CD et CONCERT, Le Temps retrouvé / Li-Kung Kuo (violon), Cédric Lorel (piano)

le-temps-retrouve-disque-img- li kung kuo cedric lorel violon et piano cd review annonce concert cd critique classiquenews CLIC de classiquenews 450CD Ă©vĂ©nement, annonce et concert. Li-Kung Kuo (violon) - CĂ©dric Lorel (piano) : Le Temps retrouvĂ© (1 cd Cadence Brillante). Sur les traces du violoniste lĂ©gendaire EugĂšne YsaĂże (1858 – 1931), le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel explorent en filiations et correspondances tĂ©nues, les champs d’une mĂ©moire retrouvĂ©e, celle proustienne, qui associent plusieurs compositeurs romantiques français : Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns jusqu’à Claude Debussy. Le programme ressuscite l’esprit fin de siĂšcle et Belle-Epoque, autour de la figure d’EugĂšne YsaĂże, personnalitĂ© wallone majeure entre les deux siĂšcles, « crĂ©ateur du PoĂšme et du Concert de Chausson, du Quatuor de Debussy (parmi bien d’autres ) et qui, en compagnie du pianiste Raoul Pugno, interprĂ©ta souvent la premiĂšre Sonate de Saint-SaĂ«ns -celle qui, semble-t-il, servit probablement de modĂšle pour la fameuse “Sonate de Vinteuil ». YsaĂże crĂ©a aussi la fameuse Sonate de Franck et le premier Quintette de FaurĂ©. Le PoĂšme de Chausson est son Ɠuvre emblĂ©matique qu’il joue dans chacun de ses concerts.

Le nouvel album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante, Ă  paraĂźtre le 15 novembre 2019, souligne les diverses facettes d’un Ăąge d’or de la musique de chambre française dont les joyaux se dĂ©gustent alors dans l’intimisme des salons parisiens. En imaginant la figure d’un compositeur de l’époque, Vinteuil (qui pourrait ĂȘtre une synthĂšse de Chausson, Saint-SaĂ«ns, FaurĂ©, Franck
), Marcel Proust ressuscite l’esprit et la sonoritĂ© d’une pĂ©riode d’importantes Ă©volutions musicales, de Chausson Ă  Debussy. Les deux interprĂštes restituent l’atmosphĂšre d’une Ă©poque remarquable, quand Paris Ă©tait la capitale musicale du monde.
CLIC_macaron_2014Le violoniste taiwanais Li-Kung Kuo, membre du Centre de musique de chambre de Paris affronte le dĂ©fi du Caprice d’YsaĂże, lui-mĂȘme inspirĂ© par Saint-SaĂ«ns ; son complice CĂ©dric Lorel ajoute couleurs et teintes d’un clavier historique, soit un piano Bechstein de 1898 ; Bechstein est un choix judicieux car c’était la marque prĂ©fĂ©rĂ©e de Debussy. En jouant Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns (la rare Sonate n°1), Debussy, les deux instrumentistes rendent hommage Ă  un violoniste exceptionnel qui a inspirĂ© nombre de compositeurs majeurs et singuliers. CD & CONCERT Ă©vĂ©nements, Ă©lus «  CLIC de CLASSIQUENEWS ».

 

 

 

 

NOUVEAU CD

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Parution du cd « Le temps retrouvé »
le 15 novembre 2019

+ d’infos sur le site Cadence Brillante :
http://cadencebrillante.com

 

Cédric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvé

 

 

CONCERT A PARIS

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Concert de lancement
PARIS, Salle Cortot,
Lundi 2 décembre 2019, 20h

Li-Kung Kuo (violon)
CĂ©dric Lorel (piano)

RÉSERVEZ

https://www.billetweb.fr/kuo-lorel-le-temps-retrouve

 

 

Programme :

Reynaldo Hahn (1874-1947)
Nocturne pour violon et piano

Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano

Ernest Chausson (1855-1899)
PoĂšme op. 25

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Sonate pour violon et piano n°1 op. 75

EugĂšne YsaĂże (1858-1931)
Caprice d’aprĂšs l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-SaĂ«ns

 

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GRAND ENTRETIEN

CĂ©dric LOREL, Li-Kung KUO : Le temps retrouvĂ©LIRE notre entretien avec le violoniste Li-Kung Kuo et le pianiste CĂ©dric Lorel. Le duo explique l’enjeu artistique de leur premier album Ă©ditĂ© par Cadence Brillante : ressusciter l’engagement d’une personnalitĂ© musicale de premier plan, en lien Ă©troit avec la composition et les auteurs de son temps
 EugĂšne YsaĂże et les compositeurs de son temps : la Belle Epoque (Hahn, Chausson, Saint-SaĂ«ns, Debussy…)

