COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 6 nov 2019. VERDI : Ernani. F. Meli
 Orch et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 6 nov 2019. VERDI : Ernani. F. Meli
 Orch et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni. Avant une production scĂ©nique trĂšs attendue de Rigoletto en mars prochain (2020), le cycle Verdi se poursuit avec un Ernani en version de concert de trĂšs haute volĂ©e. La direction de Daniele Rustioni fait encore mouche face Ă  une distribution dominĂ©e par un exceptionnel Francesco Meli.

 

 

 

Lyon fait rugir le lion de Castille

 

 

giuseppe-verdi_jpg_240x240_crop_upscale_q95OpĂ©ra Ă©minemment politique au sein de la production de jeunesse de Verdi (c’est son cinquiĂšme opus aprĂšs le succĂšs en demi-teintes des Lombardi), Ernani rĂ©unit pour la premiĂšre fois de façon claire (Nabucco mis Ă  part) la typologie vocale verdienne dĂ©sormais topique : un tĂ©nor, une soprano dramatique, un baryton Ă  l’ample ambitus et une basse d’exception. La distribution rĂ©unie ici remplit presque toutes ses promesses.
Dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Francesco Meli Ă©blouit par un timbre clair, magnifiquement projetĂ©, une diction impeccable, dĂšs son air d’entrĂ©e (« Oh tu, che l’alma adora »), et se dĂ©marque largement dans les nombreux ensembles. Son interprĂ©tation, toujours attentive aux mille nuances du texte, jamais ne tombe dans la caricature du tĂ©nor belcantiste qui sacrifie l’expressivitĂ© du chant au profit d’une virtuositĂ© gratuite. Les mĂȘmes qualitĂ©s se retrouvent dans le Silva de Roberto Tagliavini, chanteur racĂ©, timbre de bronze d’une grande noblesse qui, sans avoir l’ñge du personnage, sert admirablement l’un des plus beaux rĂŽles verdiens des « annĂ©es de galĂšre », et sans doute l’un des plus complexes de cette partition inĂ©gale mais souvent fascinante. Son dernier air dans lequel il reste sourd aux priĂšres de sa victime (« Solingo, errante e misero »), est un moment d’une grande intensitĂ© pathĂ©tique. On retrouve dans le rĂŽle musicalement trĂšs riche de Don Carlo, le baryton-basse mongol Amartuvshin Enkhbat, dĂ©jĂ  entendu dans Attila, et dans Nabucco en novembre dernier Ă  l’Auditorium de Lyon. On ne peut que louer la parfaite maĂźtrise de la langue et l’intelligence du texte servies par une voix caverneuse thĂ©Ăątralement toujours efficace, mĂȘme si l’on peut regretter une Ă©mission trop souvent voilĂ©e qui tranche avec la clartĂ© d’émission des deux autres chanteurs masculins. Son grand air du 3e acte a cependant pĂ©trifiĂ© le public, rĂ©vĂ©lant un chant d’une grande nuance et subtilitĂ©. La dĂ©ception vient en revanche de la soprano Carmen Giannantasio, dans le rĂŽle moins fouillĂ© d’Elvira. Si la voix est bien lĂ , si l’ambitus vocal, plutĂŽt impressionnant, Ă©pouse assez bien les difficultĂ©s vocales du personnage – comparable Ă  bien des Ă©gards Ă  l’Abigaile de Nabucco –, on regrette une interprĂ©tation trop poussive (peu Ă©lĂ©gante, avec des aigus forcĂ©s et sans nuance) qui rompt ainsi l’homogĂ©nĂ©itĂ© d’une distribution qui autrement eĂ»t Ă©tĂ© sans faille. Les autres rĂŽles secondaires sont correctement tenus, avec cependant un italien Ă  la prononciation pas toujours trĂšs orthodoxe.
rustioni-daniele-maestro-chef-opera-critique-annonce-opera-festival-concert-classiquenewsLes chƓurs, qui dans ces opĂ©ras patriotiques ont, comme on le sait, une fonction importante (ils sont l’incarnation de l’identitĂ© collective du peuple), sont une fois de plus remarquablement dĂ©fendus par les forces de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ©s par Johannes Knecht, mĂȘme si on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© des choix de tempi moins rapides qui nuisent Ă  l’intelligibilitĂ© du texte, notamment le chƓur d’entrĂ©e (« Evviva, beviam »), soulignant davantage la pulsation rythmique que le message dont l’habillage musical (Verdi y attachait une grande importance) est censĂ© ĂȘtre porteur. Dans la fosse, Daniele Rustioni consolide sa rĂ©putation de chef exceptionnellement engagé : toujours la mĂȘme prĂ©cision et le mĂȘme Ă©quilibre des pupitres qui distillent une fabuleuse Ă©nergie au service du drame, maĂźtre-mot de l’opĂ©ra verdien.

 
 

Compte-rendu. Lyon, OpĂ©ra de Lyon (Auditorium), Verdi, Ernani, 6 novembre 2019. Francesco Meli (Ernani), Carmen Giannattasio (Elvira), Amartuvshin Enkhbat (Don Carlo), Roberto Tagliavini (Don Ruy Gomez de Silva), Margot Genet (Giovanna), KaĂ«lig BochĂ© (Don Riccardo), Matthew Buswell (Jago), Johannes Knecht (Chef des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction). Diffusion de la reprĂ©sentation donnĂ©e Ă  Paris dans la foulĂ©e, le 23 nov 2019 sur France Musique.

 
 

ERNANI de VERDI, par Daniele Rustioni

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFRANCE MUSIQUE, sam 23 nov 2019, 20h. VERDI : ERNANI. RUSTIONI. Suite du cycle verdien initiĂ© depuis Lyon… Concert donnĂ© le 8 novembre 2019 Ă  19h30 au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris. D’aprĂšs le compte rendu de notre rĂ©dacteur JF Lattarico, tĂ©moin de la production prĂ©sentĂ©e en nov Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon, le plateau (comprenant certains jeunes apprentis du Studio lyrique local) et l’orchestre mĂ©ritaient le meilleur accueil. Voici ce qu’écrivait notre collaborateur envoyĂ© spĂ©cial Ă  Lyon Ă  propos de l’excellente distribution masculine : 
 « La direction de Rustioni fait encore mouche face Ă  une distribution dominĂ©e par un exceptionnel Francesco Meli. OpĂ©ra Ă©minemment politique au sein de la production de jeunesse de Verdi (c’est son cinquiĂšme opus aprĂšs le succĂšs en demi-teintes des Lombardi), Ernani rĂ©unit pour la premiĂšre fois de façon claire (Nabucco mis Ă  part) la typologie vocale verdienne dĂ©sormais topique : un tĂ©nor, une soprano dramatique, un baryton Ă  l’ample ambitus et une basse d’exception. La distribution rĂ©unie ici remplit presque toutes ses promesses.
Dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Francesco Meli Ă©blouit par un timbre clair, magnifiquement projetĂ©, une diction impeccable, dĂšs son air d’entrĂ©e (« Oh tu, che l’alma adora »), et se dĂ©marque largement dans les nombreux ensembles. Son interprĂ©tation, toujours attentive aux mille nuances du texte, jamais ne tombe dans la caricature du tĂ©nor belcantiste qui sacrifie l’expressivitĂ© du chant au profit d’une virtuositĂ© gratuite. Les mĂȘmes qualitĂ©s se retrouvent dans le Silva de Roberto Tagliavini, chanteur racĂ©, timbre de bronze d’une grande noblesse qui, sans avoir l’ñge du personnage, sert admirablement l’un des plus beaux rĂŽles verdiens des « annĂ©es de galĂšre », et sans doute l’un des plus complexes de cette partition inĂ©gale mais souvent fascinante. Son dernier air dans lequel il reste sourd aux priĂšres de sa victime (« Solingo, errante e misero »), est un moment d’une grande intensitĂ© pathĂ©tique. On retrouve dans le rĂŽle musicalement trĂšs riche de Don Carlo, le baryton-basse mongol Amartuvshin Enkhbat, dĂ©jĂ  entendu dans Attila, et dans Nabucco en novembre dernier Ă  l’Auditorium de Lyon. »

FRANCE MUSIQUE, sam 23 nov 2019, 20h. VERDI : ERNANI. RUSTIONI. Giuseppe Verdi : Ernani – OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave tirĂ© du drame romantique de Victor Hugo Hernani et crĂ©Ă© au Teatro La Fenice de Venise le 9 mars 1844

