COMPTE-RENDU, opéra. SAINT-ETIENNE, Théùtre Massenet, le 10 mars 2019. GODARD : Dante. Gaugler, Marin-Degor
 Vesperini / Gerts.

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. SAINT-ETIENNE, ThĂ©Ăątre Massenet, le 10 mars 2019. GODARD : Dante. Gaugler, Marin-Degor
 Vesperini / Gerts. SAINT-ETIENNE confirme son Ă©tonnante disposition Ă  dĂ©voiler des trĂ©sors oubliĂ©s de notre patrimoine. Pour ce Dante dont il n’existe q’un enregistrement (assez inĂ©gal en raison de chanteurs peu nuancĂ©s voire inintelligibles et d’un orchestre « routinier »), voici sur la scĂšne stĂ©phanoise, impliquant tous les ateliers de fabrication locaux (dĂ©cors, costumes, machinerie), la version scĂ©nique de l’ouvrage. Une rĂ©crĂ©ation mondiale car l’opĂ©ra de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© produit sur les planches depuis sa crĂ©ation (malheureuse) en 1890. La rĂ©vĂ©lation est majeure car elle souligne un gĂ©nie du drame et de l’onirisme noir, souvent sombre, dont l’orchestre et le chƓur sont constamment sollicitĂ©s, en teintes expressives, raffinĂ©es, particuliĂšrement oniriques. L’écriture de Godard synthĂ©tise le meilleur Ă  son Ă©poque, Massenet et Verdi pour le drame, Gounod, Berlioz pour la distinction, sans omettre des couleurs et des harmonies puissantes qui rappellent Tchaikovski et annonce bientĂŽt la transparence d’un Ravel. C’est dire.
En outre l’architecture de l’opĂ©ra est claire ; les deux premiers actes (Ă  Florence) Ă©voquent l’ambition et la chute politique de Dante qui fut dans les faits, et de façon trĂšs fugace, Prieur de la capitale toscane ; puis Ă  partir de l’acte III, et le fameux « songe de Dante », la rĂ©alisation de l’idĂ©al artistique et poĂ©tique de l’artiste ; une cĂ©lĂ©bration qui vaut aussi identification pour Godard. Comme Wagner, le Français aborde le thĂšme de l’artiste et de la sociĂ©tĂ©, en prĂ©cisant la grandeur du destin du premier ; la violence stĂ©rile de la seconde (guerre Gibelins / Guelfes).

 
 
 

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Le continuum dramatique est assurĂ© par les options du metteur en scĂšne Jean-Romain Vesperini qui, -ouf, et pour notre plaisir, Ă©carte toute tentation vidĂ©o, prĂ©fĂ©rant la magie d’une machinerie XIXĂš, somptueux dispositif de passerelles et d’escaliers en colimaçon, sur une tournette centrale. L’esthĂ©tique de l’ensemble (changements Ă  vue) renforce la force de la vision de l’acte III.
Confirmant Dante sur son chemin de gloire, afin qu’il accomplisse sa vocation poĂ©tique, BĂ©atrice, la femme aimĂ©e, convoitĂ©e, devient sa muse ; et Virgile qui apparaĂźt sur la colline napolitaine lui rĂ©vĂšle la vision des enfers : de fait, Godard nous livre une puissante et mordante figuration infernale qui n’a rien Ă  envier aux opĂ©ras baroques ni aux Ă©vocations fantastiques d’un Berlioz. Tout concourt d’ailleurs Ă  la sublimation de la vocation artistique du hĂ©ros : l’opĂ©ra incarne son apothĂ©ose, ce que confirme la derniĂšre scĂšne qui voit le poĂšte Dante Ă  prĂ©sent conscient et sĂ»r de son Ɠuvre Ă  venir (La Divine ComĂ©die).
La sĂ©duction des mĂ©lodies (Gounod n’est pas loin), la couleur ombrĂ©e gĂ©nĂ©rale, la puissance du chƓur, surtout l’orchestre de Godard affirment un trĂšs grand talent taillĂ© pour l’opĂ©ra.

Les costumes et leurs couleurs hĂ©raldiques dĂ©veloppent une vision « rĂ©trofuturiste » qui modernise le Moyen-Âge selon le goĂ»t de Godard. La poĂ©sie (lumiĂšres vaporeuses) est constante et continue de dessiner le profil du poĂšte artiste face Ă  la sauvagerie de la sociĂ©tĂ©.

dante-paul-gaugler-opera-benjamin-godard-opera-reportage-partition-opera-evenement-saint-etienne-operaLe plateau vocal est globalement convaincant. L’émission du tĂ©nor Paul Gaugler dans le rĂŽle-titre pourra en rebuter plus d’un, mais son articulation, son sens du texte, ses phrasĂ©s proches de la mĂ©lodie, comme ses aigus en force, composent in fine un Dante, crĂ©dible, consistant qui souffre et trouve enfin sa vocation de poĂšte (prĂȘt Ă  immortaliser son amour et sa quĂȘte). A ses cĂŽtĂ©s, la muse justement et l’ñme-sƓur, Sophie Marin-Degor affirme une vĂ©ritĂ© stylistique qui Ă©claire de façon immĂ©diate la noblesse de cette Ăąme amoureuse et loyale : c’est elle qui verrouille le destin poĂ©tique de Dante (« pour ĂȘtre aimĂ©, fais ton devoir », tout est dit dĂšs l’acte I). Godard dans le dernier acte, celui oĂč elle est cloĂźtrĂ©e, et juste avant de succomber sur l’épaule de son aimĂ©, lui rĂ©serve un air bouleversant : l’enfant se rebelle contre la volontĂ© de son pĂšre (qui l’a promise Ă  un autre
 Bardi, le rival de Dante), et l’amoureuse radicale y expose clairement l’intensitĂ© de son sacrifice. S’il est maudit sur cette terre, Dante immortalisera leur amour.

Le compositeur renforce le chant soliste par un second couple, plus sombre et noir ; celui de Simeone Bardi dont l’esprit de haine et la jalousie prĂ©cipite la chute du Dante politique Ă  Florence (valeureux et intelligible JĂ©rĂŽme Boutillier) ; tandis que dans le rĂŽle de Gemma, la confidente de BĂ©atrice (et qui aime elle aussi Dante), AurhĂ©lia Varak rĂ©serve un timbre sĂ©duisant, digne d’une Dalila, mais l’articulation demeure imprĂ©cise.
L’excellent FrĂ©dĂ©ric Caton (basse ample et articulĂ©e) rayonne en Virgile dans le songe de Dante. Le ChƓur lyrique Saint-Etienne Loire dĂ©fend chaque partie, d’autant que l’énergie du chef estonien Mihhail Gerts montre combien ce Dante vaut bien des Werther de Massenet (mĂȘme librettiste) ou des Faust de Gounod. Vite, d’autres dates et une reprise de ce chef d’Ɠuvre oubliĂ©, enfin ressuscitĂ©, de l’OpĂ©ra romantique français. Il reste une derniĂšre date Ă  Saint-Etienne, demain mardi 12 mars 2019. Must absolu.

 
 
 
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COMPTE-RENDU, opéra. SAINT-ETIENNE, Théùtre Massenet, le 10 mars 2019. GODARD : Dante. Gaugler, Marin-Degor
 Vesperini / Gerts.

Mise en scĂšne : Jean-Romain Vesperini
DĂ©cors : Bruno de LavenĂšre
Costumes : CĂ©dric Tirado

Dante : Paul gaugler
BĂ©atrice : Sophie Marin-Degor
Bardi : JĂ©rĂŽme Boutillier
Gemma : Aurhélia Varak
Un vieillard / Virgile : Frédéric Caton
L’écolier : Diana Axentii
Un héraut : Jean-François Novelli

ChƓur lyrique Saint-Etienne Loire
Laurent Touche, direction

Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire
Mihhail Gerts, direction. Photos grands formats © C Cauvet / Opéra de Saint-Etienne 2019

 
 
 
 
 
 

REPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 2/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. Pourquoi mettre en scĂšne l’ouvrage de Godard, opĂ©ra fĂ©erique, infernal et onirique crĂ©Ă© en 1890 Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris ? PrĂ©sence du chƓur (personnage Ă  part entiĂšre et d’une force « verdienne »), tableaux spectaculaires dont l’acte des enfers ; personnages intenses, absolus (Dante et sa muse bien aimĂ©e BĂ©atrice) ; second couple exaltĂ©, noir pour Bardi ; portĂ© par la bontĂ© (Gemma), surtout raffinement et souplesse d’un orchestre somptueux
 et si Dante Ă©tait le chef d’oeuvre oubliĂ© de l’opĂ©ra romantique français ? Godard Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant sait fusionner le meilleur de Bizet, Massenet, Verdi et mĂȘme Tchaikovski. Un ouvrage majeur, aujourd’hui ressuscitĂ© par les forces vives de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne. PrĂ©sentation, explication
 reportage par © studio CLASSIQUENEWS.TV – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre PHAM 2019

 

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VOIR aussi notre REPORTAGE 1 :

dante opera de saint etienneREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

 

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard,rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

http://www.classiquenews.com/teaser-video-dante-de-benjamin-godard-a-lopera-de-saint-etienne-81012-mars-2019/

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)

dante-virgile-operasaitn-etienne-godard

 

 

 

LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison

dante-godard-opera-critique-annonce-opera-benjamin-godard-opera-de-saint-etienne-annonce-critique-opera-classiquenewsREPORTAGE vidĂ©o 1/2 : DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, une nouvelle production 100 % maison. DANTE 1/2 : RecrĂ©ation Ă©vĂ©nement Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, Dante de Benjamin Godard n’avait pas Ă©tĂ© remontĂ© sur scĂšne depuis sa crĂ©ation (malheureuse) Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1890. GrĂące aux ressources de l’OpĂ©ra stĂ©phanois, en particulier parce que l’institution lyrique abrite tous les ateliers de fabrication, nĂ©cessaires Ă  la rĂ©alisation d’une nouvelle production (dĂ©cors, costumes, machinerie
), l’ouvrage renaĂźt les 8, 10 et 12 mars 2019.
REPORTAGE 1/2 dĂ©diĂ© Ă  la rĂ©surrection d’un chef d’Ɠuvre de l’opĂ©ra romantique français, alternative convaincante au wagnĂ©risme. Sommaire : entretien avec Eric Blanc de la Naulte, directeur gĂ©nĂ©ral et Jean-Romain Vesperini, metteur en scĂšne. TĂ©moignent aussi CĂ©dric Tirado, crĂ©ateur des costumes ; Pierre Roustan, chef constructeur
 La production est un Ă©vĂ©nement « made in OpĂ©ra de Saint-Etienne » pour lequel tous les ateliers maison ont Ă©tĂ© sollicitĂ©s. L’OpĂ©ra de Saint-Etienne est le seul opĂ©ra en France, avec l’OpĂ©ra national de Paris, Ă  regrouper en son sein, tous les mĂ©tiers du spectacle vivant, avantage majeur pour le confort des Ă©quipes artistiques, ici dĂ©diĂ©es Ă  la rĂ©estimation d’une partition Ă©blouissante. © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019 – RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham

 

 

 

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REPORTAGE 2/2 : PrĂ©sentation de la partition ; pourquoi remonter aujourd’hui Dante de Benjamin Godard ? Et si Dante Ă©tait un ouvrage majeur de l’opĂ©ra romantique français, oubliĂ©, enfin rĂ©vĂ©lĂ© ?

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dante opera de saint etienneVOIR AUSSI notre TEASER VIDEO DANTE de Benjamin Godard, rĂ©crĂ©Ă© Ă  Saint-Etienne - RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

http://www.classiquenews.com/teaser-video-dante-de-benjamin-godard-a-lopera-de-saint-etienne-81012-mars-2019/

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VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

TEASER vidĂ©o. DANTE de Benjamin Godard Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne (8,10,12 mars 2019)

DANTE-benjamin-godard-opera-saint-etienne-annonce-evenement-opera-classiquenewsTeaser vidĂ©o. OpĂ©ra de SAINT-ETIENNE, Benjamin Godard : DANTE. RecrĂ©ation mondiale de la version scĂ©nique, l’opĂ©ra romantique, infernal et onirique de Benjamin Godard (crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique Ă  Paris en 1890) ressuscite Ă  Saint-Etienne, grĂące aux Ă©quipes du Grand ThĂ©Ăątre Massenet. Nouvelle production Ă©vĂ©nement, les 8, 10, 12 mars 2019 Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Etienne – teaser vidĂ©o © studio CLASSIQUENEWS.TV 2019

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NOTRE AVIS : POURQUOI NE PAS MANQUER LA NOUVELLE PRODUCTION DE DANTE Ă  l’OpĂ©ra de SAINT-ETIENNE ?

 

 

 

DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne
L’OPERA MAISON, COUSU MAIN

 

 

godard-benjamin-piano-opera-par-classiquenews-opera-dante-critique-annonce-reportage-Benjamin_GodardEn mars 2019, l’OpĂ©ra de Saint-Etienne implique toutes ses ressources maison pour rĂ©aliser la recrĂ©ation scĂ©nique d’un sommet de l’opĂ©ra français romantique Ă  l’Ă©poque de Wagner…  À 41 ans Benjamin Godard signe son ultime opĂ©ra inspirĂ© de la vie du poĂšte florentin : Dante, 1890. En un continuum orchestral harmoniquement somptueux, enveloppant un chant aussi lyrique et Ă©perdu que celui de Gounod, Verdi ou Massenet, Godard offre une alternative lyrique au wagnĂ©risme ambiant. Dans Dante, Godard cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du poĂšte et du crĂ©ateur, comme Wagner et Berlioz l’ont rĂ©alisĂ© aussi dans leurs ouvrages respectifs, Tannhauser et Benvenuto Cellini. Finalement dĂšs l’acte I, BĂ©atrice la femme aimĂ©e sublimĂ©e convoitĂ©e, comme l’ombre de Virgile qui lui apparaĂźt en songe et suscite le sujet de l’acte III, encourage le poĂšte Ă  rĂ©aliser son Ɠuvre poĂ©tique.
La premiĂšre ardente et amoureuse (synthĂšse entre la Marguerite de Berlioz et la Juliette de Gounod), encourage le poĂšte Ă  se dĂ©dier Ă  sa lyre poĂ©tique (“pour ĂȘtre aimĂ© fais ton devoir” proclame-t-elle) ; le second, rĂ©vĂšle Ă  Dante les horreurs et la grĂące des Enfers, propres Ă  stimuler sa verve crĂ©ative. Que serait il ce poĂšte que les Ă©vĂ©nement politiques ont brisĂ©, sans sa muse et son mentor ? La premiĂšre lui inspire son Ă©lan vital ; le second, le thĂšme des Enfers pour la ComĂ©die Humaine.
GODARD souligne tout cela dans une écriture qui est éclectique mais cohérente, profonde voire sombre, et douée de couleurs saisissantes.

RECRÉATION A SAINT-ÉTIENNE… RĂ©alisant sa premiĂšre mise en scĂšne avec dĂ©cors, costumes, machinerie totalement produits par ses propres ateliers, l’OpĂ©ra de Saint-Étienne signe une nouvelle production maison, cousue main, dont l’engagement des chanteurs, l’efficacitĂ© et le grand esthĂ©tisme du dispositif visuel et scĂ©nographique (de surcroit sans l’artifice de la vidĂ©o) relĂšvent les dĂ©fis d’une recrĂ©ation mondiale spectaculaire.

Les nĂ©ophytes s’y dĂ©lecteront, comme les connaisseurs, de personnages flamboyants, trĂšs finement brossĂ©s ; d’une mise en scĂšne qui impressionne par ses effets millimĂ©trĂ©s. Le jeu des passerelles qui s’ouvrent et se croisent, grĂące Ă  une plateforme sur tournette, le tableau du feu rĂ©el, bĂ»cher central symbolisant toutes les sphĂšres infernales bientĂŽt dĂ©crites par le poĂšte dans son Ɠuvre Ă  venir (et qui fonde l’impact onirique du fameux songe de Dante Ă  l’acte III) ; la rĂ©alitĂ© changeante du chƓur constamment sollicitĂ©… apportent la preuve qu’un ouvrage injustement oubliĂ© renaĂźt aujourd’hui pour rĂ©activer la magie de l’opĂ©ra et enchanter le public. Dante est un Ă©vĂ©nement lyrique majeur de cette saison 2019-2020. Et la dĂ©monstration que les opĂ©ras en rĂ©gion sont les plus actifs et les plus audacieux en terme de rĂ©pertoire.
AprĂšs Les fĂ©es du Rhin, opĂ©ra fantastique et fĂ©erique de Jacques Offenbach (1864) recrĂ©Ă© en français par l’OpĂ©ra de Tours (en septembre 2018), voici en mars 2019, dĂ©fendu par l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, un ouvrage romantique français de premiĂšre importance, Ă  la fois Ă©perdu, sauvage, onirique et fantastique. Superbe dĂ©couverte et nouvelle production Ă©vĂ©nement.

 

VOIR aussi la VIDEOLETTER de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne, fĂ©vrier – mars 2019 (le sujet DANTE est traitĂ©, prĂ©sentĂ© Ă  partir de 1mn17)

 

 

DANTE, l'opéra surnaturel et onirique de GODARD à Saint-Etienne

 

 

 

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5 scĂšnes et tableaux remarquables, Ă  ne pas manquer :

L’air de Dante à l’acte 1 (Tout est fini)
La confrontation Gemma / Simeone Ă  l’acte II
Le duo d’amour Dante /BĂ©atrice Ă  la fin du mĂȘme acte II
Le songe de Dante et l’apparition de Virgile qui le mùne aux enfers, acte III
Le dernier air de BĂ©atrice au couvent , acte IV, dont l’intensitĂ© de la priĂšre amoureuse est bouleversante (aussi intense que les airs de Juliette dans RomĂ©o et Juliette de Gounod)

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GODARD : DANTE
Nouvelle production

Opéra de SAINT-ETIENNE
Grand Théùtre Massenet
VENDREDI 08 MARS 2019 : 20h
DIMANCHE 10 MARS 2019 : 15h
MARDI 12 MARS 2019 : 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/dante/s-495/

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD

 

 

 

OPERA DE SAINT-ETIENNE, DANTE. Présentation vidéo

dante-virgile-operasaitn-etienne-godardSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. Les 8, 10, 12 mars 2019, DANTE de Benjamin Godard. RecrĂ©ation mondiale d’un opĂ©ra romantique français oubliĂ© (1890). Dans sa VIDEOLETTER de fĂ©vrier mars 2019, l’OpĂ©ra de Saint-Etienne prĂ©sente son actualitĂ© scĂ©nique dont Ă  partir de 1mn17, l’opĂ©ra en recrĂ©ation mondiale (nouvelle production) DANTE de Benjamin Godard, chef d’oeuvre oubliĂ© de 1890 qui ose inventer sur la scĂšne lyrique, un drame romantique, onirique et infernal d’un raffinement orchestral inouĂŻ. PrĂ©sentation vidĂ©o

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NOTRE AVIS : POURQUOI NE PAS MANQUER LA NOUVELLE PRODUCTION DE DANTE Ă  l’OpĂ©ra de SAINT-ETIENNE ? 

