Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

Compte-rendu critique, opĂ©ra (streaming). Berlin, le 14 dĂ©c 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher – Roberto Alagna chante son premier Wagner en incarnant Lohengrin Ă  Berlin, en dĂ©cembre 2020. Comme un acte de rĂ©sistance contre l’asphyxie dont souffrent les thĂ©Ăątres d’opĂ©ra en Europe, l’OpĂ©ra d’État de Berlin rĂ©ussit le dĂ©fi de monter sur scĂšne Lohengrin en dĂ©cembre 2020, sans public mais retransmis en huis clos, – respect des gestes barriĂšres appliquĂ©s sur les planches, sur internet afin que chacun depuis son salon ou tout Ă©cran connectĂ© (l’opĂ©ra chez soi) puisse apprĂ©cier les enjeux artistiques de cette nouvelle production wagnĂ©rienne berlinoise. Atout de taille, c’est la prise de rĂŽle de Roberto Alagna dans le rĂŽle-titre : cette prise de rĂŽle devait se concrĂ©tiser Ă  Bayreuth dĂšs 2018 mais pas assez prĂȘt, le tĂ©nor a reportĂ© pour cette annĂ©e, Ă©gayant une planĂšte lyrique mondiale en berne. Le Français incarne le chevalier descendu du ciel pour sauver l’honneur de la princesse Elsa von Brabant. Son jeune frĂšre a Ă©tĂ© noyĂ© et elle mĂȘme est l’objet des pires accusations par le couple d’intrigants Telramund et sa femme Ortrud, sorciĂšre manipulatrice qui saura dĂ©truire Elsa malgrĂ© l’aide providentiel de Lohengrin.

 

 

 

lohengrin-roberto-alagna-berlin-decembre-2020-critique-opera-review-opera-classiquenews

 

 

 

Malade, la soprano bulgare Sonya Yoncheva a du renoncer pour chanter la partie Elsa ; remplacĂ©e donc ici par la soprano lituanienne Vida MiknevičiĆ«tė, voix plus fragile, aux aigus mal assurĂ©s / assumĂ©s, ce qui gĂȘne l’expression d’une Elsa angĂ©lique, bafouĂ©e, et aussi innocente, trop innocente. AprĂšs tout celle qui bĂ©nĂ©ficie d’une aide miraculeuse, s’en rend indigne, sottement manipulĂ©e par la perfide Ortrud.
Puissant, clair, tendu comme une lame d’acier, avec la maĂźtrise du vibrato requise et l’ardeur expressive qui sied Ă  l’image du chevalier sauveur, Roberto Alagna incarne avec grande allure et vraie intensitĂ©, la figure droite, irradiante du chevalier prophĂ©tique (d’autant que le medium est large, jamais forcĂ©). Le preux cĂ©leste rayonne de volontĂ© virile, prĂ©sence souvent impliquĂ©e, parfois incandescente. Soulignant ainsi tout ce qu’a d’italien, la partie d’un Lohengrin latinisĂ©e ; de fait, l’opĂ©ra mĂ©diĂ©val de Wagner est souvent prĂ©sentĂ© comme le plus italien de ses ouvrages 

AssurĂ© et harmoniquement riche, le Roi Henri L’oiseleur est idĂ©alement campĂ© par la droiture virile du baryton basse, RenĂ© Pape, familier de Wagner puisqu’il chante aussi Marke et Gurnemanz).
Le couple noir, celui de Telramund et Ortrud est ici dĂ©sĂ©quilibrĂ© hĂ©las ; le Telramund, prĂ©figuration de Klingsor chez Parsifal, manque de dĂ©monisme trouble (Martin Gantner est raide et brutal) ; quant Ă  Ortrud, la sorciĂšre brille a contrario de son Ă©poux, d’une chaleur corsĂ©e (Ekaterina Gubanova) dont on comprend qu’elle se montre efficace pour tromper la jeune Elsa, certes bĂ©casse trop naĂŻve.

 

 

 

berlin-lohengrin-clwons-roberto-alagna-beito-opera-review-critique-opera-classiquenews

 

 

 

FROIDEUR CONVENUE ET CONFUSE… Visuellement et scĂ©niquement, le Lohengrin du catalan Calisto Bieito se perd dans ses visions acides, dĂ©calĂ©es, anti oniriques ; d’une barbarie dĂ©senchantĂ©e (nombreux tuyaux et barreaux d’acier froid ; nombreux nĂ©ons et dĂ©cors en boĂźte ; vĂȘtements contemporains sans aucun esthĂ©tisme
 avec comme toujours, Ă©lĂ©ments d’une farce grinçante, les masques de clowns, ici et lĂ  peints sur le visages comme pour mieux dĂ©noncer une humanitĂ© dĂ©chue et maudite, qui jouent et reprĂ©sentent plutĂŽt qu’ils ne vivent en vĂ©rité  ) ; les mouvements des personnages sont caricaturaux et tendus ; la direction d’acteurs
 comme Ă©bauchĂ©e. On nous dira : « la covid : distanciation ! », mais le protocole sanitaire aura bon dos. Le metteur en scĂšne manque d’imagination comme de suggestion. En Ă©cartant toutes rĂ©fĂ©rences au merveilleux mĂ©diĂ©val conçu par Wagner, la poĂ©sie originelle du drame est fortement atteinte. Evidemment on pense Ă  l’autre Wagner que Beito devait rĂ©aliser Ă  l’OpĂ©ra Bastille (ce Ring attendu dirigĂ© par Philippe Jordan, pour son dĂ©part, et finalement retransmis Ă  la radio dĂšs le 26 dĂ©cembre 2020) ; peut-ĂȘtre cette empĂȘchement se rĂ©vĂšle argument, car la mise en scĂšne ici dĂ©tone, déçoit, agace par sa cruditĂ© redondante. Et les vidĂ©os qu’on nous inflige, ici comme ailleurs, n’apporte rien de neuf ; tout cela, sans vĂ©ritable portĂ©e onirique, finit par embrouiller. Imposer le dĂ©tail au dĂ©triment d’une vision forte et puissante.

Musicalement, la direction de Matthias Pintscher dĂ©jĂ  Ă©coutĂ©e dans ce rĂ©pertoire, relĂšve le dĂ©fi de ce huis clos par temps de pandĂ©mie. Le geste est solide et fluide Ă  la fois ; la Staatskapelle Berlin offrant des sonoritĂ©s souvent Ă©perdues, Ă  l’image du « rĂȘve » d’Elsa dont on ne comprend toujours pas pourquoi elle fabrique sa propre mort amoureuse, alors que le ciel lui envoie un hĂ©ros idĂ©al. Au final, une production bienvenue dont on ne gardera pas le souvenir de la mise en scĂšne plutĂŽt convenue, confuse, souvent indigeste.

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

Compte-rendu critique, opéra (streaming). Berlin, le 14 déc 2020. Wagner : Lohengrin. Alagna. Bieito / Pintscher

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

VOIR Lohengrin par Roberto Alagna
sur ARTEconcert / REPLAY jusq’12 janvier 2021 :
https://www.arte.tv/fr/videos/101256-001-A/roberto-alagna-garder-la-foi/

 

 

  

 

 

LOHENGRIN 2016 : Anna Netrebko chante ELSA

wagner lohengrin dresde dvd deutsche grammophon anna netrebko piotr beczala par classiquenewsarte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa, aux cĂŽtĂ©s de Piotr Beczala en Lohengrin, tendre, ardent, d’un format wagnĂ©rien plutĂŽt convaincant.  A Dresde en 2016 sous la direction tendue, carrĂ©e de Thielemann, le timbre charnel de Netrebko rĂ©ussit sa prise de rĂŽle d’Elsa. Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planĂšte opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂŽles de la chanteuse. AprĂšs ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants (Leonora du TrouvĂšre puis Lady Macbeth, de Salzbourg au Metropolitan de New York), la voici en mai 2016 (juste avant son disque PUCCINI oĂč elle osera incarner LiĂč et surtout Turandot
 (cd VĂ©risme, CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2016) lĂ  encore enivrante), Ă  Dresde sous la baguette de Christian Thielemann dans Elsa

Pour l’anniversaire de Wagner, ce 22 mai, l’OpĂ©ra de Dresde, d’ordinaire si Straussien, retransmet ce Lohengrin sur la place de l’OpĂ©ra, en grands Ă©crans; Les 2 prises de rĂŽles mĂ©ritaient bien ce focus mĂ©diatique et populaire : Lohengrin et Elsa, soit Piotr Beczala et Anna Netrebko, prĂȘts Ă  relever les dĂ©fis de leurs personnages respectifs. PrĂ©cisĂ©ment, que donnent deux Verdiens avĂ©rĂ©s chez le jeune et romantique Wagner inspirĂ© par la lĂ©gende Arthurienne et Parsifalienne ?
D’emblĂ©e voilĂ  une Elsa moins miĂšvre qu’à l’ordinaire, trouvant la juste balance entre passivitĂ© romantique et autodĂ©termination digne quoique blessĂ©e. En robe blanche, – celle d’une princesse accusĂ©e et martyr, Anna Netrebko forge un personnage crĂ©dible et indiscutablement profond. Ce qui prime et saisit chez la soprano austrorusse qui multiplie depuis 3 saisons les prises de rĂŽles plutĂŽt surprenantes, c’est l’incandescente sincĂ©ritĂ© de son chant, portĂ© par un timbre sensuel et tendre, aux aigus charnels et ronds, toujours aussi percutants et irrĂ©sistibles. Ce, malgrĂ© une ligne parfois en dĂ©sĂ©quilibre, une intonation pas toujours Ă©gale, et un souffle incertain
 autant de limites qui avaient attĂ©nuĂ© ses Quatre derniers lieder de Strauss sous la direction de Barenboim. Mais l’allemand de son Wagner a progressĂ©. ConfĂ©rant au personnage d’Elsa, une intĂ©rioritĂ© poĂ©tique plus Ă©vidente. D’autant que la soprano ne manque pas d’intensitĂ© et d’ardeur radicale (comme une Mirella Freni), son angĂ©lisme pouvant rugir aussi
 aussi fort et intensĂ©ment que la manipulatrice qui finalement la soumet peu Ă  peu, Ortrud (Evelyn Herlitzius).
Piotr Beczala a le timbre ardent lui aussi et tendre de l’élu descendu sur terre, mais la voix peine Ă  couvrir les ensembles et le style se durcit, avec aigus claironnants pas rĂ©ellement nuancĂ©s, en particulier dans son grand air de rĂ©vĂ©lation : cf le rĂ©cit du Graal / In fernem Land, dans lequel le fils de Parsifal dĂ©voile son identitĂ© quasi divine et prĂ©tendument salvatrice
).

