5ème Symphonie de Beethoven

logo_france_musique_DETOUREFrance Musique, mardi 21 juin 2016, 20h : 5ème de Beethoven. En direct, SpĂ©cial fĂŞte de la musique : la chef d’orchestre Marzena Diakun dirige l’orchestre Philharmonique de Radio France dans un programme festif, cĂ©lĂ©brant la FĂŞte de la musique en ce premier jour de printemps.

5ème Symphonie de Beethoven

 

 

beethoven 1803 apres Symphonie 1 creation symphonies romantiques classiquenews review compte rendu cd critique 800px-Beethoven_3La Cinquième symphonie est avec la Neuvième la plus célèbre des symphonies de Beethoven, peut-être même de toute l’œuvre du compositeur. Incarnant souvent l’image même de la musique classique, c’est grâce à son premier mouvement rempli d’énergie que l’œuvre doit son immense popularité. L’ouverture foudroyante mondialement connue, un simple motif de quatre notes, nous identifie immédiatement avec le génie de compositeur. “So pocht das Schicksal an die Pforte” (« Ainsi le destin frappe à la porte”), aurait rapporté le compositeur à Schindler. Elle a un impact formidable sur toute la génération succédant à Beethoven. Berlioz, grand admirateur du génie allemand, est là pour en témoigner. Au chapitre XX de ses Mémoires, il raconte comment son maître Lesueur pourtant hermétique à la musique de Beethoven, fut bouleversé, même épuisé par l’émotion que lui a suscité la Symphonie. Remis de ses émotions, il dit plus tard au jeune Berlioz : « C’est égal, il ne faut pas faire de la musique comme celle-là », à quoi l’élève répondit : « Soyez tranquille, cher maître, on n’en fera pas beaucoup. ». Autre anecdote célèbre, toujours dans ses mémoires, Berlioz raconte qu’au cours d’un concert, un vieux grenadier de la garde Napoléonienne, au moment où débuta le finale, se leva et s’exclama :”L’Empereur, c’est l’Empereur!”. Même Goethe, alors réticent à la musique de Beethoven, fut saisi d’émotion par le chef-d’œuvre que le tout jeune Mendelssohn lui joua dans une transcription au piano. Lors de la seconde guerre mondiale, le début de la cinquième était le symbole de la résistance française, la BBC débutait ses messages radios avec les quatre notes frappées par les timbales comme indicatif de ses émissions à l’intention des pays européens sous l’occupation nazie. Trois brèves, une longue, significatif de la lettre V en morse : le V de la victoire, le V de la 5ème symphonie.

 

Beethoven_Hornemann-500-carreContemporain de la Sixième
. Cette symphonie est contemporaine de la Sixième composée pratiquement en même temps. Les premières esquissent datent de 1803, mais c’est en 1805 que Beethoven commence sérieusement sa composition. Après une coupure d’un an, il l’a reprend avec la Sixième symphonie et l’achève probablement en mars 1808. Ces deux jumelles, bien que d’un caractère totalement différent, sont toutes les deux jouées lors d’un célèbre concert datant du 22 décembre 1808 au Theater “An der Wien”. Le programme paraît aujourd’hui bien surchargé puisqu’il comprend en plus des symphonies, le Quatrième concerto pour piano opus 58, la Fantaisie chorale, ou encore des extraits de la Messe en ut. Les deux oeuvres sont présentées dans l’ordre inverse de leur numérotation définitive et paraissent chez Breitkopf et Härtel en 1809. Elles sont dédicacées conjointement au prince Lobkowitz et au comte Razumovsky.

 

 

Les quatre mouvements
Allegro con brio : une forme-sonate traditionnelle, basée sur le célèbre motif de quatre notes (motif déjà utilisé par Beethoven auparavant). Mouvement d’une grande intensité, d’une énergie débordante.
Andante : grande sérénité, où l’auditeur recherche la détente nécessaire après la tension accumulée par l’allegro qui précède. Il s’agit d’une variation libre à deux thèmes, seul mouvement lent de symphonie dans cette forme. Certains passages au cœur du mouvement s’avèrent très énergiques, et annoncent d’une certaine manière la finale.
Allegro : il s’agit encore une fois d’un scherzo bien que Beethoven n’en fasse aucune mention sur la partition. Une première partie mystérieuse, angoissante dans des nuances pianissimo s’oppose à une seconde fortissimo basée sur le même motif que le premier mouvement. Il s’enchaîne directement au finale sans interruption par un immense crescendo orchestral.
Allegro : Finale triomphant qui représente l’aboutissement de tout ce qui précède. L’éclatant ut majeur sonne la victoire du compositeur sur sa destiné.

 

 

Sur France Musique, ce 21 juin, le Philharmonique de Radio France joue le premier mouvement de la Symphonie n°5 de Beethoven… Concert diffusĂ© en direct de l’Auditorium de la Maison de la radio, Ă  Paris

Ludwig van Beethoven: 
Symphonie n°5 en do mineur op.67 – 1er Mouvement
Edvard Grieg
: Peer Gynt op.23 – Musique de scène pour le drame d’Ibsen
Piotr Ilyitch TchaĂŻkovski: 
RomĂ©o et Juliette – Ouverture fantaisie d’après Shakespeare
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov: 
Le vol du bourdon
Alexandre Borodine: 
Le Prince Igor – Danses Polovtsiennes
Camille Saint-SaĂ«ns: 
Danse macabre op.40 – Poème symphonique
Antonin Dvorak: 
Danses slaves pour orchestre n°1 en do Maj. op.46

Orchestre Philharmonique de Radio France
Marzena Diakun, direction

 

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont (Haselböck, 1cd Alpha)

beethoven egmont haselbock bernarda bobro cd review critique classiquenews 3760014194726CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont  (Haselböck, 1cd Alpha). RECONSTITUTION BEETHOVENIENNE. FondĂ© en 1985 par Martin Haselböck, il y a plus de 30 ans, l’orchestre sur instruments anciens, Orchester Wiener Akademie n’a certes pas la hargne et la radicalitĂ© extrĂ©miste, Ă´ combien passionnante du Concentus Musicus de Vienne du regrettĂ© Nikolaus Harnoncourt ; mais le geste audacieux, dont la sonoritĂ© profite ici essentiellement des cuivres, – superbes de panache Ă©corchĂ© (les cors triomphants et idĂ©alement âpres) rendent service à  l’Ĺ“uvre choisie, entre théâtre et musique. Dans Egmont dont on ne joue gĂ©nĂ©ralement que l’ouverture, Beethoven imagine plusieurs musiques de scène, pour assurer les enchaĂ®nements ou explorer une atmosphère :  hĂ©ros romantique par excellence, Egmont, libĂ©rateur des Pays-Bas inspire Ă  Goethe dès la conception de la pièce, une place importante Ă  la musique, notamment pour la mort des personnages : Klärchen ou surtout Egmont ; de mĂŞme la fin du drame devait dans l’esprit du dramaturge se rĂ©aliser par une symphonie de victoire (jouĂ©e ici). Auteur rĂ©formateur douĂ© d’un souffle puissant, Beethoven fut sollicitĂ© dès 1809, Ă  l’occasion d’une reprise du drame goethĂ©en : il livre davantage qu’une simple mise en musique de certains passages : une ouverture, plusieurs intermèdes, des airs accompagnĂ©s pour soprano et orchestre… c’est toute une rĂ©flexion musicale (sur la libertĂ©) qui enrichit la perception du drame, et facilite aussi son dĂ©roulement.  Si dans la pièce originelle, dans la seconde moitiĂ© du XVIè, Egmont doit se battre contre l’occupant espagnol, les autrichiens en 1809 doivent lutter contre l’invasion des troupes de NapolĂ©on : dans l’esprit du musicien, le parallèle est clair et permet d’exprimer clairement les intentions dĂ©mocratiques et politiques de Ludwig. IndĂ©pendamment de la reprĂ©sentation de la pièce de Goethe, Beethoven obtint du poète son approbation pour concevoir un drame autonome articulĂ© Ă  partir des seules morceaux de sa musique : il en dĂ©coule ce mĂ©lodrame, sorte de rĂ©sumĂ© de la pièce de Goethe, sur un texte validĂ©, Ă©crit par Friedrich Mosengell en 1821. La version jouĂ©e dans cet album est celle plus tardive, d’un libĂ©ralisme assagi selon la censure viennoise, rĂ©Ă©crit par Franz Grillparzer en 1834.

Musique goethéenne de Beethoven : Egmont, 1809-1834

En conclusion du cycle goethĂ©en, Martin Haselböck ajoute la cĂ©lèbre ouverture  opus 124, “la consĂ©cration de la maison”, en particulier pour la rĂ©ouverture du théâtre Ă  Vienne, Ă  Josefstadt, fin septembre 1822. La “maison” c’est le théâtre lui-mĂŞme : nouvelle pièce de circonstance de Carl Meisl pour laquelle Beethoven composa aussi une musique de scène. Dans la “clartĂ© sèche” de la salle du théâtre, Beethoven dirigea lui-mĂŞme la partition portĂ©e par une claire et progressive aspiration Ă  la lumière, exultation et joie fraternelle. Le théâtre est toujours en place : le lieu comme d’autres sites viennois qui ont accueilli la crĂ©ation de nouvelles Ĺ“uvres beethovĂ©niennes Ă  Vienne, forment la singularitĂ© du projet actuel “Resound Beethoven”, jouer Beethoven dans les salles pour lesquelles le compositeur a Ă©crit… VoilĂ  un nouveau chantier qui fait de Vienne, une citĂ© incroyablement musicienne, ajoutant donc aux circuits Mozart, Haydn, Porpora, Schubert ou Johann Strauss II, – entre autres, celui en cours de rĂ©alisation dĂ©volu aux crĂ©ations de Beethoven.

Le rĂ©citant pour Egmont est l’acteur Herbert Föttinger – directeur actuel de la salle Josefstadt. La musique de Beethoven accentue et rythme les accents passionnĂ©s d’une action cĂ©lĂ©brant le courage et la volontĂ© dĂ©diĂ©s Ă  l’esprit de libĂ©ration finale. La langue de Goethe a dĂ©terminĂ© l’ivresse guerrière d’une musique qui après tension et contrastes savamment mesurĂ©s, cible essentiellement sa conclusion en forme d’implosion libĂ©ratrice. On Ă©mettra des rĂ©serves sur la version rĂ©cente en anglais (2Ă 15) – fĂ»t-elle rĂ©citĂ©e par un acteur Ă  la mode… le nerf, le muscle acĂ©rĂ© et vif argent, une certaine Ă©conomie Ĺ“uvrant pour l’exacerbation du drame exemplaire (Egmont donne tout, – sa ferveur et sa vie- pour l’idĂ©al libertaire qui porte toute sa carrière). Haselböck mise beaucoup sur l’incise des contrastes, parfois au dĂ©triment d’une certaine Ă©lĂ©gance instrumentale dont Vienne avait cependant la spĂ©cialitĂ© : mais la fureur viscĂ©rale, l’autodĂ©termination globale, directe, franche exprimĂ©e par tous les pupitres, et la sonoritĂ© si fine et affĂ»tĂ©e des timbres d’Ă©poque, sans omettre l’excellent soprano de Bernarda Bobro, Ă  la fois claire et charnel, fondent la valeur de cet enregistrement, en tout point fidèle Ă  la furiĂ  guerrière et fraternelle du grand Ludwig.

