Compte rendu, opĂ©ra. Poitiers. CGR Castille en direct de Milan. Verdi : Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna, Francesco Meli, Carlo VII, Devid Cecconi, Giacomo … Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costumes; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

Avec l’abandon de sa collaboration avec le Royal Opera House de Londres, les cinĂ©mas CGR de la rĂ©gion-Poitou Charentes en gĂ©nĂ©ral et de Poitiers en particulier n’ont plus de partenariat squ’avec les grandes scènes lyriques italiennes. C’est ainsi que nous avons pu voir hier en direct, l’ouverture de la saison lyrique de la plus prestigieuse d’entre elles : la Scala de Milan. Pour cette saison 2015 / 2016, La Scala prĂ©sente un opĂ©ra très mĂ©connu de Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco. Pour cette Ĺ“uvre, Verdi et son librettiste, Temistocle Solera, se sont inspirĂ©s du livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Absente de la scène milanaise depuis cent cinquante ans, Giovanna d’Arco y revient estampillĂ©e du label «nouvelle production». Dans le rĂ´le-titre, la diva verdienne Anna Netrebko en très grande forme. Quant Ă  la mise en scène, elle a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  un duo français : Mosche Leiser et Patrice Caurier.

 

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco

La Scala ressuscite Giovanna d’Arco des cartons après … 150 ans d’absence Ă  Milan

 

La mise en scène, justement, est quelque peu Ă©trange. Se basant sur la faiblesse, rĂ©elle cependant, du livret les deux metteurs en scène ont placĂ© l’action au XIXe siècle dans ce qui ressemble Ă©trangement Ă  un hĂ´pital psychiatrique version bourgeoise. Dans cette optique nous ne quittons jamais vraiment la chambre de la jeune fille qui se prend pour Jeanne d’Arc. De temps en temps, le mur de fond bouge pour permettre au choeur ou aux solistes d’aller et venir sauf dans le premier acte oĂą il est totalement ouvert juste après la victoire de Jeanne et de Charles. Ce qui sauve l’ensemble, ce sont les lumières superbes de Christophe Foret et les chorĂ©graphies de Leah Hausman : la danse des dĂ©mons lors du duo Carlo/Giovanna est une rĂ©ussite malgrĂ© la cruditĂ© de la scène. Les derniers Ă©pisodes de l’opĂ©ra sont hors sujet. Quelle drĂ´le d’idĂ©e de laisser Giovanna sur la scène pendant que son père commente l’ultime bataille dans laquelle elle trouve la mort en sauvant le roi de France. Quant Ă  la mort de Giovanna, elle est un peu bizarre, voire totalement hors sujet. Comme on ne sait plus vraiment si on est sur le champs de bataille du XVe siècle ou dans un hĂ´pital psychiatrique du XIXe siècle, les metteurs en scène font mourir Giovanna, en une scène de la folie de la jeune fille qui se prenait pour la pucelle. Quant aux costumes Ă  part ceux de Giacomo, qui reste rĂ©solument au XIXe siècle et de Carlo qui est un peu trop dorĂ© dĂ©tonnant ainsi sur la scène de la Scala, ils vont plutĂ´t bien aux personnages. Dans un tel mĂ©lange d’Ă©poques et de styles, seul le choeur est bien servi avec des costumes XVe superbes.

 

 