 

DANTE Ă  l’OpĂ©ra de Saint-Étienne
L’OPERA MAISON, COUSU MAIN

 

 

godard-benjamin-piano-opera-par-classiquenews-opera-dante-critique-annonce-reportage-Benjamin_GodardEn mars 2019, l’OpĂ©ra de Saint-Etienne implique toutes ses ressources maison pour rĂ©aliser la recrĂ©ation scĂ©nique d’un sommet de l’opĂ©ra français romantique Ă  l’Ă©poque de Wagner…  À 41 ans Benjamin Godard signe son ultime opĂ©ra inspirĂ© de la vie du poĂšte florentin : Dante, 1890. En un continuum orchestral harmoniquement somptueux, enveloppant un chant aussi lyrique et Ă©perdu que celui de Gounod, Verdi ou Massenet, Godard offre une alternative lyrique au wagnĂ©risme ambiant. Dans Dante, Godard cĂ©lĂšbre le gĂ©nie du poĂšte et du crĂ©ateur, comme Wagner et Berlioz l’ont rĂ©alisĂ© aussi dans leurs ouvrages respectifs, Tannhauser et Benvenuto Cellini. Finalement dĂšs l’acte I, BĂ©atrice la femme aimĂ©e sublimĂ©e convoitĂ©e, comme l’ombre de Virgile qui lui apparaĂźt en songe et suscite le sujet de l’acte III, encourage le poĂšte Ă  rĂ©aliser son Ɠuvre poĂ©tique.
La premiĂšre ardente et amoureuse (synthĂšse entre la Marguerite de Berlioz et la Juliette de Gounod), encourage le poĂšte Ă  se dĂ©dier Ă  sa lyre poĂ©tique (“pour ĂȘtre aimĂ© fais ton devoir” proclame-t-elle) ; le second, rĂ©vĂšle Ă  Dante les horreurs et la grĂące des Enfers, propres Ă  stimuler sa verve crĂ©ative. Que serait il ce poĂšte que les Ă©vĂ©nement politiques ont brisĂ©, sans sa muse et son mentor ? La premiĂšre lui inspire son Ă©lan vital ; le second, le thĂšme des Enfers pour la ComĂ©die Humaine.
GODARD souligne tout cela dans une écriture qui est éclectique mais cohérente, profonde voire sombre, et douée de couleurs saisissantes.

RECRÉATION A SAINT-ÉTIENNE… RĂ©alisant sa premiĂšre mise en scĂšne avec dĂ©cors, costumes, machinerie totalement produits par ses propres ateliers, l’OpĂ©ra de Saint-Étienne signe une nouvelle production maison, cousue main, dont l’engagement des chanteurs, l’efficacitĂ© et le grand esthĂ©tisme du dispositif visuel et scĂ©nographique (de surcroit sans l’artifice de la vidĂ©o) relĂšvent les dĂ©fis d’une recrĂ©ation mondiale spectaculaire.

Les nĂ©ophytes s’y dĂ©lecteront, comme les connaisseurs, de personnages flamboyants, trĂšs finement brossĂ©s ; d’une mise en scĂšne qui impressionne par ses effets millimĂ©trĂ©s. Le jeu des passerelles qui s’ouvrent et se croisent, grĂące Ă  une plateforme sur tournette, le tableau du feu rĂ©el, bĂ»cher central symbolisant toutes les sphĂšres infernales bientĂŽt dĂ©crites par le poĂšte dans son Ɠuvre Ă  venir (et qui fonde l’impact onirique du fameux songe de Dante Ă  l’acte III) ; la rĂ©alitĂ© changeante du chƓur constamment sollicitĂ©… apportent la preuve qu’un ouvrage injustement oubliĂ© renaĂźt aujourd’hui pour rĂ©activer la magie de l’opĂ©ra et enchanter le public. Dante est un Ă©vĂ©nement lyrique majeur de cette saison 2019-2020. Et la dĂ©monstration que les opĂ©ras en rĂ©gion sont les plus actifs et les plus audacieux en terme de rĂ©pertoire.
AprĂšs Les fĂ©es du Rhin, opĂ©ra fantastique et fĂ©erique de Jacques Offenbach (1864) recrĂ©Ă© en français par l’OpĂ©ra de Tours (en septembre 2018), voici en mars 2019, dĂ©fendu par l’OpĂ©ra de Saint-Étienne, un ouvrage romantique français de premiĂšre importance, Ă  la fois Ă©perdu, sauvage, onirique et fantastique. Superbe dĂ©couverte et nouvelle production Ă©vĂ©nement.

 

 

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5 scĂšnes et tableaux remarquables, Ă  ne pas manquer :

L’air de Dante à l’acte 1 (Tout est fini)
La confrontation Gemma / Simeone Ă  l’acte II
Le duo d’amour Dante /BĂ©atrice Ă  la fin du mĂȘme acte II
Le songe de Dante et l’apparition de Virgile qui le mùne aux enfers, acte III
Le dernier air de BĂ©atrice au couvent , acte IV, dont l’intensitĂ© de la priĂšre amoureuse est bouleversante (aussi intense que les airs de Juliette dans RomĂ©o et Juliette de Gounod)

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GODARD : DANTE
Nouvelle production

Opéra de SAINT-ETIENNE
Grand Théùtre Massenet
VENDREDI 08 MARS 2019 : 20h
DIMANCHE 10 MARS 2019 : 15h
MARDI 12 MARS 2019 : 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/dante/s-495/

 

 

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LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’OpĂ©ra DANTE de Benjamin GODARD
 

SAINT-ETIENNE : Dante de Godard au Grand Théùtre Massenet

DANTE-benjamin-godard-opera-saint-etienne-annonce-evenement-opera-classiquenewsSAINT-ETIENNE, OpĂ©ra. GODARD : DANTE, 8, 10, 12 mars 2019. Chef d’oeuvre du romantisme français, plutĂŽt fin XIXĂš, c’est Ă  dire Ă  l’époque du wagnĂ©risme triomphant, l’opĂ©ra Dante de Benjamin Godard (crĂ©Ă© en 1890) Ă©lectrise la lyre amoureuse et tragique et s’intĂ©resse Ă  la rivalitĂ© entre Simeone Bardi et Dante Alighieri pour l’amour de la belle Beatrice. Le librettiste Edouard Blau adapte librement l’Enfer de Dante, quand Godard (1849-1895) Ă©voque l’époque des guerres entre Guelfes et Gibelins, la Florence du poĂšte Dante, entre Ă©vocations infernales et quĂȘte ardente de l’amour idĂ©al
 RĂ©cente rĂ©vĂ©lation, Benjamin Godard sait construire un drame puissant et poĂ©tique dont la rĂ©ussite passe par la maĂźtrise des constructions chorales. Les aspirations du hĂ©ros offrent de somptueux tableaux sonores dignes de la peinture d’histoire de l’époque.
UN AMOUR INFERNAL… DANTE sur les traces de Beatrice. En coloriste, voire en narrateur Ă©pique, rĂ©inventant le surnaturel et le fantastique, Godard Ă©crit un ouvrage dans la tradition visionnaire de Berlioz : orchestralement raffinĂ©, formellement audacieux
 comme en tĂ©moigne au sein d’une partition gĂ©nĂ©reuse, certains Ă©pisodes particuliĂšrement rĂ©ussis, Ă  la thĂ©ĂątralitĂ© accomplie comme le dernier tableau au couvent, ou plus onirique, exploitant les ressources contrastantes du rĂȘve, dans le cĂ©lĂšbre « RĂȘve de Dante. La production de l’OpĂ©ra de Saint-Etienne offre la premiĂšre mise en scĂšne en France. Nouvelle production in loco, le spectacle est un Ă©vĂ©nement.

    

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GODARD : DANTE
Nouvelle production

Opéra de SAINT-ETIENNE
Grand Théùtre Massenet
VENDREDI 08 MARS 2019 : 20h
DIMANCHE 10 MARS 2019 : 15h
MARDI 12 MARS 2019 : 20h

RESERVEZ VOTRE PLACE
http://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-18-19/saison-18-19//type-lyrique/dante/s-495/

    

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GODARD : DANTE  -  LIVRET D’ÉDOUARD BLAU d’aprĂšs L’Enfer de Dante

CRÉATION LE 7 MAI 1890
À PARIS (OPÉRA COMIQUE)

DIRECTION MUSICALE : MIHHAIL GERTS
MISE EN SCÈNE : JEAN-ROMAIN VESPERINI

DÉCORS
BRUNO DE LAVENÈRE

COSTUMES
CÉDRIC TIRADO

LUMIÈRES
CHRISTOPHE CHAUPIN

DANTE
PAUL GAUGLER

BÉATRICE
SOPHIE MARIN-DEGOR

BARDI
JÉRÔME BOUTILLIER

GEMMA
AURHÉLIA VARAK

L’OMBRE DE VIRGILE, UN VIEILLARD
FRÉDÉRIC CATON

L’ÉCOLIER
DIANA AXENTII

UN HÉRAUT D’ARMES
JEAN-FRANÇOIS NOVELLI

ORCHESTRE SYMPHONIQUE
SAINT-ÉTIENNE LOIRE

CHƒUR LYRIQUE
SAINT-ÉTIENNE LOIRE

NOUVELLE PRODUCTION
DE L’OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE

DÉCORS ET COSTUMES RÉALISÉS PAR
LES ATELIERS DE L’OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE

  

Opéra de SAINT-ETIENNE : Dante, l'opéra infernal de Godard

    

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Approfondir  
LIRE notre critique du CD GODARD : DANTE (Gens, Montvidas
 / 2 cd – collection «  opĂ©ra français » – P B Zane, 2016)