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa von Brabant : Anna Netrebko
Heinrich der Vogler : Georg Zeppenfeld
Friedrich von Telramund: Tomasz Konieczny
Ortrud : Evelyn Herlitzius
ChƓurs de l’OpĂ©ra d’Etat de Saxe
Staatskapelle de Dresde
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scĂšne : Christine Mielitz
Dresde, Semperoper, enregistré en mai 2016

arte_logo_2013ARTE, lun 9 mars 2020, 5h. LOHENGRIN. Anna Netrebko chante Elsa… Quand ANNA NETREBKO chante Elsa dans Lohengrin de Wagner, c’est toute la planĂšte opĂ©ra qui retient son souffle, curieuse de suivre les prises de rĂŽles de la chanteuse. AprĂšs ses Verdi qu’on a dĂ©clarĂ©s dangereux, et qui furent enivrants, voici sa premiĂšre hĂ©roĂŻne wagnĂ©rienne Elsa, dans la droite ligne de sa lecture si contestĂ©e aussi des Quatre derniers lieder de Strauss / Vier Lietzte Lieder, sous la direction de Daniel Barenboim (1 cd DG – 2015)...

LIRE aussi notre critique du dvd WAGNER : LOHENGRIN (Netrebko, Beczala, Thielemann, Dresde 2016, 2 dvd Deutsche Grammophon).
https://www.classiquenews.com/dvd-compte-rendu-critique-wagner-lohengrin-netrebko-beczala-thielemann-dresde-2016-2-dvd-deutsche-grammophon/

LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siĂšcle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane

LAMOUREUX livre yannick simon critique livre actes sud edition critique classiquenews-Charles-Lamoureux-chef-dorchestre-et-directeur-musical-au-XIX-636x1024LIVRE Ă©vĂ©nement, annonce. CHARLES LAMOUREUX par Yannick Simon : « Chef d’orchestre et directeur musical au XIXe siĂšcle » / Actes Sud / Palazzetto Bru Zane, 2020. Dans le dernier tiers du XIXĂš « romantique », le chef d’orchestre Charles Lamoureux (1834-1899), hyperactif et militant marque la vie musicale parisienne : fondateur d’un Quatuor, d’une sociĂ©tĂ© de musique chorale participant Ă  l’exhumation des grandes pages du passĂ© (SociĂ©tĂ© française de l’Harmonie sacrĂ©e fondĂ©e en 1873, une chorale d’amateurs avec laquelle il joue les grands oratorios de Haendel et les Passions de JS Bach
), le maestro lĂ©gendaire fonde en 1881, la SociĂ©tĂ© des nouveaux concerts, c’est Ă  dire les fameux « Concerts Lamoureux ». Jusqu’en 1899, Lamoureux dirige un collectif de musiciens au service de ses goĂ»ts orchestraux, en particulier les opĂ©ras de Wagner (quand les institutions de concerts concurrentes : Pas de loup ou Colonne
 jouent plutĂŽt Berlioz).

 

 

 

Quand Lamoureux diffusait Wagner à Paris


 

 

lamoureux-charles-portrait-chef-Charles_Lamoureux-chef-maestro-classiquenews-livre-yannick-simon-critique-classiquenewsNĂ© Ă  Bordeaux, il Ă©tudie au Conservatoire de Paris, et y obtient un 1er prix de violon (en 1854). Il doit son solide mĂ©tier instrumental puis de direction d’orchestre grĂące Ă  ses fonctions successives : violoniste dans l’orchestre de l’OpĂ©ra (1853), puis au sein de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire (1863), oĂč il devient chef d’orchestre adjoint en 1872. Le geste visionnaire de Charles Lamoureux, comme directeur de sa propre sociĂ©tĂ© de concerts, sait outrepasser le contexte gĂ©opolitique en France depuis 1870, oĂč parce que l’Allemagne menace et dĂ©fie les Gaulois, toutes les musiques d’Outre-Rhin sont suspectes, en premier lieu Wagner. Directeur musical, chef d’orchestre, entrepreneur, administrateur, programmateur, on doit Ă  Charles Lamoureux la diffusion la plus large et constante des pages wagnĂ©riennes Ă  Paris, comme Habeneck au sein de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire avait dans la premiĂšre moitiĂ© du siĂšcle, fait connaĂźtre les symphonies de Beethoven.

Lamoureux ne dĂ©sarme pas contre les dĂ©fenseurs de la musique franco-française : il dirige Lohengrin (le 3 mai 1887, Ă  l’Éden-ThĂ©Ăątre, avec d’Indy qui prĂ©pare les chƓurs), puis en 1891 Ă  l’OpĂ©ra, mais aussi Tristan und Isolde, au Nouveau ThĂ©Ăątre en 1899 (l’annĂ©e de sa mort, Ă  65 ans) ; tout en jouant les compositeurs hexagonaux. La musique nouvelle est sa spĂ©cialitĂ©. En dehors des antagonismes partisans dont aime Ă  se dĂ©lecter le petit milieu musical parisien, Lamoureux voit grand et large, allemand ET français ; en une pĂ©riode oĂč les patriotismes sont exacerbĂ©s de part et d’autre des frontiĂšres, oĂč il est de bon ton de montrer dans quel camp l’on est. Lamoureux permet finalement Ă  Wagner l’occasion de prendre sa revanche aprĂšs l’échec cuisant de son TannhĂ€user, objet d’une cabale aprĂšs ses 3 reprĂ©sentations parisiennes de 1861. Le wagnĂ©risme devient total, 20 ans plus tard, grĂące Ă  Lamoureux, partisan infatigable (dans le sillon de Baudelaire). L’auteur analyse les jalons d’une activitĂ© musicale unique Ă  Paris, celle du chef et producteur Charles Lamoureux. Il montre en particulier la volontĂ© et l’ambition d’un musicien, entrepreneur courageux pour lesquels le succĂšs et les revenus furent aussi prĂ©caires que le public, volatile. Critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews.

 

 

 

 
 

 

 

 

Posted in Backup, classiquenews, dĂ©pĂȘches, sĂ©lection 01 (du jour), sĂ©lection 02 (offrir) | Tagged , , , , , , ,

DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier
 Bayreuth juillet 2018)

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON (Thielemann, Beczala, Meier
 Bayreuth juillet 2018). Le petit milieu lyrique avait fait des gorges chaudes pour cette production de Bayreuth, inaugurant une nouvelle mise en scĂšne de Lohengrin, le chevalier cĂ©leste descendu des cintres pour sauver l’humanitĂ© indigne
 Ce devait ĂȘtre aussi une prise de rĂŽle en juillet 2018 pour Alagna. Patatras le Français abandonna et ce fut Piotr Beczala qui reprit le dĂ©fi, quasi in extremis. Dans une rĂ©alisation tout Ă  fait convenable, mĂȘme
 globalement convaincante.
D’autant que le parti est assez audacieux et contrevient Ă  l’idĂ©alisation fantasmatique qui est le propre du hĂ©ros messianique : Yuval Sharon dĂ©truit le mythe du chevalier ici, sans cygne, mais anti hĂ©ros, indĂ©cis, instable. Pire, d’un glaciale indiffĂ©rence aux dĂ©sirs de la princesse de Brabant, Elsa dont l’autoritĂ© est menacĂ©e par le couple noir Telramund / Ortrud. Il y a mĂȘme du sadisme chez celui qui de Chevalier libĂ©rateur et protecteur, devient un demi bourreau, souhaitant faire payer Ă  la naĂŻve Elsa, celle qui pose la question interdite (dĂ©voilant du mĂȘme coup osons le dire, sa stupiditĂ© et son manque de confiance) : au III, Lohengrin n’a rien d’un Ă©poux aimant et comprĂ©hensif pour la jeune oie imbĂ©cile.
certes, l’heure mĂ©diatique et l’actualitĂ© Ă©taient au mouvement pour la protection des femmes et contre le harcĂšlement professionnel (#balancetonporc)
 d’oĂč des scĂšnes de supplices infligĂ©s aux femmes en second plan ; trop opportuniste, la mise en scĂšne a pĂȘchĂ© en voulant Ă  tous prix faire coĂŻncider la trame du livret avec cette honte internationale. L’équation actualitĂ© et opĂ©ra aurait pu ĂȘtre mieux rĂ©ussi, en finesse comme en rĂ©fĂ©rences maĂźtrisĂ©es : n’est pas directeur d’acteurs-chanteurs ni metteur en scĂšne, qui veut (prĂ©sence de la centrale Ă©lectrique, pour le moins incongrue ; de mĂȘme, quel sens donner Ă  la prĂ©sence des petites ailes aux dos des personnages, que gagne Lohengrin Ă  l’issue de son combat vainqueur, contre Telramund ?
 ).

