CRITIQUE CD, coffret événement, critique. R. STRAUSS / NELSONS (7 cd DG Deutsche Grammophon)

Andris-Nelsons--Strauss-leipzig-boston-critique cd review classiquenews deutsche grammophonjpgCRITIQUE CD, coffret Ă©vĂ©nement, critique. R. STRAUSS / NELSONS (7 cd DG Deutsche Grammophon) – 2 orchestres : Boston Symphony Orchestra, Gewandhausorchester Leipzig ; 1 chef :  Andris Nelsons font ici la valeur de ce coffret  «  Alliance », dĂ©diĂ© aux oeuvres symphoniques majeures de Richard Strauss. Outre la vivacitĂ© Ă©nergique du maestro, c’est aussi l’opportunitĂ© de comparer les qualitĂ©s de chacune des deux phalanges dont il est directeur musical.
Chaque orchestre rĂ©alise 3 programmes Straussiens – puis ce « retrouve en cd 7, dans la premiĂšre de « Festliches PrĂ€ludium » (Festive Prelude, pour orgue et orchestre : soliste, Olivier Latry), – ample fresque orchestrale jouĂ©e par les 2 formations rĂ©unies en nov 2019 (Boston), point fort de ce projet interorchestral et aussi, point de dĂ©part du cycle Straussien entre Boston et Leipzig.
« L’alliance » ainsi dĂ©fendue s’appuie en vĂ©ritĂ© sur l’histoire croisĂ©e des 2 institutions musicales des deux cĂŽtĂ©s de l’Atlantique ; en mĂȘlant les instrumentistes des deux formations Ă  jouer ensemble Ă  l’occasion de JournĂ©es d’échanges (Leipzig Week in Boston ; Boston Week in Leipzig), Nelsons ne fait que renouveler des liens historiquement avĂ©rĂ©s dĂšs la fin du XIXĂš, aprĂšs la crĂ©ation du Boston Symphony Orchestra en 1881 : le siĂšge de l’Orchestre amĂ©ricain (Boston Symphony Hall) s’inspire du Gewandhauss II ; de mĂȘme nombre de directeurs du Boston ont Ă©tudiĂ© au Conservatoire de Leipzig. Andris Nelsons lui-mĂȘme, est directeur musical des 2 orchestres, comme
 Arthur Nikisch auparavant. La coopĂ©ration des deux orchestres n’a donc rien de surprenant.

A travers ce programme, composĂ© de poĂšmes symphoniques, de cycles symphoniques, de suites conçues Ă  partir d’opĂ©ras, de piĂšces pour cordes seules (Metamorphosen)
 , Nelsons joue avec le brio, l’élĂ©gance, le raffinement voire le dĂ©lire de l’orchestration et l’humour de Strauss (son grand lyrisme colorĂ© par un goĂ»t parfois immodĂ©rĂ© pour le pastiche et la surenchĂšre de timbres).
L’écoute des deux phalanges met en lumiĂšre la grande cohĂ©rence sonore des cordes et la clartĂ© naturelle de Leipzig ; l’éclat, la vivacitĂ©, voire l’exubĂ©rance ivre des cuivres de Boston qui rappelle les « divines » annĂ©es sous l’ùre Monteux, Leinsdorf, Ozawa ; Nelsons nourrit les affinitĂ©s entre les Bostoniens et Strauss, lequel comme chef put les diriger dans sa propre musique (Don Juan, Feursnot, Don Quichotte, en 
 1904).

L’ampleur du projet, la rĂ©alisation plus qu’honnĂȘte, engagĂ©e, riche en panache et rebonds dramatiques (avec le scintillement prĂ©cis, aiguisĂ© des solistes invitĂ©s : Yuja Wang dans Burleske / Leipzig, Yo-Yo Ma pour Don Quixote avec les Bostoniens) justifient la prĂ©sente gravure : le corpus Strauss ainsi rĂ©alisĂ© par Nelsons ressuscite une tradition coopĂ©rative interorchestre assez passionnante, qui rompt avec les habitudes du milieu. La grandeur du colossal (Festliches PrĂ€ludium, avec orgue ! qui accrĂ©dite la vertu des grands rassemblements), la sublimation chambriste (Metemorphosen), la verve hautement dramaturgique des poĂšmes symphoniques dont Strauss jeune est passĂ© spĂ©cialiste inĂ©galĂ© (Don Juan , Macbeth, Till,
), les cycles Ă©piques (Ein Heldenleben et Aus Italien par le Gewandhaus, somptueux et rond, intĂ©rieur et comme enivrĂ© ; Symphonia Domestica et Eine Alpen Alpensinfonia par le Boston
), sans omettre la rutilance des scĂšnes / extraits (Fauersnot, Salomé ) et Suites tirĂ©s des opĂ©ras (Der Rosenkavalier, Die Frau ohne schatten en tĂȘte
) suscitent l’enthousiasme. Le programme gĂ©nĂ©reux de ce coffret Ă  l’entente fraternellement orchestrale souligne combien Richard Strauss est l’un des grands conteurs parmi les plus inspirĂ©s du premier XXĂš (avec Ravel, Mahler, Sibelius
). CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2022.

_____________________________

CLIC_macaron_2014CRITIQUE, CD. Coffret Deutsche Grammophon – 7 cd – Parution : 6 mai 2022 – 8h31mn – DG 4862040 avec  les solistes Yuja Wang (Burlesque) et Yo-Yo Ma (Don Quichotte). Boston Symphony Orchestra, Gewandhausorchester Leipzig - Andris Nelsons, direction – enregistrements : 2017 Ă  2021 – Deutsche Grammophon.