GODARD benjamin DANTE cd presentation cd critique compte rendu par classiquenewsCD, critique. GODARD : DANTE (2 cd P Bru Zane, 2016). Le dramatisme de Benjamin Godard (1849-1895) surgit parfois dans cet oratorio annoncĂ©, datant de 1890, mais au dramatisme parfois copieux et d’une clartĂ© dramatique pas toujours Ă©gale. Au sein d’une partition gĂ©nĂ©reuse, percent certains Ă©pisodes plus rĂ©ussis, d’une thĂ©ĂątralitĂ© accomplie comme le dernier tableau au couvent, ou plus onirique, exploitant les ressources contrastantes du rĂȘve, dans le cĂ©lĂšbre « RĂȘve de Dante. Pas sĂ»r pour autant que l’équipe artistique rĂ©unie ne se montre digne des finesses de la partition : dĂ©sĂ©quilibres et outrances persistent (dont le manque de caractĂšre de l’orchestre
 sur instruments modernes). CĂŽtĂ© voix, cela manque lĂ  aussi de cohĂ©sion et d’unitĂ©. En abordant en musique, la poĂ©tique de Dante, sa quĂȘte de l’aimĂ©e inaccessible (la belle et fantasmĂ© BĂ©atrice), Godard maĂźtrise les climats de l’épopĂ©e fantastique qui pilote et conduit le PoĂšte / hĂ©ros jusqu’aux Enfers, grĂące Ă  l’entremise initiatrice de Virgile. Visions infernales, tension amoureuse
 tous les Ă©lĂ©ments sont lĂ  pour produire une fantasmagorie musicale prenante


http://www.classiquenews.com/cd-critique-godard-dante-2-cd-p-bru-zane-2016/

  

CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies opus 57, 23 (David Reiland, 2015, 1 cd CPO)

GODARD banjamin symphonie 2 cd review critique cd classiquenews Titelive_0761203504428_D_0761203504428CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies opus 57, 23 (David Reiland, 2015, 1 cd CPO). L’Ă©clectisme de Godard, qui l’impose dans le terreau de la France fin de siĂšcle (autour des annĂ©es 1880), signe ici un cycle symphonique qu’une oreille expĂ©ditive taxerait de superficialitĂ© dĂ©monstrative voire d’offrande Ă  l’acadĂ©misme pompier, en manque Ă©vident de profondeur. Or concernant l’opus 57, la Symphonie n°2 (1879), on y dĂ©tecte d’Ă©videntes parentĂ©s stylistiques qui composent comme un contexte esthĂ©tique et musical propre Ă  l’habiletĂ© Ă©rudite du compositeur dont l’opus reprĂ©sente son cycle orchestral pourtant le plus ambitieux ; c’est mĂȘme un jalon important de l’histoire symphonique en France avant les opus de Lalo, Saint-SaĂ«ns, surtout Franck dont la Symphonie en rĂ© de 1888/1889 marque le sommet des recherches contemporaines : l’Ă©coute du cd CPO dĂ©voile un souci de traiter tous les aspects de l’Ă©criture orchestrale, de surcroĂźt dans un effectif relativement imposant (bassons et cors jusqu’Ă  quatre, trombones par trois…) ; le 1er mouvement fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’optimisme altier de Mendelssohn, le 2Ăš mouvement totalement construit sous forme de Variations (histoire de montrer pour Godard, ses aptitudes Ă  varier l’orchestration sur un mĂȘme thĂšme) rappelle Brahms ; tandis que le Scherzo cite Gounod (rĂ©miniscences de l’esprit de la Reine Mab) ou Massenet (dans cette grandiloquence trĂšs Second-Empire). Le 3Ăšme mouvement est de loin le plus intĂ©ressant car il dĂ©voile le souci d’articulation, et la grande agilitĂ© Ă  varier la caractĂ©risation du chef David Reiland, requis pour cet exercice peu facile du dĂ©frichement. Sauf erreur il s’agit bien d’une premiĂšre mondiale. Or l’Ă©blouissante agilitĂ© mozartienne de la direction, en particulier dans la succession des tableaux si contrastĂ©s de l’Allegro final, s’avĂšre le meilleur choix artistique pour la rĂ©habilitation du compositeur romantique français. On demeure Ă©tonner cependant que les initiateurs du projets n’aient pas choisi un orchestre sur instruments anciens.

Romantisme français orchestral

David Reiland explore avec finesse l’Ă©clectisme symphonique de Godard

reiland-david-chef-maestro-582-594La juste caractĂ©risation des timbres, leur format sonore militent ici pour un allĂšgement salvateur de la texture car l’Ă©criture française orchestrale Ă  de trĂšs rares exceptions prĂšs, sonne solennelle voire lourde – donc automatiquement grandiloquente. Or David Reiland dont on connaĂźt dĂ©sormais l’aptitude singuliĂšre Ă  l’articulation et Ă  la clartĂ©, Ă©vite toute Ă©paisseur, toute emphase, atteignant une transparence dĂ©taillĂ©e, une activitĂ© sonore palpitante qui s’avĂšre passionnante Ă  suivre d’Ă©pisode en Ă©pisode. Cette Symphonie n°2 prolonge la maturitĂ© d’une Ă©criture qui s’est affirmĂ©e dramatique et expressive dans le grand format, une maĂźtrise qui s’Ă©tait dĂ©voilĂ©e l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente en 1878 quand l’auteur remporte le Prix de la Ville de Paris, soucieuse de relancer la vogue des oratorios fervents, avec Le Tasse, vaste cycle symphonique et dramatique de 1877 (une Ă©popĂ©e orchestrale bien plus naturelle que Le Paradis perdu de son comparse ThĂ©odore Dubois, actif Ă  la mĂȘme pĂ©riode et pour le mĂȘme Prix, Ă©galement sujet d’un disque dont Classiquenews en son temps a rendu compte).
GrĂące Ă  la vigilance du maestro belge, le dĂ©tail liĂ© Ă  un grand sens de l’analyse synthĂ©tique, saisit le caractĂšre de chaque sĂ©quence, sans omettre la perception de l’architecture globale. VoilĂ  qui se retrouve aussi dans sa direction de chef lyrique Ă  laquelle nous devons dĂ©jĂ  de grandes rĂ©ussites.
CaractĂ©risĂ©es, les Trois piĂšces (opus 51) sont vives et ainsi subtilement dĂ©taillĂ©es (hautbois et flĂ»te trĂšs exposĂ©s dans la BrĂ©silienne, verve mĂ©lodique d’un trĂšs bel entrain de la trĂšs cĂ©lĂšbre Kermesse… laquelle pourrait servir d’accompagnement musical Ă  l’entrĂ©e du chƓur dans un opĂ©ra de … Massenet). Dans la Symphonie opus 23, Godard ancien Ă©lĂšve du symphoniste Henri Reber (rĂ©cemment dĂ©voilĂ© lui aussi et acteur raffinĂ© trĂšs germanisant Ă©galement, pour un symphonisme français souple et presque aĂ©rien), cultive un style fragmentĂ©, fortement caractĂ©risĂ© selon les 5 Ă©pisodes mouvements dont le profil spĂ©cifique oriente la Symphonie annoncĂ©e plutĂŽt vers la Suite d’orchestre. Dans ce cycle crĂ©Ă© en 1881, le travail de David Reiland impose une trĂšs forte implication expressive qui le distingue de nombre d’approches routiniĂšres : le maestoso est grandiloquent, effectivement nĂ©obaroque dans ces citations de Haendel, et donc dans le goĂ»t du XIXĂš Ă©clectique, “gothique” (d’oĂč le titre de l’opus). L’Andantino qui suit frappe par sa carrure allante et sa vive pulsion rythmique ; le Grave est sombre et majestueux ; et mĂȘme le finale plus ouvertement nĂ©obaroque, – proche en cela d’un Massenet dĂ©cidĂ©ment, celui des intermĂšdes versaillais de Manon-, affirme une santĂ© nerveuse aux couleurs prĂ©cises et justement nuancĂ©es. Le chef apporte toute la finesse possible Ă  une Ă©criture qui n’empĂȘche jamais une certaine complaisance au goĂ»t dominant, plus proche de Saint-SaĂ«ns que de Wagner ; mais un style français Ă©loignĂ© du wagnĂ©risme pour remonter le temps vers Mendelssohn et ici, aussi Bach aux cĂŽtĂ©s de Haendel. SĂ©vĂšre dans sa construction et les multiples rĂ©fĂ©rences formelles qu’elle convoque, la Suite Gothique diffuse ici une intensitĂ© versatile souvent irrĂ©sistible. La tenue des instrumentistes de l’orchestre germanique sous la baguette du chef David Reiland emporte l’enthousiasme par leur finesse et l’Ă©lĂ©gance continuelle qui traverse les 3 cycles symphoniques heureusement redĂ©couverts. La direction affĂ»tĂ©e, vive, Ă©quilibrĂ©e et contrastĂ©e du chef fait toute la valeur de ce disque qui est aussi une source de dĂ©couvertes.

CD, compte rendu critique. Godard : Symphonies n°2 opus 57, “Gothique” opus 23. Trois Morceaux (Marche funĂšbre, BrĂ©silienne, Kermesse). MĂŒnchner Rundfunkorchester. David Reiland, direction (1 cd CPO enregistrement rĂ©alisĂ© en septembre 2015).