Propos recueillis en novembre 2019

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CD, compte rendu critique. Véronique Gens : NéÚre, mélodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015)

gens veronique melodies duparc hahn chausson alpha cd critique compte rendu review account of CLASSIQUENNEWS CLIC de classiquenews octobre 2015CD, compte rendu critique. VĂ©ronique Gens : NĂ©Ăšre, mĂ©lodies de Hahn, Duparc, Chausson (1 cd Alpha, 2015). MaturitĂ© rayonnante de la diseuse. Le timbre s’est voilĂ©, les aigus sont moins brillants, la voix s’est installĂ©e dans un medium de fait plus large… autant de signes d’un chant mature qui cependant peut s’appuyer sur un style toujours mesurĂ© et nuancĂ©, cherchant la couleur exacte du verbe. ProphĂ©tesse d’une Ă©mission confidentielle, au service de superbes poĂšmes signĂ©s Leconte de Lisle, Goethe, Gautier, Louise Ackermann, Viau, Verlaine, Maurice Bouchor, Baudelaire et Banville…, VĂ©ronique Gens captive indiscutablement en diseuse endeuillĂ©e, sombre et grave, d’une noblesse murmurĂ©e et digne. L’expressivitĂ© n’est pas son tempĂ©rament mais une inclination maĂźtrisĂ©e pour l’allusion, la suggestion parfois glaçante (propre aux climats lugubres et funĂšbres d’un Leconte de Lisle par exemple quand il Ă©voque le marbre froid de la tombe). La nostalgie gĂ©nĂ©rale de NĂ©Ăšre de Hahn pose d’emblĂ©e l’enjeu de ce programme façonnĂ© comme une subtile grisaille : les milles nuances du sentiment intĂ©rieur. De notre point de vue, le piano est trop mis en avant dans la prise, dĂ©sĂ©quilibre qui nuit considĂ©rablement Ă  la juste perception de la voix versus l’instrument (dĂ©sĂ©quilibre criard mĂȘme dans Trois jours de vendange d’aprĂšs Daudet). De Hahn, La Gens sait exprimer l’ineffable, ce qui est derriĂšre les mots.

1000 nuances de l’allusion vocale : la mĂ©lodie romantique française Ă  son sommet

Chez Duparc, Hahn, Chausson, VĂ©ronique Gens subjugue

En accord avec l’instrument seul, la soprano peut tisser une Ă©toffe chambriste somptueuse, feutrĂ©e, jamais outrĂ©e prĂ©cisĂ©ment chez Duparc : douceur grave de Chanson triste (mais que le piano trop mis en avant lĂ  encore perce et dĂ©chire un Ă©quilibre et une balance subtile dont Ă©tait fervente la voix justement calibrĂ©e : carton jaune pour l’ingĂ©nieur du son indĂ©licat ; une faute de goĂ»t impardonnable car aux cĂŽtĂ©s du clavier, la soprano mesure, distille cisĂšle), un rĂȘve vocal qui rĂ©tablit le songe du Duparc. C’est un enchantement vĂ©cu il y a longtemps dont la sensation persistante fait le climat diffus, vaporeux, brumeux (wagnĂ©rien?) de Romance de Mignon (et son apothĂ©ose du lĂ -bas d’aprĂšs Goethe) oĂč la tenue et le soutien comme la couleur des sons filĂ©s rappellent une autre diseuse en Ă©tat de grĂące (RĂ©gine Crespin) : quel art du tissage de la note et du verbe habitĂ©, hallucinĂ©, poĂ©tique. EnivrĂ©e, intacte malgrĂ© la perte, l’Ă©vocation elle aussi endeuillĂ©e nostalgique de PhidylĂ© (1882) dĂ©ploie sa robe caressante et voluptueuse grĂące au medium crĂ©meux, rond, repliĂ© et enfoui de la voix melliflu qui appelle Ă  la paix de l’Ăąme : voici assurĂ©ment le sommet de la mĂ©lodie romantique française, Ă©cho original du Tristan wagnĂ©rien, une rĂ©sonance extatique d’une subtilitĂ© enivrante.

Leconte de Lisle, magicien fantastique et dĂ©jĂ  symboliste, fait le lien entre le texte de ce Duparc et la premiĂšre mĂ©lodie des 7 de Chausson qui suivent : le chant est embrasĂ© et hallucinĂ©, bien que perdant parfois la parfaite lisibilitĂ© des voyelles – problĂšme rĂ©gulier pour les voix hautes, mais l’intelligence dans l’articulation Ă©motionnelle des vers oscille entre prĂ©cision, allusion, incantation. La tension des Ă©vocations souvent tristes et mĂȘme dĂ©pressives trouve dans la SĂ©rĂ©nade italienne d’aprĂšs Paul Bourget, une liquiditĂ© insouciante soudainement rafraĂźchissante.

