©risĂ© dans les piĂšces purement instrumentales pour clavecin : d’une belle assurance suggestive, la digitalitĂ© de Yakovos Pappas, claveciniste, rĂ©tablit ce jeu expressif mais ici sans paroles, choisissant par exemple entre autres le caquetage truculent, hoquets Ă  la clĂ©-, de La Poule de Rameau, ou surtout le sublime Vertigo du si dramatique Pancrace Royer dont le seul clavier fait surgir l’opĂ©ra;  on ne pouvait concevoir plus habile et juste association. Vrais tempĂ©rament taillĂ©s pour le thĂ©Ăątre et la caractĂ©risation dĂ©lirante et loufoque mais toujours finement troussĂ©e, Yakovos Pappas et ses partenaires enchantent tout en dĂ©voilant une collection irrĂ©sistible de perles morales Ă  la puissante Ă©vocation dramatique. C’est tout le gĂ©nie d’un ClĂ©rambault dĂ©cidĂ©ment enchanteur et mordant qui s’impose dĂ©sormais Ă  nous. CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2016

CD, critique compte-rendu. Clérambault : Fables de La Fontaine. Almazis, Yakovos Pappas (1 cd Maguelone MAG 358.406)

CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone)

philidor-blaise-savetier-almazis-pappas-cd-maguelone-300CD. Philidor : Blaise le savetier par Almazis, Iakovos Pappas (1 cd Maguelone). Le chef et claveciniste Iakovos Pappas et son ensemble Almazis abordent un nouveau joyau de l’opĂ©ra comique français baroque : Blaise le Savetier d’AndrĂ© Danican Philidor. Depuis le dĂ©but des annĂ©es 1750, l’heure est aux Italiens mais aussi Ă  l’essor d’actions scĂ©niques cocasses et pittoresques qui Ă©pinglent avec facĂ©tie et esprit satirique les travers et dĂ©fauts de la condition humaine. En un acte, crĂ©Ă© Ă  la Foire Saint-Germain le 9 mars 1759, Blaise le savetier Ă©blouit par son rythme musical, son intelligence dramatique, son essence parodique. InspirĂ© par un conte de La Fontaine, l’opĂ©ra de Philidor exploite l’opposition des deux couples en prĂ©sence : Blaise et son Ă©pouse Blaisine, plutĂŽt modestes, harcelĂ©s par un couple de propriĂ©taires. Le jeu des faveurs, orchestrĂ© par le savetier, finit par renverser le pouvoir des nantis. EnregistrĂ© en septembre 2013 Ă  la Villa Rose de Malakoff, l’Ɠuvre profite d’une captation rĂ©alisĂ©e sur le vif. Sa verve s’appuie sur l’engagement de la troupe rĂ©unie par Iakovos Pappas toujours trĂšs soucieux d’exprimer la saveur mordante des textes du genre comique : un travail sur le verbe, l’énergie des ensemble,  la vitalitĂ© sĂ©ditieuse des situations dramatiques, la poĂ©sie dĂ©lirante des dialogues et des rapports entre les personnages font ici toute la valeur de cette premiĂšre mondiale. Prochaine critique dĂ©veloppĂ©e dans le mag cd de clasiquenews.com.

Distribution :

Paul-Alexandre Dubois, Blaise

Caroline Chassany, Blaisine

Christophe Crapez, Monsieur Pince

Elizabeth Fernandez, Madame Prince

JĂ©rĂŽme Guiller, premier Recors

Didier Henry, second Recors

Almazis

CĂ©line Martel, Sophie Iwamura, violons

Pierre Charles, violoncelle

Jon Olaberria, haubois

Antoine Pecqueur, basson

Iakovos Pappas, clavecin et direction

Philidor : Blaise le savetier, 1759. 1 cd Maguelone MAG 111196. Parution : 24 avril 2014.

Lire aussi notre compte rendu des opĂ©ras d’aprĂšs La Fontaine de Duni par Almazis Iakovos Pappas, au festival Musiques Ă  la Chabotterie 2013.