CD, critique, compte rendu. Resound Beethoven volume 3 : Egmont version  Grillparzer, 1834 (cd1) / version anglaise ((cd2, 2015). Bernarda Bobro, soprano. Orchester Wiener Akademie. Martin Haselböck, direction. Enregistrement réalisé à Vienne en octobre 2015 au Théâtre in der Josefstadt. 2 cd Alpha.

CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox)

Beethoven eroica savall 1994 cd alia vox review compte rendu critique announce of AVSA9916-1CD, Ă©vĂ©nement, compte rendu critique. RĂ©Ă©dition. Beethoven : Symphonie n°3, “Eroica” opus 55 (Jordi Savall, 1994, 1 cd Alia Vox). RĂ©alisĂ© certains soirs de janvier 1994 au château de Cardona (Catalogne), l’enregistrement de cette Eroica opus 55, sommet symphonique de 1803, et manifeste pour une ère esthĂ©tique nouvelle, rĂ©tablit le travail des musiciens sur instruments d’Ă©poque rĂ©unis alors par Jordi Savall (il y a quand mĂŞme plus de 20 ans, soit autour de 45 instrumentistes dont les noms signifient depuis des aventures spĂ©cifiques et des engagements artistiques particulièrement cĂ©lĂ©brĂ©s, tels, entre autres Manfredo Kraemer en premier violon / concertino ; Marc HantaĂŻ, flĂ»te ; Guy van Waas, clarinette ; Bruno Cocset, violoncelle… ). L’apport des instruments historiques, de la pratique interprĂ©tative “historiquement informĂ©e” y est immĂ©diat : nouveau format sonore (avec cĂ´tĂ© ingĂ©nieur du son une bonne rĂ©verbĂ©ration, idĂ©alement spatialisĂ©e, c’est Ă  dire avec une rĂ©sonance mesurĂ©e qui permet la restitution analytique de chaque timbre exposĂ©, concertant), caractĂ©risation fine, affĂ»tĂ©e de chaque timbre instrumental; toute la science du Beethoven gĂ©nial orchestrateur qui sait bâtir, Ă©difier, architecturer avec un sens inĂ©galĂ©, c’est Ă  dire mordant et efficace des couleurs, gagne ici en intensitĂ©, acuitĂ©, prodigieuse vitalitĂ©.
L’Allegro initial, mĂŞme pĂ©taradant et d’une claque martiale annonciatrice des conquĂŞtes esthĂ©tiques nouvelles, profite du dĂ©tail et d’un fini instrumental d’une flamboyante activitĂ© : cors, flĂ»te, bois et vents ; mĂŞme chaque attaque des cordes conquiert un nerf vif inĂ©dit. Le chef toujours rĂ©flĂ©chi et mĂ©ditatif dans ses choix de rĂ©alisation, confirment sa double comprĂ©hension du sujet HĂ©roĂŻque : c’est Ă©videmment l’enjeu (ou les enjeux) d’une conquĂŞte : avec l’Eroica de 1803, le siècle romantique s’ouvre officiellement, conscient de sa propre dĂ©termination comme de sa volontĂ© ; mais c’est tout autant, l’expĂ©rience d’une amertume simultanĂ©e, retournement spectaculaire de la conscience car si la partition porte l’enthousiasme Ă  Bonaparte, le hĂ©ros libĂ©rateur qui pouvait prĂ©tendre incarner l’idĂ©al rĂ©volutionaire de tous les peuples affranchis de toute monarchie, le compositeur a rayĂ© la dĂ©dicace initiale, dĂ©nonçant sous Bonaparte, le tyran Ă  venir, – ici, Beethoven est tĂ©moin d’une dĂ©ception barbare. A la fois acte immense d’un espoir supĂ©rieur, la symphonie est aussi le rĂ©cit de cette dĂ©sillusion (et cela s’entend dans la lecture savallienne).

Il y a plus de 20 ans, Jordi Savall, précis, généreusement détaillé, dévoile la forge géniale du Beethoven symphoniste

Dès 1994, un Beethoven régénéré

CLIC_macaron_2014Dans le jeu instrumental historique, par les multiples Ă©clats d’une palette instrumentale rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, la partition retrouve son souffle originel, ses Ă©lans matriciels dans leur Ă©noncĂ© primaire, irrĂ©sistible. A contrario de toute une tradition alourdie, opacifiĂ©e par des dĂ©cennies de pratique moderne et romantisante. DĂ©jĂ  Savall choisit un effectif proche de la Vienne du dĂ©but XIXè, mĂŞme si en 1803, il n’existe aucun orchestre rĂ©gulier et constituĂ© (il faut attendre 1840). Soit selon les tĂ©moignages des crĂ©ations des Symphonies BeethovĂ©niennes, entre 35 et 56 musiciens. Pas les 70 d’un orchestre symphonique actuel.

Outre ses considĂ©rations, chaque mouvement ici rĂ©tabli dans son format sonore proche de l’Ă©poque de Beethoven, profite naturellement d’une articulation plus vive et prĂ©cise, de contrastes plus tranchĂ©s et vifs, quasi bondissants, oĂą le timbre plus intense, incisif, – mordant de chaque identitĂ© instrumentale assemblĂ©e, gorge d’une sève nouvelle, chaque sĂ©quence (Savall dans son texte introductif parle “d’individualisation du timbre“).
La notion des tempi particulièrement soignĂ©es par Savall gagne elle aussi en relief et en souplesse, prĂ©servant pour chaque mouvement, une tension intĂ©rieure manifeste. L’orchestre ainsi acteur s’apparente Ă  une formidable machinerie dont chaque rouage est prĂŞt Ă  bondir, Ă  exprimer, Ă  revendiquer. Il n’y a que dans le Poco andante du Finale que Savall ralentit manifestement l’allure, le reste Ă©tant dirigĂ© avec une vivacitĂ© continuelle.
Dans cette confrontation permanente qui conçoit dĂ©sormais l’orchestre tel un foyer ardent, oĂą les forces en prĂ©sence sont toutes identifiĂ©es et toutes canalisĂ©es, Savall fait s’Ă©couler le brasier promĂ©thĂ©en primordial d’un Beethoven Ă  jamais inventeur et rĂ©volutionnaire. L’acuitĂ© active du chef porte et rend palpable l’ampleur d’une partition Ă©pique et profonde, dont l’esthĂ©tique et le jeu incessant des rythmes et des tempi alimentent la grande forge orchestrale qui mènera Ludwig jusqu’au sommet de la IXè (souffle du Finale, vĂ©ritable dĂ©claration fière et conquĂ©rante pour le futur, emportĂ© dans une ivresse sonore d’essence chorĂ©graphique qui rapproche Beethoven, de ses frères viennois, Haydn et Mozart). En presque 43 mn, Beethoven synthĂ©tise ainsi dans son Eroica, la portĂ©e universelle de sa conception du temps et de l’espace, dĂ©sormais orientĂ©e vers l’avenir. Ici, un chef visionnaire, d’une miraculeuse Ă©nergie lumineuse est au service du plus grand symphoniste de tous les temps. Le plus inventif. A possĂ©der et Ă©couter de toute urgence. La lecture de Coriolan (1805) opus 62 qui suit l’Eroica, affirme de façon plus radicale encore cette vertu de la caractĂ©risation aĂ©rĂ©e, palpitante et mordante oĂą la caractĂ©risation presque incisive de chaque timbre revivifie l’idĂ©e d’un volcan symphonique d’une audace inĂ©dite. Cela avance comme la coulĂ©e incandescente d’un mĂ©tal en fusion, crĂ©pitements et fusion fĂ»mante Ă  la clĂ©. Qui a dit que Savall, inspirĂ© par Beethoven, Ă©tait ce grand sorcier magicien ? L’approche, plus de 20 ans après sa rĂ©alisation, est aussi captivante que la conception d’un Harnoncourt (beethovĂ©nien forcenĂ©, rĂ©cemment assidu jusqu’aux portes de la mort : Symphonies 4 et 5 par le Concentus Musicus Wien, publiĂ©es au moment de son dĂ©cès en mars 2016). En une mĂŞme bouillonnante curiositĂ©, gĂ©nĂ©reuse et très argumentĂ©e, Savall nous offre les mĂŞmes frissons. C’est dire.

CD, événement. Réédition. Beethoven : Eroica opus 55 Symphonie n°3. Le Concert des nations. Jordi Savall (1 cd Alia Vox AVSA9916, Cardona, Catalogne, janvier 1994). CLIC de CLASSIQUENEWS de mars 2016.

CD événement. Le Beethoven idéal de Nikolaus Harnoncourt (Symphonies n°4 et 5 de Beethoven)

beethoven symphonies 4, 5 nikolaus harnoncourt cd sony review compte rendu CLASSIQUENEWS critique CLIC de classiquenewsCD Ă©vĂ©nement. Beethoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). Harnoncourt a depuis fin 2015 fait savoir qu’il prenait sa retraite (LIRE notre dĂ©pĂŞche : Nikolaus Harnoncourt prend sa retraite pour ses 86 ans, dĂ©cembre 2015), cessant d’honorer de nouveaux engagements. Cet Ă©tĂ© le verra Ă  Salzbourg, encore, dernière direction qui de principe est l’Ă©vĂ©nement du festival estival autrichien en juillet 2016 (pour la 9ème Symphonie de Beethoven, le 25 juillet, Grosses Festpielhaus, 20h30, avec son orchestre, Concentus Musicus Wien). Or voici que sort après sa sublime trilogie mozartienne – les 3 dernières Symphonies, conçues comme un “oratorio instrumental” (CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2014)-, deux nouvelles Symphonies de Beethoven, les 4 et 5, portĂ©es avec ce souci de la justesse et de la profondeur poĂ©tique grâce au mordant expressif de ses instrumentistes, ceux de son propre ensemble sur instruments d’Ă©poque, le Concentus Musicus de Vienne. Alors que se pose avec sa retraite, le devenir mĂŞme de ses musiciens et le futur de la phalange, le disque enregistrĂ© pour Sony classical en 2015 Ă  Vienne, dĂ©montre l’excellence Ă  laquelle est parvenu aujourd’hui l’un des orchestres historiques les plus dĂ©fricheurs, pionniers depuis les premiers engagements, et ici d’une sensibilitĂ© palpitante absolument irrĂ©sistible : bois, cuivres, cordes sont portĂ©s par une Ă©nergie juvĂ©nile d’une force dynamique, d’une richesse d’accents, saisissants.