CLIC_macaron_2014Des Hahn suivant, plus linguistiques, VĂ©ronique Gens semble Ă©claircir la voix au service de voyelles plus lumineuses structurant les phrases (superbe Rossignol des lilas, hommage au volatile), ciselant lĂ  encore le versant mĂ©taphorique des vers. EnoncĂ© comme une romance mozartienne (malgrĂ© un piano trop prĂ©sent), Á Chloris a la dĂ©licatesse d’une porcelaine française usĂ©e Ă  Versailles : l’Ă©mission endeuillĂ©e enveloppe la mĂ©lodie d’une langueur suspendue qui fait aussi rĂ©fĂ©rence au Bach le plus tendre. C’est Ă©videmment une lecture trĂšs incarnĂ©e et personnelle de la mĂ©lodie de Hahn, autre sommet de la mĂ©lodie postromantique française et mĂȘme clichĂ© ou pastiche Ă©tonnamment rĂ©ussi (1916). Le temps des Lilas de Chausson hypnotise par la justesse des couleurs, la prĂ©cision allusive de chaque mot vocal : priĂšre extatique et dĂ©pressive, voici un autre sommet musical (1886) du postwagnĂ©risme français. Le chant exprime sans discontinuer la profonde et maudite langueur des Ăąmes irradiĂ©es. Le tact et le style de La Gens affirme une remarquable acuitĂ© dans l’allusion. MĂȘme finesse de style et richesse de l’intonation dans l’exceptionnelle Au pays oĂč se fait la guerre de Duparc (1870), priĂšre retenue, pudique d’une femme de soldat : Duparc annonce le dĂ©sespoir intime de Chausson. Le feu ultime que la soprano sait offrir au mot “retour” finit de saisir. AssociĂ© Ă  l’Invitation au voyage de la mĂȘme pĂ©riode (d’aprĂšs Baudelaire), ce premier Duparc gagne un regain de splendeur poĂ©tique : tragĂ©dienne subtile et intĂ©rieure, la cantatrice atteint ici un naturel linguistique magicien, imprĂ©cation, dĂ©clamation, rĂ©vĂ©lation finale dans le recto tono Ă©noncĂ© comme la dĂ©brouillement d’une Ă©nigme  “ordre et beautĂ©, luxe, calme et voluptĂ©”. Il aurait fallu que le rĂ©cital s’achevĂąt sur ce diptyque Duparc lĂ . Aucun doute, Ă  l’Ă©coute de ses sommets mĂ©lodiques, VĂ©ronique Gens affirme un talent envoĂ»tant, entre allusion et pudeur (mĂȘme si ici et lĂ , quelques aigus sonnent serrĂ©s, Ă  peine tenus).

Sans la contrainte d’un orchestre dĂ©bordant, hors de la scĂšne lyrique, le timbre dĂ©licat, prĂ©cieux de VĂ©ronique Gens au format essentiellement intimiste gagne ici en studio un somptueux relief : celui qu’affirme son intuition de soliste tragique et pathĂ©tique. Si le tempĂ©rament indiscutable de la coloriste diseuse s’affirme, on regrette vivement la prise de son qui impose le piano sans Ă©quilibre en maints endroits. Oui, carton jaune pour l’ingĂ©nieur du son.

CD, compte rendu critique. VĂ©ronique Gens, soprano : NĂ©Ăšre, mĂ©lodies de Hahn, Duparc, Chausson. Susan Manoff, piano. 1 cd Alpha 215. EnregistrĂ© au studio Teldex en mars 2015. CLIC de classiquenews d’octobre 2015.

Hahn à Saint-Etienne : recréation du Marchand de Venise, 1935

HAHN reynaldo_hahn_2015_Saint-Etienne, OpĂ©ra. Hahn : Le Marchande Venise, 27-31 mai 2015. Mini festival Reynaldo Hahn en France, Ă  l’OpĂ©ra Comique en mai : reprise de Ciboulette ; c’est aussi le Marchand de Venise Ă  Saint-Etienne (dans le cadre de son Cycle Massenet dont Reynaldo Hahn fut l’élĂšve), ouvrage clĂ© crĂ©Ă© en mars 1935, dans lequel le compositeur ami de Proust et de Sarah Bernhardt s’essaie au grand genre 
 L’usurier assidu pratiquant des taux extravagants (la garantie est la propre chair de ses dĂ©biteurs) et qui surtout a la haine de ceux qui le mĂ©prise (Antonio justement aristocrate mĂ©lancolique et chrĂ©tien), tire un malin plaisir Ă  Ă©prouver ses “proies” par l’argent. Ainsi Shylock Ă  Venise est-il le pilier de l’action du Marchand de Venise dans la piĂšce de Shakespeare. Donc Antonio emprunte 3000 ducats au Juif pour les prĂȘter Ă  son ami Bassanio lequel a besoin ainsi de liquiditĂ©s pour sĂ©duire la belle Portia (rĂŽle Ă©crit pour Mary Garden, qui avait crĂ©Ă© auparavant en 1902, l’Ă©crasant rĂŽle de MĂ©lisande dans PellĂ©as et MĂ©lisande de Debussy).

