PESARO. Juan Diego Florez chante Uberto pour les 20 ans de sa carriĂšre

festival-de-pesaro-logo-rossini-2016-juan-diego-florez-donna-del-lagoPESARO. Juan Diego Florez chante Uberto : 8-17 aoĂ»t 2016. Le tĂ©nor pĂ©ruvien n’est pas seulement l’ambassadeur du festival Rossini de Pesaro. Depuis sa formidable prise de rĂŽle, presque Ă  pied levĂ©, dans l’immense dĂ©fi vocal du rĂŽle de Corradino dans Matilde di Shabran en 1996, prise de rĂŽle qui fut rĂ©vĂ©lation et dans sa carriĂšre Ă  son aube, tremplin spectaculaire, Juan Diego Florez est surtout le plus grand tĂ©nor rossinien et au-delĂ , dĂ©tenteur d’une perfection vocale belcantiste qui Ă©blouit tout autant dans les opĂ©ras d’avant Verdi, ceux de Donizetti et surtout Bellini. Depuis 20 ans dĂ©jĂ , Juan Diego Florez chante sur les scĂšnes du monde entier et particuliĂšrement Ă  Pesaro chaque Ă©tĂ©, oĂč il a lancĂ© sa prestigieuse carriĂšre. Du 8 au 17 aoĂ»t 2016, le tĂ©nor adulĂ© – vĂ©ritable trĂ©sor vivant au PĂ©rou, l’équivalent de son confrĂšre Joseph Calleja pour la RĂ©publique de Malte – le plus petit Ă©tat de l’Union EuropĂ©enne-, chante Giacomo (Jacques V d’Ecosse) / Uberto, amoureux de la fille de son ennemi, Elena, qui est pourtant promise Ă  Rodrigo, et qui aime Malcolm
 imbroglio amoureux, ou Ă©chiquier sentimental croisĂ© d’oĂč jaillissent les vrais identitĂ©s. MalgrĂ© ses rivaux dĂ©clarĂ©s, l’Ă©blouissant Uberto chante sa flamme irrĂ©pressible pour la belle Elena dans son fameux air  qui ouvre l’acte II : « O fiamma soave », sommet du beau chant rossinien enivrĂ©, sensuel, amoureux. Prince cachĂ©, et coeur noble comme gĂ©nĂ©reux c’est Ă  dire capable d’abnĂ©gation et de renoncement, Uberto sait sacrifier ses propres sentiments pour le bonheur d’Elena qui au final, peut Ă©pouser son aimĂ©, Malcolm. En 1819, Rossini signe ainsi, dans les couleurs pastorales raffinĂ©es de l’orchestre oĂč brillent le chant Ă©lĂ©giaque du cor et de la clarinette entre autres, le premier opĂ©ra romantique italien, avant les sommets lyriques des Bellini et Donizetti.

De toute Ă©vidence, par la subtilitĂ© de son chant, la puretĂ© lumineuse de son style, Juan Diego Florez incarne Ă  travers le personnage d’Uberto, la perfection du chant rossinien Ă  son sommet. Incontournable.

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PESARO : Juan Diego Florez chante Uberto dans La Donna del Lago de Rossini, les 8, 11, 14 et 17 août 2016. Toutes les infos, réservez sur le site du Festival Rossini de Pesaro / Rossini Opera Festival Pesaro (Italie)

 

 

 

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Visage juvĂ©nile mais style affĂ»tĂ©, millĂ©mĂ©trĂ©, incandescent et raffinĂ© : Juan Diego Florez en 2016 confirme un immense talent, la perfection rossinienne au masculin…

DVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca)