BECSALA, HARTEROS, MEIER, ZAPPENFELD

Quatuor gagnant pour le nouveau LOHENGRIN de Bayreuth

Sous la baguette, toujours active et caractĂ©risĂ©e de Christian Thielemann (dont le teutonisme sied bien au relief nĂ©ogothique du Romantique Wagner), saluons la langue contrastĂ©e, bondissante de l’orchestre, selon les tableaux) ;
Venu sauver ce qui pouvait l’ĂȘtre, le tĂ©nor polonais Piotr Beczala assume cette quasi prise de rĂŽle Ă  Bayreuth (il avait chantĂ© le rĂŽle Ă  Dresde dĂ©jĂ ) : en dĂ©pit d’aigus parfois mal couverts, tendus, imprĂ©cis, le chanteur sĂ©duit en Lohengrin, se hisse jusqu’aux traces du champion actuels (Ă  Bayreuth) : Klaus Florian Vogt, d’autant que le nouveau n’a pas la maĂźtrise naturelle de l’allemand. Face Ă  son angĂ©lisme vocal (malgrĂ© le sadisme souhaitĂ© par le metteur en scĂšne), l’Elsa de Anja Harteros sonne presque trop sombre, rĂ©vĂ©lant dans la puissance de rĂ©elles aptitudes Ă  nuancer son personnage (pourtant de godiche manipulĂ©e par Ortrud).
La production de ce Lohengrin 2018 gagne aussi de la prĂ©sence du mezzo noble et grave, trouble et fulgurant de l’immense Waltraud Meier (laquelle aura chanter tous les grands rĂŽles fĂ©minins de Wagner, d’Ortrud Ă  Isolde). Son retour Ă  Bayreuth oĂč elle a chantĂ© dĂšs 1983 (Parsifal, Kundry anthologique), affirme son charisme vocal, une prĂ©sence dramatique surtout qui souligne l’art de l’actrice et de la tragĂ©dienne, fauve analytique, jaugeant chaque partenaire avec un appĂ©tit et une tension, ultimes. Les ressources sont rĂ©duites car sa carriĂšre est derriĂšre elle, mais quelle intonation, quelle intelligence dramatique, quelle diseuse capable de faire scintiller le thĂ©Ăątre wagnĂ©rien. MĂȘme autoritĂ© et Ă©vidence musicales pour le Roi Heinrich de Georg Zeppenfeld, devenu depuis quelques annĂ©es, un familier de Bayreuth.
Saluons enfin le chƓur prĂ©parĂ© par Eberhard Friedrich qui fait mouche par sa plasticitĂ© et son engagement : un modĂšle dans le genre et la confirmation qu’ils sont pour chaque spectacle local, un pilier garant de rĂ©ussite scĂ©nique.

Malgré les incohérences de la mise en scÚne, la solidité du cast vocal sauve cette nouvelle production de Lohengrin : le quatuor principal demeure quasi exemplaire.

________________________________________________________________________________________________

DVD, critique. WAGNER : Lohengrin – 1 dvd DEUTSCHE GRAMMOPHON – Ref. N°0735621 – Bayreuth juillet 2018 / Parution le 5 juillet 2019.
OpĂ©ra romantique en trois actes – Livret du compositeur
Créé à Weimar le 28 août 1850
BAYREUTH, juillet 2018
Direction musicale : Christian Thielemann
Mise en scĂšne : Yuval Sharon
DĂ©cors et costumes : NĂ©o Rauch et Rosa Loy
LumiĂšres : Rainhard Traub

Lohengrin : Piotr Beczala
Elsa : Anja Harteros
Ortrud : Waltraud Meier
Telramund : Tomasz Konieczny
Le Roi Henri : Georg Zeppenfeld
Le HĂ©raut du Roi : Egils Silins
Les quatre nobles : Michael Gniffke, Eric Laporte, Kay Stiefermann, Timo Riihonen

Choeurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Chef des choeurs : Eberhard Friedrich

 

 

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

WAGNER LOHENGRIN THIELEMANN YUVAL SHARON DVD DEUTSCHGE GRAMMOPHON juillet 2019 bayreuth critique opera classiquenews review dvd classiquenews Waltraud meier, harteros beczala zeppenfeld critique dvd critique opera classiquenews dg0735621

CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)

wagner lohengrin bayreuth 2011 zeppenfeld vogt dasch rasilainen lang youn andris nelssons cd reviex critique cd par classiquenews cd opus arte 1533641746133687_resize_265_265CD, critique. Wagner: Lohengrin (Nelsons, Vogt, Zeppenfeld. Bayreuth 2011, 2 cd Opus Arte)
 Retransmis sur Arte dĂšs aoĂ»t 2011, la production mise en scĂšne par Neuenfels ne brillait pas par son onirisme mais un schĂ©matisme radical Ă  grand renfort d’images objets gadgets, peu esthĂ©tiques mais trĂšs comprĂ©hensibles. Heureusement la rĂ©alisation musicale sous la baguette nerveuse d’Andris Nelsons, qui depuis a dĂ©montrĂ© sa valeur pour DG chez Bruckner et Mahler, sauve le spectacle d’un vrai naufrage visuel…
Voici la critique de notre confrÚre Lucas Irom, rédigé au moment de la transmission du direct de Bayreuth, le 14 août 2011, sur Arte :

D’abord, critique de la rĂ©alisation scĂ©nique 
 Plateau froid comme un glaçon (oĂč plutĂŽt comme un laboratoire aseptisĂ©) oĂč pullulent des rats numĂ©rotĂ©s, noirs ou blancs selon qu’ils se rangent du cĂŽtĂ© de l’un des partis opposĂ©s, 
 le constat est sans appel face une une mise en scĂšne dĂ©lirante et hors sujet, au dĂ©roulement incomprĂ©hensible : « Lohengrin dĂ©naturé  Dans Lohengrin (crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1848), Wagner traite de la rencontre improbable mais fantasmatique: celle de l’humain faillible et vulnĂ©rable, et du divin, exceptionnellement incarnĂ©. Or qu’avons nous sur la scĂšne de Bayreuth? une foire aux gadgets, des mouvements de choeurs inexistants et sans prĂ©cisions, un jeu d’acteurs convenu, d’une frontalitĂ© statique si ennuyeuse
 Et ces rats qui envahissent la scĂšne affichant enfin leurs visages humains en prĂ©sence du hĂ©ros providentiel
que doivent-ils rĂ©ellement apporter Ă  la rĂ©vĂ©lation de l’oeuvre?, Ă©crit notre confrĂšre. LIRE ici la critique complĂšte de Lohengrin Ă  Bayreuth, avec tĂ©moignage de la mise en scĂšne (direct Arte aoĂ»t 2011) :
http://www.classiquenews.com/bayreuth-direct-arte-le-14-aot-2011-wagner-lohengrin-klaus-florian-vogt-lohengrin-georg-zeppenfeld-choeurs-et-orchestre-du-festival-de-bayreuth-andris-nelsons-direction-nbs/

LIRE aussi la critique du dvd Ă©ditĂ© par Opus Arte dans la foulĂ©e de l’enregistrement Ă  Bayreuth en aoĂ»t 2011
http://www.classiquenews.com/wagner-lohengrin-vogt-nelsons-bayreuth-20112-dvd-opus-arte/

ET SUR LE PLAN VOCAL ET ORCHESTRAL ? Si l’on se place sur le plan vocal et musical que vaut cette production si attendue et qui déçoit tant visuellement et scĂ©niquement? Evidemment il fallait fixer le souvenir de la distribution
 proche de l’idĂ©al.
Le roi Henri (Georg Zeppenfeld) et son hĂ©raut (Samuel Youn) sont trĂšs engagĂ©s vocalement, voire impeccables; passons le Telramund souvent outrĂ© et sans guĂšre de subtilitĂ© de TĂłmas TĂłmasson; la dĂ©ception vient Ă©videmment de l’Elsa d’Annette Dasch: petite voix serrĂ©e, justesse vacillante, aucune lumiĂšre ni magnĂ©tisme: on comprend hĂ©las que cette Ăąme omantique soit dĂ©passĂ©e par l’ampleur du hĂ©ros venu la sauver

Car, pendant et strict opposé de Jonas Kaufmann qui pourtant a marqué le
rĂŽle ici mĂȘme, Klaus Florian Vogt irradie par la puretĂ© angĂ©lique de son timbre: le tĂ©nor allemand est un Lohengrin fin et captivant, dans lequel le divin et l’humain fusionnent. Saluons la force dĂ©moniaque, vraie entitĂ© du mal et rivale manupulatrice d’Elsa qu’incarne avec style Petra Lang dans le rĂŽle si captivant d’Ortrud (la sorciĂšre qui est l’origine de tout le drame)
 Les choeurs sont Ă  la hauteur du festival comme l’orchestre d’ailleurs, grĂące Ă  la direction trĂšs enflammĂ©e d’Andris Nelssons.

 

 

 

 

——————————————————————————————————————————————————

Wagner: Lohengrin. Avec : Klaus Florian Vogt (Lohengrin), Georg Zeppenfeld (Henri l’Oiseleur), Annette Dasch (Elsa von Brabant), TĂłmas TĂłmasson (Friedrich von Telramund), Petra Lang (Ortrud), Samuel Youn (Le hĂ©raut d’armes du roi). Choeurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Direction musicale : Andris Nelsons. Mise en scĂšne : Hans Neuenfels. Bayreuth aoĂ»t 2011. 2 cd OPUS ARTE.