Francesco Meli, ténor, Ernani
Carmen Giannattasio, soprano, Elvira
Amartuvshin Enkhbat, baryton, Don Carlos
Roberto Tagliavini, basse, Don Ruy Gomez de Silva
Margot Genet, soprano, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Giovanna
KaĂ«lig BochĂ©, tĂ©nor, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Don Riccardo
Matthew Buswell, baryton-basse, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Jago
Choeurs de l’OpĂ©ra National de Lyon
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon
Direction : Daniele Rustioni

Ernani de Verdi avec Ramon Vargas, Ludovic TĂ©zier

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50. 2 ans aprĂšs le succĂšs de Nabucco Ă  la Scala de Milan (mars 1842) Verdi est acclamĂ© de mĂȘme par les vĂ©nitiens heureux d’applaudir le nouveau drame lyrique Ernani, Ă©crit pour La Fenice (mars 1844), premier opus destinĂ© Ă  la scĂšne lagunaire : le compositeur composa ensuite La Traviata au retentissement nettement moins fracassant. Avec Ernani, inspirĂ© de la piĂšce de Hugo de 1830, drame spectaculaire et historique comme scrupuleux et efficace, le jeune Verdi amorce une sĂ©rie d’ouvrages nerveux, aux rĂ©fĂ©rences clairement patriotes dont l’ardeur juvĂ©nile adaptĂ©e au sujet de conquĂȘte et d’amours Ă©prouvĂ©s galvanise l’enthousiasme des spectateurs. Ce sont ses fameuses annĂ©es de galĂšre, apportant succĂšs et aussi travail  forcenĂ© en particulier avec le librettiste Francesco Maria Piave, complice pour une dizaine d’opus lyriques. verdi, gĂ©nie de la mĂ©lodie partage avec Piave un sens trĂšs affĂ»tĂ© du drame : il recherche avant tout des situations habilement brossĂ©es qui approfondit toujours la psychologie de ses personnages.

Horreur tragique d’aprĂšs Hugo…

xl_image1019Au centre de l’intrigue, Elvira est le sujet du dĂ©sir de trois hommes : Ernani (tĂ©nor), le Roi d’Espagne Carlo (baryton), son oncle Silva (basse), vieillard abusif (prĂ©figuration de Luna du TrouvĂšre amoureux de la jeune Leonora. D’ailleurs Ă  partir du trio Elvira, Ernani, Silva soit la trinitĂ© verdienne soprano tĂ©nor baryton/basse, se prĂ©cise peu Ă  peu une typologie dramatique que le compositeur affinera peu Ă  peu Ă  travers ses opĂ©ras suivants : toujours la soprano et le tĂ©nor sont Ă©troitement attirĂ©s l’un par l’autre, une fusion remise / contrariĂ© par la prĂ©sence du baryton, soit que ce dernier soit le tuteur ou le pĂšre de la jeune femme (Rigoletto, Bocanegra, AĂŻda, La Traviata…) soit qu’il soit comme ici le rival grisonnant du jeune tĂ©nor (Le TrouvĂšre, Don Carlo…).

Au XVIĂš (1519), en Espagne, le rebelle Ernani (ex Don Juan d’Aragon) est pourchassĂ© par le Roi de Castille Charles (le futur empereur Charles Quint) qui aime la mĂȘme femme, Elvira laquelle doit Ă©pouser son oncle, le vieux Silva. Alors que le Roi a emmenĂ© Elvira avec sa suite, Silva et Ernani signent un pacte pour sauver la jeune femme (fin du II) : au son du cor que fait retentir Silva, Ernani se donnera la mort pour sauver celle qu’il aime. Mais Devenu Empereur, Carlo se dĂ©die et pardonne en souverain clĂ©ment : Ernani et Elvira peuvent se marier (acte III)… le soir des noces, le cor de Silva retentit : hĂ©ros naĂŻvement loyal, Ernani se poignarde (acte IV). La fin d’Ernani a des accents  tragiques exacerbĂ©s, permettant que se rĂ©alise dans la scĂšne finale, la terrible vengeance – une trame proche de celle du TrouvĂšre d’ailleurs (opĂ©ra qui se passe Ă©galement en Espagne).

france3 logo 2014France 3. Verdi : Ernani. Mercredi 19 novembre 2014, 23h50.  Production enregistrĂ©e en avril 2014 Ă  l’OpĂ©ra de Monte Carlo. avec Ramon Vargas (Ernani), Ludovic TĂ©zier (Carlo), Svelta Vassilieva. Daniele Callegari, direction. Jean-Louis Grinda, mise en scĂšne.