 

 

 

En insufflant aux Symphonies n°4 et n°5, leur fureur première, inventive, incandescente et mystĂ©rieuse…

Harnoncourt façonne un Beethoven idéal

 

harnoncourt nikolaus maestro chef concentus musicusIDEAL ORCHESTRAL CHEZ BEETHOVEN… Le souffle intĂ©rieur, l’urgence, la tension, toujours d’une articulation somptueuse, avec ce sens de la couleur et du timbre paraissent de facto inĂ©galables, voire … inatteignables en particulier pour les orchestres sur instruments modernes. Si l’on conçoit toujours de grands effectifs et des instruments de factures modernes dans les grands halls symphoniques et pour les grandes cĂ©lĂ©brations mĂ©diatiques et populaire (voire les manifestations en plein air, vĂ©ritables casse tĂŞtes accoustiques), ici en studio, le format original, et la balance des instruments d’Ă©poque sont idĂ©alement rĂ©tablis dans un espace rĂ©verbĂ©rant idĂ©al. Quelle dĂ©lectation ! c’est une expĂ©rience unique et dĂ©sormais exemplaire que tous les orchestres instituĂ©s du monde et sur instruments modernes se doivent d’intĂ©grer dans leur Ă©volution Ă  venir : on ne joue plus Beethoven Ă  prĂ©sent comme en 1960/1970. Certes les instruments historiques ne font pas tout et la direction de Harnoncourt le montre : l’intelligence et l’acuitĂ© expressive du chef sait exploiter totalement toutes les ressources de chacun de ses partenaires instrumentistes. Un rĂ©gal pour les sens (un festival de timbres caractĂ©risĂ©s) et aussi pour l’intellect car le relief caractĂ©risĂ© des timbres (cuivres en fureur millimĂ©trĂ©e ; cordes souples et mordantes Ă  la fois ; bois d’une ivresse rageuse Ă©chevelĂ©e : quel orchestre est capable ailleurs d’une telle somptuositĂ© furieuse?) souligne la puissance du Beethoven bâtisseur et conceptuel. L’architecture, la gradation structurelle comme le flux organique de chaque mouvement en sortent dĂ©cuplĂ©s, dans une projection rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e, inventives, d’une insolence première : on a l’impression d’assister Ă  la première de chaque Symphonie, sentiment inouĂŻ, profondĂ©ment marquant.
harnoncourt nikolaus portraitGESTE BOULEVERSANT. Pour sa retraite, le magicien Harnoncourt Ă  la tĂŞte de son orchestre lĂ©gendaire, revient Ă  Beethoven (on se souvient de son intĂ©grale phĂ©nomĂ©nale et dĂ©jĂ  justement cĂ©lĂ©brĂ©e avec les jeunes musiciens de l’Orchestre de chambre d’Europe). ici, le vĂ©tĂ©ran, d’une acuitĂ© poĂ©tique et instrumentale supĂ©rieure encore nous lègue deux Symphonies parmi les mieux inspirĂ©es de la discographie : un must absolu qui rĂ©vise le standard actuel de la sonoritĂ© beethovĂ©nienne pour tous les orchestres modernes et contemporains dignes de ce nom. MĂŞme l’Orchestre Les Siècles n’atteint pas une telle intensitĂ© expressive, ce caractère d’urgence et d’exacerbation poĂ©tique, cette fureur lumineuse, entre Lumières et RĂ©volution, destruction et crĂ©ation-, ce sentiment de plĂ©nitude radicale. VoilĂ  qui exprime au plus juste l’humeur rĂ©volutionnaire du gĂ©nial Ludwig. Ce geste qui Ă  la fin d’une carrière de dĂ©fricheur, ouvre une esthĂ©tique embrasĂ©e par la lumière et l’espoir d’une aube nouvelle (tranchant nerveux insouciant du piccolo dans le Finale de la 5ème Symphonie entre autres…), se rĂ©vèle bouleversant. Merci Maestro ! CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. Incontournable.

 

 

 

CLIC_macaron_2014CD Ă©vĂ©nement. Beehtoven : Symphonies n°4, 5 (Concentus Musicus de Vienne, Nikolaus Harnoncourt, 2015 1 cd Sony classical). CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2016. LIRE aussi notre compte rendu complet dĂ©diĂ© aux 3 Symphonies 39, 40, 41 de Mozart, un “oratorio instrumental”… septembre 2014

 

 

harnonocurt-beethoven-review-critique-500-500-review-critique-classiquenews-CLIC-de-classiquenews-fevrier-2016

 

 

 

Philippe Herreweghe et Isabelle Faust joue Beethoven Ă  Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂą la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bâtit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des Lumières et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804, porta comme première dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

Faust-Isabelle-violon-582CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂ´t qu’elle ne touchait le cĹ“ur, la Symphonie n°1 est encore très redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart. LIRE notre prĂ©sentation complète du concert Beethoven au TAP de Poitiers avec Philippe Herreweghe et Isabelle Faust (photo ci dessus)

 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Premier Beethoven au TAP de Poitiers

Poitiers, TAP. Lundi 7 dĂ©cembre 2015. 20h. Concert Beethoven, Philippe Herreweghe.Superbe concert symphonique au Théâtre Auditorium de Poitiers, ce 7 dĂ©cembre 2015 oĂą la fine caractĂ©risation des instruments d’Ă©poque renouvelle notre perception des deux premières Symphonies et du Concerto en rĂ© de Ludwig van Beethoven. Philippe Herreweghe s’intĂ©resse au Beethoven le plus fougueux, le plus libĂ©rateur celui qui des cendres encore chaudes de la RĂ©volution, bâtit un nouvel ordre musical, poĂ©tique et esthĂ©tique offrant enfin au siècle romantique, un langage digne de ses ambitions et de ses dĂ©fis. Partenaire de l’orchestre dans le Concerto pour violon, l’Ă©blouissante violoniste Isabelle Faust, alliant finesse, pudeur, intĂ©rioritĂ© restitue au Concerto en rĂ© majeur, son Ă©toffe Ă©motionnelle tissĂ©e d’Ă©lan et de promesse amoureuse car Beethoven est alors le fiancĂ© secret de ThĂ©rèse de Brunswick.

Philippe Herreweghe et l'Orchestre des Champs Elysées à Poitiers

 
 

Fidelio de BeethovenAux sources du romantisme beethovĂ©nien. Le collectif d’instrumentistes sur instruments d’Ă©poque fondĂ© par Philippe Herreweghe revisite le pilier de son rĂ©pertoire : le premier romantisme avec le Beethoven des annĂ©es 1800 / 1803. Revenir Ă  Beethoven reste pour un orchestre un dĂ©fi qu’il est toujours indispensable de requestionner, c’est tout un imaginaire esthĂ©tique, tout un monde sonore qui s’affirme dans les derniers feux du classicisme viennois, ceux Ă©blouissants des inventeurs et des poètes – Haydn et Mozart ; chantre de l’avenir, Ludwig trentenaire Ă  Vienne en 1800 (Symphonie n°1) puis 1803 (n°2), affirme de nouveaux horizons dĂ©finissant le romantisme allemand, quand Bonaparte, hĂ©ros des Lumières, semble redessiner une nouvelle Europe politique et sociĂ©tale, fruit de la sociĂ©tĂ© des Lumières et de la RĂ©volution française (de facto, la n°3 “HĂ©roĂŻca”, crĂ©Ă©e en 1804,  porta comme première dĂ©dicace “Bonaparte”, le hĂ©ros libĂ©rateur de la tyrannie des monarchies).

CritiquĂ©e pour sa fureur militaire qui dĂ©chirait les tympans plutĂ´t qu’elle ne touchait le cĹ“ur, la Symphonie n°1 est encore très redevable Ă  Haydn. De fait, la partition de ce premier opus symphonique beethovĂ©nien, est dĂ©diĂ© au librettiste de Haydn, le baron Gottfried van Swieten, poète de la CrĂ©ation, l’oratorio prophĂ©tique et panthĂ©iste du bon papa Haydn. Le large accord dissonant d’ouverture est un signe sans appel : ce qui suit ouvre une nouvelle ère (accord dissonant de septième de dominante du ton de fa majeur). L’offrande la plus originale cependant est reste le “Menuet” (3ème mouvement Menuetto : Allegro molto e vivace) qui est dĂ©jĂ  un vĂ©ritable scherzo, dont le tempo est deux fois plus vif et alerte que les menuets de Haydn et Mozart.

La Seconde Symphonie de Beethoven prolonge les avancĂ©es de la n°1 : elle est contemporaine d’une grave crise dans la vie du compositeur : Ă©poque critique et dĂ©pressive mais aussi refondatrice de la pensĂ©e musicale telle qu’elle est alors rĂ©digĂ©e dans le testament d’Heiligenstadt, marquant la maturitĂ© d’un auteur qui s’enfonce un peu plus dans la surditĂ©. C’et le point culminant donc finale de la Symphonie Sonate hĂ©ritĂ©e des Lumières, d’une joie enivrante malgrĂ© les Ă©vĂ©nements tragiques de la vie intime. Ici, Beethoven parachève l’Ă©volution de la Symphonie moderne : le Scherzo est nommĂ©ment signifiĂ© et Ă©crit sur le manuscrit (au lieu de “Menuet”). Une page est tournĂ©e dans le grand livre de la Symphonie beethovĂ©nienne…

Le Concerto pour violon en rĂ© majeur opus 61, d’une architecture solaire, est contemporain de la Symphonie n°4 et des 3 Quatuors Razumowski : il est dĂ©diĂ© au violoniste virtuose Franz Clement qui en assure la crĂ©ation le 23 dĂ©cembre 1806. C’est l’heure de l’insuccès de l’opĂ©ra Fidelio et aussi des fiançailles secrètes avec ThĂ©rèse de Brunswiick en mai 1806. De fait reliĂ© Ă  ce miracle de la vie intime, le Concerto pour violon est souvent considĂ©rĂ© comme un poème amoureux, portĂ© par le bonheur et la promesse d’un amour durable, comme en tĂ©moigne surtout la tonalitĂ© bienheureuse, extatique de mouvement central (Larghetto en sol majeur).