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,
 Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

lohengrin- vignette 160 ANO-16-18-20-septembre-2016-ano-lohengrin-skryscraper-160-600Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold,
 Orch. nat. des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction. Plateau solide et efficace, surtout orchestre dans la puissance et la nuance. … ce Lohengrin made in Nantes, de surcroĂźt en version de concert …. vaut bien des Bayreuth;  inutile de bouder votre plaisir, Jean-Paul Davois, directeur bien inspirĂ© d’Angers Nantes OpĂ©ra, confirme une belle intuition : en programmant sur la scĂšne de la CitĂ© des CongrĂšs de Nantes, ce Wagner sans dĂ©cors ni costumes, le directeur gĂ©nĂ©ral nous offre une immersion dans la grande forge wagnĂ©rienne ; car c’est bien le chef et l’orchestre qui en sont les vedettes;  instruments acteurs, au verbe foisonnant et aux accents millimĂ©trĂ©s, tant la direction du chef Pascal RophĂ© nous satisfait, et mĂȘme nous comble par une sobriĂ©tĂ© soucieuse de couleurs ; habile et ductile dans l’enchaĂźnement des Ă©pisodes dramatiques ; trĂšs convaincante dans l’Ă©quilibre des pupitres, jouant sur le relief  des cuivres omniprĂ©sents  (l’enjeu ici Ă  travers de nombreux passages militaires est bien lĂ  prĂ©servation de l’Empire allemand); jouant tout autant de la rutilante harmonie des bois…  d’un magicien angĂ©lisme quand paraĂźt Ă  chaque fois la trop candide Elsa (flĂ»tes aĂ©riennes, Ă©vanescentes).

davois et maestro rophe lohengrin nantes angers opera critique classiquenewsPascal RophĂ© se saisit du drame wagnĂ©rien oĂč triomphe supĂ©rieur, souverain, le venin haineux d’Ortrud, seule capable de chasser l’unique chevalier venu de Montsalvat pour sauver la jeune ( et si dĂ©munie) duchesse de Brabant, et surtout le succĂšs des armĂ©es impĂ©riales. MalgrĂ© la lumiĂšre que convoque chaque apparition du  chevalier au cygne, Lohengrin, Wagner conçoit un opĂ©ra viscĂ©ralement noir, et sans issue, soulignant combien aimer en confiance est impossible, combien les hommes ne mĂ©ritent pas la chance de salut qui leur est, une fois dans leur vie, accordĂ©. La fĂ©erie mĂ©diĂ©vale est conduite par une vision dĂ©sespĂ©rĂ©e d’un compositeur qui est lui-mĂȘme, Ă  l’époque de la conception de son opĂ©ra, inquiĂ©tĂ©, pourchassĂ©, rendu fugitif en Europe. Photo ci contre : Jean-Paul Davois et le maestro Pascal RophĂ© (DR), nouvelle coopĂ©ration prometteuse, dĂ©jĂ  riche en arguments convaincants grĂące Ă  ce Lohengrin de dĂ©but de saison 2016-2017… 

 

 

 

Angers Nantes OpĂ©ra rĂ©ussit Ă  rĂ©unir chanteurs, chƓurs, orchestre et chef en une production convaincante

Une offre wagnérienne à Nantes et à Angers qui ne se refuse pas


 

 

DĂšs l’ouverture, la direction de Pascal RophĂ© affirme une conception volontaire et trĂšs prĂ©cise du drame ; la clartĂ© du geste saisit ; la construction rĂ©alise ce prodigieux rĂȘve d’Elsa dont l’Ă©clat (premier coup des timbales) marque l’implosion prodigieuse qui se transmet jusqu’au chevalier qui ayant entendu sa priĂšre, descendra du ciel, pour la sauver… Directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire depuis 2014, Pascal RophĂ© tout au long de la soirĂ©e se montre un wagnĂ©rien captivant ; on suit le chef sans sourciller, le laissant nous conduire d’un acte Ă  l’autre avec une subtilitĂ© sobre rĂ©ellement habile et trĂšs juste. La coopĂ©ration entre le chef, son orchestre et Angers Nantes OpĂ©ra se rĂ©vĂšle en ce sens positive, et … prometteuse.

 

rophe-pascal-maestro-chef-d-orchestre-concert-lohengrin-nagers-nantes-opera-critique-compte-rendu-classiquenews

 
 

HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnĂ©tique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte oĂč la sirĂšne manipulatrice sĂšme dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignĂ©e des MĂ©dĂ©e et des Armide, des opĂ©ras baroques et prĂ©classiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impĂ©riale quitte dans un rapport sadique Ă  dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : Ă©videmment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armĂ© de sa vengeance  (trĂšs convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scĂ©nique ajoute Ă  sa crĂ©dibilitĂ©); et quand la sorciĂšre noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire prĂ©figuration du Ring Ă  venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse lohengrin angers nantes opera tenor telramund xQwnPoCliLHGVlwXm5aDyhoc_Rwabpz8-z21pnh5zb0jamais forcĂ©e de ses graves vĂ©nĂ©neux en somptueuse dĂ©itĂ© wagnĂ©rienne;  on lui doit cet aplomb convaincant qui avait fait la rĂ©ussite de sa BĂ©rĂ©nice de Magnard Ă  l’OpĂ©ra de Tours (avril 2014) comme la valeur de sa flamboyante SĂ©mĂ©lĂ©, cantate de Dukas Prix de Rome, qui lui doit d’avoir Ă©tĂ© ainsi remarquĂ©e au disque (CLIC de classiquenews, octobre 2015).

kirch daniel ohengrin nantes angersChez les hommes, le roi Henri l’oiseleur de Jean Teitgen, impose une belle ardeur de juge mĂ©diateur malgrĂ© la raideur de son jeu d’acteur : c’est bien le seul qui ne regarde jamais ses partenaires pendant le spectacle ni ne se retourne vers le choeur qui assure pourtant nombre de ses entrĂ©es. Le Lohengrin de Daniel Kirch (photo ci contre) fait valoir les mĂȘmes qualitĂ©s que son Paul dans La Ville Morte de Korngold, somptueuse production prĂ©sentĂ©e par Angers Nantes OpĂ©ra, et pour nous fleuron de sa saison 2015 – 2016 (mars 2015) : le tĂ©nor allemand qui chante depuis longtemps et Lohengrin et Parsifal, possĂšde l’exacte couleur du caractĂšre, mĂȘme si parfois quand se dĂ©ploient les tutti de l’orchestre, la voix couverte devient inaudible. Mais son “In fernem Land“, quand le Chevalier dĂ©voile son identitĂ© divine et miraculeuse, le tĂ©nor sur un tapis orchestral murmurĂ©, se fait diseur, d’une sincĂ©ritĂ© qui touche (saluons dans ce sens, l’intelligence nuancĂ©e du chef). Familier des productions baroques et prĂ©romantiques, de Rameau Ă  Salieri et jusqu’à MĂ©hul, le baryton Philippe-Nicolas Martin rĂ©ussit toutes ses dĂ©clarations dĂ©clamĂ©es en HĂ©raut bien chantant et naturellement puissant. D’abord un peu terne voire trop lisse, l’Elsa de Juliane Banse dont le mĂ©rite est justement de s’ĂȘtre Ă©conomiser depuis le dĂ©but, rĂ©ussit incontestablement sa derniĂšre scĂšne (de jeune Ă©pousĂ©e) dans laquelle celle qui doit tout au Chevalier se dĂ©voile agitĂ©e, en panique, insistant lourdement auprĂšs de Lohengrin, exigeant que son sauveur lui rĂ©vĂšle enfin son nom et d’oĂč il vient. Elle avait pourtant jurĂ© de ne jamais poser la question. En se parjurant ainsi, la pauvre oie blanche perd tout et permet Ă  celle qui l’a manipulĂ©e, de vaincre dĂ©finitivement.

 

pascalrophe-ouestfrance-3La vivacitĂ© dramatique du chef s’avĂšre une grande rĂ©ussite ; l’implication des instrumentistes et des choeurs  (engagĂ©s, nerveux, dans l’action), la prestation globalement convaincante des solistes font toute la  valeur de ce Wagner Ă  voir absolument Ă  Angers le 20 septembre prochain au Centre de CongrĂšs  (19h), ultime reprĂ©sentation. Quand Bayreuth continue de dĂ©cevoir soit par l’absence des grands chanteurs, soit par l’indigence ou l’outrance de mises en scĂšnes trop dĂ©calĂ©es, Angers Nantes Opera vous propose un Wagner de grande classe qui Ă  juste titre place chanteurs et instrumentistes sur le plateau et au devant de la scĂšne
 une invitation en ouverture de sa nouvelle saison 2016 – 2017 qui ne se refuse pas.

 

 

 

 

Compte rendu, opĂ©ra. Nantes, CitĂ© des CongrĂšs, le 18  septembre 2016. Wagner : Lohengrin, version de concert. Daniel Kirch, Catherine Hunold, Robert Hayward, Juliane Banse, Jean Teitgen, Philippe Nicolas Martin.., choeurs d’Angers Nantes OpĂ©ra, de l’OpĂ©ra de Montpellier, Orchestre national des Pays de la Loire. Pascal RophĂ©, direction.

Illustrations : Catherine Hunold (Ortrud) et Pascal Rophé (DR)

 

 

Lohengrin de Wagner Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© aprĂšs le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grĂące Ă  l’engagement de son ami et bientĂŽt beau-pĂšre, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprĂšs des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂč il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ɠuvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible aprĂšs Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de BaviĂšre, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec TannhĂ€user, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de
 Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© aprĂšs les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans TannhĂ€user, Wagner prĂ©cise la place du hĂ©ros artiste, c’est Ă  dire lui-mĂȘme, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvĂ© par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le hĂ©ros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanitĂ© mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient dĂ©fendre chevaleresquement), se conclut par un Ă©chec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin
 lequel, aprĂšs avoir dĂ©voilĂ© son identitĂ© messianique et divine, rejoint le ciel. LIRE NOTRE PRESENTATION COMPLETE DE LOHENGRIN de WAGNER Ă  NANTES et Ă  ANGERS 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opĂ©ra romantique en 3 actes
d’aprùs Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de CongrĂšs : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund

Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

RĂ©servations, infos, prĂ©sentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra / prĂ©sentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin de Wagner Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© aprĂšs le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grĂące Ă  l’engagement de son ami et bientĂŽt beau-pĂšre, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprĂšs des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂč il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ɠuvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible aprĂšs Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de BaviĂšre, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec TannhĂ€user, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de
 Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© aprĂšs les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans TannhĂ€user, Wagner prĂ©cise la place du hĂ©ros artiste, c’est Ă  dire lui-mĂȘme, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvĂ© par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le hĂ©ros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanitĂ© mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient dĂ©fendre chevaleresquement), se conclut par un Ă©chec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin
 lequel, aprĂšs avoir dĂ©voilĂ© son identitĂ© messianique et divine, rejoint le ciel. L’opĂ©ra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achĂšve sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la sociĂ©tĂ©. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincĂšre, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu
 Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frĂšre Gottfried pour rĂšgne avec son mystĂ©rieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu dĂ©mĂȘler l’intrigue demande Ă  Elsa de choisir le hĂ©ros qui saura dĂ©fendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, Ă©tranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a acceptĂ© de dĂ©fendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empĂȘcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancĂ©e. C’est que le couple noir, celui de la sorciĂšre Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant
 La noce qui s’annonce est voilĂ©e par le manque de confiance que la jeune femme rĂ©serve Ă  celui qui l’a pourtant sauvĂ©e.