LIRE aussi la critique cd complÚte du Paradis Perdu de Théodore Dubois (mars 2012)

LIRE aussi notre critique cd complĂšte de la Symphonie n°4 d’Henri Reber (mai 2012)

Munich, Versailles. Dante de Godard, redécouverte

godard-dante-oratorio-musique-romantique-francaise-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsMunich, Versailles : les 31/1, 2/2 2016. RecrĂ©ation de Dante de Godard. 2 dates pour une rĂ©crĂ©ation attendue, celle de l’opĂ©ra en quatre actes de Benjamin Godard (1849-1895), Dante, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique (place du ChĂątelet), le 13 mai 1890. On connaĂźt bien Ă  prĂ©sent Benjamin Godard, douĂ© d’un vrai sens dramatique, d’une rare intelligence structurelle dont les dĂ©veloppements ne sont jamais gratuits (en cela un Liszt Ă  la française) ; il est l’Ă©lĂšve du symphoniste – rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© : NapolĂ©on Henri Reber. MalgrĂ© ses dons incontestables, il Ă©choue deux fois au Prix de Rome, or aprĂšs la ruine paternelle, il doit gagner sa vie comme… compositeur. Un rythme effrĂ©nĂ© de compositions le motive alors pour affirmer sa place dans le milieu parisien. Emule de Beethoven, Schumann, Mendelssohn, le “germaniste Godard se targauit de n’avoir jamais ouvert de partition de Wagner (selon Bruneau, un rien partial). Dans la dĂ©cennie 1888 oĂč s’impose le wagnĂ©risme, Godard cultive une esthĂ©tique Ă  rebours, schumanienne et beethovĂ©nienne, qui passe alors pour “rĂ©actionnaire”. Un nostalgique dĂ©calĂ© dont le profil maigre, l’air d’un ermite possĂ©dĂ© ne laissait pas ses contemporains indiffĂ©rents : “il passait dans la rue, raidissant sa grande taille, portant haut la tĂȘte et dardant un regard fixe, ainsi que certains jeunes prĂȘtres angoissĂ©s, torturĂ©s. Sa dĂ©marche automatique, ses geste saccadĂ©s, sa maigre silhouette, sa figure osseuse et ravagĂ©e oĂč poussait une barbe rare, ses cheveux drus s’échappant du chapeau, faisaient se retourner les promeneurs, intĂ©ressĂ©s et inquiĂ©tĂ©s Ă  la fois par ce singulier homme sombre” ainsi que le dĂ©crit dans un Ă©lan romanesque Alfred Bruneau dans Gil Blas, 11 janvier 1895).

Proche de la simplicitĂ© et de l’Ă©vidence mozartienne, prĂŽnĂ©e par Gounod, Godard affirme un tempĂ©rament nettement original qui allie finesse, sens de l’architecture, efficacitĂ© dramatique, sĂ©duction mĂ©lodique. En cela il fut immĂ©diatement admirĂ© par Massenet qui citait Le Tasse comme un sommet dramatique Ă  redĂ©couvrir (d’autant que la partition complĂšte pour orchestre, signalĂ©e comme perdue, vient d’ĂȘtre redĂ©couverte au USA). Le Tasse demeure l’un des plus grands succĂšs de Godard en 1878 (commande de la Ville de Paris, comme Le Paradis Perdu, fresque acadĂ©mique, un rien compassĂ©e et miĂšvre de son contemporain ThĂ©odore Dubois : lire notre critique de l’oratorio Le Paradis perdu de Dubois).

Mort trĂšs jeune, Ă  46 ans,

Solitaire et mélancolique, Godard, Schumann à la française

Godard dĂ©dicace sa partition au maĂźtre Ambroise Thomas (Ă  sa Françoise de Rimini, insuccĂšs de 1882). Si Thomas Ă©voque surtout les Enfers et le pardon permis par l’amour de BĂ©atrice, l’opĂ©ra de Godard porte bien son nom : il interroge plutĂŽt l’homme et le poĂšte florentin du XIIIĂšme dans son Ă©poque (sur fond de guerre des Guelfes contre les Gibelins) ; Guelfe blanc, le poĂšte s’est montrĂ© ardent dĂ©fenseur pour un dĂ©mocratie laĂŻque, rĂ©sistant contre le Pape, soutenant plutĂŽt l’Empereur. Dans l’opĂ©ra de Godard, le hĂ©ros admirable est restituĂ© dans sa vie intime ; y paraissent les deux figures de femmes complĂ©mentaires et rivales : Gemma l’Ă©pousĂ©e Ă©cartĂ©e et BĂ©atrice, l’aimĂ©e idĂŽlatrĂ©e. La crĂ©ation poĂ©tique la plus significative de Godard dans Dante, reste au III, une Ă©vocation synthĂ©tique qui renouvelle le genre des Ă©vocations infernales et fantastiques (d’oĂč le culte de Godard pour Schumann et ses oratorios et mĂ©lodrames dont Manfred entre autres) : Apparition de Virgile, ChƓur de DamnĂ©s, Tourbillon infernal, Divine ClartĂ© et ApothĂ©ose de BĂ©atrice. C’est une “Vision” (celle du rĂȘve de Dante), d’un caractĂšre poĂ©tique proche de la musique pure oĂč le gĂ©nie de Godard, dramaturge, allusif et subtil, s’affirme entre Gounod et Massenet. Le tableau infernal et fantstique s’ouvre par l’apparition rĂȘvĂ©e de Virgile, passeur vers l’au-delĂ … JonciĂšres rĂ©servĂ©, y distingue nettement dans le fracas de l’orchestre, les hurlements des damnĂ©s (en l’occurrence, les cris des Ăąmes condamnĂ©e d’Ugolin, de Francesca et Paolo), comme les silhouettes grimaçantes des Jugements Derniers de Michel-Ange ou Tintoret (des accents plus ennuyeux que saisissants).
Sur les traces des germaniques, et aussi de Berlioz, le compositeur poĂšte imagine dans le sillon de Dante, le parcours hallucinant de l’Ă©lu, auquel il est permis aprĂšs le Christ de descendre jusqu’aux Enfers (comme OrphĂ©e), puis invitĂ© Ă  gravir les cimes montagneuses du Purgatoire jusqu’au Paradis oĂč la vision poĂ©tique peut embrasser le vaste paysage qui s’y dĂ©roule Ă  la mesure du cosmos insondable, impĂ©nĂ©trable, mystĂ©rieux. Comme d’habitude les historiens attribuent aux moyens de la crĂ©ation, un effet dĂ©testable Ă  l’audience, soulignant les imperfections ou les manques de tel interprĂšte, l’indigence ou l’imbĂ©cilitĂ© crasse des scĂ©nographes, ou l’indisposition du chef… autant de critĂšres incontrĂŽlables aujourd’hui, mais auquel l’Ă©coute contemporaine pourra apporter confirmation ou dĂ©menti : la juste valeur de la partition de Dante (Ă  dĂ©faut du Tasse qui est une partition plus intĂ©ressante selon nous : Ă  quand sa recrĂ©ation). avec Dante qui au IVĂš acte voit la mort de BĂ©atrice, et la lyre tragique Ă©tendre son empire, c’est toute l’introspection langoureuse et “Ă©trange” de Godard qui s’exprime, totalement incomprise Ă  son Ă©poque. Mais alors, Godard serait-il le Schumann français de cette fin du XIXĂš ? EugĂšne de SoleniĂšre en tĂ©moigne Ă  sa façon (Notules et impressions musicales, 1902) , soulignant combien atypique et solitaire, hantĂ© par la mort (comme Robert), Godard rete un auteur mĂ©connu, aussi tĂ©nĂ©breux, mĂ©lancolique (Bruneau) que Dubois fut solaire et acadĂ©mique : “… il Ă©tait un rĂȘveur, un romantique attardĂ©, un Ă©motionnel intĂ©rieur avec des naĂŻvetĂ©s expressives et ce qu’on pourrait appeler des pudeurs d’écriture ; il avait la sincĂ©ritĂ© de sentiments simples, la franchise d’une pensĂ©e claire en ses inquiĂ©tudes de nerveux pessimiste”.

A la crĂ©ation, La crĂ©atrice du Roi d’Ys, CĂ©cile Simmonet Ă©corche le rĂŽle trop haut pour elle de BĂ©atrice ; et l’orchestre, critiquĂ© comme dĂ©sordonnĂ© et hystĂ©rique attĂ©nue le succĂšs de l’ouvrage. D’autant que les voix s’Ă©lĂšvent contre l’instrumentation et les couleurs de l’orchestre trop scintillant voire anecdotique qui manquait surtout de “grandeur” comme de souffle.

Dante de Banjamin Godard, recréation.
Munich, Prinzregenttheater, dimanche 31 janvier 2016, 19h
Versailles, Opéra royal, mardi 2 février 2016, 20h

ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH
CHƒUR DE LA RADIO BAVAROISE
Ulf Schirmer, direction
Dante, Edgaras Montvidas
BĂ©atrice, VĂ©ronique Gens
Gemma, Rachel Frenkel
Bardi, Jean-François Lapointe
L’Ombre de Virgile, Andrew Foster-Williams
L’Écolier, Sarah Laulan
La Voix du HĂ©rault, Topi Lethi Meyer

Des deux représentations, un disque est annoncé.
Diffusion en direct du concert du 31 janvier 2016 sur BR-Klassik

Dante de Benjamin Godard. Synopsis

ACTE I
Une place publique Ă  Florence. La ville est dĂ©chirĂ©e par une querelle entre Guelfes et Gibelins. Tandis que le CollĂšge du peuple se prĂ©pare Ă  nommer un prieur qui devra apaiser les tensions, Simeone Bardi rĂ©vĂšle Ă  son ami le poĂšte Dante – de retour dans la citĂ© – qu’il s’unira bientĂŽt Ă  celle qu’il aimait secrĂštement : la belle BĂ©atrice. À ces mots, Dante, Ă©pris de la mĂȘme jeune fille, rĂ©prime son Ă©motion. AprĂšs le dĂ©part des deux hommes, BĂ©atrice entre, suivie de sa confidente Gemma : elle lui avoue sa tendresse pour Dante, qu’elle croit pourtant ne jamais revoir. La foule sort du palais. On annonce que le CollĂšge du peuple nomme Dante chef suprĂȘme de la ville. BĂ©atrice tressaille Ă  ce nom, tandis que Dante, paraissant, s’apprĂȘte Ă  refuser cet honneur. La jeune fille s’avance alors et lui redonne confiance : « Pour ĂȘtre aimĂ©, fais ton devoir ». Cet aveu ambigu inquiĂšte Bardi, tandis que le peuple acclame son hĂ©ros.