Entretemps d’autres prĂ©tendants attentent Ă  l’intimitĂ© de Shylock en enlevant la propre fille du vieillard soupçonneux : Jessica (comme les intrigants de la Cour du Duc de Mantoue enlevant la fille de Rigoletto, Gilda dans l’ouvrage de Verdi)
 conspiration, sĂ©duction, sadisme aussi par l’argent et Ă©videmment haine souterraine (entre juifs et chrĂ©tiens). Tout cela enrichit l’action de l’opĂ©ra de Reynaldo Hahn dont la complexitĂ© raffinĂ©e et l’élĂ©gance mozartienne subjuguent toujours.

shylock jessica venise shakespeare reynaldo hahnL’auteur de Ciboulette redĂ©finit ici la langue de l’opĂ©ra – au moment oĂč Enesco livre son Oedipe, fresque nĂ©matique, austĂšre et un peu raide. Ni wagnĂ©riste, ni debussyste ni faurĂ©en, ni rien du tout, 
 seul et puissamment original, Reynaldo Hahn prĂ©fĂšre renouer avec la comĂ©die de Wolfgang, celle de Don Giovanni oĂč les sĂ©quences de pur enchantement amoureux n’empĂȘchent pas l’accomplissement du drame le plus noir (la piĂšce de Shakespeare est un procĂšs contre la figure du juif avare, paranoĂŻaque, certes implantĂ© Ă  Venise mais qui cultive sa dĂ©testation des vĂ©nitiens, et sait se faire dĂ©tester d’eux). Alternant le lĂ©ger et le cynisme parfois aigre et tragique (vertiges des couples amoureux, solitude amĂšre de l’usurier : sous la baguette de Philippe Gaubert, c’est la basse lĂ©gendaire AndrĂ© Pernet, acteur subtil, qui crĂ©e le rĂŽle de Shylock), Hahn, dans sa langue spĂ©cifique, aquarellĂ©e, aĂ©rienne, subtile et colorĂ©e, d’un fini instrumental souvent irrĂ©sistible, retrouve le rythme mĂȘme de l’opĂ©ra mozartien : dans les contrastes entre les Ă©pisodes, il exprime la nature contradictoire et troublante de la vie elle-mĂȘme qui fusionne indistinctement dĂ©fis, Ă©preuves, souffrance et solitude, mais aussi extase, entente, espoir.

Les critiques de Hahn lui reprochent son inconsistance, sa superficialitĂ© : lui, l’amoureux de l’ordonnance versaillaise serait-il de facto incapable de profondeur ? C’est bien Ă  cette question essentielle que nous conduit la recrĂ©ation du Marchand de Venise en mai 2015 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. PiĂšce anodine mais bien ficelĂ©e, ou drame mozartien, shakespearien et romantique
 tout Ă  la fois ? RĂ©ponse Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne les 27, 29,31 mai 2015.

 

 

 

 

boutonreservationLe Marchand de Venise Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne
Saint-Etienne, Opéra. Les 27, 29, 31 mai 2015
Durée : 3h45mn (entracte compris)

 

 

Avec : Gabrielle Philiponet (Portia), Isabelle Druet (Nerissa), Pierre Yves Pruvot (Shylock), Bassanio (Guillaume Andrieux)

Orch. Symphonique Saint-Etienne Loire
Franck Villard, direction. Arnaud Bernard, mise en scĂšne

La distribution solide, promet de belles caractĂ©risations, surtout viriles : Pierre-Yves Pruvot est l’un des meilleurs barytons dramatiques actuels, il devrait incarner un superbe Shylock (haineux et humain), et le jeune Guillaume Andrieux, encouragĂ© entre autres par Jean-Claude Malgoire vient de chanter PellĂ©as Ă  Tourcoing en mars 2015, comme il avait recrĂ©Ă© le rĂŽle d’Aben Hamet avec le mĂȘme JC Malgoire en mars 2014


Illustrations : Reynaldo Hahn ; Dessin représentant Shylock et Jessica (DR)

Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra-Comique, le 27 avril 2015. Reynaldo Hahn : Ciboulette. MĂ©lody Louledjian, Tassis Christoyannis, Julien Behr, Guillemette Laurens… Orchestre de Chambre de Paris. Laurence Equilbey, direction. Michel Fau, mise en scĂšne.