Au III : L’Ă©chec d’Elsa, le dĂ©part de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irrĂ©parable en posant la question Ă  son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dĂ©voile devant tous son identitĂ© : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal Ă  Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il dĂ©tient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a dĂ©truit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. AgenouillĂ©, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformĂ© en cygne
) qui dĂšs lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, dĂ©sormais dĂ©muni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frĂšre ressuscitĂ©.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opĂ©ra romantique en 3 actes
d’aprùs Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de CongrĂšs : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund

Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

RĂ©servations, infos, prĂ©sentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra / prĂ©sentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

Lohengrin Ă  Nantes et Ă  Angers

lohengrin-angers-nantes-opera-582-390NANTES, ANGERS : Lohengrin, 16,18,20 septembre 2016. En version de concert. Lohengrin, opĂ©ra conçu en 1848 Ă  l’époque des rĂ©volutions europĂ©ennes, sera crĂ©Ă© aprĂšs le tumulte, en 1850 Ă  Weimar grĂące Ă  l’engagement de son ami et bientĂŽt beau-pĂšre, Franz Liszt. Wagner est alors un compositeur fugitif, pourchassĂ© en Allemagne, Ă  cause de ses positions auprĂšs des rĂ©volutionnaires. Fuyant Dresde (Ă  l’issu des journĂ©es de mai 1849), Wagner rejoint Paris puis Zurich, oĂč il se fixe jusqu’en 1860 : c’est lĂ  que dĂ©sespĂ©rĂ© et suicidaire, il Ă©bauche le projet de son grand Ɠuvre, La TĂ©tralogie. Fresque dĂ©jĂ  cinĂ©matographique d’une conception inouĂŻe et inĂ©dite alors dont la rĂ©alisation sera possible aprĂšs Tristan und isolde, au moment de sa double rencontre, – toutes deux miraculeuses dans sa vie, Cosima, la fille de Liszt, qu’il Ă©pousera, et surtout Louis II de BaviĂšre, jeune monarque possĂ©dĂ© par la poĂ©sie hĂ©roĂŻque et mĂ©diĂ©vale du compositeur, lequel avec TannhĂ€user, crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845, et Lohengrin, a dĂ©finitivement Ă©laborĂ© l’opĂ©ra romantique germanique. Avec Genoveva de Schumann, exactement contemporaine de
 Lohengrin, et comme ce dernier, crĂ©Ă© aprĂšs les rĂ©voltes de 1848.

 

 

 

L’échec d’Elsa, la perte de Lohengrin

 

Rienzi de WagnerDans TannhĂ€user, Wagner prĂ©cise la place du hĂ©ros artiste, c’est Ă  dire lui-mĂȘme, incompris mais porteur d’avenir, qui est sauvĂ© par l’amour d’une femme pure (Elisabeth). Avec Lohengrin, le hĂ©ros est toujours porteur d’une mission salvatrice : sauver l’humanitĂ© mais sa rencontre avec une mortelle, Elsa (princesse de Brabant qu’il vient dĂ©fendre chevaleresquement), se conclut par un Ă©chec : la jeune femme choisie par l’élu (descendu du ciel) se montre indigne de l’amour de Lohengrin
 lequel, aprĂšs avoir dĂ©voilĂ© son identitĂ© messianique et divine, rejoint le ciel. L’opĂ©ra porteur d’un amour romantique pur, pourtant prometteur, s’achĂšve sur la perte de l’harmonie et l’échec du divin et de l’humain, de l’artiste et de la sociĂ©tĂ©. Il est vrai qu’Elsa, pourtant sincĂšre, se laisse passivement manipuler par le couple noir Ortrud / Telramund.

 

A l’acte I, Telramund est vaincu
 Wagner expose le contexte politique du Brabant chaotique : Telramund accuse la princesse Elsa de Brabant d’avoir assassiner son jeune frĂšre Gottfried pour rĂšgne avec son mystĂ©rieux amant. Le Roi Henri l’oiseleur venu dĂ©mĂȘler l’intrigue demande Ă  Elsa de choisir le hĂ©ros qui saura dĂ©fendre son honneur et se battre contre Telramund : un inconnu, Ă©tranger au Brabant s’avance alors et soumet Telramund.

Au II, la promesse d’Elsa… alors qu’il a acceptĂ© de dĂ©fendre Elsa si elle ne lui demande jamais qui il est, Lohengrin ne peut empĂȘcher que le doute et le soupçon gagner finalement le coeur de sa fiancĂ©e. C’est que le couple noir, celui de la sorciĂšre Ortrud et de Telramund l’accusateur ne cesse de tirailler la princesse de Brabant
 La noce qui s’annonce est voilĂ©e par le manque de confiance que la jeune femme rĂ©serve Ă  celui qui l’a pourtant sauvĂ©e.

Au III : L’Ă©chec d’Elsa, le dĂ©part de Lohengrin… Lohengrin tue Telramund mais Elsa a commis l’irrĂ©parable en posant la question Ă  son sauveur : qui est-il ? Lohengrin dĂ©voile devant tous son identitĂ© : il est le fils de Parsifal, gardien du sanctuaire contenant la Saint Graal Ă  Montsalvat ; mais le pouvoir magique qu’il dĂ©tient reste puissant tant qu’il demeure inconnu. En rompant la promesse qui les liait, Elsa a dĂ©truit leur avenir et provoque le retour de l’élu, Lohengrin,le chevalier blanc, au Ciel. AgenouillĂ©, Lohengrin ressuscite le jeune Gottfried (qu’Ortrud avait transformĂ© en cygne
) qui dĂšs lors, incarne l’avenir encore incertain du Brabant, dĂ©sormais dĂ©muni, orphelin de la protection divine. Elsa trop fragile, s’évanouit et meurt dans les bras de son jeune frĂšre ressuscitĂ©.

 

 

 

 

Wagner : Lohengrinboutonreservation
version de concert — opĂ©ra romantique en 3 actes
d’aprùs Parzival de Wolfram von Eschenbach, et Lohengrin de Nouhuwius

NANTES, La Cité : vendredi 16, dimanche 18 septembre 2016

ANGERS, Centre de CongrĂšs : mardi 20 septembre 2016

Semaine Ă  19h, le dimanche Ă  14h30

Avec Daniel Kirch, Lohengrin
Juliane Banse, Elsa
L’excellente mezzo française : Catherine Hunold, Ortrud
Robert Hayward, Telramund

Orchestre national des Pays de La Loire
Pascal Rophé, direction

 

 

RĂ©servations, infos, prĂ©sentation sur le site d’ANGERS NANTES OPERA

 

DAVOIS-jean-paul-angers-nantes-opera-CARRE-portraitVOIR aussi notre entretien avec Jean-Paul Davois, directeur d’Angers Nantes OpĂ©ra / prĂ©sentation de la nouvelle saison et de la production en version de concert de LOHENGRIN de Richard Wagner

 

 

 

CD, coffret. AndrĂ© Cluytens Ă  Bayreuth (TannhĂ€ĂŒser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

cluytens bayreuth lohengrin tannhauser maitres chanteurs coffret 10 cd membran andre cluytens maestro wieland wagner 1956 1957 1958 critique compte rendu classiquenewsCD, coffret. AndrĂ© Cluytens Ă  Bayreuth (TannhĂ€ĂŒser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran). Quand le français AndrĂ© Cluytens Ă©tait le maĂźtre de Bayreuth… Membran rĂ©Ă©dite une partie de l’hĂ©ritage du maestro Cluytens, en 1956, 1957, 1958, pĂ©riode bĂ©nie sur la Colline verte qui depuis a bien dĂ©clinĂ© en qualitĂ© et en pertinence musicale. Le coffret de 4 opĂ©ras  wagnĂ©riens comprend la fameuse production des origines celle de 1955 : TannhĂ€user donc qui inaugure la coopĂ©ration du chef français et du festival de Baureuth oĂč Ă  la grande joie de celui qui l’a conviĂ© – Wieland Wagner, le premier maestro hexagonal dans la place saisit par un souffle  irrĂ©sistible : fiĂšvre active et aussi surtout poĂ©tique qui permet l’expression tendre, Ăąpre,  enivrĂ©e et sensuelle ; approfondissant avec passion et intelligence ce Wagner ardent, orchestralement voluptueux et flamboyant aux atmosphĂšres si fabuleuses (en exploitant la configuration spĂ©cifique de la fosse semi enterrĂ©e, le chef obtient dans les lointains cette onde des cordes caractĂ©ristique, enveloppante et Ă©vanescente, idĂ©alement onirique). Cluytens est un orfĂšvre-conteur exceptionnel qui cisĂšle le chant de l’orchestre, curieux et gĂ©nĂ©reux en dĂ©tails ; la maĂźtrise et la sensibilitĂ© Ă©clairent comme peu le talent du Wagner orchestrateur. Le remarquable atmosphĂ©riste veille aussi  Ă  l’Ă©quilibre chanteurs et fosse : et comme bientĂŽt Karajan et son Ring sculptĂ© chambriste pour le studio dĂšs 1966 (mais Ă  Berlin car comme Solti, autre immense wagĂ©nrien, Karajan ne fit pas carriĂšre Ă  Bayreuth!), Cluytens lui a le souci constant de l’intelligibilitĂ© du texte et donc de la clarification de chaque situation. Tout cela devait idĂ©alement fonctionner en accord avec les mises en scĂšne de Wieland Wagner elles-mĂȘmes dĂ©pouillĂ©es jusqu’Ă  l’Ă©pure.