ACTE II
Une salle du palais des Seigneurs, Ă  Florence. Bardi fulmine de rage contre Dante. Gemma vient alors lui demander de renoncer Ă  la main de BĂ©atrice. Et quand il veut la chasser, lui disant qu’elle ne sait pas ce qu’est la jalousie, elle avoue qu’elle se consume aussi d’un amour non partagĂ© : son cƓur est Ă©pris du mĂȘme Dante dont BĂ©atrice est aimĂ©e. Ils s’éloignent tout deux ; BĂ©atrice paraĂźt, qui a tout entendu, cachĂ©e
derriĂšre une tapisserie. Ces paroles de haine et cet aveu de tendresse la dĂ©cident Ă  renoncer Ă  Dante. Le jeune homme entre justement. À BĂ©atrice qui le repousse, il redit toute sa passion. SubmergĂ©e par l’émotion, la jeune femme finit par se laisser vaincre. ParaĂźt alors un groupe de Gibelins et de Guelfes suivi de Bardi. Charles de Valois est entrĂ© dans Florence et proclame l’exil de Dante, tandis que Bardi condamne BĂ©atrice Ă  finir ses jours dans un couvent.

ACTE III
Le Mont Pausilippe. À gauche, un tombeau creusĂ© dans le roc, ombragĂ© de lauriers-roses. Alors que des groupes de paysans dansent au son d’instruments champĂȘtres, un vieillard dĂ©signe Ă  un groupe de jeunes
Ă©coliers venus de la ville le tombeau de Virgile. Tous l’ornent de palmes et de couronnes en chantant une hymne Ă  sa gloire. Ils s’éloignent, le jour baisse lentement. Dante paraĂźt, gravissant la montagne avec peine, Ă©puisĂ© et l’ñme brisĂ©e. Il adresse Ă  Virgile une ultime supplique : qu’il lui donne l’inspiration pour retrouver la gloire, en lui dictant le poĂšme idĂ©al. Il retrouvera ainsi l’estime de BĂ©atrice. Ses yeux se ferment de fatigue, et tandis qu’il s’endort, le tombeau s’ouvre lentement ; Virgile en sort, couronnĂ© de lauriers. Dans une vision sublime et terrible Ă  la fois, il fait voir Ă  Dante l’Enfer – oĂč voisinent notamment les Ăąmes dĂ©chues d’Ugolin, de Francesca et Paolo – puis le Paradis. Une ultime vision cĂ©leste laisse voir BĂ©atrice entourĂ©e d’anges :
que Dante achùve son Ɠuvre, et elle celle-ci promet l’union des deux amants.

ACTE IV
Premier tableau : mĂȘme dĂ©cor qu’à l’acte prĂ©cĂ©dent . Dante est rĂ©veillĂ© par des chants de pĂątres. EnivrĂ© par son rĂȘve, il est dĂ©cidĂ© Ă  retrouver BĂ©atrice. Suivant les indications de Gemma, Bardi arrive alors et confie son repentir : la jalousie a fait place aux remords. Il propose d’emmener Dante dans le couvent de Naples oĂč BĂ©atrice est enfermĂ©e. Dante pardonne Ă  celui qui lui rend le bonheur. Ils partent.

DeuxiĂšme tableau. À Naples. Le jardin d’un couvent. On voit passer BĂ©atrice parmi les religieuses, pĂąle et se soutenant Ă  peine. Elle confie Ă  Gemma, venue la visiter, que sa mort semble prochaine. Elle se ressaisit pourtant lorsqu’on annonce la visite de deux hommes en qui elle espĂšre retrouver Dante. C’est bien lui qui s’avance, suivi de Bardi. Les deux jeunes gens s’enivrent des mĂȘmes paroles d’amour qu’ils avaient partagĂ©es Ă  Florence. Mais la souffrance a trop altĂ©rĂ© la santĂ© de BĂ©atrice, qui subitement dĂ©faille. MalgrĂ© l’empressement de Gemma et de Dante pour la secourir, ses yeux se ferment pour la derniĂšre fois, aprĂšs avoir fixĂ© le ciel. Elle expire en redisant les douces paroles que Dante avait entendues en rĂȘve. DĂ©sespĂ©rĂ©, il entend nĂ©anmoins les mots consolateurs de Gemma et se redresse, comme illuminĂ© : « Oui ! je dois vivre encor ; je dois chanter pour elle ! Dieu l’a faite mortelle, moi, je veux l’immortaliser ! »

Benjamin Godard (1849-1895) : contre Wagner, le premier romantisme de Schumann… Violoniste surdouĂ© (Ă©lĂšve d’Henri Vieuxtemps), Benjamin Godard entre au Conservatoire de Paris oĂč il Ă©tudie la composition avec Henri Reber, symphoniste rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©. Candidat malheureux par deux fois au Prix de Rome, Godard s’affirme nĂ©anmoins tel un tempĂ©rament musicien de premiĂšre qualitĂ© au dĂ©but de la IIIĂš RĂ©publique. Le chambriste sait convaincre la clientĂšle aisĂ©e et volatile des salons parisiens : au piano, au violon et surtout Ă  l’alto, Godard devient un partenaire et un soliste particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©.
Comme chef d’orchestre, il crĂ©e en 1884 la SociĂ©tĂ© des Concerts modernes avec les musiciens des Concerts populaires de Pasdeloup. Professeur au Conservatoire de Paris, Godard pilote la classe d’ensemble instrumental Ă  partir de 1887. Le compositeur laisse un catalogue riche d’environ 150 numĂ©ros d’opus, dans tous les genres : six opĂ©ras, dont Jocelyn (1888, cĂ©lĂšbre « Berceuse »), et La VivandiĂšre (succĂšs posthume), Dante (1890) ; plusieurs symphonies Ă  programme (Symphonie orientale, Symphonie lĂ©gendaire avec chƓurs, ou encore Le Tasse, symphonie dramatique avec soli et chƓurs qui lui vaut le Prix de la Ville de Paris en 1878) ; plusieurs concertos, de la musique de chambre, des mĂ©lodies et toutun cycle original de musiques pour piano. En marge du wagnĂ©risme triomphant et omniprĂ©sent alors en 1880 / 1890, – voir Victorin de JonciĂšres et sa wagnĂ©rite aiguĂ«, ou Chabrier et ses souvenirs de Bayreuth-, Godard cultive Ă  contrecourant du vent dominant, un style bien Ă  lui, plutĂŽt tournĂ© vers les premiers romantiques français, tels Thomas, Gounod… revisitant les sources des “pionniers” du romantisme : Chopin, Mendelssohn et Schumann. Sa carriĂšre s’achĂšve brusquement : il meurt Ă  moins de 50 ans en 1895 Ă  Cannes, Ă  46 ans.

Dante, poĂšte et dĂ©mocrate laĂŻque… D’origine noble mais de moyens modestes, Dante (1265-1321), orphelin prĂ©coce, tĂ©moigne de la force de dĂ©passement subime que lui a suscitĂ© celle qu’il a adorĂ©, platoniquement, mystiquement : BĂ©atrice. C’est une source de sublimation et l’amour de toute une vie ; il la rencontre Ă  9 ans, la retrouve Ă  18 ans : elle mourra Ă  25 ans. En 1291, le jeune homme (26 ans) expose les vertus qui façonne toute une vie : le bien moral (Il Convivo, Le Banquet, publiĂ© en 1307). L’homme qui aime la beautĂ©, aime Dieu mĂȘme sans le savoir. Dans l’Italie politiquement secouĂ©e de 1293, Dante choisit la voie des apothicaires et des mĂ©decins (qui est celle aussi des libraires) pour gagner sa vie ; son aura et sa lumineuse prĂ©sence comme sa pensĂ©e admirable le font choisir comme reprĂ©sentant des Guelfes blancs, aux idĂ©aux dĂ©mocratiques, pour une laĂŻcitĂ© encore Ă  inventer, soucieux de sĂ©parer pouvoir politique et Ă©glise. Une telle vision est loin de susciter la majoritĂ© des Guelfes, sĂ©parĂ©s en “noirs” et blancs”. Le Pape Boniface VIII oeuvre pour les Guelfes noirs (dĂ©mocrates moins ouvertement laĂŻques que les blancs). Le Pape retient Dante au moment oĂč les Guelfes noirs s’emparent du pouvoir Ă  Florence (1301) : Dante le traĂźtre blanc est exilĂ© avec ses proches (il a 36 ans). Mais Dante organise la rĂ©sistance, soutenant la cause de l’Empereur contre le Pape : il voyage Ă  Bologne, VĂ©rone ; rencontre le nouveau ponte BenoĂźt XI, abandonne peu Ă  peu ses engagements auprĂšs des Guelfes blancs, car son Ɠuvre de poĂšte thĂ©oricien le passionne exclusivement : il Ă©crit Ă  partir de 1307 et achĂšve La Divine ComĂ©die, publiĂ©e en 1555). PoĂšte engagĂ©, dĂ©mocrate et laĂŻque avant l’heure, Dante meurt le 14 septembre 1321.

CD. En plus de l’intĂ©grale de l’opĂ©ra Dante de Godard, est aussi annoncĂ© chez CPO, la Symphonie n°2, Trois Morceaux et la Symphonie gothique, sous la direction de l’excellent jeune maestro David Reiland (Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de la radio de Munich). A suivre….

Les informations, citations, prĂ©cisions de notre article proviennent de l’excellent texte d’introduction signĂ© GĂ©rard CondĂ©, diffusĂ© dans le communiquĂ© de presse annonçant la recrĂ©ation de l’opĂ©ra Dante de Benjamin Godard.