FraĂźcheur, Ă©lĂ©gance, lĂ©gĂšretĂ© Ă  l’OpĂ©ra-Comique grĂące Ă  une Ciboulette revisitĂ©e. PremiĂšre opĂ©rette de Reynaldo Hahn, Ciboulette (1923), revient Ă  la Salle Favart aprĂšs la crĂ©ation triomphale de cette production Ă  l’hiver 2013. La musique raffinĂ©e et gracieusement sophistiquĂ©e du plus parisien des vĂ©nĂ©zuĂ©liens rebondit sur l’audience, totalement charmĂ©e par l’évĂ©nement d’une profonde et ravissante lĂ©gĂšretĂ©. Une distribution quelque peu modifiĂ©e par rapport Ă  la crĂ©ation habite les rĂŽles et est fabuleusement accompagnĂ©e par l’Orchestre de Chambre de Paris en trĂšs bonne forme.

 

 

 

Ciboulette d’amour et d’insolence

 

 

CIBOULETTE -

 

Reynaldo Hahn, grand lettrĂ© et fervent admirateur de Mozart, est nĂ© Ă  Caracas, Venezuela en 1874. Suite Ă  son arrivĂ©e en France, il devient Ă©lĂšve de Lavignac et de Massenet. S’il demeure connu du grand public pour des recueils de mĂ©lodies et pour cette triomphante Ciboulette, il donne dĂ©jĂ  en 1898 L’Ile de RĂȘve Ă  l’OpĂ©ra-Comique, puis en 1902 La CarmĂ©lite, en 1910 le ballet La FĂȘte chez ThĂ©rĂšse et finalement Nausicaa en 1923, peu avant la premiĂšre de Ciboulette au ThĂ©Ăątre des VariĂ©tĂ©s. L’opĂ©rette la plus parisienne du XXe siĂšcle, Ciboulette est en vĂ©ritĂ© un hommage Ă  l’opĂ©rette du XIXe, notamment Ă  Offenbach. L’histoire mignonne est celle d’une vendeuse de lĂ©gumes aux Halles nommĂ©e Ciboulette, qui rĂȘve d’amour et de gloire. Le noeud de l’action demeure sa rencontre avec Antonin de Mourmelon, jeune aristocrate Ă  la naĂŻvetĂ© touchante. AprĂšs une sĂ©rie de situations dĂ©jantĂ©es, ma non troppo, vient le lieto fine : Ciboulette devient cantatrice et se marie avec Antonin.

 

CIBOULETTE -

 

Le baryton grec Tassis Christoyannis est touchant mais aussi drĂŽle dans le rĂŽle du M. Duparquet. Sa prestation est dĂ©licieuse, son chant charmant. Il est ainsi comique et tenace lors de son duo au 3e acte avec Antonin et tendre dans celui du 2e avec Ciboulette, le cĂ©lĂšbre “Nous avons fait un beau voyage“. Melody Louledjian est une Ciboulette pĂ©tillante. Excellent actrice, son jeu est plein d’esprit et de fraĂźcheur. Sa performance, savoureuse et drĂŽle. Elle fait un bon couple avec l’Antonin de Julien Behr, d’une tendresse particuliĂšre lors du duo du 1er acte : “Les parents, quand on est bĂ©bĂ©â€. Julien Behr rempile dans le rĂŽle d’Antonin :  belle ligne de chant et solide jeu d’acteur, naĂŻf et drĂŽle. Nous constatons l’Ă©volution vocale et scĂ©nique du jeune tĂ©nor, et c’est un bonheur. M. et Mme. Grenu sont interprĂ©tĂ©s par Jean-Claude Saragosse et Guillemette Laurens avec un humour plein de brio et une vivacitĂ© contagieuse. Leurs voix s’harmonisent parfaitement ; ils se distinguent entre autres par leur phrasĂ©, par leur rĂ©activitĂ© et charisme sur scĂšne. La performance du choeur Accentus, trĂšs sollicitĂ© et dirigĂ© par Christophe Grapperon, est progressive. Il est prĂ©sent dans tous les actes et ses membres font une belle reprĂ©sentation des divers stĂ©rĂ©otypes de la sociĂ©tĂ©. Le choeur finale en bis est un cadeau sympathique qui clĂŽt la premiĂšre.