cluytens andre un francais a bayreuth wagnerien es meriteArdent bien que n’ayant pas l’Ăąge du rĂŽle, le Tannhauser du quadra Wolfgang Windgassen exprime les dĂ©sirs et la volontĂ© de dĂ©passement du chantre dĂ©cadent (cf. son exhortation emportĂ©e aux plaisirs charnels, rĂ©miniscence de son sĂ©jour vĂ©nusien dit sa nature lascive), comme l’ĂȘtre culpabilisĂ© Ă  la fin du tournoi (fin du II), puis l’Ăąme terrassĂ©e  en quĂȘte de purification. … Windgassen fait de TannhĂ€user, figure de l’artiste Wagner en proie aux incomprĂ©hensions de son Ă©poque et de ses contemporain sur la mission salvatrice de son art, un ĂȘtre tiraillĂ©, tendu, profondĂ©ment agitĂ© (ce que confirme aussi sa prononciation spĂ©cifique : serpentine) ; sa confrontation initiale avec VĂ©nus aprĂšs le Prologue (trĂšs convaincante Herta  Wilfert) est contrastĂ©e et vive. Puis l’assemblĂ©e des chantres affirme une tendresse linguistique trĂšs bien dĂ©finie que la prise live intensifie en ne gommant rien des dĂ©placements sur la scĂšne. L’Elisabeth de GrĂ© Brouwenstjin affirme elle aussi une belle santĂ© vocale sens de la ligne vocale), coeur ardent et reflechi aux belles inflexions chambristes, prĂȘt Ă  dĂ©fendre le pĂȘcheur TannhĂ€user. Et le Wolfram de DF Dieskau Ă©blouit pas sa finesse virile en tĂ©moin atteint mais impuissant et complice des amours d’Élisabeth et de TannhĂ€user : le diseur rĂ©tablit avec justesse tout le travail spĂ©cifiquement de caractĂ©risation thĂ©Ăątrale dĂ©fendue par le maestro dans la fosse : du Wagner, articulĂ©, naturel, fin et subtil comme nous l’aimons, et tel qu’il n’existe plus Ă  Bayreuth.

 

 

 

Bayreuth 1955

Le Français André Cluytens conquiert Bayreuth

 

cluytens andre chef orchestre maestro classiquenewsAux cĂŽtĂ©s du TannhĂ€user originel de 1955, le coffret comprend la fameuse nouvelle production des MaĂźtres Chanteurs que Wieland Wagner crĂ©a dĂšs 1956 avec la complicitĂ© de son chef fĂ©tiche et qui fut reprise en 1957 (la prĂ©sente bande) : l’idĂ©al artistique s’y Ă©coule avec tendresse et une ferveur dramatique inouĂŻe lĂ  encore (dont les saillies et accents comiques si finement troussĂ©s par un Wagner dĂ©cidĂ©ment complet et inattendu). Cluytens instille une tension et une gĂ©nĂ©rositĂ© humaine pour le trio bĂ©ni : Eva, l’inspiratrice ; Walther, l’apprenti maĂźtre, mais aussi l’impĂ©tueux Ă  l’insolence gĂ©niale et rĂ©gĂ©nĂ©ratrice, enfin Ă©videmment Hans Sachs, modĂšle absolu pour tout artiste et donc double de Wagner. Comme dans TannhĂ€user, le sens de l’intensitĂ© dans la ligne vocale, la justesse du chant, l’Ă©quilibre souverain entre la ciselure des instruments calibrĂ©s depuis la fosse et l’intonation de chaque air soliste… font merveille ici pour un Wagner intensĂ©ment thĂ©Ăątral, jamais disproportionnĂ©, proche du texte, essentiellement poĂ©tique. L’instant de grĂące Ă©tant accompli lors du sublime quintette (Selig, wie die Sonne) au III oĂč le parti du bien, rĂ©ceptacle de la mission sacrĂ©e et salvatrice de l’art communie (accord miraculeux entre Sachs, Walther et Eva – angĂ©lique Elisabeth GrĂŒmmer, diamant Ă©tincelant au-dessus des voix)… Des trois opĂ©ras intĂ©graux, ce sont ces MaĂźtres Chanteurs qui retiennent surtout notre attention faisant la valeur premiĂšre ce de coffret historique.

Ferme cette brillante trilogie Cluytens Ă  Bayreuth, le Lohengrin de 1958. FiĂšvre jusqu’Ă  l’incandescence (ouverture que n’aurait pas renier un Baudelaire Ă©pris de bĂ©atitudes cĂ©lestes), surtout tempĂ©rament de feu et ardent pour une Elsa palpitante et subtile en tout point (LĂ©onie Rysaneck, autre diamant Ă  la fois Ă©tincelant et fĂ©brile que polit avec une complicitĂ© amoureuse le chef Cluytens, exploitant sa fragilitĂ© lumineuse, son irradiante sensibilitĂ©). Les deux rĂŽles noirs (Telramund et Ortrud sont finement ciselĂ©s eux aussi (ernest Blanc et Astrid Varnay).
CĂŽtĂ© attention du chef, on y dĂ©cĂšle une mĂȘme ardeur et Ă©nergie millimĂ©trĂ©e en particulier dans le III (cd3) : la direction Ă  la fois fine et puissante du maestro français excelle Ă  exprimer ce rĂȘve amoureux entre Elsa et le chevalier Ă©lu, miraculeux,Lohengrin : leur effusion tendre que viendra bientĂŽt dĂ©truire l’esprit du soupçon instillĂ© par Ortrud dans l’Ăąme trop fragile et manipulable d’Elsa. Cluytens veille toujours Ă  la subtilitĂ© de l’articulation du texte et de la clartĂ© de la situation : d’autant que le Lohengrin de Sandor Konya s’engage, voix peut-ĂȘtre courte parfois mais tendre, aux aigus tendus : il fait un chevalier descendu du ciel d’une sĂ©duction virile certaine : sa grande confession, rĂ©vĂ©lation clĂ© de l’ouvrage oĂč il dĂ©voile son identitĂ© comme fils de Parsifal et sauveur mandatĂ© (In fernem Land…) affiche une dĂ©termination sobre, linguistiquement assurĂ©e. Les annĂ©es Cluytens / W. Wagner font espĂ©rer pour l’actuel Bayreuth des jours meilleurs.

 

 

CD, coffret. AndrĂ© Cluytens Ă  Bayreuth (TannhĂ€ĂŒser, Les Maitres Chanteurs, Lohengrin, 1955-1957-1958, 10 cd Membran)

 

 

Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan)

godefroid_wagner_juif-errant-hontologie-donner-la-mort--l-harmattan-livre-mars-2014Livres. Philippe Godefroid. Wagner et le juif errant : une hontologie (L’Harmattan). Voici le troisiĂšme volet de la tĂ©tralogie dramaturgique (et critique) entreprise par l’auteur aux Editions l’Harmattan. Au centre de l’esthĂ©tique wagnĂ©rienne ici analysĂ©e et mĂ©ticuleusement passĂ©e au crible, l’auteur met en lumiĂšre l’obsession du crĂ©ateur de Bayreuth vis Ă  vis de la corruption de l’art allemand par les tenants de la judĂ©itĂ©. IdĂ©alement documentĂ© chaque entrĂ©e permet une immersion passionnante dans l’atelier et la pensĂ©e de Wagner, dans le fonctionnement du couple Richard-Cosima, dont le cerveau partagĂ© exprime toujours et dans toutes les situations, une haine du juif assez terrifiante ; car ici, la posture tient d’un systĂšme politique tout Ă  fait conscient de ses enjeux et de ses consĂ©quences. L’auteur explique l’origine de ce phĂ©nomĂšne, en particulier Ă  travers le thĂšme de l’errance et de la judĂ©itĂ© : ont comprend ainsi que la pensĂ©e wagnĂ©rienne n’est pas nĂ©e de rien mais synthĂ©tise et rĂ©capitule tout un pan de la conscience artistique et culturelle allemande, soucieuse d’affirmer sa prĂ©Ă©minence et sa « pureté » sur l’ennemi français, face Ă  toute l’Europe romantique.

Il est des chapitres qui pris sĂ©parĂ©ment se rĂ©vĂšlent passionnants dont l’exception dans la vie et la carriĂšre de Wagner, pied de nez Ă  son systĂšme si mĂ©ticuleusement formatĂ©, conduit et pilotĂ© : le « cas » Hermann Levi, maestro virtuose qui se rĂ©vĂ©la interprĂšte de Parsifal (aprĂšs Lohengrin et TannhĂ€user) comme personne avant lui et dont le seul dĂ©faut fut d’ĂȘtre
 juif. Nonobstant ses origines, Wagner l’a bel et bien adoubĂ© en 1881 le choisissant parmi tous les autres possibles, pour diriger la crĂ©ation de son dernier ouvrage Ă  Bayreuth.