 
 
 

boutonreservationBeethoven au TAP de Poitiers
Lundi 7 décembre 2015, 20h

Ludwig van Beethoven :
Concerto pour violon en ré majeur op. 61,
Symphonie n°1 en ut majeur op. 21,
Symphonie n°2 en ré majeur op. 36

Places numérotées
Durée : 2h avec entracte
1 bd de Verdun 86000 Poitiers
RĂ©sa-info +33 (0)5 49 39 29 29

Orchestre des Champs-Elysées

Philippe Herreweghe, direction
Isabelle Faust, violon

 

Illustration : Philippe Herreweghe dirige l’Orchestre des Champs ElysĂ©es © A.PĂ©quin

Caen, Grenoble, Paris. Pelléas et Benjamin Lévy jouent Beethoven

benjamin levy orchestre pelles concert 582Caen, Grenoble…. Pelléas, Benjamin Lévy jouent Beethoven. 4,5,7 novembre 2015. A Caen le 4 novembre, Grenoble, le 7 puis à la Philharmonie de Paris le 7 novembre, l’orchestre Pelléas et son chef Benjamin Lévy, en véritable orfèvre du son, jouent Beethoven : Prométhée et aussi le Concerto pour filon avec, sur instruments modernes, leur complice, le violoniste Lorenzo Gatto. Voici un Beethoven puissant, dramatique, d’une liquidité régénérée : d’abord, l’Ouverture des Créatures de Prométhée, ballet d’après l’argument de Salvatore Vigano, et créé à Vienne en 1801. Très théâtral et contrasté, l’épisode cultive une vivacité nerveuse voire éruptive. Son énergie forme un bon prélude au Concerto pour violon : composé pour Franz Clement qui en réalise la création en 1806 au Theater an der Wien, le morceau dévoile un autre caractère de l’invention beethovénienne : son unité et sa cohésion architecturale. Pelléas saisit la trame dramatique jalonnée d’accents idéalement ciselés (timbales d’ouverture, cor dans le second mouvement…) mais aussi d’un feu chorégraphique souvent impétueux (la fameuse lave beethovénienne prête à se déverser tout en mesurant et en canalisant ses jaillissements flamboyants) : en cela le dernier et troisième  mouvement rejoint l’ouverture du ballet Prométhée. Beethoven réussit à unir la totalité des épisodes par sa fluidité dansante, un feu sacré que Stravinsky retrouvera dans le Sacre. La mise en place rythmique est ici fondamentale : Benjamin Lévy en maîtrise le dispositif dans globalité avec une attention et un souffle communicatif, qui soigne et le détail et la vision d’ensemble : une sensibilité qui décortique et analyse, mais aussi le geste d’un bâtisseur. Connaisseur des dernières avancées et bénéfices de la pratique historiquement informée, c’est àd ire qui intègre la pratique de l’époque telle qu’elle peut être décrite et explicitée dans les traité d’époque, le jeune violoniste Lorenzo Gatto (pas encore trentenaire, 2è Prix Reine Elisabeth en 2009) joue un violon moderne Vuillaume dont la sonorité, grain, timbre et format respecte l’élégance mozartienne dont Beethoven a la nostalgie et l’admiration dans son Concerto. Le naturel compense l’absence d’un instrument historique mais le geste svelte et précis, qui cultive caractère et nuances dynamiques. Un feu millimétré et caractérisé que porte l’Orchestre Pelléas et son chef Benjamin Lévy, unis, soudés, par une tension toute en finesse : une prouesse en caractères et fluidité même sur instruments modernes. De sorte que Pelléas rejoint ici les défis réussis d’un autre orchestre sur instruments modernes et pourtant d’une éloquence sertie, celle d’OSE, le nouvelle phalange fondée et dirigée par un autre poète de la baguette : Daniel Kawka.

Pelleas saut - Florence GrandidierNotre collaborateur David Tonnelier Ă©crivait en 2004, au moment de la crĂ©ation de l’Orchestre PellĂ©as : … ” La finesse de la direction, l’autoritĂ© de l’assise rythmique, l’activitĂ© permanente, jamais diluĂ©e, imposent le tempĂ©rament du jeune chef. On sait avec quelle dĂ©termination Benjamin LĂ©vy porte le devenir de cet orchestre qu’il a fondĂ© depuis dĂ©cembre 2004, le “PellĂ©as” (qui indique assez clairement combien le musicien souhaite s’engager pour la diffusion du rĂ©pertoire symphonique français). Toutes les qualitĂ©s de sa fougue analytique, qui sait aussi s’exprimer avec souplesse et profondeur, indique indiscutablement une musicalitĂ© forte, une vision acĂ©rĂ©e et vive, une sensibilitĂ© musclĂ©e. Chapeau bas! “.

L’orchestre Pelléas et Lorenzo Gatto jouent le programme de leur dernier cd Beethoven édité par Zig-Zag Territoires

Concert Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Prométhée, Concerto pour violon en ré majeur, op. 61

4 novembre 2015 – 20h – Théâtre de Caen
http://theatre.caen.fr/Spectacles/ludwig-van-beethoven-0

5 novembre 2015 – 19h30 – MC2 – Grenoble
http://www.mc2grenoble.fr/spectacle/beethoven-inconnu/

7 novembre 2015 – 16h30 – Philharmonie de Paris – Philharmonie2 (uniquement PromĂ©thĂ©e – mise en scène Lionel Rougerie)
http://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-participatif-en-famille/15465-promethee

Lorenzo Gatto, violon
Orchestre de Chambre Pelléas
Benjamin Levy, direction

Les Symphonies de Beethoven sur Brava

brava_hd_2014_logoTĂ©lĂ©. Brava. Cycle Beethoven : du 4 au 7 juin 2015. Qui n’a pas rĂŞvĂ© de rĂ©viser ses classiques et reprendre le chemin de la dĂ©couverte symphonique Ă  l’heure romantique, en l’occurrence les Symphonies de la maturitĂ© de Beethoven (1792-1827), les Symphonies n°4,5, 6 et 7 d’autant plus passionnantes qu’elles sont jouĂ©es par le chef Claudio Abbado qui pilote le Philharmonique de Berlin. Le cycle a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  l’AcadĂ©mie nationale Sainte-CĂ©cile de Rome en 2001.

 

 

 

Beethoven : Ă  la recherche de la Symphonie parfaite

 

Fidelio de BeethovenNé en 1770, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour Vienne, définitivement, en 1792. il reprend l’expérience des Symphonistes de Mannheim, les propositions capitales de Haydn et Mozart : il crée la forme et la sonorité de la Symphonie romantique à l’époque où Napoléon infléchit l’Europe.  Le musicien fixe les règles des quatre mouvements, modifiant parfois l’ordre et le caractère de certains, offrant à tous le instruments un champ expressif nouveau… Avec Beethoven, la musique offre à l’esprit des Lumières, un cadre symphonique digne de son ambition et de son rayonnement : une expérience collective, un désir d’utopie partagée ou un témoignage personnel qui s’adresse au plus grand nombre. Après Beethoven, Schumann, Mendelssohn, Brahms, Bruckner… tous les grands romantiques voudront rivaliser avec le cycle qu’il a laissé et nourri jusqu’à sa mort, soit un total de 9 Symphonies.
Brava diffuse sur 4 jours, les Symphonies « intermédiaires » de Beethoven : les Symphonies n°4,5,6 (Pastorale, laquelle ne décrit pas mais exprime le miracle spectaculaire de la nature en une fresque panthéiste révolutionnaire), enfin la Symphonie n°7.

 

 

 

Jeudi 4 juin 19h
Beethoven – Symphonie No. 4 (Vienne, 1807)
 
Vendredi 5 juin 14h
Beethoven – Symphonie No. 5 (Vienne, 1808)
 
Samedi 6 juin 21h
Beethoven – Symphonie No. 6 « Pastorale » (Vienne, 1808)
 
Dimanche 7 juin 13h
Beethoven – Symphonie No. 7 (Vienne, 1813)

 

 

 

 
A propos de Brava, nouvelle chaîne de télé 100% classique
brava_hd_2014_logoBrava s’affirme par la qualité et la sélection des programmes de musique classique proposés ; la chaîne diffuse les meilleurs opéras, opérettes, ballets et concerts, 24 heures sur 24, en Full Native HD et en Dolby Digital Audio. Toutes les productions sont enregistrées dans les opéras et théâtres les plus célèbres du monde, dont la Royal Opera House de Londres, le Teatro Real de Madrid et La Scala de Milan. Brava est disponible 24 heures sur 24 et offre à ses téléspectateurs une place au premier rang de spectacles de premier ordre, avec les meilleurs musiciens et artistes au monde. Brava est une chaîne sans publicité dédiée totalement au meilleur du classique.

La chaĂ®ne internationale Brava peut ĂŞtre reçue par la plupart des tĂ©lĂ©spectateurs HD en France, oĂą elle fait partie des bouquets d’Orange, Bouygues, SFR, Free/Alice, Canalsat et Numericable. Brava peut aussi ĂŞtre reçue aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Turquie, au Portugal, en Slovaquie, en RĂ©publique tchèque, Ă  Monaco, au Liban et dans plusieurs pays africains. Des informations supplĂ©mentaires sont disponibles sur www.bravahd.fr.

 

 

Livres. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel)

beethoven cahiers de conversation buchet chastel colelction musique critique classiquenewsLivres, compte rendu critique. Cahiers de conversation de Beethoven (Buchet Chastel). Beethoven devenu sourd échangeait avec ses interlocuteurs en lisant leurs questions et commentaires qu’ils écrivaient sur des ardoises… En lisant les mots, Beethoven pouvait ainsi soutenir une conversation sans obstacles. Même dans leur enrobage actualisé, les carnets de conversations de Beethoven, écrits ou plutôt transcriptions des conversations réalisées par ses proches et amis restent… matière sèche voire abrupte. On soupçonne même que certaines rédactions soient sujettes à caution en particulier les conversations rapportés par son « ami », Anton Schindler qui n’hésite pas, après la mort de Beethoven, à ajouter manuscritement de fausses déclarations démontrant combien le compositeur et lui étaient proches… La supercherie étant aujourd’hui élucidée, le lecteur peut en toute connaissance tirer bénéfice de leur lecture. Car à Vienne dans les 10 dernières années de sa vie, Ludwig s’adresse directement ici aux membres de son cercle élargi : son « fils » Karl (en fait son neveu dont il aura la tutelle définitive en 1820, au terme de rebondissements juridiques inimaginables), son frère Johann, les amis Peters et Breuning, le violoniste Schuppanzigh, les éditeurs Artaria, Schlesinger, les pianistes Carl et Joseph Czerny, la soprano Henriette Sontag et surtout le soutien de toujours, protecteur dédicatoire de maints ouvrages dont la Solemnis, l’archiduc Rodolphe.

De février 1818 à mars 1827, voici Beethoven à Vienne, dans son ordinaire, à la fin de sa vie : l’anecdotique rejoint les infos de première valeur concernant les grandes œuvres alors en gestation : Sonates pour piano et violoncelle (dédiées à la comtesse Erdödy), la publication de la Hammerklvier opus 106 chez Artaria, la 9ème Symphonie, la Missa Solemnis (achevée en 1823)… entre autres. Il faut s’accrocher car la lecture est difficile mais en sachant sélectionner et faire son tri, l’apport de ses 10 dernières années viennoise est inestimable.