Les dĂ©cors de Bernard Fau et Citronelle Dufay sont beaux et efficaces. Comme les costumes de David Belugou, inspirĂ©s de cette fin du 19 Ăšme siĂšcle insouciante et lĂ©gĂšre s’inscrivent parfaitement dans la fabuleuse mise en scĂšne de Michel Fau. Une approche poĂ©tique et respectueuse de l’époque Ă  laquelle Reynaldo Hahn fait hommage avec sa musique, mais non dĂ©pourvue d’une certaine insolence gaie tout Ă  fait ravissante ! L’Orchestre de Chambre de Paris dirigĂ© par Laurence Equilbey est superbe dĂšs le dĂ©but. Si nous aimons la transparence et le punch de la prestation, le prĂ©lude bucolique du IIe acte reste le sommet expressif de la performance. Les cordes toujours trĂšs prĂ©sentes laissent les bois exprimer une paix champĂȘtre mi-tendre, mi-nostalgique, brillamment accompagnĂ©s par les cors
 Une reprise riche en bonheur Ă  voir et revoir sans modĂ©ration ! A l’OpĂ©ra-Comique, encore le 29 avril et les 3, 5 et 7 mai 2015.

 

 

CIBOULETTE -

Compte rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra-Comique, le 27 avril 2015. Reynaldo Hahn : Ciboulette. MĂ©lody Louledjian, Tassis Christoyannis, Julien Behr, Guillemette Laurens… Orchestre de Chambre de Paris. Laurence Equilbey, direction. Michel Fau, mise en scĂšne.

 

 

 

Illustrations : © V.Pontet Opéra-Comique 2015

 

Compte rendu, concert. Poitiers. Auditorium, le 14 décembre 2014. Bonis; Offenbach; Chaminade; Fauré; Donizetti; Godard; Duparc; Debussy; Dubois; Boulanger; Hahn. Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

isabelle druet au pays ou se fait la guerre 1870 1914 concert2014 est une annĂ©e particuliĂšre qui commĂ©more le centenaire du dĂ©but de la Grande guerre (1914-1918) et le soixante-dixiĂšme anniversaire des dĂ©barquements de Normandie (6 juin 1944) et de Provence (15 aoĂ»t 1944). Pour “cĂ©lĂ©brer” cette annĂ©e si spĂ©ciale, le ThĂ©Ăątre Auditorium de Poitiers a invitĂ© la mezzo soprano Isabelle Druet et le Quatuor Giardini pour un rĂ©cital certes un peu sombre mais trĂšs Ă©quilibrĂ©, alternant judicieusement musique de chambre, mĂ©lodies françaises, extraits d’opĂ©rettes et d’opĂ©ras. Ce programme, fort allĂ©chant au demeurant, bĂ©nĂ©ficie du soutien de la fondation Palazetto Bru Zane qui en assure Ă©galement la production.

Isabelle Druet au Théùtre Auditorium

Le Quatuor Giardini dĂ©bute le programme avec un Quatuor avec piano de la compositrice Mel Bonis (1858-1937). TrĂšs active, mais peu connue aujourd’hui, Mel Bonis compose aussi bien de la musique instrumentale que de la musique vocale (religieuse ou profane) laissant Ă  sa mort une oeuvre ompressionnante, plus de trois cents oeuvres, en cours de redĂ©couverte. Le Quatuor avec piano N°1 (composĂ© en 1915) dont seul le finale est donnĂ© en ce dimanche aprĂšs midi est Ă  la fois emprunt de nostalgie et, en pleine guerre, de tristesse. Les Giardini interprĂšte le Concerto de Bonis avec une sobriĂ©tĂ© et un engagement total; il en est de mĂȘme pour les deux Quatuors de Gabriel FaurĂ© (1845-1924) qui datent de la fin des annĂ©es 1870 pour l’un et de 1887 pour l’autre. Des RĂȘves d’enfants de ThĂ©odore Dubois (1837-1924), -nous n’Ă©coutons que le premier d’entre eux-, et le Quatuor avec piano de Reynaldo Hahn (1874-1947) nagent dans des eaux allusives, de tristesse pour l’un, de sĂ©rĂ©nitĂ© pour le second; sentiments subtilement exprimĂ©s par le Quatuor Giardini.