CD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3Ăš et dernier volume attestent des qualitĂ©s identiques observĂ©es dans les opus prĂ©cĂ©dents : puissance et richesse du son. CrĂ©Ă©e Ă  Leningrad en 1939 par le lĂ©gendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractĂšre endeuillĂ© du Largo prĂ©liminaire, dĂ©taillant les solos instrumentaux pour flĂ»te piccolo, cor anglais, basson afin de dĂ©ployer la matiĂšre nocturne, Ă©touffante de cette longue sĂ©quence grave et intranquille. Les deux mouvements plutĂŽt courts qui suivent Allegro et Presto assĂšne une motricitĂ© aiguĂ« et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgĂ©s de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordĂ© comme un feu d’artifice cravachĂ©, narguant le mystĂšre du premier mouvement dont il dĂ©ment le calme profond par une sĂ©rie ultime de surenchĂšre dĂ©monstrative et vindicative, au bord de la folie


Nelsons complĂšte la 6Ăš par la Suite de la musique de scĂšne pour le Roi Lear, op. 58a, Ă©crite pour le BolchoĂŻ de LĂ©ningrad en 1941. Cycle de pleine tension lĂ  encore qui commence avec la figure de Cordelia (solo de clarinette), joue du col legno pour dramatiser davantage la charge caustique et fantastique du sujet shakespearien (partie des 2 bassons). Ironique et audacieux, Chostakovitch imagine son Ouverture de fĂȘte op. 96, de 1947(publiĂ©e en 1954, soit un an aprĂšs la mort de Staline) semble marquer la fin de la terreur par son emportement libre, ses respirations nouvelles et l’orchestration colorĂ©e et ambitieuse ( fanfare Ă©tonnante des 6 trompettes, 6 trombones et 8 cors !) : les instrumentistes bostoniens redoublent de prĂ©cision jubilatoire (pizz des cordes).

La 7Ăš Symphonie dite « Leningrad » aborde des airs patriotiques, amorcĂ©e avant le siĂšge de la citĂ©, dĂšs l’étĂ© 1941, puis achevĂ© aprĂšs l’occupation, en dĂ©cembre suivant, pour ĂȘtre crĂ©Ă©e triomphalement en mars 1942. Aucune ambiguitĂ© dans le propos du compositeur car il s’agit bien d’une partition de circonstances, desprit victorieux, cĂ©lĂ©brant le sang versĂ© des rĂ©sistants et des dĂ©fenseurs de Leningrad, Ă©pinglant la barbarie des nazis impĂ©rialistes. Pourtant alors qu’elle s’inscrit dans le fracas des armes et des tireurs embusquĂ©s, la 7Ăš est l’une des moins politisĂ©e, celle qui s’écarte ouvertement du double langage cultivĂ© Ă  l’égard du tyran Staline. Nelsons aborde objectivement la partition, se confrontant Ă  son architecture impressionnante (pas moins de 30 mn pour l’Allegretto) dans lequel il sculpte avec clartĂ© le motif de l’invasion fasciste, rĂ©pĂ©tĂ©, martelĂ© comme un leit motiv obsessionnel (bois puis cordes). Le crĂ©pusculaire et le glaçant n’étant jamais bien loin chez Dmitri, le chef tire Ă  profit la couleur sombre et cynique du basson, finement dĂ©taillĂ© comme agent d’un destin inquiĂ©tant. Chaque sĂ©quence est inscrite dans sa portĂ©e historique : Leningrad d’avant le siĂšge (choral initial de l’Adagio), puis champs de guerre, champs de ruines oĂč perce le chant des cuivres Ă  la fois stridents, enivrĂ©s. On repĂšre sans mĂ©nagement aucun, la sourde mĂ©lodie des cordes hallucinĂ©es, Ă©reintĂ©es qui rappelle le motif inquiĂ©tant de l’opĂ©ra Lady Macbeth de Mzensk, autre Ă©vocation des tĂ©nĂšbres. HabitĂ© par cette musique des convulsions et des contrastes, Nelsons en exprime la matiĂšre vivante, les cris et les Ă©lans extrĂȘmes. Le chef rĂ©ussit dans l’ampleur et la violence, Ă  restituer tout ce qui fait de la 7Ăš, une partition martiale, dĂ©fiant l’Histoire, relevant plus de l’épique que du tragique. Voici assurĂ©ment l’un des tĂ©moignages les plus immĂ©diatement prenants, communicatifs du cycle Chostakovitch saisi live en 2017 Ă  Boston. L’expressivitĂ© instinctive de Nelsons, son emprise architecturĂ©e sur l’orchestre amĂ©ricain sont indiscutables.

 
 

 
 

________________________________________________________________________________________________

 
 

CD , critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Dmitri Chostakovitch : ”Under Stalin’s shadow’’ / Dans l’ombre de Staline.., Symphonie n° 6 op. 54. Symphonie n° 7 ”Leningrad ”, op. 60 – Suite de la musique de scĂšne pour ”Le roi Lear”, op. 58a. Ouverture de fĂȘte, op. 96 / Boston Symphony Orchestra. Andris Nelsons, direction / 2 cd Deutsche Grammophon : 483 6728.

 
 

 
 

________________________________________________________________________________________________