Beethoven : Cahiers de conversation. Traduit par J.-G. Prod’homme.  Réédition. Parution le 10 avril 2015. Edition Buchet Chastel, collection musique. Format : 14 x 20,5 cm, 432 p., 23.00 €. ISBN 978-2-283-02875-9

CD. Maurizio Pollini, piano. Beethoven : intégrale des Sonates pour piano (8 cd Deutsche Grammophon)

pollini maurizio beethoven complete piano sonatas 8 cd deutsche grammophon coffret CLIC de classiquenewsMaurizio Pollini, piano. Beethoven : intĂ©grale des Sonates pour piano (8 cd Deutsche Grammophon). Comme le mĂ©tier de toute une vie, Maurizio Pollini est un cavalier seul qui aborde depuis longtemps en terre aimĂ©e, reliefs et traversĂ©es toujours inspirant, les Sonates  pour piano de Beethoven. C’est l’aboutissement de 40 annĂ©es d’un travail continu… Travail sur la forme, l’architecture, l’Ă©nergie que le grand Ĺ“uvre dans sa totalitĂ© absorbante ne manque pas de susciter d’un regard globalisant, c’est aussi selon les pĂ©riodes une rĂ©flexion sur les moyens de l’interprète pour exprimer le souffle visionnaire et l’extrĂŞme modernitĂ© de Beethoven. 32 Sonates, 23 Sonates publiĂ©es entre 1793 et 1805, Ă  Vienne (puisqu’il quitte Bonn en 1792), composent ici un pĂ©riple d’une grandeur inventive inĂ©galĂ©e, le testament d’un homme bouillonnant et fraternel, intransigeant mais humain et gĂ©nĂ©reux qui fit du clavier, l’instrument expĂ©rimental par excellence.

pollini maurizio piano beethoven sonates fin integrale beethovenAujourd’hui septuagĂ©naire (nĂ© en 1942), laurĂ©at du Concours Chopin de Varsovie 1960,  l’Ă©lève de Benedetti-Michelangeli voit ainsi par le disque, la boucle beethovĂ©nienne se refermer : terme d’un cycle commencĂ© avec ses dĂ©buts et poursuivi jusqu’Ă  prĂ©sent tout au long d’une expĂ©rience de rĂ©citals unanimement saluĂ©s : Maurizio Pollini convainc depuis toujours par son allant, cette allure qui s’appuie sur une très solide technicitĂ©. Strict contemporain d’une Argerich (les deux furent proches du maestro Claudio Abbado), Pollini sait varier ses engagements interprĂ©tatifs Ă©vitant cet intellectualisme froid et distanciĂ© qu’on lui attribue Ă  torts : il demeure un artiste sensible, dont les crĂ©pitements vont idĂ©alement Ă  Beethoven, y compris pour celui mĂ»r de la fin (opus 111 : lire ci après). Du reste, alors qu’il en a toutes les qualitĂ©s, Pollini Ă  la diffĂ©rence de Martha Argerich n’est pas un pianiste chambriste : il cultive seul l’art musical devant son clavier. Seul pour la musique.
Le pianiste dirigea Rossini comme chef : l’inventivitĂ© et la facĂ©tie, comme Mozart et comme Haydn ; voilĂ  qui lui permet de colorer le dernier Beethoven, le plus impressionnant, le plus complexe et difficile aussi (ses fugues qui semblent retrouver la concision inspirĂ©e de JS Bach). Mais toujours Pollini y glisse le flux de la vie, le nerf tendu par un indĂ©fectible espoir fraternel. VoilĂ  qui renforce la haute valeur de son intĂ©grale Beethoven : un legs rĂ©alisĂ© depuis les annĂ©es 1970 (juin 1975 pour les opus 109 et 110 du cd 8, c’est Ă  dire les derniers opus) et jusqu’Ă  nos jours (2013 et 2014 pour les opus 31 et 49) avec, -le risque assumĂ©,  un goĂ»t bĂ©nĂ©fique pour les prises live : au fini esthĂ©tique de l’interprète maĂ®trisĂ©, se joint l’intensitĂ© de la prise sur le vif et en public.

 

 

Un cycle d’enregistrements qui couvre 40 annĂ©es de travail et de recherche

Beethoven régénéré

 

Des premières Sonates oĂą Ludwig prolonge l’hĂ©ritage des Viennois Haydn et Mozart mais aussi les leçons de Clementi, et Dussek… comme dans l’invention et la tension rĂ©volutionnaire des trois premières Sonates (1793-1795) oĂą Beethoven frappe par son esprit dĂ©terminĂ©, querelleur aussi (il ne manquait pas de dĂ©concerter voire surprendre ses auditeurs), Pollini captive par la clartĂ© et la construction de son jeu. La fougue virile beethovĂ©nienne s’entend naturellement dans le jeu parfois âpre d’un Pollini très engagĂ© : la fureur de Beethoven, sa sanguinitĂ© conquĂ©rante profite Ă  l’interprète capable de prendre tous les risques, mesurĂ©s cependant Ă  l’aulne de l’Ă©lĂ©gance.
La profondeur aussi (largo e mesto en rĂ© mineur de l’Opus 10,  -1796-1798), annonçant l’Adagio sostenuto de l’Opus 106…) ; le pathos schillĂ©rien de la Grande Sonate pathĂ©tique de 1799 (Opus 13), l’immersion bouleversante et tendre des Sonates opus 14 ; l’inventivitĂ© formelle des Sonates opus 26 et 27…  sont approchĂ©s avec une franchise de ton et une suractivitĂ© perlĂ©e qui captive. Pollini en fait autant de jalons essentiels d’un laboratoire musical et esthĂ©tique, au dĂ©but du siècle (1800-1081) ; ruptures ou avancĂ©es, les opus 30 et surtout 31 marquent par leur radicalitĂ© nouvelle Ă  l’Ă©poque du testament d’Heiligenstadt, combinant cohĂ©rence de la structure et frĂ©nĂ©sie irrĂ©pressible. Tout cela fulmine et s’intensifie sous les doigts d’un artiste complet,  fougueux autant que rĂŞveur.

A l’Ă©poque de l’HĂ©roĂŻque (1803) et de Fidelio I (1804), l’opus 53 inscrit sa marche rĂ©formatrice dans la Waldstein (1803), l’Appassionata (opus 57 de 1803 aussi), sonates symphoniques marquantes par leur ampleur de vue, leur conscience Ă©largie que porte toujours une volontĂ© indĂ©fectible vers l’avenir. Pollini Ă©claire la pensĂ©e continue d’un compositeur en perpĂ©tuelle recherche : un Picasso avant l’heure. A l’impĂ©tuositĂ© de la flamme inspirĂ©e rĂ©pond un nouvel Ă©ventail de trouvailles qui dĂ©passe la stricte matĂ©rialitĂ© et la mĂ©canique un peu sèche du clavier : l’Ă©lĂ©vation et le souffle dĂ©sormais Ă©poustouflants dialoguent avec des plongĂ©es introspectives d’une profondeur renouvelĂ©e Acrobate et poète, conscient des risques encourus, Pollini est capable de vertigineux contrastes.

Fidelio de BeethovenEn 1816, l’opus 101 contemporain des dĂ©marches de Beethoven pour rĂ©cupĂ©rer la garde de son neveu Karl (le fils de Caspar mort en 1815), plonge dans d’autres eaux Ă©motionnelles particulièrement intenses et exacerbĂ©es : l’Ă©criture fuguĂ©e, sĂ©vère, dialogue avec une intimitĂ© plus allusive et libre. MĂŞme stricte construction dans l’opus 106 (1817) oĂą les proportions colossales voire cosmiques sont nuancĂ©es par des Ă©lans suspendus (Adagio sostenuto) d’une intĂ©rioritĂ© qui confine dĂ©sormais Ă  la lumière et l’Ă©blouissement final ; c’est assurĂ©ment le cas des opus 109 (septembre 1820) et des suivants : en enfant de la RĂ©volution, qui eut sa pĂ©riode napolĂ©onienne (pour mieux renier ensuite le faux libĂ©rateur), Beethoven est bien l’hĂ©ritier des Lumières, fraternel et conquĂ©rant : l’arche tendue vers l’avenir de l’opus 111 (deux seuls mouvements rĂ©capitulatifs comme des Ă©nigmes, janvier 1822), autorise toutes les conjectures et rĂ©alise le rĂŞve ardent de Ludwig, dĂ©passer le prĂ©sent, permettre le futur. Comme une transe progressive, le parcours pianistique tempĂŞte et expĂ©rimente dans la trĂ©pidation de rythmes constamment changeants ; de nouveaux aigus Ă©thĂ©rĂ©s atteignent l’insondable aux portes de l’ineffable, dans une dĂ©matĂ©rialitĂ© nouvelle dont l’abstraction aĂ©rienne et aquatique, constellĂ©s de murmures harmoniquement miroitants, annonce dĂ©jĂ  Debussy. C’est l’un des apports de cette intĂ©grale discographique, accomplissements captivants ici rĂ©alisĂ©s Ă  Vienne en 1977.

CLIC_macaron_2014Le jeu du pianiste suit le souffle, accompagne chaque respiration de chaque phrase, joue l’expressivitĂ© comme un dernier soubresaut : une vitalitĂ© ardente, un feu intact que colore Ă  peine l’ivresse Ă©perdue Ă©chevelĂ©e des Ă©pisodes plus retenus (Ă©coutez les dernières tendresses agiles, presque insouciantes de l’opus 49, enregistrĂ©es Ă  Munich en juin 2013 et 2014). Pollini / Beethoven, l’Ă©quation positive ? PortĂ© par une connivence heureuse, l’interprète sert comme peu l’art de son maĂ®tre. Le jeu respecte Ă  la lettre l’activitĂ© et l’embrasement de chaque partition. La vivacitĂ© Ă©lectrise, l’Ă©lĂ©gance caresse, la vision convainc. Totalement. Coffret Ă©vĂ©nement. Logiquement CLIC de classiquenews de janvier 2015.

Beethoven (1770 – 1827) : intĂ©grale des Sonate spour piano. Complete piano sonatas. Maurizio Pollini, piano. 8 cd Deutsche Grammophon 0289 479 4120 0.