Wagner, artiste chrĂ©tien, nationaliste et antisĂ©mite allemand, a le souci de la puretĂ©, le soupçon de la corruption des ĂȘtres et de la perversion du monde ; il est obsĂ©dĂ© par la fin de l’Histoire (Le CrĂ©puscule des dieux tout en mĂ©nageant une issue bien peu prĂ©cise en dĂ©finitive : quel sens donner au dernier monologue de Brunnhilde pour conclure le Ring ?) ; sous une plume qui dĂ©montre sa connaissance dĂ©taillĂ©e des opĂ©ras de Wagner, l’auteur dĂ©voile des regards transversaux, analyse sous tous ses aspects l’identitĂ© profonde de chaque personnages et prĂ©cise en consĂ©quence, la relation qu’ils ont Ă  l’autre. Le regard est prioritairement psychanalytique et s’il se perd parfois en conjectures obscures, les connections qu’il Ă©tablit d’ouvrages en ouvrages, de personnages en personnages, dĂ©voile in fine, la cohĂ©rence organique et souterraine d’une oeuvre universelle.

La place du pĂšre, la filiation pĂšre et fils, le questionnement des origines plongent au coeur du doute wagnĂ©rien : qui suis-je ? D’autant plus que le compositeur serait en dĂ©finitive nĂ© d’un pĂšre juif… Principale est aussi le rĂŽle de la Femme en ces affaires, Ă©nigmatique et angoissant , catalyseur et castrateur (le «  cas Kundry » concentre ici toutes les contradictions d’une problĂ©matique constante).

L’auteur analyse et problĂ©matise tous les livrets de Wagner comme une source essentielle dont la cohĂ©rence n’est plus Ă  dĂ©battre : chaque personnage y dĂ©tient la clĂ© d’une comprĂ©hension plus vaste. Mais en dehors des considĂ©rations purement psychanalytiques, le texte fourmillant d’innombrables digressions et dĂ©veloppements sur tel thĂšme rĂ©pondant Ă  un autre, souligne l’importance de la question wagnĂ©rienne : si le monde des hommes est corruptible, comment puis-je ĂȘtre sauvĂ© ?

Philippe Godefroid: Wagner et le juif errant : une hontologie. Qui est ce qui est allemand ? – Donner la mort.  ISBN : 978-2-343-02761-6 ‱ Parution : fĂ©vrier 2014 ‱ 500 pages. Édition L’Harmattan.

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (Decca)

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (36 cd Decca)

le miracle Solti chez Wagner

Wagner_solti_ring_parsifal_lohengrin_wagnerAttention coffret miraculeux ! La voici enfin cette intĂ©grale qui reste avec celle de Karajan chez DG (Der Ring des Nibelungen), le temple discographique qui contient l’un des messages wagnĂ©riens les plus pertinents du XXĂšme siĂšcle. Aux chefs du XXIĂš de nous Ă©clairer et nous Ă©blouir avec une mĂȘme ardeur contagieuse ! Le Wagner du chef hongrois dĂ©borde de vie, de fureur, de vitalitĂ© enivrante… Orchestralement, la vision est des plus abouties; vocalement, comme toujours, les productions sont diversement pertinentes. Solti, bartokien, straussien, mozartien mais aussi verdien, occupe Decca dans des coffrets non moins indispensables. Mais, s’agissant de Wagner, l’apport est considĂ©rable.

Voici en 35 cd, 10 opĂ©ras parmi les plus connus (non pas les plus anciens , de jeunesse, encore meyerbeeriens et weberiens tels les FĂ©es ou Rienzi): Le Hollandais volant (Chicago, 1976), Lohengrin (Vienne, 1985-1986), Les MaĂźtres Chanteurs (Vienne, 1975), Parsifal (Vienne, 1972), L’or du Rhin (Vienne, 1958), La Walkyrie (Vienne 1965), Siegfried (Vienne 1962), Le CrĂ©puscule des dieux (Vienne 1964), TannhĂ€user (Vienne 1970), Tristan und Isolde (1960). L’Ă©diteur ajoute en bonus, rĂ©pĂ©tition et extraits: une rĂ©vĂ©lation quant Ă  la vivacitĂ© et l’Ă©nergie du chef au pupitre (rĂ©pĂ©tition de Tristan und Isolde avec John Culshaw en narrateur qui fut aussi le producteur entre autres accomplissements du Ring version Solti).

20 ans de studio avec le Wiener Philharmoniker

Le coffret comprend donc tout Wagner par Solti au studio chez Decca: soit une lecture wagnĂ©rienne de 1958 (L’or du Rhin, premier enregistrement de Wagner en stĂ©rĂ©o et Ă  ce titre, archive historique magnifiquement audible Ă  ce jour!) jusqu’au dernier enregistrement: Lohengrin de 1986. Les 10 opĂ©ras ainsi enregistrĂ©s montrent la passion de Solti pour le thĂ©Ăątre de Wagner pendant prĂšs de 20 ans, au moment de l’essor du cd avant la vague du compact disc: l’esthĂ©tique sonore avec effets spatialisĂ©s si tentants dans les mondes imaginĂ©s par Wagner pour le Ring Ă©clate aussi avec plus ou moins de rĂ©ussite (exactement comme la TĂ©tralogie de Wagner par Karajan chez DG): tout le tempĂ©rament volcanique, Ă©lectrique, d’une prĂ©cision exemplaire d’un Solti Ă©merveillĂ© par Wagner s’y rĂ©alise pleinement avec un orchestre dĂ©sormais en vedette pour cette quasi intĂ©grale: le Wiener Philharmoniker. C’est donc outre la valeur d’une interprĂ©tation historique Ă  l’endroit de Wagner, le testament discographique d’un authentique wagnĂ©rien, habile narrateur pour le studio. Karajan avait le Berliner Philharmoniker et sa touche carrĂ©e, impĂ©tueuse; Solti rĂ©ussit Ă  Vienne avec une phalange rĂ©putĂ©e pour la splendeur de ses cordes, cuivres et bois. L’orchestre qui Ă©blouit tant chez Strauss et Mozart, confĂšre Ă  Wagner, de fait, une couleur marquante par son Ă©lĂ©gance et sa fluiditĂ©, son sens des couleurs et peut-ĂȘtre moins son chambrisme si proche du thĂ©Ăątre chez Karajan; Solti convoque surtout la fresque, l’exaltation lumineuse et solaire.

Un Ring de légende

solti_georg_wagner_decca_culshaw_ring_wagner_solti_decca_547

Quand Solti et le producteur John Culshaw proposĂšrent au lĂ©gendaire Walter Legge d’Emi le projet d’une intĂ©grale Wagner au studio, le sollicitĂ© chassa d’un revers de la main l’audacieuse offre, arguant qu’il ne se vendrait pas plus de 50 exemplaires : c’est Decca qui hĂ©rita du projet, portĂ© par le chef hongrois, odyssĂ©e qui reste Ă  ce jour le plus grand succĂšs discographique de tous les temps. Une vision, une cohĂ©rence thĂ©Ăątrale de premier plan avait lancĂ© Culshaw quant il dĂ©couvrait la direction de Solti dans La Walkyrie Ă  Munich en 1950…
ClĂ© de voĂ»te du prĂ©sent coffret Wagner, la TĂ©tralogie s’Ă©coute toujours autant avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt: connaisseurs du profil Ă©volutif de Wotan en cours d’action, les deux concepteurs Solti et Culshaw retiennent d’abord George London pour L’Or du Rhin puis surtout le mĂ©morable Hans Hotter, Wanderer dĂ©fait dans La Walkyrie et Siegfried, dĂ©truit pas Ă  pas rongĂ© par le poids et les consĂ©quences de ses propres lois… Autres incarnations flamboyantes et justes: la Brunnhilde de Birgit Nilsson (qui sera aussi son Isolde en 1960), le Siegfried de Wolfgang Windgassen, l’Ă©blouissante et si bouleversante Sieglinde de RĂ©gine Crespin en 1965, les Hunding et Hagen de Gottlob Frick… c’est Ă  dire les voix les plus solides d’alors pour Wagner.
Celui qui ne brilla jamais Ă  Bayreuth sauf une seule annĂ©e en 1983 (avec Peter Hall pour une nouvelle TĂ©tralogie) et qui dirigea un Ring avortĂ© Ă  Paris en 1976, trouve une Ă©clatante coopĂ©ration premiĂšre Ă  Vienne avec le Philharmoniker… sous la baguette du chef, instrumentistes comme chanteurs s’embrasent littĂ©ralement.
Aux cĂŽtĂ©s du Ring lĂ©gendaire, ajoutons d’autres Ă©loquentes approches: le baryton sud-africain Norman Bailey dans le rĂŽle titre du Hollandais volant, abordĂ© dans la continuitĂ© des 3 actes (ce que souhaitait Wagner et qu’il ne put jamais appliquer); le TannhĂ€user de RenĂ© Kollo; le Lohengrin de Placido Domingo, partenaire de Jessye Norman en Elsa; sans omettre un Parsifal lui aussi Ă©lectrique, au dramatisme trĂ©pidant et intensĂ©ment spirituel, regroupant en 1972, une distribution qui donne le vertige: Kollo (Parsifal), Amfortas (Dietrich Fischer -Dieskau), Christa Ludwig (Kundry), Gottlob Frick (Gurnemanz), Hans Hotter (Titurel)… Immense legs. Acquisition incontournable pour l’annĂ©e Wagner 2013.

Wagner: The operas. Georg Solti. Livret consistant comprenant notice de présentation sur Solti et Wagner: la carriÚre du chef, track listing, synopsis avec repÚres des places concernées pour chacun des 10 ouvrages wagnériens. Decca 36 cd 0289 478 3707 7 3.

Wagner. Les annĂ©es 1840 : TannhĂ€user, Lohengrin…

Wagner: Les années 1840 à Dresde
Le Vaisseau fantĂŽme, TannhĂ€user, Lohengrin… vers le Ring

Richard Wagner1843-1848: les opĂ©ras de la trentaine. En 1842, Rienzi avait marquĂ© une premiĂšre synthĂšse indiscutable.  Mais mĂȘme s’il reste meyerbeerien, autant que beethovĂ©nien, Wagner change ensuite sa maniĂšre et la couleur de son inspiration avec Le Vaisseau fantĂŽme: il quitte l’histoire et ses rĂ©fĂ©rences naturellement pompeuses pour la lĂ©gende: TannhĂ€user et surtout Lohengrin confirment cette direction poĂ©tique.Le Vaisseau FantĂŽme est crĂ©Ă© en 1843 Ă©galement Ă  Dresde et suscite un scandale: wĂ©bĂ©rien et surtout wagnĂ©rien, l’ouvrage prĂ©cise aux cĂŽtĂ©s du hĂ©ros maudit, la place d’une hĂ©roĂŻne amoureuse (Senta), dĂ©terminĂ©e, sacrificielle dont l’amour pur permet le salut du Hollandais errant. Avec le Wanderer navigateur, Wagner invente un nouveau type de dĂ©clamation, plus ample que le rĂ©citatif, mĂ©lodiquement structurĂ© sur le texte auquel il est Ă©troitement infĂ©odĂ©. Premier grand opĂ©ra romantique, Le Vaisseau FantĂŽme dĂ©passe les leçons de Weber et de Marschner; Wagner rĂ©alise dĂ©jĂ  son idĂ©al rĂȘvĂ© d’un opĂ©ra oĂč chant et musique fusionnent dans le seul but d’expliciter et de commenter le drame.TannhĂ€user crĂ©Ă© Ă  Dresde en 1845 va plus loin encore: orchestration foisonnante et subtile, usant avec finesse des leitmotive (plus riche que dans Le Vaisseau FantĂŽme); surtout, si l’on retrouve la prĂ©sence d’une femme salvatrice (Elisabeth, opposĂ©e Ă  la vĂ©nĂ©neuse VĂ©nus), le rapport du poĂšte hĂ©ros (TannhĂ€user) avec la sociĂ©tĂ© des hommes n’est pas sans contradictions ni tensions conflictuelles: douĂ© d’une vision supĂ©rieure, le hĂ©ros affronte l’Ă©troitesse bourgeoise des classes dominantes. S’il est bien l’Ă©lu capable de rĂ©former le monde, son action reste totalement incomprise: dans le retour de Rome,  TannhĂ€user invente un nouveau type de tĂ©nor, prolongement de Florestan de Fidelio de Beethoven. En relation avec sa propre expĂ©rience, la vie terrestre qu’y reprĂ©sente Wagner, n’est qu’Ă©preuves et souffrance, frustration et insatisfaction; la mort offre souvent une alternative, une dĂ©livrance finale (ce qui sera valable pour Tristan et le CrĂ©puscule des Dieux: Isolde et BrĂŒnnhilde meurent chacune en fin d’ouvrage en une extase amoureuse libĂ©ratrice). Du reste, l’hĂ©roĂŻne fĂ©minine esquissĂ©e par Senta dans Le Vaisseau FantĂŽme, se prĂ©cise avec BrĂŒnnhilde et Isolde.

Il en va tout autrement avec Lohengrin, composĂ© de 1845 Ă  1848. L’opĂ©ra n’est crĂ©Ă© qu’en 1850 et offre avec Genoveva de Schumann, strictement contemporaine de Lohengrin (et aussi crĂ©Ă©e aprĂšs les rĂ©volutions de 1848), un premier aboutissement de l’opĂ©ra romantique allemand construit sur une trame lĂ©gendaire nourrie de plusieurs sources. Les Ă©vĂ©nements se prĂ©cipitent: proche de Bakounine, Wagner le rĂ©volutionnaire se range du cĂŽtĂ© des insurgĂ©s: poursuivi, il fuit Dresde jusqu’Ă  Weimar oĂč son admirateur et ami Liszt, l’aide Ă  gagner Zurich en Suisse. Le compositeur d’opĂ©ras se fait alors thĂ©oricien de la musique: il expose dans l’Art de la rĂ©volution (1849), OpĂ©ra et drame (1851), ses propres conceptions de la musique et du thĂ©Ăątre lyrique. Jamais art et vie n’ont Ă©tĂ© plus entremĂȘlĂ©s. Liszt crĂ©e Ă  Weimar Lohengrin en 1850. Grand air du tĂ©nor, choeurs omniprĂ©sents, couple noir (Telramund/Ortrud)… climat fĂ©erique mais d’une force rĂ©aliste manifeste, Lohengrin prĂ©cise davantage le systĂšme lyrique wagnĂ©rien: subtilitĂ© des leitmotive, suprĂ©matie du hĂ©ros dont l’offre de salut est incomprise par les hommes qui en sont indignes; surtout impossibilitĂ© de l’amour: Elsa trop naĂŻve, manipulĂ©e par Ortrud, se laisse guider par le poison du doute et perd l’amour que lui offrait l’Ă©lu Lohengrin, venu pourtant pour la sauver…

Les annĂ©es 1850: vers le Ring…
Wagner aprĂšs Le Vaisseau, TannhĂ€user, Lohengrin achĂšve son second cycle stylistique. La force de son Ă©criture dans les annĂ©es dĂ©cisives de 1840 montre Ă  quelle point il est en accord avec les assauts rĂ©volutionnaires de son Ă©poque. Il rĂ©invente l’opĂ©ra au moment oĂč les sociĂ©tĂ©s et les rĂ©gimes politiques implosent. Le feu rĂ©volutionnaire semble mĂȘme nourrir la flamme crĂ©atrice.  Wagner se pose radicalement comme un solitaire dĂ©calĂ© (Ă  la diffĂ©rence de Verdi qui aprĂšs 1848 est au sommet de sa gloire). Rien de tel chez Richard qui reste persona non grata, exilĂ© et poursuivi, Ă©tabli en Suisse; ses ouvrages sont tous interdits et les annĂ©es 1850 sont pourtant celles d’une production Ă©blouissante dont la justesse et la puissance dĂ©coulent d’un travail abstrait, dans le cabinet, en dehors des impĂ©ratifs de calendrier et des contraintes liĂ©es aux interprĂštes disponibles : tous les piliers de la future TĂ©tralogie : L’Or du Rhin (1854), La Walkyrie (1856), Siegfried (1857), mais aussi Tristan (1859) sont Ă©laborĂ©s sans idĂ©e des chanteurs prĂ©cis, sans confrontation aux interprĂštes, sans le contexte de commande Ă  livrer… Le temps de la conception s’est imposĂ©; il a prĂ©servĂ© la profonde unitĂ© de l’Ɠuvre lyrique de la maturitĂ©. A partir de 1848, le compositeur retient l’idĂ©e de mettre en musique la lĂ©gende des Nibelungen: la mort de Siegfried est d’abord Ă©crite, puis Wagner sur les traces de la Trilogie d’Eschyle (L’Orestie), songe Ă  Ă©crire un prĂ©lude sur…  la jeunesse de Siegfried: remonter aux sources, Ă  la genĂšse de l’histoire de Siegfried… en remontant le fil de l’action, Wagner pĂ©nĂštre dans la dimension psychologique, du manifeste Ă  l’inconscient, en sorte une dĂ©marche freudienne avant l’heure. Peu Ă  peu le projet se construit, s’Ă©toffe; le poĂšme du Ring est fini en 1852; sa composition le sera en … 1874. DĂšs lors, l’auteur est sur le mĂ©tier de son Ɠuvre la plus aboutie (Der Ring), oĂč mĂȘme si la formulation poĂ©tique du livret est parfois pompeuse, rien n’Ă©gale la puissance des idĂ©es dĂ©sormais indissociables de la trame orchestrale. Verbe et musique s’unissent pour rĂ©aliser l’unitĂ© et l’accomplissement du drame, l’oeuvre de la mĂ©moire et l’Ă©paisseur des expĂ©riences vĂ©cues: aucun individu sur la scĂšne n’Ă©chappe au dĂ©voilement de sa nature profonde ni au travail d’une lente mĂ©tamorphose.

calendrier Wagner 2013

les productions et événements  à ne pas manquer en 2013

Paris, Opéra Bastille
Le Ring 2013 par Philippe Jordan (direction) et GĂŒnter KrĂ€mer (mise en scĂšne): reprise contestĂ©e et pourtant pour nous attendue, la production du Ring Ă  Bastille reste l’une des rĂ©alisations de l’Ăšre Joel, parmi les plus rĂ©ussies, en particulier pour L’Or du Rhin puis La Walkyrie.
L’Or du Rhin, Ă  partir 29 janvier 2013
Le festival Wagner: Der Ring 2013, l’intĂ©gralitĂ© de la TĂ©tralogie en continu (ou presque): les 18, 19 puis 23 et 26 juin 2013

Monte Carlo, Opéra
récital lyrique Wagner
Auditorium Rainier III
les 8 et 10 février 2013
Jonas Alber, direction
Acte I de La Walkyrie
Acte II de Tristan und Isolde
Robert Dean Smith, Ann Petersen


Opéra du Rhin
Mulhouse et Strasbourg

TannhÀuser
Du 24 mars au 8 avril 2013

Constantin Trinks, direction
Keith Warner, mise en scĂšne
Scott MacAllister (TannhÀuser)



coup de coeur classiquenews
Dijon, Opéra
Le Ring 2013 par l’excellent Daniel Kawka. On le savait wagnĂ©rien convaincu; son Tristan und Isolde (Oliver Py, mise en scĂšne, juin 2009) prĂ©sentĂ© sur la scĂšne du ThĂ©Ăątre Dijonais avait Ă©tĂ© saluĂ© par la rĂ©daction de classiquenews: aucun doute Daniel Kawka qui est aussi fondateur et chef principal de l’Ensemble Orchestral Contemporain reste le champion de cette annĂ©e Wagner Ă  venir en France: ne manquez chaque volet de sa TĂ©tralogie: une rĂ©alisation d’ores et dĂ©jĂ  passionnante voire historique si le plateau vocal est Ă  la hauteur de l’exigence du maestro.  A partir d’octobre 2013. Infos Ă  venir. Visiter le site de l’OpĂ©ra de Dijon.