druet isabelle duparc guerre 1870 1914Quant Ă  la mezzo soprano Isabelle Druet, la rĂ©gionale de la soirĂ©e puisqu’elle est d’origine niortaise, elle alterne judicieusement opĂ©rette, opĂ©ra et mĂ©lodies françaises. Elle entame son “show” avec La Grande duchesse de Gerolstein de Jacques Offenbach (1819-1880) : mĂȘme si les graves sont parfois poitrinĂ©s, notamment dans le rĂ©citatif de “Ah que j’aime les militaires”, la jeune femme assume crĂąnement une partition difficile. ComĂ©dienne accomplie, Isabelle Druet provoque des Ă©clats de rires en cascade dans une salle pourtant bien vide ce que nous regrettons d’ailleurs tant le programme est riche, variĂ© et trĂšs Ă©quilibrĂ©. Martiale, pleine de vie et d’ambition dans La Grande duchesse, la mezzo joue avec une moue charmante, les veuves Ă©plorĂ©es dans La vie parisienne ; ou les grandes dames terrorisĂ©es dans La fille du rĂ©giment de Gaetano Donizetti (1797-1848). À cotĂ© des oeuvres du rĂ©pertoire lyrique, Isabelle Druet interprĂšte avec sobriĂ©tĂ© et sensibilitĂ© des mĂ©lodies de compositrices et compositeurs post-romantiques ou modernes. Ainsi, aprĂšs la musique de chambre de Mel Bonis en ouverture de concert, ce sont CĂ©cile Chaminade (1857-1944) et Nadia Boulanger (1887-1979),- soeur de la violoniste Lilli Boulanger, qui, trop rarement jouĂ©es, sont mises Ă  l’honneur au travers de deux mĂ©lodies Ă©mouvantes : incarnĂ©es avec une justesse de ton confondante par une diseuse soudainement grave, sincĂšre, profonde , trĂšs inspirĂ©e. C’est “Au pays oĂč se fait la guerre”, une mĂ©lodie d’Henri Duparc (1848-1933), qui donne son titre au rĂ©cital de l’artiste : la mĂ©lodie emblĂ©matique fait passer son public par toutes sortes de sentiments, soulignant aussi l’horreur de la guerre et les dĂ©gĂąts collatĂ©raux qu’elle impose des deux cĂŽtĂ©s du front. Si le public connait Claude Debussy (1862-1918) plus pour son opĂ©ra PĂ©llĂ©as et MĂ©lisande (crĂ©Ă© en 1902) que pour ses mĂ©lodies, c’est pourtant l’une d’entre elles, «  Recueillement » tirĂ©e du recueil “cinq poĂšmes de Charles Baudelaire” qu’Isabelle Druet chante aprĂšs avoir mis Ă  l’honneur Benjamin Godard (1849-1895) lui aussi quasiment inconnu alors que sa musique gagne grandement Ă  ĂȘtre connue.

Devant une salle aux trois-quart vide, Isabelle Druet offre un rĂ©cital de haute volĂ©e. Son talent d’actrice, passant de la frivolitĂ© Ă  la gravitĂ© s’associe en finesse avec l’excellent Quatuor Giardini ; suggestifs et convaincants, les interprĂštes proposent de la redĂ©couverte de compositrices encore trop mĂ©connues, Bonis, Chaminade, Boulanger, associĂ©es Ă  part Ă©gale Ă  des musiciens aussi connus qu’Offenbach, Donizetti, FaurĂ©, Debussy ou Duparc. Peut-ĂȘtre pourrions nous espĂ©rer un CD rassemblant tant de compositeurs qui mĂ©ritent largement d’ĂȘtre remis au gout du jour tant ils/elles ont produit des oeuvres de qualitĂ©. La diversitĂ© n’entame en rien l’intĂ©rĂȘt du programme : elle nuance davantage la profonde cohĂ©rence du thĂšme choisi. Avec pudeur et justesse. RĂ©ussite totale.

Compte rendu, concert. Poitiers. TAP, Auditorium le 14 dĂ©cembre 2014. Mel Bonis (1858-1937) : quatuor avec piano N°1 opus 69; Jacques Offenbach (1819-1880) : La grande duchesse de GĂ©rolstein (“Ah! que j’aime les militaires”, couplets du sabre), La vie parisienne (“Je suis veuve d’un colonel); CĂ©cile Chaminade (1857-1944) : Exil; Gabriel FaurĂ© (1845-1924) : quatuor avec piano opus 45, quatuor avec piano opus 15; Gaetano Donizetti (1797-1848) : La fille du rĂ©giment (“Pour une femme de mon rang”); Benjamin Godard (1849-1895) : Les larmes; Henri Duparc (1848-1933) : Au pays ou se fait la guerre; ÉlĂ©gie; Claude Debussy (1862-1918) : cinq poĂšmes de Charles Baudelaire (Recueillement); ThĂ©odore Dubois (1837-1924) : Petits rĂȘves d’enfants : N°1, chansons de Marjolie (En paradis); Nadia Boulanger (1887-1979) : ÉlĂ©gie; Reynaldo Hahn (1874-1947) : quatuor avec piano; L’heure exquise (bis). Isabelle Druet, mezzo soprano; Quatuor Giardini.

Compte-rendu : Paris. Théùtre du Chùtelet, le 26 juin 2013. Récital Sumi Jo. Jeff Cohen, piano.

Sumi Jo JetVingt-six ans aprÚs ses débuts parisiens, Sumi Jo est de retour dans la capitale, dans la grande salle du Chùtelet, pour un récital avec piano au programme varié et coloré. Les styles et les époques se succÚdent, offrant un panorama des possibilités actuelles de la soprano coréenne. Moulée dans une superbe robe blanche sirÚne, la chanteuse ouvre le concert avec de la musique du seicento.

 

 

Eternelle jeunesse de Sumi Jo

 

AprĂšs un Bach parfait pour chauffer l’instrument, place Ă  l’immobilitĂ© poignante du « Music for a While » de Purcell, dans lequel la ligne se dĂ©ploie, souveraine, parfaitement sous contrĂŽle, dans une mezzo voce immaculĂ©e. Puis, c’est la virtuositĂ© du « Da tempeste » extrait de ClĂ©opĂątre qui tourbillonne, feu d’artifice de vocalises Ă  l’imagination dĂ©bordante. Dans le « Sposa son disprezzata » pseudo-vivaldien, l’un de ses chevaux de bataille, la soprano sculpte une intĂ©rioritĂ© Ă  fleur de lĂšvres d’une belle Ă©motion. Dans la mĂ©lodie française, la dĂ©licatesse de la cantatrice est encore de mise, notamment dans un « Si mes vers avaient des ailes » de Reynaldo Hahn rĂȘveur et poĂ©tique.
Pour clore la premiĂšre partie, un nouveau coup d’éclat : les insensĂ©es Variations de Proch, oubliĂ©es aujourd’hui mais grand numĂ©ro de virtuositĂ© dĂ©bridĂ©e qui faisait il fut un temps le bonheur des sopranos d’agilité  et qui fait toujours celui du public quand il est rĂ©alisĂ© avec autant de panache et de stupĂ©fiante autoritĂ©, couronnĂ© en outre par un suraigu triomphant qui achĂšve de soulever la salle.
L’entracte passĂ©, Sumi Jo, vĂȘtue Ă  prĂ©sent d’une longue robe fushia aux voiles improbables comme elle seule sait les porter, nous emmĂšne en Espagne avec quelques mĂ©lodies, puis nous ravit par des miniatures de Mahler, d’une exquise musicalitĂ©.
Enfin, les deux derniĂšres piĂšces virtuoses, tant attendues, du programme : la cĂ©lĂ©brissime Vocalise de Rachmaninov, aux courbes sensuelles, et Parla d’Arditi, valse de salon purement dĂ©corative, mais Ă  l’efficacitĂ© redoutable, tant elle flatte cette virtuose jouvence qu’on admire chez la chanteuse aprĂšs plus d’un demi-siĂšcle de carriĂšre.
A ses cÎtés, lui tissant un tapis solide et soyeux, Jeff  Cohen demeure le plus sûr des soutiens.
Le public est heureux, et en redemande. Comme un retour en enfance, ce sera le Wiegenlied de Mozart, Ă  la tendresse maternelle et rassurante. Changement total d’atmosphĂšre avec « I got rythm » de Gershwin, au swing entraĂźnant, dans lequel Jeff Cohen se libĂšre totalement avec un entrain communicatif.
Puis, devenu traditionnel parmi les rappels, « O mio babbino caro », au legato absolu et à la messa di voce enchanteresse.
Enfin, suite Ă  l’approbation du public, un couplet de la chanson d’Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, un rĂŽle que la diva connaĂźt bien et interprĂšte Ă  la perfection, dardant son suraigu cadentiel comme un dĂ©fi au temps qui passe, mettant les spectateurs dĂ©finitivement Ă  ses pieds, saluĂ©e par une standing ovation des plus mĂ©ritĂ©es.
Une grande dame du chant, qu’on revoit toujours avec la mĂȘme dĂ©lectation.

Paris. ThĂ©Ăątre du ChĂątelet, 26 juin 2013. Johann Sebastian Bach : Mein glĂ€ubiges Herze, BWV 68. Henry Purcell : Oedipus, “Music for a While”.   Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, “Da tempeste”. Antonio Vivaldi : Bajazet, “Sposa son disprezzata”. Gabriel FaurĂ© : Chanson d’amour. Reynaldo Hahn : Le Printemps, Si mes vers avaient des ailes. Gabriel Fauré : Notre amour. Claude Debussy : La Romance d’Ariel. Heinrich Proch : Tema e Variazoni “Deh, torna mio bene”. Joaquin Turina : Cantares, op. 19 n°3. Fernando Obradors : Del caballo mĂĄs sutil. Joaquin Rodrigo : ÂżDe dĂłnde venĂ­s, amore?. Heitor Villa-Lobos : Melodia sentimental. Gustav Mahler : Ich ging mit Lust, Hans und Grethe, FrĂŒhlingsmorgen, Ablösung im Sommer. Sergei Rachmaninov : Vocalise. Luigi Arditi : Parla. Sumi Jo, soprano. Jeff Cohen, piano.