Visitez le site de Deutsche Grammophon et la page déidée à Maurizio Pollini

Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud)

actes Sud harnoncourt la parole musicale propos sur la musique romantique actes sud livres clic de classiquenews octobre 2014Livres. Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale (Actes Sud). Coquille sur la couverture : contrairement à ce qui est indiqué, les propos recueillis ici ne concernent pas uniquement les compositeurs romantiques… A moins que Mozart (et ses ultimes Symphonies dont la centrale K550 en sol mineur) soit lui aussi romantique… ce qui nous comblerait de joie (!), car sa modernité et sa sensibilité visionnaire ne peuvent selon nous être rangées dans aucune case… trêve d’observations de détail : car c’est bien de plusieurs textes décisifs et lumineux dont il est question dans ce nouvel opus à propos de Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Bruckner et même Bizet et Verdi (mais pas de Strauss ni de Mahler : Harnoncourt n’a jamais caché qu’il les jugeait l’un et l’autre « trop bavards »). Comme directeur musical de son festival Styriarte en Autriche, Nikolaus Harnoncourt a pu aborder nombre de compositeurs, lyriques et symphoniques auxquels il a consacré des discours et présentations très détaillés, surtout très militants. Le texte liminaire le plus pertinents demeure celui sur Mozart et le sens profond de sa Symphonie axiale / centrale au sein de la trilogie des trois dernières : 39, 40 et 41 « Jupiter ». La K 550 en sol mineur résonne comme une déflagration, par sa sonorité inédite et inclassable qui fait imploser la forme elle-même et le tissu mélodique comme harmonique. Sa signification profonde s’entend avec les deux autres qui l’encadrent. Jamais Harnoncourt, exceptionnel mozartien (il a dirigé les opéras majeurs à Salzbourg) n’a été ici plus argumenté, mieux inspiré, dans un texte rédigé pour les 250 ans de Mozart au Mozarteum de Salzbourg (2006). Pour passer des intentions à la pratique le lecteur se reportera à l’excellent double cd édité simultanément chez Sony classical, dédié justement au 3 dernières Symphonies conçu comme «  un oratorio instrumental », CLIC de classiquenews du mois de septembre 2014.

CLIC_macaron_2014Au-delà de l’exercice hommage (légitime), Harnoncourt argumente en faveur du sens profond de l’art dont les grandes œuvres doivent demeurées accessibles et vivantes pour le plus grand nombre. Ainsi se précisent les valeurs d’un chef « exemplaire » qui repousse toujours plus loin l’exercice collectif (chef et orchestre) de la musique, comme une expérience humaniste et spirituelle à partager avec les publics. . A travers les textes de conférence et de présentation liés aux éditions du festival Styriarte, mais aussi grâce à l’apport de plusieurs entretiens traduits, le chef Harnoncourt aborde des thèmes variés (De Beethoven à Berg, 1990 ; la rhétorique musicale chez Beethoven, la Missa Solemnis (Salzbourg 1992), les contrastes de Schubert redécouverts… Ainsi se profile aussi une connaissance aiguë de ce qu’est une certaine musique autrichienne typiquement viennoise, de Schubert à Johann Strauss (en passant par Bruckner) : une manière d’écrire la musique et aussi un regard sur la vie où se mêle musique populaire (danses traditionnelles), élégance, nostalgie… Pour comprendre une écriture, il faut évidemment revenir à ses origines et connaître absolument le manuscrit autographe : avant l’édition qui est la variation réductrice et tronquée, les notes manuscrites du compositeurs offrent un champs polysémantique d’une richesse inouïe :la preuve en est donnée chez Bruckner et aussi ici chez Bizet dont la Carmen présente une palette exceptionnellement détaillée de nuances et d’indications dynamiques (hauteur, intensité, durée, caractère de la note ou de la phrase…).  Ailleurs pour Harnoncourt, Genoveva de Schumann est un sommet dans le genre opéra psychologique et mental, et Aida de Verdi, de la pure musique de chambre, … même Brahms y paraît tel « un vieux garçon usé ».  L’esprit de Nikolaus Harnoncourt n’a jamais cessé d’être depuis ses débuts comme pionniers des relectures baroqueuses sur instruments anciens, d’une verve neuve, en défricheur et en révolutionnaire : depuis 60 ans de pratique musicale, il ne cesse de nous ouvrir des horizons originaux et passionnants sur les œuvres. Un modèle et une personnalité à part… en ses temps de standardisation et de fadeur. Lecture indispensable.

Nikolaus Harnoncourt : La Parole musicale. SĂ©lection de textes, confĂ©rences, entretiens, traduits de l’allemand par Sylvain Fort.  Actes Sud Beaux Arts, Hors collection. Septembre, 2014 / 10 x 19 / 240 pages. ISBN 978-2-330-03407-8. Prix indicatif : 22, 00€

Livres. Monette Vacquin : « Grave, ma non troppo « . Beethoven, dernier mouvement. (Editions Penta)

BEETHOVEN monette vacquin penta editions livresLivres. Monette Vacquin : « Grave, ma non troppo « . Beethoven, dernier mouvement. (Editions Penta). Le génie de Beethoven est solitaire, exacerbé par sa souffrance intérieure, qui ne peut être partagée ni vécue comme lui, de l’intérieur. Il  paraît comme à part, écarté de la société viennoise. Ici donc les femmes sont inaccessibles ou lointaines insaisissables (comme chez Berlioz, cet autre romantique absolu). C’est pour contrer cette malédiction véridique qui fut pour le compositeur viennois à la fois son calvaire et le catalyseur de son élan créatif que l’auteure de ce texte admirable, offre une réécriture salutaire pour Beethoven : lui offrir ce qu’il ne put jamais vivre ni connaître de son vivant. La chaleur bienveillante et complice d’une amie véritable. Ainsi la narratrice qui raconte ce texte imaginaire (mais qui s’appuie sur une documentation véridique), Liebe partage le quotidien du grand romantique : d’intendante, elle devient sa confidente, son double qui suit chaque nouvelle composition de l’intérieur, et davantage encore au fur et à mesure des pages d’une vie à deux peu à peu conquise et dévoilée.
CLIC D'OR macaron 200Psychanalyste, Monette Vacquin offre une variation intime sur le Beethoven humain, ami, fraternel, sur l’être désireux d’un absolu amoureux que la prose contemporaine lui permet enfin de vivre. Le regard est fin, riche en évocation sur l’oeuvre, en filiations et résonances entre les partitions. C’est un Beethoven reconstruit de l’intérieur qui se précise jusqu’à la fin au point que lecteur se dit, s’il m’avait été demandé de brosser le portrait du Beethoven personnel à partir de la sensation que suscite ses oeuvres, j’aurai écrit mot pour mot le même texte. Juste, profond, subtil, la fiction historique nous envoûte et rétablit ce lien profond, indicible qui relie le musicien au genre humain. Remarquable.

Monette Vacquin : Beethoven, dernier mouvement. Grave, ma non troppo (Editions Penta). Collection « Psychanalyse, Art et Civilisation », dirigée par Michel Gad Wolkowicz. ISBN 978 2 917714 10 2. Prix indicatif : 29 €. Parution : juillet 2014.

Fidelio de Beethoven

BEETHIVEN-home-radio-290-400France Musique, ce soir: Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. Enregistré au TCE à Paris en juin 2014, voici un Fidelio rugueux et frénétique sur instruments d’époque, dirigé par Jérémie Rhorer. Hymne à l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la fidélité conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’épouse, sa détermination exemplaire contre l’autorité du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son époux Admète, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son époux Florestan dans la prison pour l’en libérer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est créé dans sa version définitive à Vienne, en 1814. La partition met en lumière le long processus d’écriture dont témoigne aussi les différentes versions de l’ouverture notées Leonore I, II, III, selon les temps de révision et de réécriture. L’énergie et l’espérance de Beethoven sont portées à leur plus haut degré d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il écrit pour la fraternité à bâtir, l’humanité à sauver d’elle même… EN LIRE +

 

logo_francemusiqueFrance Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. Enregistrement réalisé en juin 2014 au TCE. Malin Byström, Léonore. Joseph Kaiser, Florestan. Sophie Karthaüser, Marzeline. Andrew Foster Williams, Don Pizarro… Les Eléments, Le Cercle de l’Harmonie. Jérémie Rhorer, direction.

 

Fidelio de Beethoven

BEETHIVEN-home-radio-290-400France Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. EnregistrĂ© au TCE Ă  Paris en juin 2014, voici un Fidelio rugueux et frĂ©nĂ©tique sur instruments d’Ă©poque, dirigĂ© par JĂ©rĂ©mie Rhorer. Hymne Ă  l’amour triomphal, la partition de Fidelio exalte la vertu de la
fidĂ©litĂ© conjugale contre la tyrannie. L’auteur illustre la constance de l’Ă©pouse, sa dĂ©termination exemplaire contre l’autoritĂ© du despote Pizzaro. Si Alceste descend aux enfers pour sauver son Ă©poux Admète, Leonore, devenue Fidelio, rejoint son Ă©poux Florestan dans la prison pour l’en libĂ©rer.  Le chef d’oeuvre lyrique de Beethoven est crĂ©Ă© dans sa version dĂ©finitive Ă  Vienne, en 1814. La partition met en lumière le long processus d’Ă©criture dont tĂ©moigne aussi les diffĂ©rentes versions de l’ouverture notĂ©es Leonore I, II, III, selon les temps de rĂ©vision et de rĂ©Ă©criture. L’Ă©nergie et l’espĂ©rance de Beethoven sont portĂ©es Ă  leur plus haut degrĂ© d’accomplissement. Quand Beethoven compose, il Ă©crit pour la fraternitĂ© Ă  bâtir, l’humanitĂ© Ă  sauver d’elle mĂŞme…

LĂ©onore ou l’amour conjugal

A 32 ans, Beethoven commence l’écriture de son seul opĂ©ra, « Fidelio ou l’amour conjugal ». Sujet Ă©difiant qui fait l’apothĂ©ose de la fidĂ©litĂ© d’une Ă©pouse.Tout d’abord inspirĂ© par le livret hĂ©roĂŻque d’Emmanuel Shikaneder, « Vestas Feuer » (Le feu de Vesta), le compositeur se dĂ©cida finalement pour la pièce en trois actes du secrĂ©taire du théâtre impĂ©rial de Vienne, Joseph Ferdinand von Sonnleithner, lui-mĂŞme s’inspirant de LĂ©onore ou l’amour conjugal du français Jean Nicolas Bouilly. L’histoire s’inspire d’un fait avĂ©rĂ©. Bouilly alors procureur du Tribunal rĂ©volutionnaire avait notĂ© le dĂ©vouement de la comtesse de Semblançay qui avait permis la libĂ©ration de son mari en pĂ©nĂ©trant dans la prison jacobine oĂą Ă©tait sequestrĂ© son Ă©poux, le Comte RenĂ©. Le texte de Bouilly fut ensuite portĂ© Ă  la scène et mis en musique dans le style de Cherubini, par Pierre Gaveaux, au Théâtre Feydeau, le 19 fĂ©vrier 1798. L’heure Ă©tait au culte des hĂ©ros, du moins aux manifestations d’un idĂ©alisme exemplaire.

