COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A.MOZART. F.SCHUBERT, D.FRAY.

COMPTE-RENDU, Concert. Festival Piano aux Jacobins. Toulouse. CloĂźtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. W.A. MOZART. F. SCHUBERT, D.FRAY. Quelle diffĂ©rence de prĂ©sentation du jeune pianiste Ă  son public toulousain entre son dernier concert Ă  la Halle aux Grains en novembre 2018, dans les concertos de Bach pour plusieurs claviers et ce soir 
 dans ce rĂ©cital solo aux Jacobins. Si la joie et l’enthousiasme dominaient sa derniĂšre apparition, ce soir dans le CloĂźtre des Jacobins, c’est un homme sombre et tendu qui se met au clavier. Le choix du programme a dĂ» avoir son importance car les trois partitions de Mozart qui ouvrent le programme sont trĂšs particuliĂšres. Toutes trois font partie des derniĂšres piĂšces Ă©crites par Mozart pour son cher piano et si il est acquis que Mozart n’est pas vu comme un compositeur rĂ©volutionnaire, ce rondo en la mineur et surtout cette fantaisie en do mineur dans leur isolement sont des oeuvres Ă©minemment personnelles dĂ©jĂ  par leurs tonalitĂ©s mineures mais aussi dans leur forme.

Piano romantique aux Jacobins


David Fray chantre du  Sturm und Drang

David-Fray-©Paolo-RoversiEt la Sonate n°14 contemporaine de la Fantaisie n’est pas si classique tant elle est traversĂ©e par une mĂ©lancolie profonde. David Fray en musicien sensible semble gagnĂ© par une inquiĂ©tude que son jeu magnifie. La Fantaisie est plus ombreuse que lumineuse et la Sonate se garde bien de paraĂźtre aimable. Le tragique est tapis dans l’ombre mĂȘme lorsque la lumiĂšre luit. Les graves sont nobles et profonds et le chant se fait trĂšs sensible et douloureux par moments. Un peu de duretĂ© se perçoit dans certains accords surtout dans le final de la sonate, tant le tragique domine cette interprĂ©tation. En DeuxiĂšme partie de programme le Rondo de Mozart est Ă©galement rempli de drame mais devient plus aimable. Le Mozart de David Fray, celui de ces Ɠuvres lĂ , est donc grave, inquiet et trĂšs mĂ©lancolique. Comme si le Sturm und Drang avait pris une place centrale. Bien que ce mouvement littĂ©raire n’ai pas durĂ© bien longtemps, la musique si profonde de Mozart en est l’exemple musical le plus probant. D’autres diraient que cette musique est prĂ©-beethovĂ©nienne…  Je trouve cela trop rĂ©ducteur pour chacun des deux gĂ©nies.  La Sonate n°16 de Schubert est plus Ă©quilibrĂ©e entre joie et peines. Elle permet davantage de surprises au dĂ©tours des changements de tonalitĂ©s. David Fray qui aime tant Schubert, sait le jouer avec cette libertĂ© du promeneur qui se laisse sĂ©duire par le paysage, oubliant sa solitude humaine fondamentale. Voici donc un dĂ©but de concert trĂšs sombre qui Ă©volue vers davantage de lumiĂšre. Le public trĂšs aimant lui fait un vrai triomphe et dans les 3 bis David Fray se (et nous) rĂ©conforte avec du Bach qui semble lui apporter paix et joie. Trois Ɠuvres sublimes apportant la sĂ©rĂ©nitĂ© et rendant le sourire au pianiste.

Compte-rendu concert. Toulouse. 40Úme Festival Piano aux Jacobins. Cloßtre des Jacobins, le 19 septembre 2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en do mineur KV.475 ; Sonate pour piano n°14 en do mineur KV.457 ; Rondo en la mineur K.511 ; Frantz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°16 en la mineur D.845. David Fray, piano. Photo : David Fray © Paolo-Roversi

Compte rendu concert. 37Úme édition de Piano aux Jacobins. Toulouse , Cloßtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano.  

Compte rendu concert. 37Ăšme Ă©dition de Piano aux Jacobins. Toulouse , CloĂźtre des Jacobins, le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach; Johannes Brahms ; Robert Schumann ; David Fray, piano. David Fray est enfant du pays toulousain puisqu’il est originaire de Tarbes. Il est chez lui au Festival des Jacobins car dĂšs ses premiers concerts il a Ă©tĂ© invitĂ© par la clairvoyante Catherine d’Argoubet. Il revient rĂ©guliĂšrement Ă  Toulouse tout aurĂ©olĂ© de ses succĂšs internationaux et de l’excellent accueil fait Ă  ses enregistrements, tous plĂ©biscitĂ©s par public et critique. Ce musicien est certes douĂ©, mais surtout il a une personnalitĂ© attachante et une vĂ©ritable originalitĂ© d’artiste dans un paysage musical mondial parfois trop policĂ©.

Promesses tenues !

fray-david-femme-piano-review-compte-rendu-classiquenews-582Pour son rĂ©cital Ă  Toulouse, il a jouĂ© de trĂšs larges extraits du Livre 1 du Clavier bien tempĂ©rĂ© de JS Bach. Dans une position parfois trĂšs en arriĂšre et en apparence dĂ©tendue, voir relĂąchĂ©e, il a joué son Bach. En effet, sa maniĂšre est unique. D’abord un toucher d’une extraordinaire beautĂ©, ferme mais souple. Beaucoup de nuances dans les reprises, un phrasĂ© extraordinairement conduit jusqu’au fond des mĂ©lodies. Un dĂ©tail de chaque note prise dans une coulĂ©e de beautĂ©. Un attachement Ă  une prĂ©cision de chaque voix, une mise en valeur des harmonies subtiles le tout avec un naturel et un chic rares. Une sorte de piano olympien, dĂ©gagĂ© des humains soucis. Tout du long de la promenade proposĂ©e, nous sommes dans les cieux et non sur terre. Marche dans les nuages, vol au-dessus des paysages montagneux, nuit Ă©toilĂ©e ou soleil dans tout le nycthĂ©mĂšre, et voyage dans les Ă©toiles aussi. Une vraie et originale maniĂšre de rendre hommage au pĂšre Bach tout en s’appropriant la variĂ©tĂ© de ses partitions. Et n’oublions pas de signaler la belle Ă©nergie et mĂȘme la  joie dans les moments de superpositions de plusieurs voix en canon ou fugues.
AprĂšs ce voyage apaisant et vivifiant David Fray a osĂ© nous proposer un dialogue de grande qualitĂ© entre Schumann et Brahms. Des Ɠuvres assez rares et trĂšs belles ont ainsi pu se rĂ©pondre. Le Schumann passionnĂ© et engagĂ© de la Novelette n°8 est allĂ© jusqu’à la colĂšre. Le Brahms des variations sur un thĂšme de Schumann a Ă©tĂ© kalĂ©idoscopique. VariĂ©tĂ© de couleurs et de nuances poussĂ©es jusqu’au plus loin. Puis dans la Fantaisie op.116, une audace de sentiments exposĂ©s jusqu’au bord de la fusion entre le pianiste et son instrument. David Fray a une belle personnalitĂ© musicale depuis ses premiers concerts mais l’évolution qui est la sienne le conduit Ă  oser une charge Ă©motionnelle puissamment partagĂ©e. « L’émotion particuliĂšre » qu’il vit dans cette salle capitulaire, ainsi qu’il l’a dit avant ses bis, a bien gagnĂ© son jeu. Ce soir tout particuliĂšrement, David Fray a Ă©tĂ© flamboyant. Le romantisme assumĂ©, la puissance maitrisĂ©e, et la perfection pianistique ont enchantĂ© le public. Quatre bis ont Ă©tĂ© offerts entre plusieurs Chopin, le Bach (dĂ©diĂ© Ă  Catherine d’Argoubet),  a Ă©tĂ© le moment le plus magique. Un grand artiste qui tient admirablement les promesses de ses premiĂšres annĂ©es.

Compte rendu, concert. 37 iĂ©me Ă©dition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; CloĂźtre des Jacobins. Le 14 septembre 2016 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Le clavier bien tempĂ©rĂ© livre 1, extraits ; Johannes Brahms (1833-1897) : Variations en fa diĂšse mineur, sur un thĂšme de Schumann, op.9 ; Fantaisies, op.116 ; Robert Schumann (1810-1856) : Novelette n° 8 en fa diĂšse mineur, op.21 ; David Fray, piano. — Photo : Sergey Grachev