Tell guillaume rossini Juan diego florez decca dvdDVD, compte rendu critique. Rossini : Guillaume Tell. Diego Florez, Rebeka, Alaimo (Pesaro 2013, 2 dvd Decca). Pesaro retrouve un ambassadeur de rĂȘve en la personnage du tĂ©nor pĂ©ruvien Juan Diego Florez, trĂ©sor national vivant dans son pays, et ici, nouveau hĂ©ros toutes catĂ©gories en matiĂšre de beau chant rossinien. Les dĂ©tracteurs ont boudĂ© leur plaisir en lui reprochant une absence de medium charnu et une vrai assise virile dans un style rien que… idĂ©alisĂ© non incarnĂ© : or la vaillance et l’intonation sont continument Ă©poustouflants et le grand genre, celui du grand opĂ©ra Ă  la française que Rossini inaugure ainsi sur la scĂšne parisienne en 1829 marque Ă©videmment l’histoire lyrique, grĂące Ă  l’Ă©clat de cette voix unique Ă  ce jour. Juan Diego Florez reste difficilement attaquable et les puristes dĂ©clarĂ©s qui brandissent les mannes d’Adolphe Nourrit (crĂ©ateur du rĂŽle) auront bien du mal Ă  dĂ©montrer la lĂ©gitimitĂ© de leur rĂ©serve.

 

 

A l’Ă©tĂ© 2013, le festival de Pesaro offre l’un de ses meilleurs spectacles…

Le superbe Tell de Pesaro 2013

 

CLIC_macaron_20dec13juan diego florez arnold guillaume tell pesaro 2013Florez apporte la preuve que le rĂŽle d’Arnold peut ĂȘtre incarnĂ© par un tĂ©nor di grazia non hĂ©roĂŻque, tant l’intelligence de son jeu et de son chant donnent chair et Ăąme au personnage de Rossini : d’autant que Pesaro n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens ni surtout la qualitĂ© artistique pour rĂ©ussir manifestement l’une de ses plus belles rĂ©alisations. Aux cĂŽtĂ©s du solaire Florez, Arnold noble et lumineux, aux aigus ardents, la Mathilde de Marina Rebeka n’est que tendresse et miel vocal ; le baryton Nicola Alaimo affirme lui aussi une noblesse humaine totalement convaincante, d’autant plus mĂ©ritoire que la mise en scĂšne de Graham Vick est comme Ă  son habitude claire et politique mais clinique et trĂšs glaciale. Vick transpose le drame suisse gothique dans l’Italie du Risorgimento oĂč la soldatesque autrichienne humilie continument les paysans suisses, offrant de facto Ă  la figure ignoble et abjecte du conquĂ©rant Gessler (le meurtrier du pĂšre d’Arnold), une rare perversitĂ© souvent insupportable. Le ballet du III (qui prĂ©cĂšde la fameuse Ă©preuve de la pomme) est totalement restituĂ© en une scĂšne collective de soumission / oppression du petit peuple par les occupants arrogants. Alberghini fait un pĂšre d’Arnold trĂšs solide. Dommage que les rĂ©pĂ©titeurs du français pour les comprimari (seconds rĂŽles) et les choeurs n’aient pas rĂ©ussi totalement leur objectif : beaucoup de scĂšnes Ă©chappent Ă  la comprĂ©hension, le texte français Ă©tant inintelligible. De lĂ  Ă  penser que le spectacle reste dĂ©sĂ©quilibrĂ© : rien de tel. Ce Tell comble les attentes, car le duo miraculeux (Arnold / Mathilde) et portĂ© comme tous par la baguette fine et nerveuse du chef Michele Mariotti. Ce pourrait ĂȘtre mĂȘme de mĂ©moire de festivalier depuis l’aprĂšs guerre, l’un des meilleurs spectacles rossiniens de Pesaro, festival italien qui semble avoir renouĂ© avec les grands moments de son histoire.

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Juan Diego FLorez et Nicola Alaimo (Arnold et Guillaume Tell)

Rossini : Guillaume Tell, 1829. Juan Diego Florez (Arnold Melcthall), Nicola alaimo (Guillaume Tell), Marina Rebeka (Mathilde)… Michele Mariotti, direction. Graham Vick, mise en scĂšne. EnregistrĂ© en aoĂ»t 2013 au Festival Rossini de Pesaro (Italie). 2 dvd Decca.

 

 

Compte rendu, rĂ©cital lyrique. LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, le 5 novembre 2014. RĂ©cital Juan Diego FlĂłrez. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Christopher Franklin, direction musicale

florez juan diego 58-Juan-Diego-FlorezUn concert de Juan Diego Florez, c’est toujours un Ă©vĂšnement. C’est donc plein d’enthousiasme que nous avons traversĂ© la frontiĂšre pour nous rendre Ă  LiĂšge, oĂč le tĂ©nor pĂ©ruvien faisait halte durant sa tournĂ©e consacrĂ©e aux airs français, rĂ©pertoire composant le programme de son dernier rĂ©cital discographique. Rappelons Ă©galement que cette date liĂ©geoise Ă©tait la seule qui voyait le piano du fidĂšle Vincenzo Scalera remplacĂ© par un orchestre, en l’occurrence celui de la maison wallonne, dirigĂ© par Christopher Franklin, dĂ©jĂ  partenaire du chanteur voilĂ  plus d’un an au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es. Autant de raisons qui promettaient de combler nos attentes. Quelle ne fut pas notre dĂ©ception devant ce que nous appellerons une routine de luxe. Durant toute la premiĂšre partie du concert, le tĂ©nor assure simplement son mĂ©tier, devant une salle ronronnante et aux applaudissements pondĂ©rĂ©s. Le chanteur demeure toujours aussi infaillible, le contrĂŽle restant total de la premiĂšre respiration au dernier son, mais Ă  aucun moment il ne transcende cette fabuleuse maĂźtrise.

 

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Un feu d’artifice inattendu

 

Reconnaissons que l’air de GĂ©rald sied merveilleusement bien Ă  son instrument, une voix mixte inconnue jusqu’alors faisant son apparition, la diction française s’avĂ©rant comme Ă  l’ordinaire digne d’éloges, ainsi qu’il en est du doux balancement de la sĂ©rĂ©nade d’Henri Smith extrait de la rare Jolie Fille de Perth de Bizet, superbement phrasĂ©e.

Avec Werther, Juan Diego Florez touche aux limites de sa voix, notamment dans le lied d’Ossian, audiblement trop large pour ses moyens, malgrĂ© un indĂ©fectible soutien de la part du chef. Le chanteur parvient pourtant Ă  ne jamais grossir l’émission, couronnant cet air d’aigus percutants.

En revanche, on apprĂ©cie pleinement un air d’entrĂ©e dĂ©taillĂ© avec beaucoup de poĂ©sie, servi par une dĂ©clamation du texte de haute Ă©cole, la beautĂ© de la musique de Massenet faisant le reste.

NĂ©anmoins, nous formons le vƓu que ces deux airs restent la seule approche du rĂŽle qu’en fasse le tĂ©nor, et qu’il n’aille pas plus loin, pour la santĂ© et la longĂ©vitĂ© de son exceptionnel instrument.

L’entracte passĂ©, nous renouons avec le souvenir vivace de La Favorite donnĂ©e avenue Montaigne l’an passĂ© avec le mĂȘme tĂ©nor, grĂące au premier air de Fernand. La cantilĂšne est toujours ciselĂ©e avec le mĂȘme soin, mais la flamme paraĂźt manquer Ă  l’appel. GrĂące Ă  l’air d’Iopas tirĂ© des Troyens de Berlioz, place Ă  une raretĂ©, chantĂ©e avec un art qu’on ne rĂ©entendra pas de sitĂŽt.

Mais c’est avec la cavatine de RomĂ©o que tout bascule. Juan Diego Florez semble soudain fendre l’armure et sortir de lui-mĂȘme, le technicien – toujours d’une impĂ©riale sĂ»retĂ© – s’effaçant devant l’interprĂšte, dĂ©roulant un phrasĂ© d’une infinie tendresse, osant une reprise piano du plus bel effet, et achevant l’air sur un mezzo-forte lentement enflĂ© jusqu’au forte, crescendo Ă©lectrisant mettant le feu Ă  la salle, qui Ă©clate soudain en ovations, sortant de sa rĂ©serve polie pour crier littĂ©ralement son plaisir. La fĂȘte tant attendue bat enfin son plein, il Ă©tait temps !

Avec PĂąris, le tĂ©nor demeure sur les mĂȘmes sommets, s’amusant visiblement comme un petit fou. Aigus insolents, nuances multiples, texte distillĂ© avec une gourmandise palpable, tant de qualitĂ©s que couronne un contre-ut retentissant,  saluĂ© par un public en furie.