De 1805 à 1806: les deux première versions

Beethoven couche ses première mesures fin 1803. Il faudra attendre encore deux annĂ©es avant la première, le 20 novembre 1805. Entre temps, deux autres ouvrages lyriques furent crĂ©Ă©s sur le sujet, composĂ©s Ă  Dresde par PaĂ«r (3 octobre 1804), Ă  Padoue par Mayr (1805). Il est probable que Beethoven connut parfaitement la version de PaĂ«r. L’accueil dans une Vienne alors occupĂ©e par les français, – NapolĂ©on règne sur l’Europe-,
ne fut pas des plus chaleureux. Les raisons de cette Ă©chec restent conjectures. Beethoven sourd qui avait imposĂ© sa dĂ©cision de diriger « sa Leonore », fut-il un Ă©lĂ©ment fragilisant la crĂ©ation ? L’orchestre Ă©tait-il Ă  la hauteur de ses exigences?
Ainsi qu’il en est pour les œuvres des génies insatisfaits, Beethoven meurtri, demanda dès le lendemain de la première, à Stephan von Breuning, de remanier le texte initial, de passer de trois à deux actes, selon une formule efficace qui avait déjà montrer ses avantages pour la Clemenza di tito de Mozart en 1791. Beethoven remanie aussi la partition, compose une nouvelle ouverture, aujourd’hui connue sous le nom d’ « ouverture Leonore III ». La première n’ayant jamais été jouée du vivant du compositeur, c’est la seconde version qui fut abordée lors de la création de 1805.
Avec l’ouverture Leonore III, son découpage nouveau en deux actes, la nouvelle Leonore de Beethoven fut présentée au public le 29 mars 1806. Succès immédiat mais, obstacles ourdis par un destin contaire, Beethoven en brouille avec l’intendant du théâtre an der Wien qui affichait l’opéra, retira illico son œuvre.

Version finale de 1814

Pour autant, le destin de Leonore n’était pas terminĂ©. Georg Friedrich Treitschke, sous-directeur du mĂŞme théâtre an der Wien en 1814, proposa Ă  Beethoven de remonter l’ouvrage. Et le compositeur de bonne volontĂ©, accepta de reprendre sa partition pour une troisième nouvelle version. “Cet opĂ©ra me vaudra la couronne des martyrs”, Ă©crit-il alors. RĂ©duction du texte de Sonnleithner, nouvelle ouverture en mi majeur, dite « Fidelio », nouvelle fin plus Ă©clatante, puisque les protagonistes chantent leur libĂ©ration non plus dans le cachot mais sur la place du château. L’hymne Ă  la lumière y est d’autant plus explicite que Beethoven rĂ©utilise pour l’air final une mĂ©lodie tirĂ©e de sa cantate composĂ©e en 1790 pour la mort de Joseph II. Un style oratoire clame la libĂ©ration du couple, et au delĂ , la libertĂ© des hommes tournĂ©s vers l’idĂ©al des Lumières. Si la fidĂ©litĂ© est la valeur première cĂ©lĂ©brĂ©e dans l’œuvre, il en est
de même pour la chanteuse créatrice de la première Leonore en 1805 : Anna Midler chanta, presque dix ans plus tard, le rôle-titre, lors de la recréation de l’œuvre, le 23 mai 1814. L’opéra suscita enfin un véritable triomphe.

Ludwig van Beethoven, Fidelio (1805-1814)
Opéra en deux actes sur un livret de Joseph Sonnleithner et Georg
Friedrich Treischke d’après le mélodrame de Jean-Nicolas Bouilly «
Léonore ou l’amour conjugual »

 

 

logo_francemusiqueFrance Musique. Fidelio de Beethoven, mardi 29 juillet 2014, 20h. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2014 au TCE. Malin Byström, LĂ©onore. Joseph Kaiser, Florestan. Sophie KarthaĂĽser, Marzeline. Andrew Foster Williams, Don Pizarro… Les ElĂ©ments, Le Cercle de l’Harmonie. JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849)

habeneck francois antoine HABENECKCLIC D'OR macaron 200Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849). Voici enfin une biographie dĂ©diĂ©e Ă  François Antoine Habeneck (1781-1849), figure majeure dans le Paris romantique et musical propre Ă  la Restauration (le très rossinien Charles X) puis sous le règne de Louis-Philippe. Le sujet est d’autant plus important que la France  ignore toujours que Paris fut avant Vienne, une capitale symphonique europĂ©enne, concevant 14 ans avant les concerts philharmoniques viennois (fondĂ©s en 1842 par Otto NicolaĂŻ), la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire dès 1828 Ă  l’initiative  du visionnaire Habeneck. L’idĂ©e Ă©tait de constituer un orchestre indĂ©pendant d’une salle, entièrement dĂ©diĂ© aux concerts, en s’appuyant sur la richesse des classes d’instruments du Conservatoire : dĂ©fense d’un rĂ©pertoire, professionnalisation des jeunes instrumentistes. Il est vrai que le rĂ©pertoire qui y est jouĂ©, dĂ©fendu par Habeneck lui-mĂŞme reste majoritairement germanique, centrĂ© surtout autour des Symphonies de Beethoven, modèle pour tous : de 1828 Ă  1840, le chef d’orchestre estimĂ© fait jouer toutes les symphonies de Beethoven, mais aussi les oeuvres de Mozart, sans omettre de donner sa chance aux jeunes compositeurs dont… le fougueux Berlioz : dans le temple de la musique beethovĂ©nienne, Habeneck crĂ©e la Fantastique le 1er novembre 1830, un Ă©vĂ©nement dĂ©cisif de l’histoire de la musique qui montre combien Paris grâce Ă  Habeneck Ă©tait devenu l’annĂ©e de la RĂ©volution bourgeoise, un foyer musical particulièrement actif sur le plan symphonique. Après avoir soutenu de la mĂŞme façon Mendelssohn, les mĂ©connus Farrenc ou Onslow (le Beethoven français), Schneitzhoeffer (compositeur pour La Sylphide) et Elwart, sans omettre ses confrères, Ries ou Spohr, Habeneck aura moins de curiositĂ©, l’institution crĂ©Ă©e basculant dans une certaine routine. Dans le Paris post napolĂ©onien, Habeneck, dĂ©terminĂ©, assidu grava les Ă©chelons obstinĂ©ment au sein de l’orchestre de l’OpĂ©ra : son gĂ©nie de la direction d’orchestre (plus de bâton, plus de violon directeur) le distingue parmi ses pairs. Le chef s’impose irrĂ©sistiblement Ă  Paris, comme chef principal Ă  l’AcadĂ©mie royale (crĂ©ant les opĂ©ras de Rossini dont Guillaume Tell en 1829), puis Ă  l’OpĂ©ra. Travail en profondeur, sens des nuances, respect de la partition : tout indique chez lui l’un des premiers chefs d’orchestre, ambassadeur d’une Ă©thique nouvelle, celle qui fit l’admiration entre autres de Wagner, le seul musicien parmi ses contemporains, sincère et tenace Ă  lui rendre hommage ; mais aussi de Balzac qui le cite expressĂ©ment comme l’emblème de la prĂ©cision et de l’énergie. Cette exactitude lui inspire une autre rĂ©forme, celle de l’abaissement du ton de l’orchestre de l’OpĂ©ra devenu nĂ©cessaire au regard de l’Ă©volution des styles et du rĂ©pertoire jouĂ©. Habeneck est un boulimique, douĂ© d’une grande activitĂ©, passionnĂ© par la question de l’Ă©criture symphonique, beethovĂ©nien convaincu.

 

 

Habeneck, premier chef moderne

 

habeneck_02Pourtant engagĂ© Ă  dĂ©fendre ses Ĺ“uvres, Habeneck fut bientĂ´t critiquĂ© vertement par Berlioz dont la carrière de chef  (lui aussi) rivalisa rapidement avec celle de son contemporain…. triste retournement d’estime pour celui qui crĂ©a la Symphonie Fantastique (1830) puis le Requiem (1837). Après avoir recherchĂ© pour la rĂ©ussite de ses concerts au Conservatoire, la direction foudroyante de son ancien ami, Berlioz n’aura plus bientĂ´t d’adjectifs assez dĂ©prĂ©ciatifs pour enfoncer son premier dĂ©fenseur… Violoniste dans l’Orchestre de l’OpĂ©ra de Paris (1804), Habeneck devient aussi professeur au Conservatoire (1808) ; nommĂ© premier violon de l’Orchestre de l’OpĂ©ra en 1817 Ă  26 ans, il devient directeur de l’AcadĂ©mie royale de musique en 1821, puis premier chef d’orchestre Ă  l’OpĂ©ra en 1825. Il assure la crĂ©ation des opĂ©ras majeurs de son temps : Guillaume Tell de Rossini, Robert le diable de Meyebeer, Benvenuto Cellini de Berlioz… A l’AcadĂ©mie, autour d’un recrĂ©ation de l’IphigĂ©nie en Aulide de Gluck (1822), il tente de soutenir les opĂ©ras français signĂ©s (Reicha, Berton, HĂ©rold, Kreutzer)… sans grands rĂ©sultats car le goĂ»t est italien et rossinien : un autre Ă©chec demeure la crĂ©ation du Freischutz de Weber, finalement accueilli par l’OdĂ©on (certes dĂ©formĂ© et dĂ©naturĂ© en 1824). Son grand Ĺ“uvre demeure la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© des concerts du Conservatoire en 1828, l’ancĂŞtre de notre Orchestre de Paris instituĂ© par Charles Munch en 1967. Outre ses travaux pour la qualitĂ© d’un orchestre permanent Ă  Paris, dĂ©fenseur du rĂ©pertoire symphonique, Habeneck en crĂ©ant la nouvelle SociĂ©tĂ© des concerts, institua le premier, une caisse de retraite en faveur des membres et musiciens sociĂ©taires. Mort en 1849, Habeneck participe indiscutablement au milieu musical parisien, constatant l’engouement pour l’opĂ©ra italien et  la faveur unanime pour Rossini. ElĂ©ment finalement dĂ©risoire de la grande machine officielle française, son pĂ©rimètre d’action est cependant fort Ă©troit, confrontĂ© aux dysfonctionnements multiples et aux intrigues d’une administration paralysĂ©e, sans guère de moyens, mais aux ambitions affichĂ©es, contradictoires, toujours conquĂ©rantes.

L’auteur auquel nous devons chez le mĂŞme Ă©diteur : La Schiassetti, Jacquemont, Rossini, Stendhal… une saison parisienne au Théâtre-Italien, signe lĂ  une nouvelle rĂ©ussite : il ne s’agit pas tant de prĂ©ciser le portrait d’un chef et musicien exceptionnel (l’esquisse historique est en soi rĂ©ussie) que de restituer surtout le bouillonnement d’une pĂ©riode musicale extrĂŞmement riche sur le plan des initiatives nouvelles et de la crĂ©ation des Ĺ“uvres. Le destin et l’oeuvre d’Habeneck malgrĂ© les tensions, oppositions multiples, jalousies qui sèment son parcours, n’en sont que plus admirables. Passionnant.

 

 

Livres. François Bronner : François Antoine Habeneck (1781-1849).  Collection Hermann Musique. ISBN: 978 2 7056 8760 1. 288 pages (15 x 23 cm). Prix indicatif : 35 €.