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Vocalement en revanche, nous n’avons que des satisfactions. Anna Netrebko qui campe Giovanna est Ă©clatante de santĂ©. La voix est somptueuse et la soprano russe utilise son instrument avec une maĂ®trise quasi parfaite donnant Ă  la jeune hĂ©roĂŻne une puissance bienvenue. Si Netrebko a fait de grand progrès comme actrice, elle rĂ©vèle cependant de sĂ©rieux soucis concernant la diction pas toujours très nette. Face Ă  elle, Francesco Meli incarne un Carlo VII flamboyant. Si nous regrettons qu’il soit affublĂ© d’un costume et d’un maquillage excessivement dorĂ©s, – trop de dorure tue la dorure-, la voix est chaleureuse, ronde, puissante ; la tessiture correspond parfaitement au rĂ´le. SurvoltĂ© le jeune tĂ©nor donne Ă  Carlo un charisme très fort qui manquait cruellement au vĂ©ritable Charles VII dans les premières annĂ©es de son règne. Le cas de Devid Cecconi (Giacomo) est un peu particulier. AppelĂ© par la Scala pour la prĂ©-gĂ©nĂ©rale, la gĂ©nĂ©rale et l’ante-prima (rĂ©servĂ©e au jeune public) pour remplacer Carlos Alvarez souffrant qui se contentait de jouer, il a Ă©tĂ© rappelĂ© en catastrophe pour remplacer son collègue atteint par une bronchite carabinĂ©e et interdit de scène juste avant la première par le mĂ©decin qui l’a auscultĂ©. Dans ces circonstances, si particulières nous passerons rapidement sur une performance scĂ©nique très en-deça de celle de ses deux collègues survoltĂ©s par un public tout acquis Ă  leur cause. Il faut quand mĂŞme bien reconnaĂ®tre que ce pauvre Giacomo n’est servi ni par la mise en scène ni par son costume XIXe. Vocalement en revanche, Cecconi n’a rien Ă  envier Ă  Alvarez, qu’il remplace très avantageusement, ni Ă  ses partenaires. Et d’ailleurs le public a si bien compris la situation qu’il a acclamĂ© le jeune baryton autant que les deux autres chanteurs. Saluons rapidement le Talbot très honorable de Dmitry Beloselskiy et la trop brève apparition de Michele Mauro (Delil). Dernier personnage de cette Giovanna d’Arco : le choeur de la Scala. Il a Ă©tĂ© parfaitement prĂ©parĂ© par son chef que ce soit pour ses interventions hors scène, les plus difficiles, ou sur scène.

Dans la fosse c’est Riccardo Chailly qui prend en main l’orchestre de la Scala. Excellent musicien et fin connaisseur des opĂ©ras de Verdi, le chef, dont nous avions d’ailleurs saluĂ© le superbe concert d’ouverture du festival Verdi de Parme en 2013, prend ses musiciens en main avec une belle autoritĂ©. La direction de Chailly, qui inaugure ainsi ses prises de fonction comme nouveau directeur musicale de La Scala, est dynamique, juste, sans dĂ©faillance. Très attentif Ă  ce qui se passe sur la scène, il veille Ă  ne jamais couvrir ses chanteurs et les accompagne avec un soin tout particulier, ciselant chaque note, chaque phrase tel un magicien soignant ses tours.

Ainsi, nonobstant une mise en scène qui se trouve un peu entre la poire et le dessert, la nouvelle Giovanna d’Arco est musicalement superbe avec un trio complètement survoltĂ©. Le pari est d’autant plus grand que cet opĂ©ra de Verdi ne renait de ses cendres que depuis peu d’annĂ©es. Notons aussi qu’il s’agit d’un retour important et très attendu Ă©tant donnĂ© que Giovanna d’Arco n’avait pas Ă©tĂ© donnĂ©e Ă  la Scala de Milan depuis … 1865. Dans de telles conditions, nous aurions apprĂ©ciĂ© de voir une mise en scène plus sobre. Il y a nĂ©anmoins un vrai travail de rĂ©flexion, et nous aurions prĂ©fĂ©rĂ© qu’elle soit effectivement situĂ©e Ă  l’Ă©poque Ă  laquelle se dĂ©roule l’histoire et non dans un obscur hĂ´pital psychiatrique du XIXe siècle avec des allers-retours au XVe siècle qui ajoute de la confusion.

Compte rendu, l’opĂ©ra au cinĂ©ma. Poitiers, CGR Castille en direct de Milan. Giuseppe Verdi (1813-1901): Giovanna d’Arco, opĂ©ra en un prologue et trois actes sur un livret de Temistocle Solera d’après le livre de Friedrich von Schiller «La pucelle d’OrlĂ©ans». Anna Netrebko, Anna; Francesco Meli, Carlo VII; Devid Cecconi, Giacomo; Dmitry Beloselskiy, Talbo;, Michele Mauro, Delil. Orchestra e coro alla Scala. Riccardo Chailly, direction. Mosche Leiser et Patrice Caurier, mise en scène; Agostino Cavalca, costume; Christophe Forey, lumières; Christian Fenouillat, dĂ©cors; Leah Hausman, chorĂ©graphies; Etienne Guiol, vidĂ©os.

Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala

RAYONNANTE NETREBKOarte_logo_2013TĂ©lĂ©, Arte. Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Giovanna d’Arco de Verdi. EvĂ©nement lyrique de dĂ©cembre et nouvelle prise de rĂ´le (scĂ©nique) pour la star Anna Netrebko : sa Giovanna d’Arco tient l’affiche ce jour Ă  la Scala de Milan, lundi 7 dĂ©cembre 2015 (18h). Nouvelle production rĂ©alisĂ©e par le duo de metteur en scène Moshe Leiser et Patrice Caurier. Le 7 dĂ©cembre marque aussi l’entrĂ©e en fonction du nouveau directeur musical de la Scala, Riccardo Chailly. CrĂ©Ă© Ă  la Scala en 1845, l’opĂ©ra Giovanna d’Arco de Verdi vit un grand retour dans la salle qui l’a vu naĂ®tre. LIRE aussi notre prĂ©sentation complète de Giovanna d’Arco. A l’affiche de La Scala de Milan les 7, 10, 13, 15, 18, 21, 23 dĂ©cembre 2015 puis 2 janvier 2016

 

 

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VOIR sur le site de La Scala, la page dĂ©diĂ©e Ă  Giovanna d’Arco de Verdi avec Anna Netrebko, sous la direction de Riccardo Chailly

 

Le 7 dĂ©cembre 2015, Ricardo Chailly va vivre sa première “Inaugurazione” en ouvrant la nouvelle saison de la Scala de Milan en tant que nouveau directeur musical. Anna Netrebko revient ainsi sur la scène scaligène depuis ses dĂ©buts ici mĂŞme en 2011. Par ailleurs, Chailly a choisi une Ĺ“uvre qui n’avait plus Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  la Scala  depuis 150 ans : la première de la Giovanna d’Arco de Verdi y avait eu lieu le 15 fĂ©vrier 1845, avant que cet opĂ©ra ne disparaisse quelques annĂ©es plus tard de son rĂ©pertoire ainsi que de celui d’autres maisons d’opĂ©ra. L’histoire de la Pucelle d’OrlĂ©ans qui sauva la France durant la Guerre de Cent ans fait en effet partie des Ĺ“uvres les plus rarement jouĂ©es de Verdi. Un retour attendu pour une partition quasiment oubliĂ©e sur les planches oĂą elle fut crĂ©Ă©e du vivant de Verdi.

Dans le rĂ´le titre, Anna Netrebko donnera toute la mesure de son talent de Primadonna assoluta ; d’autant plus que la cantatrice austrorusse Ă©gĂ©rie du label Deutsche Gramophone a rĂ©cemment enchaĂ®nĂ© les prises de rĂ´les verdiennes : sa Giovanna de dĂ©cembre 2015 fait suite ainsi Ă  sa LĂ©onora du Trouvère, angĂ©lique Ă©perdue ardente et si juste, comme Ă  son Ă©tonnante Lady Macbeth d’une justesse Ă©gale. …
La diva est aussi depuis des annĂ©es une habituĂ©e du Festival de Salzbourg : elle y donnait en 2013, mais dans une version de concert sa Giovanna… dĂ©jĂ  particulièrement accomplie et intense.
C’est donc en rĂ©alitĂ© une reprise ou plus exactement un prolongement qui vaut grâce au dĂ©roulement dramatique ici avec mise en scène,… accomplissement.
Sensuel, encore claire et diamantine dans les aigus, la diva la plus glamour de l’heure – avec Elena Garanća devrait offrir une nouvelle incarnation très convaincante dans un opĂ©ra qui aborde l’histoire de la Pucelle de France avec une libertĂ© romanesque propre Ă  l’opĂ©ra. Contre la vĂ©ritĂ© historique Giovanna tombe amoureuse du roi Charles (le tĂ©nor Francesco Meli). … leur relation est d’ailleurs au centre de l’action de l’opĂ©ra de Verdi.

 

ARTE, Lundi 7 décembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi à la Scala de Milan (22h30)

arte_logo_2013ARTE, Lundi 7 dĂ©cembre 2015 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan (22h30). Le 7 dĂ©cembre 2015, Ricardo Chailly va vivre sa première “Inaugurazione” en dirigeant la première production de la saison lyrique 2015-2016 de la Scala de Milan en tant que nouveau directeur musical. Mais le nouveau chef de la Scala peut aussi compter sur la plus captivante verdienne (et la plus audacieuse par ses choix de rĂ©pertoire) de l’heure. Belle, incandescente, hyperfĂ©minine et dĂ©chirante, Anna Netrebko, en verdienne plus que convaincantes, cumule les prises de rĂ´les verdiens : après Leonora, Lady Macbeth, voici sa Giovanna d’Arco Ă  la Scala (après Salzbourg)…

 

netrebko-anna-582-390Anna Netrebko revient Ă  la Scala depuis ses dĂ©buts en 2011. Grand verdien, Riccardo Chailly a choisi Giovanni d’Arco, une Ĺ“uvre qui n’avait plus Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ©e Ă  la Scala depuis 150 ans, depuis sa crĂ©ation le 15 fĂ©vrier 1845. L’histoire de la Pucelle d’OrlĂ©ans qui sauva la France durant la Guerre de Cent ans fait partie des Ĺ“uvres les plus rarement jouĂ©es de Verdi. Elle offre pourtant un rĂ´le exceptionnellement engagĂ© et exigeant Ă  la soprano dĂ©signĂ©e pour en relever les dĂ©fis. L’ayant dĂ©jĂ  chantĂ© au Festival de Salzbourg 2013 (LIRE notre compte rendu du cd Giovanna d’Arco de VERDI par Anna Netrebko), Anna Netrebko sera Giovanna, Jeanne d’Arc, dĂ©voilant ce timbre charnel et Ă©clatant qui a dĂ©jĂ  rĂ©ussi dans ses prĂ©cĂ©dentes incarnations des hĂ©roĂŻnes verdiennes – sa passion actuelle : Leonora du Trouvère, et rĂ©cemment Lady Macbeth (ses deux prises de rĂ´les indiscutablement rĂ©ussi Ă  Salzbourg et au Metreopolitan Opera de New York). La production scalène dirigĂ©e par Riccardo Chailly compte aux cĂ´tĂ©s de la soprano austrorusse, de solides chanteurs tels Francesco Meli (le roi de France Carlo / Charles) lequel tombe amoureux de Jeanne d’Arc.

verdi cd Anna Netrebko Placido Domingo deutsche grammophon Giovanna d'Arco DG CDDans la mise en scène du duo de metteurs en scène, Moshe Leiser et Patrice Caurier, l’opéra de Verdi devrait prouver ses attraits méconnus : nouvelle proposition de l’opéra historique d’après le format du grand opéra français avec grands airs et choeurs. Déjà se profile avant Rigoletto et Le Trouvère, cette ardeur expressive, ce réalisme nouveau proche du théâtre hugolien qui renforce malgré le prétexte historique et dramatique, le relief individuel de chaque protagoniste.

 

La diffusion de Giovanna d’Arco de Verdi avec Anna Netrebko est réalisée sur Arte à partir de 22h30.

 
 

RAYONNANTE NETREBKO

 
 

ARTE, lundi 7 décembre 2015, 22h30 : Anna Netrebko chante Giovanna d’Arco de Verdi à la Scala de Milan (22h30).

 
 
 

brahms complete orchestral music coffret box Decca review compte rendu critique cd classiquenews Freire kavakos repin mork disques cd review compte rendu critique de disque, coffret Chailly classiquenews CD. Riccardo Chailly. DECCA vient d’Ă©diter l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly pilote du Gewandhaus de Leipzig en novembre 2015. LIRE notre compte rendu critique de l’intĂ©grale Brahms par Riccardo Chailly… Directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis 2005, Riccardo Chailly signe donc une intĂ©grale qui malgrĂ© certains passages Ă  vide, comporte des instants de grâce, comme suspendus, portĂ©s par cet idĂ©al personnel de la lisibilitĂ© et de la clartĂ© qui n’empĂŞche ce que nous aimons tant chez Brahms, l’ivresse et l’extase tendre, jaillissement Ă©perdu d’une innocence prĂ©servĂ©e, intacte malgrĂ© les blessures tues, les traumatismes (Ă©couter ce mĂŞme Andante et la place accordĂ©e au chant du violoncelle : un instant de grâce).

Anna Netrebko chante la nouvelle Giovanna d’Arco de la Scala

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitMilan, Scala. Verdi : Giovanna d’Arco. Anna Netrebko, 7-23 dĂ©cembre 2015. Pour lancer sa nouvelle saison lyrique 2015-2016, La Scala produit un opĂ©ra crĂ©Ă© sur ses planches en 1845, Giovanna d’Arco, ardente fresque historique Ă  laquelle Verdi offre un Ă©clairage psychologique particulier en soulignant le lien entre le père de Giovanna (au dĂ©but opposĂ© Ă  sa fille qu’il dĂ©nonce comme sorcière) puis proche et loyal Ă  ses cĂ´tĂ© jusqu’Ă  sa mort. On sait quelle importance revĂŞt ensuite, opĂ©ra par opĂ©ra, le rapport père  / fille dans les opĂ©ras verdiens. Giovanna d’Arco est le dernier des ouvrages de jeunesse de verdi, ses fameuses annĂ©es de galère oĂą il Ă©crivait plus de un ouvrage par an, s’affirmant par un sens de l’occupation et du nombre mais surtout par une sensibilitĂ© dramatique alors inouĂŻe faisant imploser les conventions de l’opĂ©ra italien.

 

Netrebko performs as Leonora during a dress rehearsal of Giuseppe Verdi's "Il trovatore" in SalzburgSur un sujet qui se passe en France en 1429 quand Charles VII abdique sous la pression des anglais, mĂŞme introspectif, Verdi Ă©blouit par son sens et de l’architecture (enchaĂ®nement d’Ă©pisodes contrastĂ©s) et dans ses scènes collectives (finale vers la CathĂ©drale du I, et aussi dĂ©nonciation par le père devant la foule prĂŞte au lynchage Ă  la fin du II). Le profil de Giovanna qui s’Ă©lève vers son sacrifice final est particulièrement bien traitĂ© : dans ce rĂ´le qui annonce les grandes hĂ©roĂŻnes angĂ©liques et fortes (Leonora, Traviata, Gilda…), Tebaldi ou Anderson se sont particlièrement illustrĂ©es. Aujourd’hui une diva charnelle, intense et voluptueuse relève le dĂ©fi, avec d’autant plus de maĂ®trise annoncĂ©e qu’elle a fait de Verdi, son compositeur presque exclusif : dĂ©voilant sa fĂ©minitĂ© expressive dans le rĂ´le de Leonora (Le Trouvère / Il Trovatore), surtout plus rĂ©cemment Lady Macbeth (Macbeth : prise de rĂ´le que beaucoup jugeait suicidaire). En dĂ©cembre 2015, voici donc sa Giovanna : Ă  la puretĂ© de la ligne, Netrebko saura-t-elle ajouter l’Ă©lĂ©gance vocale, entre expressivitĂ© et finesse ? RĂ©ponse Ă  partir du 7 dĂ©cembre 2015 Ă  Milan. Deutsche Grammophon a Ă©ditĂ© l’enregistrement de l’opĂ©ra  Giovanna d’Arco avec la diva austrorusse Anna Netrebko (avec Placido Domingo dans le rĂ´le du père Giacomo, et Francesco Meli en Carlo, 2013).

 

 

Prochains rĂ´les pour Anna Netrebko :

PARIS, Opéra bastille : du 28 janvier au 15 février 2016. VERDI : Il Trovatore (Leonora)
DRESDE, Semperoper : Du 19 au 29 mai 2016. WAGNER : Lohengrin (Elsa)
VIENNE, Staatsoper : Du 20 au 30 juin 2016. PUCCINI : Manon Lescaut (Manon)
BERLIN, Schiller Théâtre : Les 8,11 et 14 juillet 2016. VERDI : Il Trovatore (Leonora)

 

 

 

 

boutonreservationLes 7,10,13,15,18,21, 23 décembre 2015
Giovanna d’Arco de Verdi Ă  la Scala de Milan

inauguration de la nouvelle saison lyrique scaligène 2015 – 2016
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Nouvelle production

 

Anna Netrebko, Giovanna D’Arco
Francesco Meli, Carlo VII
Carlos Alvarez, Giacomo
Riccardo Chailly, direction
M Leiser et P Caurier, mise en scène

Durée : 2h20mn avec entractes

arte_logo_2013TĂ©lĂ©. DiffusĂ© sur l’antenne d’ARTE en diffĂ©rĂ© le 7 dĂ©cembre 2015, 22h20

CD. Verdi : Giovanna D’Arco (Netrebko, Domingo. Salzbourg 2013)

verdi cd Anna Netrebko Placido Domingo deutsche grammophon Giovanna d'Arco DG CDCD, critique. Verdi : Giovanna D’Arco (Netrebko, Domingo. Salzbourg 2013). Giovanna d’Arco est redevable Ă  la première manière de Verdi, un compositeur alors en plein succès celui de Nabucco, Ă  la manière guerrière, vive, fiĂ©vreuse qui cependant ici Ă©tonne par la ciselure dĂ©licate rĂ©servĂ©e Ă  l’hĂ©roĂŻne : Giovanna. Sur les traces de Schiller, une source chĂ©rie Ă  laquelle il puisera encore la trame de Luisa Miller entre autres…, Verdi s’intĂ©resse au profil de la jeune vierge, paysanne de DomrĂ©my devenue chevalier, infĂ©odĂ©e au service puis  ici, Ă  l’amour du roi Charles VII (Carlo). L’histoire est totalement rĂ©Ă©crite Ă  la faveur d’une  intrigue amoureuse assez peu vraisemblable mais dont la mise en forme privilĂ©gie une succession de tableaux avec choeur, d’une dignitĂ© expressive noble et tragique (car la fin produit la mort de Giovanna expirante et sacrifiĂ©e), dans le sillon des grands oratorios de Rossini. Surprenante la relation du père (Giacomo) Ă  la fille : c’est Ă  cause de lui que Giovanna est dĂ©noncĂ©e de sorcellerie et livrĂ©e Ă  la haine populaire. Un comble – conçue dans la jeunesse quand on sait l’importance de la filiation dans les autres opĂ©ras, et la tendresse indĂ©fectible des pères pour leur progĂ©niture. A contrario de l’action de Giovanna d’Arco, Verdi soigne ensuite la tendresse du père pour sa fille et vice versa (Rigoletto, Boccanegra et dĂ©jĂ  Stiffelio…). Ici, le cadre romanesque impose des règles et un cadre que Verdi prendra soin d’éclater pour mieux affiner le profil psychologique des caractères et colorer avec subtilitĂ©, les relations tĂ©nues qui les relient.

Une Giovanna trop charnelle, un Domingo saisissant

netrebko annaObjet de 3 soirées prestigieuses au festival de Salzbourg 2013, cette production en version de concert avait attiré les huiles autrichiennes et les visiteurs de marques par son affiche : Anna Netrebko et Placido Domingo séduisent toujours autant. Et reconnaissons que le ténor devenu baryton (hier Carlo, ce soir Giacomo) offre à tous une leçon de style et de justesse émotionnelle. Moins d’enthousiasme en revanche pour celle qui chantera bientôt les grands rôles verdiens : Leonora du Trouvère et surtout Lady Macbeth. Anna Netrebko fascine toujours autant par son timbre charnu et opulent. Mais le problème se précise dès ses premiers airs : le calibre vocal ne cadre pas avec cette ligne bellinienne, légère et agile, qui fit jadis les délices d’une Caballé. Trop puissante et large, la Giovanna de Netrebko ne convainc pas. Le personnage ne correspond en rien à l’étoffe et à l’esprit de la chanteuse… que l’on attend d’autant mieux dans les tourments crépusculaires et obsessionnels de Lady Macbeth, et que sa Leonora, révélée récemment au disque, chez Deutsche Grammophon également, affirmait de bien meilleure manière.

Même Francesco Meli malgré la beauté du timbre lui aussi offre un portrait systématique, trop mécanique et démonstratif du roi Carlo, amoureux de sa guerrière Giovanna. Décidément l’aîné des solistes Domingo s’impose par sa distinction d’intonation, la subtilité de sa diction… qui a contrario de la noirceur première de Giacomo, dévoile l’humanité du père qui enfin mais trop tard, reconnaît la beauté morale de sa fille. Le chef malgré le choeur épais, parvient à insuffler un nerf continu au drame qui souffre cependant d’un raffinement trop souvent concentré lorsque le roi Domingo paraît. Un témoignage en demi teintes donc.

Giuseppe Verdi : Giovanna d’Arco. Anna Netrebko · Plácido Domingo Francesco Meli · Johannes Dunz – Roberto Tagliavini. Philharmonia Chor Wien, MĂĽnchner Rundfunkorchester. Paolo Carignani, direction. Enregistrement live rĂ©alisĂ© lors du festival de Salzbourg 2013. 2 cd Deutsche Grammophon 0289 479 2712 9 2 CDs DDD GH2.