La salle est dĂ©finitivement conquise et le fait bruyamment savoir, revirement aussi spectaculaire qu’inattendu. L’ambiance dans le thĂ©Ăątre liĂ©geois a changĂ© du tout au tout, et les spectateurs, dĂ©chaĂźnĂ©s, en redemandent.

Premier bis : la cavatine de Gaston tirĂ©e de la JĂ©rusalem verdienne, phrasĂ©e avec une Ă©lĂ©gance infinie, jusqu’au un ut aussi souple que sĂ©duisant.

Second bis, comme une étape obligée : les neufs contre-uts de la Fille du Régiment, qui tiennent, pour le ténor, de la promenade de santé. Mieux encore, ces notes paraissent remettre la voix du chanteur dans son axe naturel, comme un retour aux sources, véritable fontaine de jouvence pour son instrument. Aigus insolents et facilité déconcertante, que demander de plus ?

La soirĂ©e prendrait-elle fin avec ce tour de force ? Que nenni ! Place Ă  une autre dĂ©couverte : le premier air de Georges Brown extrait de la Dame Blanche de Boieldieu, « Ah ! Quel plaisir d’ĂȘtre soldat », Ă  la gaietĂ© contagieuse, plein de vaillance et d’esprit, lui aussi chapeautĂ© de son contre-ut cadentiel, qui fuse comme un tir d’arquebuse.

Le public est en délire, tape des mains et des pieds à en faire crouler le théùtre, encouragé dans sa liesse par le directeur des lieux, visiblement heureux de la joie qui rÚgne en sa maison.

Seul Ă©cart au programme intĂ©gralement français qui faisait loi ce soir, une « Donna Ăš mobile » superbe, charmeuse, avec sa vocalise incluant l’ut diĂšse, et son inĂ©vitable aigu final frappant haut et fort, longuement tenu, pour le plus grand bonheur de tous
 et le nĂŽtre.

Le rĂ©cital peut Ă  prĂ©sent s’arrĂȘter lĂ , le chanteur l’ayant amplement mĂ©ritĂ©.

S’arrĂȘter là ? Les spectateurs ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien dĂ©cidĂ©s Ă  obtenir un ultime rappel. Ce sera une reprise de l’air de PĂąris, Ă©maillĂ© de facĂ©ties aussi imprĂ©vues qu’un saut d’octave piano lĂ  oĂč chacun attend l’incisivitĂ© du timbre, ou encore une interrogation « qu’est-ce que c’est, Ă©vohé ? ». L’assistance rit aux Ă©clats devant tant d’humour, et le chanteur affiche avec elle une complicitĂ© rĂ©jouissante, avant de retrouver sa concentration pour un dernier ut spectaculaire, peut-ĂȘtre le plus beau de la soirĂ©e. Un bonheur !

On aura garde de ne pas oublier les autres artisans de ce rĂ©cital jubilatoire, Ă  savoir l’Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie, galvanisĂ© par un tel soliste, et le chef, Christopher Franklin, toujours impeccable tant dans les piĂšces orchestrales – notamment une tourbillonnante Ouverture du rarissime TorĂ©ador d’Adam – que dans les airs, remarquables d’équilibre sonore et d’attention au tĂ©nor. Une soirĂ©e qui nous aura pris par surprise, et dont on se souviendra longtemps.

LiĂšge. OpĂ©ra Royal de Wallonie, 5 novembre 2014. Adolphe Adam : Le TorĂ©ador, Ouverture. LĂ©o Delibes : LakmĂ©, “Prendre le dessin d’un bijou
 Fantaisie, ĂŽ divin mensonge”. Georges Bizet : Carmen, Ouverture ; La Jolie Fille de Perth, “A la voix d’un amant fidĂšle” ; L’ArlĂ©sienne, Suite et Farandole. Jules Massenet : Werther, “Ô nature pleine de grĂące”, “Pourquoi me rĂ©veiller”. Gaetano Donizetti : La Favorite, “Un ange, une femme inconnue” ; Ouverture. Hector Berlioz : Les Troyens, “Ô blonde CĂ©rĂšs ; Ballet. Charles Gounod : RomĂ©o et Juliette, “L’amour ! L’amour !
 Ah! LĂšve-toi, soleil”. Jacques Offenbach : La Belle HĂ©lĂšne, “Au mont Ida”. Juan Diego FlĂłrez, tĂ©nor. Orchestre de l’OpĂ©ra Royal de Wallonie. Christopher Franklin, direction musicale

 

Compte-rendu : Poitiers. CinĂ©ma “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Rossini : La donna del lago. Juan Diego Florez, Joyce DiDonato … Michele Mariotti, direction.

Joyce Didonato portraitLorsqu’il compose La donna del lago en 1819, Gioachino Rossini (1792-1868) hĂ©rite d’un livret initialement destinĂ© Ă  Gaspare Spontini (1774-1851) qui venait de quitter la France pour la Prusse, laissant tout autre projet en plan. Rossini est le premier compositeur Ă  recevoir un livret tirĂ© d’une oeuvre de Walter Scott; vingt ans plus tard en effet Gaetano Donizetti se basera sur La fiancĂ©e de Lamermoor pour son opĂ©ra Lucia di Lamermoor. La donna del lago est certes moins donnĂ©e ou enregistrĂ©e que d’autres opĂ©ras de Rossini mais l’oeuvre n’en contient pas moins de trĂšs belles pages, notamment l’air d’entrĂ©e de Malcom, et le rondo final (Tanti affeti in tal momento) dĂ©volu Ă  Elena (ce rondo sera repris plus tard dans Bianca e Falliero, revenant Ă  Bianca).

Pour cette nouvelle production, le Royal Opera House de Londres rĂ©unit un plateau vocal exceptionnel largement dominĂ© par Juan Diego Florez et Joyce DiDonato en grande forme. Le couple rossinien s’Ă©tait dĂ©jĂ  retrouvĂ© dans la mĂȘme oeuvre donc dans les mĂȘmes rĂŽles il y a 3 ans sur les planches du Palais Garnier Ă  Paris.

Quant Ă  la mise en scĂšne,c’est John Fulljames qui en est chargĂ© et … on ne  peut que le regretter.

Si la volontĂ© de bien faire est Ă©vidente, on peut se demander pourquoi il commet autant d’erreurs. La transposition au XIXe siĂšcle n’a rien de choquant, il y en a dĂ©jĂ  eu : Les Troyens, par exemple, autre production du Covent Garden, ou Lucia di Lamermoor au Metropolitan Opera de New York. En revanche le fil rouge du duo Scott/Rossini tombe Ă  l’eau; en effet si chacun connaissait la rĂ©putation de l’autre, les deux hommes ne se sont jamais rencontrĂ©s.
D’autre part situer l’action dans l’une des innombrables sociĂ©tĂ©s historiques qui existaient au dĂ©but du XIXe siĂšcle, Walter Scott Ă©tait d’ailleurs le prĂ©sident de l’une d’entre elles, est assez incomprĂ©hensible. John Fulljames a-t-il souhaitĂ© par lĂ  se souvenir du temps ou l’Écosse Ă©tait un pays Ă  part entiĂšre? Faut il rappeler que l’Écosse n’a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e au Royaume Uni qu’en 1603 sous le rĂšgne de Jacques VI. Il faut aussi se remĂ©morer que Jacques V, Uberto pour tous jusqu’aux deux ou trois derniĂšres scĂšnes, Ă©tait l’un des derniers rois de l’Écosse indĂ©pendante. Si le recours au flash-back peut ĂȘtre une bonne idĂ©e, quelle bizarrerie de mettre Elena dans une vitrine en verre : souvenir ou prison?
Enfin l’entrĂ©e de Rodrigo et de ses hommes, accompagnĂ©e d’une sĂ©rie de viols pendant qu’ils chantent les vertus de l’amour est assez peu convaincante et plutĂŽt mal venue. Si les costumes sont seulement corrects et les chorĂ©graphies tout Ă  fait honorables, seules les lumiĂšres de Bruno Poet ont un intĂ©rĂȘt particulier car elles soulignent avec justesse les moments les plus dramatiques.

Vocalement, le Royal Opera House a rĂ©uni une distribution prestigieuse et quasi idĂ©ale au vue de la grande difficultĂ© de la partition. A tout seigneur, tout honneur : Joyce DiDonato est une Elena irrĂ©prochable tant scĂ©niquement que vocalement; l’artiste amĂ©ricaine affronte avec une facilitĂ© impressionnante les redoutables vocalises rossiniennes. Quant au rondo final, si on peut regretter qu’il soit pris sur un tempo si lent, DiDonato l’aborde crĂąnement d’autant que la mise en scĂšne ne l’aide vraiment pas. Face Ă  la mezzo amĂ©ricaine, Juan Diego Florez campe un Uberto (Giacomo V) Ă©bouriffant; le tĂ©nor pĂ©ruvien qui connait parfaitement le rĂ©pertoire rossinien plie sa voix Ă  sa volontĂ© et il relĂšve le dĂ©fi avec brio. En revanche, la mezzo soprano italienne Daniela Barcellona est un Malcom inĂ©gal; tendue pendant tout son air d’entrĂ©e la jeune femme a du mal Ă  vocaliser correctement. La voix, est pourtant belle et correspond bien Ă  la tessiture terrible du rĂŽle; elle se reprend cependant avec aisance et chante impeccablement dans le second acte. A sa dĂ©charge, le vilain costume dont elle a Ă©tĂ© affublĂ©e ne l’aide vraiment pas Ă  faire sien un rĂŽle travesti qui, mĂȘme s’il n’est pas forcĂ©ment trĂšs long est dense et redoutable pour la voix. Colin Lee est un excellent Rodrigo; la vocalise est aisĂ©e quoique parfois hachĂ©e et les aigus sont faciles mais Ă  la dĂ©charge du tĂ©nor amĂ©ricain, la mise en scĂšne ratĂ©e de l’entrĂ©e de Rodrigo ne l’aide vraiment pas Ă  se mettre en valeur. Notons par ailleurs que la voix de Colin Lee est assez similaire Ă  celle de Juan Diego Florez mais le tĂ©nor pĂ©ruvien est plus aĂ©rien et plus facile que son collĂšgue ce qui lui donne un avantage certain pendant toute la soirĂ©e.

Le choeur du Royal Opera House remarquablement préparé par son chef se montre à la hauteur de la distribution exceptionnelle qui évolue sur le plateau et ce malgré une mise en scÚne peu convaincante.

Dans la fosse, Michele Mariotti dirige le prestigieux orchestre du Royal Opera House avec efficacitĂ© insufflant Ă  ses musiciens et aux chanteurs une Ă©nergie et un dynamisme bienvenus. Il est cependant dommage que son enthousiasme, pour communicatif qu’il soit, le pousse Ă  couvrir Daniela Barcellona ici et la pendant son air d’entrĂ©e; mais dans l’ensemble le chef italien dirige le chef d’oeuvre de Rossini avec une justesse et une intelligence qui sont pour beaucoup dans le succĂšs globales de la soirĂ©e.

On peut regretter la mise en scĂšne truffĂ©e d’erreurs, peu engageante, handicapante pour les chanteurs avec des dĂ©cors et des costumes au mieux corrects mais sans vĂ©ritables liens avec l’histoire. En revanche, le plateau vocal est de rĂȘve largement dominĂ© par Joyce DiDonato et Juan Diego Florez Ă©blouissants.

Poitiers. CinĂ©ma CGR “Le Castille”, le 27 mai 2013. En direct du Royal Opera House de Londres. Gioachino Rossini (1792-1868) : La donna del lago opĂ©ra en deux actes sur un livret de Andrea Leone Tottola tirĂ© du roman Ă©ponyme de Walter Scott The lady of the lake. Juan Diego Florez, Urbeto (Giacomo V); Joyce DiDonato, Elena; Colin Lee, Rodrigo; Daniela Barcellona, Malcolm; Justine Gringyte, Albina; Robin Leggate, Serano; Simon Orfila, Douglas; Pablo Bemsch, Bertram; Christoph Lackner, un barde. Orchestre et choeur du Royal Opera House, Michele Mariotti, direction. John Fulljames, mise en scĂšne; Dick Bird, dĂ©cors; Yannis Thavis, costumes; Bruno Poet, lumiĂšres; Arthur Pita, chorĂ©graphies.

DVD. Rossini: Matilde di Shabran (Florez, 2012)

Rossini-Matilde-Di-Shabran_Olga-Peretyatko-Mario-Martone-Juan-Diego-Florez,images_big,28,0743816-1DVD. Rossini : Matilde di Shabran (Florez, 2012)   …   Souvenons-nous c’Ă©tait en 1996, ici mĂȘme Ă  Pesaro, lieu des rĂ©vĂ©lations rossiniennes, le jeune Juan Diego Florez faisait Ă  23 ans ses dĂ©buts foudroyants dans le rĂŽle de Corradino de Matilde di Shabran : tĂ©nor en or pour oeuvre mĂ©connue. Normal car il y faut des chanteurs hors pairs, capables sous le masque formatĂ© d’une comĂ©die lĂ©gĂšre, de vrais tempĂ©raments vocaux qui osent prendre des risques. Depuis, le PĂ©ruvien divin a chantĂ© 3 fois ce rĂŽle dĂ©sormais emblĂ©matique de son style comme de sa carriĂšre ; un rĂŽle fĂ©tiche liĂ© Ă  ses dĂ©buts fulgurants, en quelque sorte qui mĂ©ritait bien d’ĂȘtre filmĂ©, ici pour la reprise en 2012 … Le Florez 2012 est plus libre et inventif, fin et nuancĂ© encore qu’Ă  ses dĂ©buts, sans avoir perdu aucun de ses aigus filĂ©s d’une candeur et d’une prĂ©cision inouĂŻes. Le jeu d’acteur a gagnĂ© une imagination qui fait miracle.
Mis en perspective avec sa participation 2013 au mĂȘme festival (Guillaume Tell en version française oĂč il Ă©blouit dans le rĂŽle d’Arnold), Juan Diego Florez affirme bien ses affinitĂ©s inĂ©galĂ©es au bel canto rossinien, tissĂ© dans la clartĂ© solaire et le style le plus raffinĂ© qui soit.

 

 

Florez plus rossinien que jamais

 

Shabran_Juan Diego Florez dvd DeccaDĂ©jĂ  enregistrĂ©e pour le disque en 2006 avec une partenaire mĂ©morable elle aussi, -Annick Massis-, l’oeuvre a donc les faveurs de l’archivage, mais pour le transfert au dvd, le tĂ©nor change de complice pour le rĂŽle titre en la personne de Olga Peretyatko, nouvelle voix rossinienne chez Sony classical, voix ronde et corsĂ©e, d’une musicalitĂ© Ă  la hauteur de son royal partenaire (la diva vient de sortir un premier album dĂ©diĂ© Ă  Mozart, Rossini, Johann Strauss oĂč sa coloratura s’Ă©panouit avec un mordant trĂšs affirmĂ©). En outre, l’exceptionnel Nicola Alaimo, repĂ©rĂ© dans Stiffelio de Verdi (oĂč il jouait Stankar, le pĂšre vengeur avec une justesse vocale et dramatique impeccable) Ă  Monaco derniĂšrement, fait tout le relief du rĂŽle d’Aliprando : subtilitĂ©, simplicitĂ©, flexibilitĂ© : quelle distribution ! AprĂšs Riccardo Frizza, Michele Mariotti dirige l’action avec une vivacitĂ© efficace sans surlignage abusif ni dĂ©monstration pĂąteuse : les finales d’acte dont le quintette du I donnent le vertige et le tournis par leur Ă©vidente prĂ©cision et leur irrĂ©sistible nervositĂ© collective. Dans sa version napolitaine, plus riche et caractĂ©risĂ©e que la crĂ©ation romaine de 1821, cette Matilde di Shabran a certes un livret un rien lĂ©ger, mais ce qu’y rĂ©alisent les interprĂštes, tous Ă  l’avenan, relĂšve d’un miracle rĂ©cent, Ă  inscrire en lettres blanches parmi les redĂ©couvertes les plus extraordinaires de l’histoire rossinienne rĂ©cente. Incontournable.

 

Rossini : Matilde di Shabran. Juan Diego Florez (Corradino). Olga Peretyako (Matilde), Nicola Alaimo (Aliprando)… Orchestra e coro del Teatro comunale di Bologna. Michele Mariotti, direction. Mario Martone, mise en scĂšne. 2 dvd Decca 0743813