Lire aussi notre entretien avec l’auteur, François Bronner

 

 

RĂ©cital du Quatuor ZaĂŻde Ă  Saintes

quatuor zaide-cordes saintes 2014 quatuor ZAIDE concertSaintes. Quatuor ZaĂŻde : Haydn, Janacek, Beethoven, le 18 juillet 2014,22h. Le 3ème concert de la journĂ©e Ă  Saintes promet par tradition la dĂ©couverte voire rĂ©vĂ©lation de nouveaux et jeunes talents. C’est le cas des 4 musiciennes chambristes composant le Quatuor ZaĂŻde qui offrent ce 18 juillet au milieu de la nuit, un programme ambitieux rĂ©unissant Haydn, Beethoven, Janacek. Haydn: Quatuor opus 50 n°6. Dans l’histoire de la musique et dans celle de l’évolution progressive de la forme musicale, il y a pour le XVIIème les madrigaux de Monteverdi et pour le XVIIIè,  les …Quatuors de Mr Haydn. Le grand Claudio fait Ă©voluer le langage vocal et instrumental Ă  travers les madrigaux, passant de la polyphonie strictement vocale Ă  l’écriture baroque, dramatique, mĂŞlant instrumentistes et chanteurs vers un seul but, l’articulation expressive et poĂ©tique du mot. Quand la parole se fait geste et vice versa. A Vienne, Joseph Haydn transpose en musique, l’art de vivre raffinĂ© et social de la vie impĂ©riale cultivĂ©e … en musique : le Quatuor incarne peu Ă  peu l’idĂ©e de la conversation musicale mais Ă  quatre instruments de cordes seules. Le plan est parfaitement cernĂ© et de plus en plus strict : de 3 Ă  4 mouvements. L’ordre des Ă©pisodes se met en place : allegro initial (parfois avec un prĂ©lude sombre et imprĂ©visible), puis adagio, scherzo (et son trio ou menuet d’essence chorĂ©graphique), enfin allegro. Le tout forme un cycle caractĂ©risĂ© dont l’esprit et le caractère respectif contraste avec ce qui prĂ©cède et ce qui suit.

haydn_joseph_aristoLes six quatuors opus 50 de Joseph Haydn, dédiés à Frédéric Guillaume II de Prusse  sont dits «  prussiens et datent de 1787. La forme nouvelle permet au compositeur d’expérimenter, d’explorer dans toutes les directions, comme il le fait simultanément dans le domaine symphonique pour grand orchestre (les Symphonies parisiennes sont achevées juste avant les 3 Quatuors Prussiens. Outre le trio exceptionnel du Scherzo, Haydn affine encore les nuances de son écriture en particulier dans le dernier mouvement (allegro con spirito) où les mêmes notes répétées ne sont jamais colorées de la même façon. Le propre de Haydn ? Une élégance jamais mise en défaut, de l’invention là où on attend du conformisme, de la facétie où l’on espère du brio.

kamila janacekLes Lettres intimes de Janacek. Inventeur de l’opĂ©ra tchèque, Janacek brille sur la scène lyrique (Jenufa, l’Affaire Makropoulos, La Petite renarde rusĂ©e…), autant de chefs d’oeuvre dans sa langue natale qui apporte tout l’esprit original d’une culture spĂ©cifique, passionnĂ©e, contrastĂ©e, dont les ferments propres renouvellent aussi le genre opĂ©ra. Le compositeur est un homme comblĂ©, dont la vie intime fut une sĂ©rie d’épisodes enfiĂ©vrĂ©s dont tĂ©moignent presque explicitement ses Quatuors parmi les mieux autobiographiques du genre : bavardages dĂ©cousus diront les moins convaincus ; jaillissement libre et audacieux des affects diront les admirateurs pour qui Janacek a su aussi renouveler le genre crĂ©Ă© par Haydn. Le Quatuor Ă  cordes n°2, dit «lettres intimes», est le miroir d’une psychĂ© riche et bouillonnante : Ă  la fin des annĂ©es 1920, le compositeur vit une relation passionnĂ©e avec une jeune femme Kamila Stösslova, … qui a plus de 35 ans de moins que lui ! Le titre du Quatuor n°2 renvoie Ă  l’abondante correspondance entre les deux amants. Printemps sensuel pour le musicien en fin de carrière, comme avant lui, le vieux Rubens, amant regaillardi de la belle et très jeune HĂ©lène Fourment. L’histoire de l’art est Ă©difiante en vies sentimentales renouvelĂ©es oĂą des âmes ayant dĂ©jĂ  vĂ©cues leur cours, retrouvent Ă  l’extrĂ©mitĂ© de leur existence un nouveau soleil amoureux. Le grand souffle inspire Ă  Janacek l’une de ses Ĺ“uvres les plus inspirĂ©es, innocente par son flux premier, vital, primitif, d’un lyrisme Ă  fleur de peau et jamais tapageur. Ici la passion s’écrit en quatre mouvements tels que fixĂ©s par Haydn :  le premier mouvement exprime l’extase et le ravissement des cĹ“urs liĂ©s. Le final, après un moderato sensuel et lui aussi enivrĂ©, et parfois sombre, se fait dĂ©claratif … d’un Ă©lan conquĂ©rant, totalement lumineux. Illustration : Kamilla et Janacek (DR).

saintes abbatiale-facade-724x521Beethoven : Quatuor opus 59 n°3. A Saintes, les Zaide ajoute à ce programme généreux, le 3ème et ultime Quatuor Razumovsky de Beethoven, l’opus 59 n°3 (composé en 1807, créé par le Quatuor Schuppanzigh à Vienne en 1809) : à Vienne, Beethoven, célèbre déjà pour ses cycles symphoniques et de musique concertante (où il crée lui-même au clavier la plupart de ses Concertos pour piano), sait convaincre l’élite viennoise en lui offrant sa propre conception formelle du quatuor, après l’âge d’or incarné par son prédécesseur Haydn (et aussi Mozart). Parmi ses soutiens politiques, Razumovski qui est alors ambassadeur de Russie à Vienne. Emblème d’une modernité exigeante qui ne renonce à aucune audace, l’œuvre séduit immédiatement par sa puissante architecture harmonique comme sa grande fluidité mélodique (andante con moto). Parmi les annotations laissées par Ludwig sur le document autographe, l’auteur affirme sa claire conscience artistique malgré sa surdité : « «Ne garde plus le secret de ta surdité même dans ton art ». A croire que Schumann en avait compris l’incisive vérité : « ici Beethoven trouve ses motifs dans la rue, mais il en fait les plus belles paroles du monde ». Comme l’a fait Haydn mais de façon épisodique pour contraster l’ensemble de sa production, Beethoven inaugure ici, un procédé propre aux grands Quatuors de la fin, ceux de la maturité souveraine : une introduction lente et sombre parfois introspective et lugubre afin de préparer à la profondeur de ce qui suit et déjà susciter l’attention et l’écoute attentive de son auditoire. Comme pour Janacek après lui, Beethoven renouvelle le modèle de Haydn et fait du quatuor, le miroir musical de son âme palpitante. Un génial laboratoire intime qui manifeste ce que la musique peut dire ce que la voix ne saurait chanter.

 

Vendredi 18 juillet, 22h
Abbaye aux Dames
Quatuor ZaĂŻde

Joseph Haydn
(1732-1809)

Quatuor opus 50 n°6 : allegro en rĂ© majeur – poco adagio en rĂ© mineur – menuetto (allegretto) – allegro con spirito

Leos Janácek
(1865-1924)

Quatuor n°2 «lettreS intimes»  : andante – con moto – allegro adagio – vivace

moderato – andante – adagio allegro – andante – adagio

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)

Quatuor opuS 59 n°3 : andante con moto- allegro vivace andante con moto quasi allegretto menuetto grazioso – allegro molto

Quatuor ZaĂŻde

Charlotte Juillard et Manon Philippe, violon

Sarah Chenaf, alto
Juliette Salmona, violoncelle

 

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Consultez l’ensemble de la programmation du festival de Saintes, les modalités de réservations et les offres pacakagés plusieurs concerts, les conditions d’hébergement à Saintes… sur le site du festival de Saintes 2014

RĂ©servations par internet

par téléphone au  + 33 5 46 97 48 48

 

CD. Beethoven : Les Créatures de Prométhée (Armonia Atenea, George Petrou, 2013)

prometheus beethoven decca armonia Atenea George Petrou cdCD. Beethoven : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e (Armonia Atenea, George Petrou, 2013). C’est un Beethoven dĂ©poussiĂ©rĂ©, tonique mais aussi remarquablement articulĂ© qui s’impose Ă  nous grâce Ă  la sanguinitĂ© fĂ©line et Ă©lĂ©gante de George Petrou et de son ensemble Armonia Atenea. VitalitĂ©, finesse agogique, maĂ®trise Ă©loquente des contrastes dès l’Ouverture (en son entrĂ©e … nageant dans les bĂ©atitudes, contrepointant des Ă©clats guerriers), chef et instrumentistes, d’une Ă©lĂ©gance folle et très inspirĂ©s (superbe palpitation des cordes), nous rĂ©galent grâce aux bĂ©nĂ©fices des timbres des instruments anciens : un fruitĂ© mince mais intense et mordant, des attaques plus fines, une sonoritĂ© aux dynamiques d’un format originel que la prise de son magnifie avec style et intelligence. On Ă©coute ici du Beethoven comme rarement, d’autant plus bĂ©nĂ©fique s’agissant d’une oeuvre de jeunesse (supĂ©rieure Ă  sa Symphonie n°1 en rĂ©alitĂ© : l’ouverture fait souffler un vent tragique qui annonce directement par sa nature théâtrale et son Ă©criture dramatique Leonore III, rien de moins) ; une partition si mĂ©sestimĂ©e qu’elle Ă©tait devenue “mineure”  dans l’esprit embrumĂ© de tous… Ă  torts Ă©videmment : enfin rĂ©vĂ©lĂ©e dans sa stature d’origine, Ă  la fois pĂ©taradante et d’une intensitĂ© d’un raffinement inouĂŻ, la partition du Beethoven trentenaire Ă  Vienne sort de l’ombre.
Depuis les premiers apports de la pratique historiquement informĂ©e, les orchestres sur instruments d’Ă©poque sont de plus en plus nombreux : chacun apporte sa carte sonore, celle d’Armonia Atenea regorge de nervositĂ© et de grandeur, servant un Beethoven viril, altier, mais aussi d’une hypersensiblitĂ© qui le rend humain. L’Ă©quilibre et la clartĂ© des pupitres associĂ©s (bois, cuivres…) sont jubilatoires, d’une opulence caractĂ©risĂ©e d’une superbe tenue. Armonia Atenea mĂ©rite de figurer aux cĂ´tĂ©s des meilleures phalanges maĂ®trisant et la technicitĂ© volubile et l’intelligence expressive, capable d’une nettetĂ© de trait Ă©poustouflant comme d’une ampleur de geste presque dĂ©tachĂ© et souple, un modèle dans le genre : Orchestre des Champs ElysĂ©es et son “petit frère” : le JOA, