JAMES TISSOT : la femme, la mode, le spirituel

tissot-une-a-l-affiche-orsay-expo-critique-classiquenewsARTE, dim 5 avril 2020, 17h45. JAMES TISSOT L’étoffe d’un peintre – Portraitiste de la haute sociĂ©tĂ© britannique et parisienne, le nantais James Tissot (1836-1902) portraiture les mondanitĂ©s et les rituels sociaux comme les mutations de son temps, en particulier celui de l’Angleterre Ă  l’ñge industriel quand il se fixe Ă  Londres (1871) aprĂšs la guerre de 1870.
S’il a reniĂ© son prĂ©nom (Jacques-Joseph) fleurant bon la bourgeoisie provinciale (nantaise) du XIXe siĂšcle succombant Ă  l’anglomanie ambiante (l’Angleterre victorienne, celle du musicien Elgar, est la premiĂšre puissance europĂ©enne), « James » Tissot, nĂ© Ă  Nantes en 1836, a conservĂ© le goĂ»t de la religion, les ambiances portuaires; les tissus – son pĂšre est marchand de soie, sa mĂšre, modiste. FormĂ© aux Beaux-Arts de Paris – expert praticien en costumes mĂ©diĂ©vaux et kimonos japonais –, il devient le peintre fĂ©tiche de l’élite du Second Empire suite Ă  son Portrait de Mlle L.L. (1864), Ă  la silhouette furieusement Ă  la mode.

 

 

Mondain, modiste, mystique : l’Ă©clectisme exigeant de James Tissot

 

tissot-james-expo-peinture-classiquenews-critique-expo-concert-opera-classiquenews-par-edgar-degas-1866Eclectique, trĂšs en phase avec l’hyperculturisme de la fin du siĂšcle, Tissot revient Ă  Paris dĂšs 1882, peint la femme comme un naturaliste inspirĂ© – comme Massenet ou Puccini Ă  l’opĂ©ra. FrappĂ© par une vision mystique en 1888, il se dĂ©die alors Ă  un art essentiellement religieux, oĂč il recycle les souvenirs de ses voyages en Palestine et Ă  Jerusalem, renouvelant le tĂ©moignage fervent d’un Chateaubriant, au dĂ©but du siĂšcle. Tissot synthĂ©tise impressionnisme, Ingres, un rĂ©alisme qui rĂ©vĂšle un sens de la construction sans possĂ©der et maĂźtriser le cadrage photographique voire cinĂ©matographique de son ami, l’immense Edgar Degas (sujet de la rĂ©trospective prĂ©cĂ©dente au MusĂ©e d’Orsay). Tissot Ă  Londres cisĂšle un regard prĂ©cis, nerveux voire parodique et critique du genre humain et surtout urbain : comme il avait croquer les combats pour le Morning Post, pendant le front franco-prussien. A Londres, il portraiture les bonnes gens et les aristos britanniques, capturant des scĂšnes plus triviales pĂȘchĂ©es dans le port de Londres. Sa muse Kathleen Newton, divorcĂ©e irlandaise et mĂšre de deux enfants, s’impose. AprĂšs la disparition de celle qui Ă©tait devenue sa compagne, en 1882, le peintre regagne la France. ÉpinglĂ© peintre de la mode, Tissot dĂ©voile une acuitĂ© rĂ©aliste plus profonde qu’il n’y paraĂźt. Ce docu assez diluĂ© et pas toujours prĂ©cis tente d’en dĂ©voiler les qualitĂ©s.

 

 

 

 

arte_logo_2013ARTE, dim 5 avril 2020, 17h45. Documentaire de Pascale BouhĂ©nic (France, 2020, 52mn) – Coproduction : ARTE France, CinĂ©tĂ©vĂ©, MusĂ©es d’Orsay et de l’Orangerie – Rappel : Exposition “James Tissot, l’ambigu moderne”, prĂ©sentĂ©e du 24 mars au 19 juillet au musĂ©e d’Orsay.
Illustration : femmes regardant des objets jamponais, vers 1869 / James Tissot peint par Degas (DR)

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VIDEO, opéra. DEGAS ET MOI, de Arnaud des PalliÚres

VIDEO, opĂ©ra. DEGAS ET MOI… L’OpĂ©ra National de Paris diffuse sa nouvelle fiction DEGAS ET MOI, rĂ©alisĂ©e par Arnaud des PalliĂšres dont le contenu dĂ©voile plusieurs pans dĂ©licats de la personnalitĂ© du peintre
 Degas despote antisĂ©mite. PrĂ©sentation et critique du film, diffusĂ© sur le site de la 3Ăšme ScĂšne, Ă  partir du 30 octobre 2019. Le film fait Ă©cho Ă  l’exposition actuellement prĂ©sentĂ©e au MusĂ©e d’Orsay Ă  Paris : Degas Ă  l’OpĂ©ra (jusqu’en janvier 2020).

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le nouveau film de la 3Ăš ScĂšne

DEGAS ET MOI

dĂšs le 30 octobre 2019

 

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Degas et moi. Le rĂ©alisateur Arnaud des PalliĂšres ne s’intĂ©resse pas Ă  l’Ɠuvre du peintre ni Ă  sa maniĂšre de peindre les jeunes danseuses ; il n’interroge pas non plus sa relation (pourtant fascinante) Ă  l’OpĂ©ra de Paris (Salle Le Peletier d’abord, puis OpĂ©ra Garnier ensuite).
Il questionne plutĂŽt plutĂŽt l’homme, vieux : rattrapĂ© par l’ñge et par l’effondrement physique (fatiguĂ©, quasi aveugle et d’autant plus solitaire) ; Ă  sa personnalitĂ©, soulignant ses engagements « douteux », c’est Ă  dire son antisĂ©mitisme radical au moment de l’affaire Dreyfus. Il en dĂ©coulera sa rupture avec la famille HalĂ©vy, second foyer, et dont les entrĂ©es Ă  l’OpĂ©ra, lui avaient permis d’approcher les coulisses (c’est Ă  dire les sĂ©ances de rĂ©pĂ©titions du corps de ballet) et le cercle fermĂ© des abonnĂ©s.

 

 

 

 

Portrait d’Edgar Degas

DEGAS vieux, despotique, antisémite

 

 

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Ainsi, chez lui, vieux, amaigri, DEGAS paraĂźt ici en vagabond, vieillard, voĂ»tĂ©, seul, diminuĂ© (trĂšs plausible Michael Lonsdale). C’est d’abord une silhouette qui ne parle pas ; se souvient des sĂ©ances sur le motif quand il dessinait au crayon, les jeunes danseuses, adolescentes aux corps souples et rĂ©guliers ; ainsi Degas (jeune) dessine.
Pourtant l’ambiance gĂ©nĂ©rale est funĂšbre : « C’est fini la vie » dĂ©clare le peintre ; alors que se dĂ©roule la musique au piano de Schubert (adaptation de la Sonate D 939). C’est une lente marche vers la mort, sans paroles jusqu’à 4’30, oĂč Michael Lonsdale parle (enfin) comme s’il se filmait lui-mĂȘme et s’adressait Ă  son dernier visiteur.

Il se rappelle les sĂ©ances de rĂ©pĂ©titions, celles des jeunes danseuses, en robes blanches et rubans de couleurs ; figures disciplinĂ©es Ă  la barre, obĂ©issant au maĂźtre de ballet
 « Il faut remettre au dessin et au pastel 100 fois le mĂȘme sujet : les danseuses, de bas en haut ; commencer par les pieds, remonter la forme plutĂŽt que la descendre  » Et jusque dans la musique du piano, dans ce balancement presque hypnotique, s’impose, presque gĂȘnante, la rĂ©pĂ©tition des gestes : les pieds balaient le sol ; la main trace sur le papier.

Dans le cas de la petite danseuse en cire, « je m’acharne Ă  la ressemblance et Ă  quelque chose de plus
 c’est l’Ɠuvre d’un aveugle qui veut faire croire qu’il voit  »

De fait le peintre devient aveugle ; le film souligne le cynisme de ce dĂ©sarroi intime ; comme Beethoven est sourd. Le pastel, gras, pourtant trace. Il y a donc de l’éphĂ©mĂšre et du fragile dans ce constat des choses. Ce qui rend le travail du peintre, observateur et poĂšte, d’autant plus singulier.

DEGAS DEMANDE PARDON

Puis Degas fait acte de confession et d’humilitĂ©. En particulier vis Ă  vis de son jeune modĂšle, Marie van Goethem (qui a posĂ© pour sa statue de la petite danseuse de 14 ans).

« Tout vieillit en moi Ă  part le cƓur.
Je suis fatiguĂ© d’ĂȘtre seul.  CĂ©libataire et vieux.
J’ai acceptĂ© un entraĂźnement Ă  la brutalitĂ© qui venait de mes doutes »
Contrit, Degas demande pardon. A 88 ans. Ainsi ce qui pourrait ĂȘtre la clĂ© du film, est finalement dĂ©voilĂ©e Ă  14’15, en privilĂ©giant non plus le parti du peintre, mais la vision du modĂšle ; cette jeune danseuse Ă©prouvĂ©e, Ă©reintĂ©e voire humiliĂ©e aprĂšs la sĂ©ance de pose


LE CAS DE LA JEUNE MODELE, MARIE
 A l’atelier de Mr Degas n’a que faire du corps Ă©puisĂ© ; de la souffrance qu’impose la tenue de la pose ; de sa nuditĂ© surtout, impudeur Ă©prouvante
 malgrĂ© son air charmant, Degas creuse la ligne et la pose de la jeune fille, « à coups de poings dans le dos ».

Le portrait devient Ă  charge : Degas marche dans la rue
comme un vieillard qui se nĂ©glige mais farouchement antidreyfusard comme pas un Ă  Paris. Degas contre les juifs moleste son jeune modĂšle
 Il dĂ©nonce la place qu’occupent les juifs partout. « Jamais je ne vais dans un magasin tenu par un juif  ». Le portrait est sans appel et suscite la consternation.

DĂ©sespĂ©rĂ©e d’avoir Ă©tĂ© congĂ©diĂ© par Degas qui la prit pour une juive, et donc a Ă©tĂ© chassĂ©e sans ĂȘtre payĂ©e. « Que vais je dire Ă  Maman ? ».

Pas sĂ»r que les admirateurs du peintre apprĂ©cient ce portrait subjectif, plutĂŽt sombre et nĂ©gatif du gĂ©nie de la peinture française. Mais la 3Ăš ScĂšne confirme sa place Ă  part, celle d’un lieu de crĂ©ation artistique, libre et original. A n’en pas douter, ce film partial donc discutable, suscite le dĂ©bat sur la personnalitĂ© du peintre et sculpteur
 A chacun de se faire son opinion. A la fin de la fiction, on ne cesse de s’interroger. A voir incontestablement.

Degas et moi  -  Film rĂ©alisĂ© par Arnaud des PalliĂšres, interprĂ©tĂ© par Michael Lonsdale et Bastien VivĂšs. Visible gratuitement dĂšs le 30 octobre sur la 3e ScĂšne. D’aprĂšs la correspondance de Degas, lettre imaginaire Ă  son ami abonnĂ© de l’OpĂ©ra, Daniel HalĂ©vy.

 

 

 

 

VISITEZ, DECOUVREZ le site de la 3Ú scÚne / Opéra National de PARIS
https://www.operadeparis.fr/3e-scene

 

 

 

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Quelques rappels sur la 3e ScĂšne…

> Un espace de création numérique
CrĂ©Ă©e en 2015 par l’OpĂ©ra national de Paris, la 3e ScĂšne invite des artistes de tous horizons Ă  s’exprimer dans des genres diffĂ©rents : fiction, documentaire, animation, performance. Ces Ɠuvres, disponibles gratuitement sur la plateforme 3e ScĂšne et la chaĂźne Youtube, ont dĂ©jĂ  enregistrĂ© plus de 4 millions de vues.

> D’Apichatpong Weerasethakul à Bret Easton Ellis ou Fanny Ardant
La 3e ScĂšne offre la possibilitĂ© Ă  des cinĂ©astes, artistes contemporains, chorĂ©graphes ou Ă©crivains, de rĂ©aliser une Ɠuvre en lien avec l’univers de la danse, de la musique ou de l’opĂ©ra. Parmi ces artistes : Abd Al Malik, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Bertrand Bonello, Hiroshi Sugimoto, Jean-StĂ©phane Bron, ClĂ©ment Cogitore, Bret Easton Ellis, William Forsythe, SĂ©bastien Laudenbach, Claude LevĂȘque, Benjamin Millepied, ClĂ©mence PoĂ©sy, Eric Reinhardt, Xavier Veilhan, Jhon Rachid, Ramzi Ben Sliman, Apichatpong Weerasethakul….

 

 

> Chiffres-clés
‱ 54 crĂ©ations originales
‱ 4 prix reçus par la plateforme 3e Scùne à son lancement
‱ 49,7% de vues des films sur smartphones et tablettes
‱ 4,4 millions de vues depuis le lancement
‱ 49% de visiteurs ĂągĂ©s entre 15 et 34 ans
‱ 44% d’audience Ă©trangĂšre
‱ Plus de 20 projections « hors les murs » dont le ChĂąteau de Versailles, la GaĂźtĂ© Lyrique, les Rencontres d’Arles et le Centre Pompidou-Metz…
‱ Plus de 70 sĂ©lections officielles dans des festivals de cinĂ©ma en France et Ă  l’étranger
> Retrouvez trÚs prochainement les créations originales de Michel Ocelot, Marie Amachoukeli, Hugo Arcier, Blaise Harrison, Sergei Loznitsa et Jafar Panahi.

 

 

COMPTE-RENDU, critique, opéra. NANCY, le 17 oct 2019. REYER : Sigurd. Frédéric Chaslin (version de concert).

SIGURD-REYER-opera-de-nancy-production-nouvelle-annonce-critique-opera-classiquenewsCompte-rendu, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. FrĂ©dĂ©ric Chaslin (version de concert). Pour fĂȘter le centenaire de la construction de son thĂ©Ăątre actuel, idĂ©alement situĂ© sur la place Stanislas Ă  Nancy, l’OpĂ©ra de Lorraine a eu la bonne idĂ©e de plonger dans ses archives pour remettre au goĂ»t du jour le rare Sigurd (1884) d’Ernest Reyer (1823-1909) – voir notre prĂ©sentation dĂ©taillĂ©e de l’ouvrage http://www.classiquenews.com/sigurd-de-reyer-a-nancy/ Qui se souvenait en effet que le chef d’oeuvre du compositeur d’origine marseillaise avait Ă©tĂ© donnĂ© en 1919 pour l’ouverture du nouveau thĂ©Ăątre nancĂ©ien ? Cette initiative est Ă  saluer, tant le retour de ce grand opĂ©ra sur les scĂšnes contemporaines reste timide, de Montpellier en 1994 Ă  GenĂšve en 2013, Ă  chaque fois en version de concert. On notera que FrĂ©dĂ©ric Chaslin et Marie-Ange Todorovitch sont les seuls rescapĂ©s des soirĂ©es donnĂ©es Ă  GenĂšve voilĂ  six ans.

D’emblĂ©e, la fascination de Reyer pour Wagner se fait sentir dans le choix du livret, adaptĂ© de la saga des Nibelungen : pour autant, sa musique spectaculaire n’emprunte guĂšre au maĂźtre de Bayreuth, se tournant davantage vers les modĂšles Weber, Berlioz ou Meyerbeer. La prĂ©sence monumentale des choeurs et des interventions en bloc homogĂšne traduit ainsi les influences germaniques, tandis que l’instrumentation manque de finesse, se basant principalement sur l’opposition rigoureuse des pupitres de cordes, avec une belle assise dans les graves et des bois piquants en ornementation. La premiĂšre partie guerriĂšre tombe ainsi dans le pompiĂ©risme avec les mĂ©lodies faciles des nombreux passages aux cuivres, il est vrai aggravĂ© par la direction trop vive de FrĂ©dĂ©ric Chaslin, 
 aux attaques franches et peu diffĂ©renciĂ©es. Le chef français se rattrape par la suite, dans les trois derniers actes, lorsque l’inspiration gagne en richesse de climats, tout en restant prĂȘte Ă  s’animer de la verticalitĂ© des inĂ©vitables conflits. MalgrĂ© quelques parties de remplissage dans les quelques 3h30 de musique ici proposĂ©es, Reyer donne Ă  son ouvrage un souffle Ă©pique peu commun, qui nĂ©cessite toutefois des interprĂštes Ă  la hauteur de l’évĂ©nement.

SIGURD Ă  Nancy
un souffle Ă©pique peu commun
un superbe plateau


 

 

C’est prĂ©cisĂ©ment le cas avec le superbe plateau entiĂšrement francophone (Ă  l’exception du rĂŽle-titre) rĂ©uni pour l’occasion : le tĂ©nor britannique Peter Wedd (Sigurd) fait valoir une diction trĂšs satisfaisante, Ă  l’instar d’un Michael Spyres (entendu dans un rĂŽle Ă©quivalent cet Ă©tĂ© pour Fervaal https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-montpellier-le-24-juil-2019-dindy-fervaal-spyres-schonwandt). Les quelques passages en force, bien excusables tant le rĂŽle multiplie les difficultĂ©s, sont d’autant plus comprĂ©hensibles que  Peter Wedd multiplie les prises de risque, en un engagement dramatique constant. On lui prĂ©fĂšre toutefois le Gunter de Jean-SĂ©bastien Bou, toujours impeccable dans l’Ă©loquence et l’intelligence des phrasĂ©s. Des qualitĂ©s Ă©galement audibles chez JĂ©rĂŽme Boutillier (Hagen), avec quelques couleurs supplĂ©mentaires, mais aussi un manque de tessiture grave en certains endroits dans ce rĂŽle.

Vivement applaudie, Catherine Hunold (Brunehild) fait encore valoir toute sa sensibilitĂ© et ses nuances au service d’une interprĂ©tation toujours incroyable de vĂ©ritĂ© dramatique, bien au-delĂ  des nĂ©cessitĂ©s requises par une version de concert. On ne dira jamais combien cette chanteuse aurait pu faire une carriĂšre plus Ă©clatante encore si elle avait Ă©tĂ© dotĂ©e d’une projection plus affirmĂ©e, notamment dans les accĂ©lĂ©rations. L’une des grandes rĂ©vĂ©lations de la soirĂ©e nous vient de la Hilda de Camille Schnoor, dont le veloutĂ© de l’Ă©mission et la puissance ravissent tout du long, en des phrasĂ©s toujours nobles. A l’inverse, Marie-Ange Todorovitch (Uta) fait valoir son tempĂ©rament en une interprĂ©tation plus physique, en phase avec son rĂŽle de mĂšre blessĂ©e, faisant oublier un lĂ©ger vibrato et une ligne parfois hachĂ©e par un sens des couleurs et des graves toujours aussi mordants. On soulignera enfin les interventions superlatives de Nicolas Cavallier et Eric Martin-Bonnet dans leurs courts rĂŽles, tandis que les choeurs des OpĂ©ras de Lorraine et d’Angers Nantes se montrent trĂšs prĂ©cis tout du long, surtout cotĂ© masculin.

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COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. Nancy, OpĂ©ra national de Lorraine, le 17 octobre 2019. Reyer : Sigurd. Peter Wedd (Sigurd), Jean-SĂ©bastien Bou (Gunter), JĂ©rĂŽme Boutillier (Hagen), Catherine Hunold (Brunehild), Camille Schnoor (Hilda), Marie-Ange Todorovitch (Uta), Nicolas Cavallier (Un prĂȘtre d’Odin), Eric Martin-Bonnet (Un barde), Olivier Brunel (Rudiger), ChƓur de l’OpĂ©ra national de Lorraine, Merion Powell (chef de chƓur), ChƓur d’Angers Nantes OpĂ©ra, Xavier Ribes (chef de chƓur), Orchestre de l’OpĂ©ra national de Lorraine, FrĂ©dĂ©ric Chaslin (version de concert). A l’affiche de l’OpĂ©ra national de Lorraine les 14 et 17 octobre 2019. Photo : OpĂ©ra national de Lorraine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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APPROFONDIR (NDLR)*
L’actuelle exposition Ă  Paris : DEGAS Ă  l’opĂ©ra a mis en lumiĂšre le goĂ»t musical du peintre indĂ©pendant qui a exposĂ© avec les impressionnistes. Degas a applaudi Ă©perdument la soprano ROSA CARON crĂ©atrice du rĂŽlede Brunnhilde dans SIGURD  de REYER. L’enthousiasme du peintre, inventeur de l’art moderne en peinture Ă  l’extrĂȘme fin du XIXĂš fut tel que Degas Ă©crivit mĂȘme un poĂšme pour exprimer l’émotion qui lui procurait Sigurd (applaudi plus de 36 fois Ă  l’OpĂ©ra de Paris)
 Degas Ă©tait partisan du grand opĂ©ra Ă  la française quand beaucoup d’intellectuels parisiens prĂ©fĂ©raient alors l’opĂ©ra “du futur”, celui de Wagner…  LIRE notre prĂ©sentation de l’exposition « DEGAS Ă  l’opĂ©ra » jusqu’au janvier 2020 :

http://www.classiquenews.com/degas-a-lopera-presentation-de-lexposition-a-orsay/

* note / ajout de la RĂ©daction

PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020

affiche13_300PARIS, MusĂ©e d’Orsay : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra, jusqu’au 19 janvier 2020. C’est l’expo phare de cette rentrĂ©e 2019 et l’accrochage Ă  ne pas manquer pour la fin d’annĂ©e et la nouvelle annĂ©e 2020. CrĂ©ateur atypique Ă  l’époque des impressionnistes (il est l’ami de Manet dont il croque le profil Ă  plusieurs reprises), Edgar Degas (1834-1917), cĂ©libataire endurci, fils de banquier, observe, analyse et rĂ©interprĂšte la rĂ©alitĂ© ; celle de Paris, du Second Empire Ă  la IIIĂš RĂ©publique, rĂ©ussissant lĂ  oĂč on ne l’attend jamais. Il rĂ©ussit trĂšs tĂŽt comme portraitiste. Son dessin dans la suite d’Ingres sait condenser l’expression, la situation, l’essence d’une prĂ©sence.

 

 

LA FOSSE ET LE BALLET PLUTOT QUE LA SCENE LYRIQUE
 Le musĂ©e d’Orsay s’intĂ©resse Ă  son travail Ă  l’OpĂ©ra de Paris. Pas une seule reprĂ©sentation d’un ouvrage lyrique, aucun chanteur d’opĂ©ra (pourtant le baryton vedette Jean-Baptiste FAURE lui commandera nombre de peintures sur le thĂšme de l’opĂ©ra)
 ce qui intĂ©resse le peintre ce sont des portraits quasi instantanĂ©s de musiciens, dans la fosse de l’orchestre de l’opĂ©ra de Paris, Salle Le Peletier puis OpĂ©ra Garnier ; des moments de spectacles
 toujours liĂ©s Ă  la prĂ©sence des danseuses du Ballet de l’opĂ©ra. Elles sont d’ailleurs davantage en rĂ©pĂ©titions, corps Ă©reintĂ©s, en tension – rarement dĂ©ployĂ©es, aĂ©riennes
 plutĂŽt dans une pause, aprĂšs l’effort, reprenant dans des poses cassĂ©es, douloureuses, un semblant de souffle et d’élasticitĂ©.

 
 

 
 

4 clés révélées pour mieux comprendre
l’exposition DEGAS Ă  l’OPERA…

 

 

 

 

 

DANSEUSES ÉREINTÉES
 Il en dĂ©coule nombre de tableaux et dessins fixant les traits d’instrumentistes (violoncellistes, bassonistes, et mĂȘme guitariste avec dans ce cas le seul et rare portrait de son pĂšre tant aimĂ©, mais dĂ©jĂ  vieux et fatiguĂ©, qui encouragea toujours les efforts de fils artiste), surtout de danseuses avec tutu, Ă©reintĂ©es donc, au comble de l’effort ; esclaves modernes d’un divertissement devenu Ă©preuves permanentes. Rares les figures heureuses et Ă©panouies. MĂȘme son grand portrait (le plus grand format exposĂ© dans ce genre) de la danseuse EugĂ©nie Fiocre, souvenir du ballet la Source, est rĂȘveuse, absente : songe-t-elle Ă  un autre monde que celui fatiguant voire plus, de la danse et du spectacle Ă  l’opĂ©ra ? Il est certain qu’elle a retirĂ© les chaussons et les pointes, pour reposer ses petits pieds fatiguĂ©s. Belle image d’une jeune Ăąme dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e, nostalgique d’un milieu qu’elle ignore


Car Degas, peintre audacieux, aux cadrages inĂ©dits, parfois dĂ©concertants, mais trĂšs inspirĂ©s de la photographie (qu’il pratique), Ă©pingle une rĂ©alitĂ© tout autre ; celle des abonnĂ©s en hauts de forme, Ă©perviers noirs, prĂ©dateurs sexuels qui dans les coulisses sĂ©duisent et monnayent les charmes des belles nymphes chorĂ©graphiques. Tout est reprĂ©sentĂ© dans ce rĂ©alisme certes esthĂ©tique mais tout autant sociologique. MĂȘme les mĂšres des jeunes filles, jouent volontiers les entremetteuses, prĂȘtes Ă  tout pour extraire quelques piĂšces de ce rapprochement abonnĂ©s / danseuses, guĂšre candide.

 

 

orsay-exposition-degas-a-l-opera-opera-350-ans-exposition-presentation-classiquenews-annonce-synthese-comprendre-l-exposition-par-classiquenews-degas-danseuseCORPS, FORMES, MATIERES
 En dĂ©finitive, maĂźtre de son crayon et des couleurs, Degas, contemporains et proche des impressionnistes, peint l’abstraction avant l’abstraction. Comme esthĂšte, Degas tire ces corps vers le haut et le beau idĂ©al : le corps de la danseuse lui rappelle l’équilibre de la plastique grecque antique. On ne saurait mieux faire du moderne dans le souvenir de l’ancien. C’est qu’il est diablement cultivĂ© ; aimant copier les peintures du Louvre comme aucun autre avant lui
 Degas s’émancipe bientĂŽt, multiplie les techniques, libĂšre son coup de crayon, de plus en plus sĂ»r et synthĂ©tique, des dessins aux monotypes, jusqu’aux traits noirs sur papier calque, oĂč l’architecture du corps prĂ©figure les Matisse et les Mondrian Ă  venir. En 1900, les figures ne sont plus lignes mais matiĂšre iridescentes, qui se dĂ©composent comme par implosion Ă  travers les couleurs « orgiaques » des pastels. C’est que le sujet intĂ©resse autant l’artiste que la rĂ©flexion sur la forme qu’il autorise.

 

 

Ainsi pendant prĂšs de 40 annĂ©es, des annĂ©es 1960 au dĂ©but des annĂ©es 1900, Degas note, dessine tout ce qu’il voit et bouge Ă  l’OpĂ©ra. Le thĂ©Ăątre est devenu sa « chambre Ă  lui ». Un atelier, un laboratoire aux resources et rĂ©serves de motifs, infinies. Salle et scĂšne, loges, foyer et salle de danse – sont les lieux de cette quĂȘte de la forme qui danse, dans un espace de plus en plus abstrait.

LYRICOPHILE, DEGAS divinise la jeune DANSEUSE
. Evidemment il y a explicitĂ© le goĂ»t de Degas Ă  l’opĂ©ra (Sigurd de Reyer, applaudie 30 fois !), ceux qui l’ont introduit dans l’institution (son ami le librettiste et compositeur HalĂ©vy)
 au centre de l’exposition, manifestation la plus aboutie de cette recherche d’absolu autour du thĂšme de la danseuse, la sculpture hyperrĂ©aliste de la Petite Danseuse de 14 ans (entre 1865 / 1881) avec son vrai tutu en tulle et son ruban de satin rose dans les cheveux de bronze : en une effigie, Edgar Degas peintre et observateur devenu sculpteur, est le Pygmalion de sa propre quĂȘte : il adore son Ɠuvre ainsi personnifiĂ©e ; il portraiture la danseuse idĂ©ale (les pieds en quatriĂšme position), adolescente et jeune fille, (en rĂ©alitĂ© un vrai modĂšle qui a posĂ© dans son atelier : Marie van Goethem) sujet de tous les regards et de tous les fantasmes d’alors : une SalomĂ© statufiĂ©e, troublante et bouleversante. C’est de toute Ă©vidence, dans la position du corps qui reste digne et pudique, mystĂ©rieux mĂȘme, un hommage du peintre Ă  son modĂšle, son intĂ©gritĂ© sanctuarisĂ©, fiĂšre et Ă©nigmatique, divinisĂ©, malgrĂ© la rĂ©alitĂ© crue et sexuellement infecte qui rĂ©gnait alors dans les coulisses de l’OpĂ©ra de Paris. Passionnant.

  

 

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EXPOSITION : Degas Ă  l’OpĂ©ra. Paris, MusĂ©e d’Orsay. Jusqu’au 19 janvier 2020.

Du 24 septembre au 31 dĂ©cembre : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45. FermĂ© le 25 dĂ©cembre. ; Du 1er janvier au 19 janvier 2020 : du mardi au dimanche et fĂȘtes de 9h30 Ă  18h, nocturne jeudi fĂȘtes jusqu’Ă  21h45.

MusĂ©e d’Orsay
1 rue de la LĂ©gion-d’Honneur
75007 Paris
Du mardi 24 septembre 2019 au dimanche 19 janvier 2020

INFOS et réservations privilégiées

 

  

 

Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »).

degas gallimard decouvertes expositon deags a l opera de apris musee d orsay exposition 23 sept fevrier 2020 classiquenews A76087Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes »). CHANTRE DE LA MODERNITÉ
 PrĂ©sentation par l’éditeur : « «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu», disait Edgar Degas. Illustre, il l’est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, Ă©galement, tant ces thĂšmes occultent le reste de l’Ɠuvre, peintures d’histoire, portraits, paysages, tant l’Ɠuvre a dĂ©vorĂ© la vie privĂ©e. Sur une carriĂšre de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohĂ©rence, on dĂ©couvre alors l’insatiable curiositĂ© technique, la constante recherche d’expressions nouvelles, l’Ă©vidente continuitĂ© de la ligne mĂ©lodique ».
Notre avis
 Le fils d’une famille aisĂ©e, de banquiers, doit cependant Ă  son pĂšre (Auguste) d’ĂȘtre encouragĂ© dans sa vocation artistique. Ce n’est pas tant, la ligne (cultivĂ©e toujours selon les prĂ©ceptes de son « maĂźtre et idĂŽle » Ingres), la couleur (digne des Impressionnistes dont il sera toujours trĂšs proche), la puissance de la palette et du trait (qui le rapproche d’un Manet, son ami), que son Ɠil, qui se rĂ©vĂšle dans son cas, dĂ©terminant. Degas mĂ©prise le milieu acadĂ©mique et donc le Prix de Rome : dĂ©passĂ©, conservateur. Il a bien raison. La modernitĂ© n’est jamais venue en peinture de ce rĂ©seau politique formatĂ©. Degas dĂ©veloppe une acuitĂ© de conception hors du commun Ă  son Ă©poque. Son Ɠil dĂ©cortique l’espace (d’oĂč des cadrages et des points de vue inĂ©dits et donc rĂ©solument « modernes »), dĂ©construit la forme, pour en extraire le squelette expressif, l’ossature synthĂ©tique, essentiel (d’oĂč ce qu’il voit et capte dans le sujet des danseuses : des corps qui souffrent, des lignes qui flĂ©chissent, des mouvements qui Ă©reintent et forcent
 au bord du claquage.

 

 

Degas moderne
L’Ɠil dĂ©construit, reconstruit


 

 

danseuses degas

 

Deux danseuses (DR)

 

Beaucoup de scĂšnes de rĂ©pĂ©titions, de gestes et attitudes rĂ©pĂ©tĂ©es, de dĂ©tente aussi (dont mĂȘme des danseuses qui baillent
) Entre rĂ©alisme et familiaritĂ©, jamais cela n’avait Ă©tĂ© reprĂ©sentĂ© avant lui. De sorte que l’on contemple un autre Degas : non pas le peintre obsĂ©dĂ© par les danseuses en tutu, mais l’analyste qui dĂ©crypte le dĂ©nuement et la misĂšre de jeunes artistes dĂ©munies et souffrantes, qui phĂ©nomĂšne que l’on commence Ă  expliciter, sont les proies des prĂ©dateurs sexuels dans la coulisse.
affiche13_300Degas a conçu tout cela, remarquablement expliquĂ© dans ce petit livre immanquable, indispensable viatique prĂ©paratoire pour l’exposition actuelle au MusĂ©e d’Orsay : « DEGAS Ă  L’OPERA », jusqu’en janvier 2020. Car au juste qu’a peint Degas de l’OpĂ©ra ? La rĂ©ponse est loin d’ĂȘtre Ă©vidente. Car Degas est un crĂ©ateur tout sauf conformiste. On peut affirmer qu’en plein wagnĂ©risme, au cƓur de la France nationaliste, opposĂ©e Ă  l’hĂ©gĂ©monie prussienne, Degas, se passionna pour la Sigurd du marseillais Reyer, le « petit Wagner de la CanebiĂšre » (au point de la voir 30 fois Ă  l’OpĂ©ra le Peletier, Ă  partir de sa crĂ©ation Ă  l’OpĂ©ra de paris le 12 juin 1885). WagnĂ©rien, Reyer dans Sigurd offre une vĂ©ritable alternative française au romantisme musical, puisant aprĂšs Berlioz, chez Gluck, sachant colorer aussi son orchestre par des Ă©clats fantastiques empruntĂ©s Ă  Weber. Les amateurs du Ring, retrouvent certes les personnages de Hagen, Gunter et aussi BrĂŒnnhilde
 Mais si le sujet est empruntĂ© aux lĂ©gendes nordiques, comme la TĂ©tralogie, la conception elle est bien française.
Comme Reyer Ă  l’opĂ©ra, Degas incarne une spĂ©cificitĂ© française, « moderne », antiacadĂ©mique, fonciĂšrement avant-gardiste, entre 1880 et 1910. Un cas Ă  part, et une Ɠuvre Ă  redĂ©couvrir aujourd’hui.

 

 

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Livre Ă©vĂ©nement. Degas par Henri Loyrette. «Je voudrais ĂȘtre illustre et inconnu» (Éditions Gallimard, collection « DĂ©couvertes ») – 160 pages, ill., sous couverture illustrĂ©e, 125 x 178 mm
Genre : Documents et reportages ThĂšme : arts en gĂ©nĂ©ral /peinture CatĂ©gorie > Sous-catĂ©gorie : Connaissance > Arts en gĂ©nĂ©ral – Époque : XXe-XXIe siĂšcle – ISBN : 9782070760879 – Gencode : 9782070760879 – Code distributeur : A76087 – PremiĂšre parution en 1988 -
CoĂ©dition Gallimard/RMN – Grand Palais. Nouvelle Ă©dition en 2012.
Collection Découvertes Gallimard (n° 36), Série Arts, Gallimard. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

ARTE : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra

autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 Au thĂ©Ăątre lyrique, le peintre Edgar Degas (1834 – 1917) qui dĂ©testait Wagner, c’est peut-ĂȘtre lĂ  son seul dĂ©faut, anlayse, observe, scrute les corps en mouvement. Non pas ceux des chanteurs acteurs, moins les instrumentistes en fosse (quoiqu’il joue des formes des instruments : crosses, archets, etc
), surtout ce qui passionne le peintre , quand mĂȘme un peu voyeur, ce sont les danseuses. En 1868, il immortalise la danseuse EugĂ©nie Fiocre interprĂšte du ballet la Source, rĂ©cemment remis Ă  l’honneur de l’OpĂ©ra Garnier. Degas frĂ©quente assidument l’OpĂ©ra de Paris, alors rue Le Peletier
 Puis il croque au pastel, attitudes, contorsions bridant les corps, mouvements en groupe
, port de tĂȘte, arabesques des bras, des jambes, dĂ©tail des mains. Aucun portrait sauf Fiovre au dĂ©part : que des attitudes
 et des ĂȘtres qui souffrent, dans des compositions audacieuses, des cadrages photographiques. Il en dĂ©coulera la statue en cire perdue, scandaleuse tant elle est rĂ©aliste, de La Petite danseuse de 14 ans
 GrĂące Ă  son ami le librettiste et compositeur Ludovic HalĂ©vy, Degas peut atteindre les coulisses et assister aux cours et rĂ©pĂ©titions ses spectacles. Aucun doute, mĂȘme si aprĂšs l’incendie de l’OpĂ©ra Le Peletier et au moment de l’édification du futur opĂ©ra Garnier, Degas dĂ©sormais rĂ©invente ce qu’il a vu et observĂ©, dans son atelier, le temple lyrique et chorĂ©graphique demeure son laboratoire : une source essentielle pour sa crĂ©ativitĂ© d’une exceptionnelle modernitĂ©. Mais au gĂ©nie des formes nouvelles et des dispositions novatrices, Degas, mĂȘme s’il se refuse Ă  ĂȘtre dĂ©nonciateur, peint aussi la rĂ©alitĂ© sociale du mĂ©tier de danseuse : l’exposition au dĂ©sir et Ă  la convoitise des abonnĂ©s mĂąles, qui, dans la coulisse, contrastant avec le raffinement et la magie de la scĂšne, cherchent Ă  sĂ©duire et payer les jeunes crĂ©atures pour quelques heures de plaisir. De l’art Ă  la prostitution, il n’y a que quelques pas de danse, menus, menus.  Documentaire inĂ©dit, 2019. RĂ©alisation : Blandine Armand, Vincent Trisolini – 52 mn.

 

 

 

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arte_logo_2013ARTE, dim 6 oct 2019. DEGAS Ă  l’OpĂ©ra
 17h35. Documentaire en liaison avec l’exposition Ă©vĂ©nement rĂ©prĂ©sentĂ©e par le MusĂ©e d’Orsay jusqu’au 19 janvier 2020 : http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/

 

 

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EXPOSITION, Paris, M’O : DEGAS Ă  l’OpĂ©ra (jusqu’au 19 janv 2020)

DEGAS orchestre de l opĂ©ra palais garnier degas a l opĂ©raPARIS, EXPO : DEGAS et l’OPERA. Du 24 septembre 2019 au 19 janvier 2020, le MusĂ©e d’Orsay accueille une rĂ©trospective majeure dĂ©diĂ©e au travail du peintre Edgar Degas Ă  l’OpĂ©ra de Paris: visions oniriques d’un dĂ©fenseur du ballet français qui dĂ©testait Wagner… « Sur toute sa carriĂšre, de ses dĂ©buts dans les annĂ©es 1860 jusqu’à ses oeuvres ultimes au-delĂ  de 1900, Degas a fait de l’OpĂ©ra le point central de ses travaux, sa “chambre Ă  lui”. Il en explore les divers espaces – salle et scĂšne, loges, foyer, salle de danse -, s’attache Ă  ceux qui les peuplent, danseuses, chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnĂ©s en habit noir hantant les coulisses. Cet univers clos est un microcosme aux infinies possibilitĂ©s ; il permet toutes les expĂ©rimentations : multiplicitĂ© des points de vue, contraste des Ă©clairages, Ă©tude du mouvement et de la vĂ©ritĂ© du geste.

LIRE notre prĂ©sentation de l’exposition et les raisons pour ne pas la manquer au MusĂ©e d’Orsay, Ă  partir du 24 septembre prochain :

http://www.classiquenews.com/paris-exposition-musee-dorsay-degas-a-lopera-24-sept-2019-19-janv-2020/?fbclid=IwAR1JkKwph04bc_243Wg3CJSvlPq2FWAkjcWA_VPCPw_qTxclByB8hMSB_Ig

Degas à l'opéra : l'exposition choc au Musée d'Orsay

PARIS, Exposition. MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020

the-orchestra-at-the-operaPARIS, MusĂ©e d’Orsay, DEGAS Ă  l’OpĂ©ra : 24 sept 2019-19 janv 2020. Quand il peint les danseuses, Edgar Degas invente un nouveau langage pictural et dĂ©nonce la prĂ©dation sexuelle en coulisses dont sont victimes les jeunes danseuses si mal payĂ©es et “chapotĂ©es” par leurs mĂšres maquerelles… RĂ©formateur plasticien et sociologue affĂ»tĂ©, DEGAS peint et analyse.  Degas  aime les plans originaux, dĂ©calĂ©s, hors scĂšne frontale, dans les coulisses et en dehors de la reprĂ©sentation elle-mĂȘme ; c’est pourquoi, ses vues dĂ©voilent ce qui n’est pas connu ni officialisĂ© : l’arriĂšre de la scĂšne, le foyer, les rĂ©pĂ©titions,
 tout un monde non convenu, jamais attendu dont la libertĂ© se lit dans les poses inĂ©dites. Il peint des corps dĂ©sarticulĂ©s, et comme mĂ©canisĂ©s, c’est Ă  dire dĂ©shumanisĂ©s, mais dont la ligne est saisissante. A l’OpĂ©ra, aux cĂŽtĂ©s des danseuses et de leur travail fastidieux au Foyer, en rĂ©pĂ©tition, Degas, le peintre solitaire qui a un Ɠil comme personne, analyse aussi l’orchestre dans la fosse du Palais Garnier : il focuse sur le bassoniste, pĂ©nĂštre dans l’orchestre par les bois et l’harmonie. Les cadrages sont toujours aussi captivants car originaux et jamais vus avant lui : l’influence de la photographie est Ă©vidente. L’oeil moderne et analyste de Degas observe avec une acuitĂ© saisissante le milieu instrumental de l’OpĂ©ra de Paris


PrĂ©sentation de l’exposition par le MusĂ©e d’Orsay :
« Sur toute sa carriĂšre, de ses dĂ©buts dans les annĂ©es 1860 jusqu’Ă  ses oeuvres ultimes au-delĂ  de 1900, Degas a fait de l’OpĂ©ra le point central de ses travaux, sa “chambre Ă  lui”. Il en explore les divers espaces – salle et scĂšne, loges, foyer, salle de danse -, s’attache Ă  ceux qui les peuplent, danseuses, chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnĂ©s en habit noir hantant les coulisses. Cet univers clos est un microcosme aux infinies possibilitĂ©s ; il permet toutes les expĂ©rimentations : multiplicitĂ© des points de vue, contraste des Ă©clairages, Ă©tude du mouvement et de la vĂ©ritĂ© du geste.

Aucune exposition jusqu’ici n’a envisagĂ© l’OpĂ©ra globalement, Ă©tudiant tout Ă  la fois le lien passionnĂ© que Degas avait avec cette maison, ses goĂ»ts musicaux, mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse “boĂźte Ă  outils”. À travers l’Ɠuvre/ l’Ɠil du peintre Degas, l’exposition prĂ©sentĂ© Ă  la rentrĂ©e 2019 au MusĂ©e d’Orsay, offre un superbe portrait de l’OpĂ©ra de Paris au XIXe siĂšcle. 

 

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PARIS, exposition «  DEGAS Ă  l’OpĂ©ra », musĂ©e d’Orsay : 24 septembre 2019 – 19 janvier 2020

 
 

 
 


DEGAS orchestre de l opéra palais garnier degas a l opéra

 

 

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Commissaire général
Henri Loyrette

Commissaires
LeĂŻla Jarbouai, conservatrice arts graphiques au musĂ©e d’Orsay, Marine Kisiel, conservatrice peintures au musĂ©e d’Orsay et Kimberly Jones, conservateur des peintures françaises du XIXe siĂšcle Ă  la National Gallery of Art de Washington

Exposition organisĂ©e par les musĂ©es d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington oĂč elle est programmĂ©e du 1er mars au 5 juillet 2020, et donc Ă  Paris, Ă  l’occasion du trois cent cinquantiĂšme anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris.

https://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/aux-musees/presentation-generale/article/degas-a-lopera-47631.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=254&cHash=14b265340f

  

 

 

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AGENDA CONCERT
Concert de l’Orchestre national de l’OpĂ©ra national de Paris sous la direction de Philippe Jordan
Paris, MusĂ©e d’Orsay / Grand Nef du musĂ©e – 9 dĂ©c. 2019 Ă  20h

 

 

 

 

 

 

 

CLÉS DE COMPRÉHENSION :
DEGAS Ă  l’opĂ©ra : l’Ɠil explore et invente du neuf


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autoportrait degas Degas_Edgar_21_autoportrait_maxPendant toute la carriĂšre, des annĂ©es 1860 jusqu’au-delĂ  de 1900, Degas a fait de l’OpĂ©ra le point central de ses travaux, sa “chambre Ă  lui ». Un laboratoire oĂč il puise autant de motifs linĂ©aires, des profils, des silhouettes, des formes Ă  fixer ; que des sensations au carrefour des disciplines. L’opĂ©ra, thĂ©Ăątre total, Ă  l’époque de Wagner, Verdi, Gounod, Massenet, compose un rĂ©servoir pour celui qui a rĂ©volutionnĂ© la peinture en la menant vers le cinĂ©ma et la photo. Degas y expĂ©rimente la multiplicitĂ© des points de vue, des cadrages audacieux (perspectives contournĂ©es, vues plongeantes : di sotto insu), le contraste des Ă©clairages, les effets inĂ©dits de la couleur et du trait, l’étude Ă  la fois analytique et synthĂ©tique du mouvement et de la vĂ©ritĂ© du geste. C’est aussi Ă  travers la ligne et la trace du pinceau, des crayons, l’acuitĂ© d’un regard qui pense : l’opĂ©ra est un lieu de spectacle et comme chez Balzac, l’endroit des situations et des relations humaines, inouĂŻes, Ă  la fois scandaleuses et fascinantes.

Psychologique, psychiatre mĂȘme, Degas dĂ©crypte les apparences en une vision balzacienne : il rĂ©alise entre 1876 et 1877, la sĂ©rie sur le thĂšme du MaĂźtre de ballet, puis son premier monotype, La petite Danseuse de 14 ans, de 1881, qui deviendra une statue, aussi rĂ©aliste que scandaleuse.

Ballet et Grand opéra français contre le wagnérisme

degas_opera_orchestre_comptes_rendus_382Alors en Louisiane, Degas se plaint de ne pas aller Ă  l’opĂ©ra dont le manque le fait souffrir. Depuis la rĂ©trospective de 1988, voici une rĂ©trospective attendue qui prĂ©cise le regard du plasticien sur l’opĂ©ra et le milieu lyrique, mais aussi ses goĂ»ts : admiration du grand opĂ©ra français, et dĂ©testation de Wagner. Degas cĂŽtoie les directeurs successifs de la Maison parisienne; il se lit avec les compositeurs Auber, Reyer, Chaussson, le corps de ballet (Mesdemoiselles Salle, Sanlaville, Van Goethem, Chabot, Biot, Mauri
), les chanteurs Jean-Baptiste Faure, Rosa Caron
, les abonnĂ©s du cercle HalĂ©vy.

Le thĂšme des groupes qui s’affrontent, image du ballet naĂźt dĂšs Petites filles spartiates provoquant les garçons Ă  la lutte (1860, Londres Nal Gallery) ; puis c’est le portrait dĂ©jĂ  exposĂ© en 1988 Ă  Paris, EugĂ©nie Fiocre dans le Ballet de la Source (1868, Brooklyn Museum, NY) ; enfin, comme une apothĂ©ose de milliers d’heures d’observation, L’orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (MusĂ©e d’Orsay, Paris, vers 1870)
 qui est aussi la revendication du gĂ©nie musical français contre le germanisme envahissant.

Salle et scĂšne, loges, foyer, salle de danse, danseuses (les fameuses « belles grappes de bras et de jambes »), chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnĂ©s en habit noir hantant les coulisses peuplent des scĂšnes peintes ou façonnĂ©es au pastel. Au moment du 350Ăš anniversaire de l’OpĂ©ra de Paris, voici le portrait et la visite de l’institution par un guide original et passionnant dont le goĂ»t musical se prĂ©cise Ă  mesure : Edgar Degas.

 

 
 

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 Portrait d’EugĂšnie Fiocre / Ballet La Source (© DR NY Brooklyn Museum)