Recréation de Dante, opéra de Benjamin Godard

godard-dante-oratorio-musique-romantique-francaise-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsMunich, Versailles : les 31 janvier, 2 fĂ©vrier 2016. RecrĂ©ation de Dante de Godard. 2 dates pour une rĂ©crĂ©ation attendue, celle de l’opĂ©ra en quatre actes de Benjamin Godard (1849-1895), Dante, crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra Comique (place du ChĂątelet), le 13 mai 1890. On connaĂźt bien Ă  prĂ©sent Benjamin Godard, douĂ© d’un vrai sens dramatique, d’une rare intelligence structurelle dont les dĂ©veloppements ne sont jamais gratuits (en cela un Liszt Ă  la française) ; il est l’Ă©lĂšve du symphoniste – rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ© : NapolĂ©on Henri Reber. MalgrĂ© ses dons incontestables, il Ă©choue deux fois au Prix de Rome, or aprĂšs la ruine paternelle, il doit gagner sa vie comme… compositeur. Un rythme effrĂ©nĂ© de compositions le motive alors pour affirmer sa place dans le milieu parisien. Emule de Beethoven, Schumann, Mendelssohn, le “germaniste Godard se targauit de n’avoir jamais ouvert de partition de Wagner (selon Bruneau, un rien partial). Dans la dĂ©cennie 1888 oĂč s’impose le wagnĂ©risme, Godard cultive une esthĂ©tique Ă  rebours, schumanienne et beethovĂ©nienne, qui passe alors pour “rĂ©actionnaire”. Un nostalgique dĂ©calĂ© dont le profil maigre, l’air d’un ermite possĂ©dĂ© ne laissait pas ses contemporains indiffĂ©rents : “il passait dans la rue, raidissant sa grande taille, portant haut la tĂȘte et dardant un regard fixe, ainsi que certains jeunes prĂȘtres angoissĂ©s, torturĂ©s. Sa dĂ©marche automatique, ses geste saccadĂ©s, sa maigre silhouette, sa figure osseuse et ravagĂ©e oĂč poussait une barbe rare, ses cheveux drus s’échappant du chapeau, faisaient se retourner les promeneurs, intĂ©ressĂ©s et inquiĂ©tĂ©s Ă  la fois par ce singulier homme sombre” ainsi que le dĂ©crit dans un Ă©lan romanesque Alfred Bruneau dans Gil Blas, 11 janvier 1895).

Proche de la simplicitĂ© et de l’Ă©vidence mozartienne, prĂŽnĂ©e par Gounod, Godard affirme un tempĂ©rament nettement original qui allie finesse, sens de l’architecture, efficacitĂ© dramatique, sĂ©duction mĂ©lodique. En cela il fut immĂ©diatement admirĂ© par Massenet qui citait Le Tasse comme un sommet dramatique Ă  redĂ©couvrir (d’autant que la partition complĂšte pour orchestre, signalĂ©e comme perdue, vient d’ĂȘtre redĂ©couverte au USA). Le Tasse demeure l’un des plus grands succĂšs de Godard en 1878 (commande de la Ville de Paris, comme Le Paradis Perdu, fresque acadĂ©mique, un rien compassĂ©e et miĂšvre de son contemporain ThĂ©odore Dubois : lire notre critique de l’oratorio Le Paradis perdu de Dubois).

Mort trĂšs jeune, Ă  46 ans,

Solitaire et mélancolique, Godard, Schumann à la française

Godard dĂ©dicace sa partition au maĂźtre Ambroise Thomas (Ă  sa Françoise de Rimini, insuccĂšs de 1882). Si Thomas Ă©voque surtout les Enfers et le pardon permis par l’amour de BĂ©atrice, l’opĂ©ra de Godard porte bien son nom : il interroge plutĂŽt l’homme et le poĂšte florentin du XIIIĂšme dans son Ă©poque (sur fond de guerre des Guelfes contre les Gibelins) ; Guelfe blanc, le poĂšte s’est montrĂ© ardent dĂ©fenseur pour un dĂ©mocratie laĂŻque, rĂ©sistant contre le Pape, soutenant plutĂŽt l’Empereur. Dans l’opĂ©ra de Godard, le hĂ©ros admirable est restituĂ© dans sa vie intime ; y paraissent les deux figures de femmes complĂ©mentaires et rivales : Gemma l’Ă©pousĂ©e Ă©cartĂ©e et BĂ©atrice, l’aimĂ©e idĂŽlatrĂ©e. La crĂ©ation poĂ©tique la plus significative de Godard dans Dante, reste au III, une Ă©vocation synthĂ©tique qui renouvelle le genre des Ă©vocations infernales et fantastiques (d’oĂč le culte de Godard pour Schumann et ses oratorios et mĂ©lodrames dont Manfred entre autres) : Apparition de Virgile, ChƓur de DamnĂ©s, Tourbillon infernal, Divine ClartĂ© et ApothĂ©ose de BĂ©atrice. C’est une “Vision” (celle du rĂȘve de Dante), d’un caractĂšre poĂ©tique proche de la musique pure oĂč le gĂ©nie de Godard, dramaturge, allusif et subtil, s’affirme entre Gounod et Massenet. Le tableau infernal et fantstique s’ouvre par l’apparition rĂȘvĂ©e de Virgile, passeur vers l’au-delĂ … JonciĂšres rĂ©servĂ©, y distingue nettement dans le fracas de l’orchestre, les hurlements des damnĂ©s (en l’occurrence, les cris des Ăąmes condamnĂ©e d’Ugolin, de Francesca et Paolo), comme les silhouettes grimaçantes des Jugements Derniers de Michel-Ange ou Tintoret (des accents plus ennuyeux que saisissants).
Sur les traces des germaniques, et aussi de Berlioz, le compositeur poĂšte imagine dans le sillon de Dante, le parcours hallucinant de l’Ă©lu, auquel il est permis aprĂšs le Christ de descendre jusqu’aux Enfers (comme OrphĂ©e), puis invitĂ© Ă  gravir les cimes montagneuses du Purgatoire jusqu’au Paradis oĂč la vision poĂ©tique peut embrasser le vaste paysage qui s’y dĂ©roule Ă  la mesure du cosmos insondable, impĂ©nĂ©trable, mystĂ©rieux. Comme d’habitude les historiens attribuent aux moyens de la crĂ©ation, un effet dĂ©testable Ă  l’audience, soulignant les imperfections ou les manques de tel interprĂšte, l’indigence ou l’imbĂ©cilitĂ© crasse des scĂ©nographes, ou l’indisposition du chef… autant de critĂšres incontrĂŽlables aujourd’hui, mais auquel l’Ă©coute contemporaine pourra apporter confirmation ou dĂ©menti : la juste valeur de la partition de Dante (Ă  dĂ©faut du Tasse qui est une partition plus intĂ©ressante selon nous : Ă  quand sa recrĂ©ation). avec Dante qui au IVĂš acte voit la mort de BĂ©atrice, et la lyre tragique Ă©tendre son empire, c’est toute l’introspection langoureuse et “Ă©trange” de Godard qui s’exprime, totalement incomprise Ă  son Ă©poque. Mais alors, Godard serait-il le Schumann français de cette fin du XIXĂš ? EugĂšne de SoleniĂšre en tĂ©moigne Ă  sa façon (Notules et impressions musicales, 1902) , soulignant combien atypique et solitaire, hantĂ© par la mort (comme Robert), Godard rete un auteur mĂ©connu, aussi tĂ©nĂ©breux, mĂ©lancolique (Bruneau) que Dubois fut solaire et acadĂ©mique : “… il Ă©tait un rĂȘveur, un romantique attardĂ©, un Ă©motionnel intĂ©rieur avec des naĂŻvetĂ©s expressives et ce qu’on pourrait appeler des pudeurs d’écriture ; il avait la sincĂ©ritĂ© de sentiments simples, la franchise d’une pensĂ©e claire en ses inquiĂ©tudes de nerveux pessimiste”.

A la crĂ©ation, La crĂ©atrice du Roi d’Ys, CĂ©cile Simmonet Ă©corche le rĂŽle trop haut pour elle de BĂ©atrice ; et l’orchestre, critiquĂ© comme dĂ©sordonnĂ© et hystĂ©rique attĂ©nue le succĂšs de l’ouvrage. D’autant que les voix s’Ă©lĂšvent contre l’instrumentation et les couleurs de l’orchestre trop scintillant voire anecdotique qui manquait surtout de “grandeur” comme de souffle.

Dante de Banjamin Godard, recréation.
Munich, Prinzregenttheater, dimanche 31 janvier 2016, 19h
Versailles, Opéra royal, mardi 2 février 2016, 20h

ORCHESTRE DE LA RADIO DE MUNICH
CHƒUR DE LA RADIO BAVAROISE
Ulf Schirmer, direction
Dante, Edgaras Montvidas
BĂ©atrice, VĂ©ronique Gens
Gemma, Rachel Frenkel
Bardi, Jean-François Lapointe
L’Ombre de Virgile, Andrew Foster-Williams
L’Écolier, Sarah Laulan
La Voix du HĂ©rault, Topi Lethi Meyer

Des deux représentations, un disque est annoncé.
Diffusion en direct du concert du 31 janvier 2016 sur BR-Klassik

Dante de Benjamin Godard. Synopsis

ACTE I
Une place publique Ă  Florence. La ville est dĂ©chirĂ©e par une querelle entre Guelfes et Gibelins. Tandis que le CollĂšge du peuple se prĂ©pare Ă  nommer un prieur qui devra apaiser les tensions, Simeone Bardi rĂ©vĂšle Ă  son ami le poĂšte Dante – de retour dans la citĂ© – qu’il s’unira bientĂŽt Ă  celle qu’il aimait secrĂštement : la belle BĂ©atrice. À ces mots, Dante, Ă©pris de la mĂȘme jeune fille, rĂ©prime son Ă©motion. AprĂšs le dĂ©part des deux hommes, BĂ©atrice entre, suivie de sa confidente Gemma : elle lui avoue sa tendresse pour Dante, qu’elle croit pourtant ne jamais revoir. La foule sort du palais. On annonce que le CollĂšge du peuple nomme Dante chef suprĂȘme de la ville. BĂ©atrice tressaille Ă  ce nom, tandis que Dante, paraissant, s’apprĂȘte Ă  refuser cet honneur. La jeune fille s’avance alors et lui redonne confiance : « Pour ĂȘtre aimĂ©, fais ton devoir ». Cet aveu ambigu inquiĂšte Bardi, tandis que le peuple acclame son hĂ©ros.

ACTE II
Une salle du palais des Seigneurs, Ă  Florence. Bardi fulmine de rage contre Dante. Gemma vient alors lui demander de renoncer Ă  la main de BĂ©atrice. Et quand il veut la chasser, lui disant qu’elle ne sait pas ce qu’est la jalousie, elle avoue qu’elle se consume aussi d’un amour non partagĂ© : son cƓur est Ă©pris du mĂȘme Dante dont BĂ©atrice est aimĂ©e. Ils s’éloignent tout deux ; BĂ©atrice paraĂźt, qui a tout entendu, cachĂ©e
derriĂšre une tapisserie. Ces paroles de haine et cet aveu de tendresse la dĂ©cident Ă  renoncer Ă  Dante. Le jeune homme entre justement. À BĂ©atrice qui le repousse, il redit toute sa passion. SubmergĂ©e par l’émotion, la jeune femme finit par se laisser vaincre. ParaĂźt alors un groupe de Gibelins et de Guelfes suivi de Bardi. Charles de Valois est entrĂ© dans Florence et proclame l’exil de Dante, tandis que Bardi condamne BĂ©atrice Ă  finir ses jours dans un couvent.

ACTE III
Le Mont Pausilippe. À gauche, un tombeau creusĂ© dans le roc, ombragĂ© de lauriers-roses. Alors que des groupes de paysans dansent au son d’instruments champĂȘtres, un vieillard dĂ©signe Ă  un groupe de jeunes
Ă©coliers venus de la ville le tombeau de Virgile. Tous l’ornent de palmes et de couronnes en chantant une hymne Ă  sa gloire. Ils s’éloignent, le jour baisse lentement. Dante paraĂźt, gravissant la montagne avec peine, Ă©puisĂ© et l’ñme brisĂ©e. Il adresse Ă  Virgile une ultime supplique : qu’il lui donne l’inspiration pour retrouver la gloire, en lui dictant le poĂšme idĂ©al. Il retrouvera ainsi l’estime de BĂ©atrice. Ses yeux se ferment de fatigue, et tandis qu’il s’endort, le tombeau s’ouvre lentement ; Virgile en sort, couronnĂ© de lauriers. Dans une vision sublime et terrible Ă  la fois, il fait voir Ă  Dante l’Enfer – oĂč voisinent notamment les Ăąmes dĂ©chues d’Ugolin, de Francesca et Paolo – puis le Paradis. Une ultime vision cĂ©leste laisse voir BĂ©atrice entourĂ©e d’anges :
que Dante achùve son Ɠuvre, et elle celle-ci promet l’union des deux amants.

ACTE IV
Premier tableau : mĂȘme dĂ©cor qu’à l’acte prĂ©cĂ©dent . Dante est rĂ©veillĂ© par des chants de pĂątres. EnivrĂ© par son rĂȘve, il est dĂ©cidĂ© Ă  retrouver BĂ©atrice. Suivant les indications de Gemma, Bardi arrive alors et confie son repentir : la jalousie a fait place aux remords. Il propose d’emmener Dante dans le couvent de Naples oĂč BĂ©atrice est enfermĂ©e. Dante pardonne Ă  celui qui lui rend le bonheur. Ils partent.

DeuxiĂšme tableau. À Naples. Le jardin d’un couvent. On voit passer BĂ©atrice parmi les religieuses, pĂąle et se soutenant Ă  peine. Elle confie Ă  Gemma, venue la visiter, que sa mort semble prochaine. Elle se ressaisit pourtant lorsqu’on annonce la visite de deux hommes en qui elle espĂšre retrouver Dante. C’est bien lui qui s’avance, suivi de Bardi. Les deux jeunes gens s’enivrent des mĂȘmes paroles d’amour qu’ils avaient partagĂ©es Ă  Florence. Mais la souffrance a trop altĂ©rĂ© la santĂ© de BĂ©atrice, qui subitement dĂ©faille. MalgrĂ© l’empressement de Gemma et de Dante pour la secourir, ses yeux se ferment pour la derniĂšre fois, aprĂšs avoir fixĂ© le ciel. Elle expire en redisant les douces paroles que Dante avait entendues en rĂȘve. DĂ©sespĂ©rĂ©, il entend nĂ©anmoins les mots consolateurs de Gemma et se redresse, comme illuminĂ© : « Oui ! je dois vivre encor ; je dois chanter pour elle ! Dieu l’a faite mortelle, moi, je veux l’immortaliser ! »

Benjamin Godard (1849-1895) : contre Wagner, le premier romantisme de Schumann… Violoniste surdouĂ© (Ă©lĂšve d’Henri Vieuxtemps), Benjamin Godard entre au Conservatoire de Paris oĂč il Ă©tudie la composition avec Henri Reber, symphoniste rĂ©cemment rĂ©vĂ©lĂ©. Candidat malheureux par deux fois au Prix de Rome, Godard s’affirme nĂ©anmoins tel un tempĂ©rament musicien de premiĂšre qualitĂ© au dĂ©but de la IIIĂš RĂ©publique. Le chambriste sait convaincre la clientĂšle aisĂ©e et volatile des salons parisiens : au piano, au violon et surtout Ă  l’alto, Godard devient un partenaire et un soliste particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©.
Comme chef d’orchestre, il crĂ©e en 1884 la SociĂ©tĂ© des Concerts modernes avec les musiciens des Concerts populaires de Pasdeloup. Professeur au Conservatoire de Paris, Godard pilote la classe d’ensemble instrumental Ă  partir de 1887. Le compositeur laisse un catalogue riche d’environ 150 numĂ©ros d’opus, dans tous les genres : six opĂ©ras, dont Jocelyn (1888, cĂ©lĂšbre « Berceuse »), et La VivandiĂšre (succĂšs posthume), Dante (1890) ; plusieurs symphonies Ă  programme (Symphonie orientale, Symphonie lĂ©gendaire avec chƓurs, ou encore Le Tasse, symphonie dramatique avec soli et chƓurs qui lui vaut le Prix de la Ville de Paris en 1878) ; plusieurs concertos, de la musique de chambre, des mĂ©lodies et toutun cycle original de musiques pour piano. En marge du wagnĂ©risme triomphant et omniprĂ©sent alors en 1880 / 1890, – voir Victorin de JonciĂšres et sa wagnĂ©rite aiguĂ«, ou Chabrier et ses souvenirs de Bayreuth-, Godard cultive Ă  contrecourant du vent dominant, un style bien Ă  lui, plutĂŽt tournĂ© vers les premiers romantiques français, tels Thomas, Gounod… revisitant les sources des “pionniers” du romantisme : Chopin, Mendelssohn et Schumann. Sa carriĂšre s’achĂšve brusquement : il meurt Ă  moins de 50 ans en 1895 Ă  Cannes, Ă  46 ans.

Dante, poĂšte et dĂ©mocrate laĂŻque… D’origine noble mais de moyens modestes, Dante (1265-1321), orphelin prĂ©coce, tĂ©moigne de la force de dĂ©passement subime que lui a suscitĂ© celle qu’il a adorĂ©, platoniquement, mystiquement : BĂ©atrice. C’est une source de sublimation et l’amour de toute une vie ; il la rencontre Ă  9 ans, la retrouve Ă  18 ans : elle mourra Ă  25 ans. En 1291, le jeune homme (26 ans) expose les vertus qui façonne toute une vie : le bien moral (Il Convivo, Le Banquet, publiĂ© en 1307). L’homme qui aime la beautĂ©, aime Dieu mĂȘme sans le savoir. Dans l’Italie politiquement secouĂ©e de 1293, Dante choisit la voie des apothicaires et des mĂ©decins (qui est celle aussi des libraires) pour gagner sa vie ; son aura et sa lumineuse prĂ©sence comme sa pensĂ©e admirable le font choisir comme reprĂ©sentant des Guelfes blancs, aux idĂ©aux dĂ©mocratiques, pour une laĂŻcitĂ© encore Ă  inventer, soucieux de sĂ©parer pouvoir politique et Ă©glise. Une telle vision est loin de susciter la majoritĂ© des Guelfes, sĂ©parĂ©s en “noirs” et blancs”. Le Pape Boniface VIII oeuvre pour les Guelfes noirs (dĂ©mocrates moins ouvertement laĂŻques que les blancs). Le Pape retient Dante au moment oĂč les Guelfes noirs s’emparent du pouvoir Ă  Florence (1301) : Dante le traĂźtre blanc est exilĂ© avec ses proches (il a 36 ans). Mais Dante organise la rĂ©sistance, soutenant la cause de l’Empereur contre le Pape : il voyage Ă  Bologne, VĂ©rone ; rencontre le nouveau ponte BenoĂźt XI, abandonne peu Ă  peu ses engagements auprĂšs des Guelfes blancs, car son Ɠuvre de poĂšte thĂ©oricien le passionne exclusivement : il Ă©crit Ă  partir de 1307 et achĂšve La Divine ComĂ©die, publiĂ©e en 1555). PoĂšte engagĂ©, dĂ©mocrate et laĂŻque avant l’heure, Dante meurt le 14 septembre 1321.

CD. En plus de l’intĂ©grale de l’opĂ©ra Dante de Godard, est aussi annoncĂ© chez CPO, la Symphonie n°2, Trois Morceaux et la Symphonie gothique, sous la direction de l’excellent jeune maestro David Reiland (Ă  la tĂȘte de l’Orchestre de la radio de Munich). A suivre….

Les informations, citations, prĂ©cisions de notre article proviennent de l’excellent texte d’introduction signĂ© GĂ©rard CondĂ©, diffusĂ© dans le communiquĂ© de presse annonçant la recrĂ©ation de l’opĂ©ra Dante de Benjamin Godard.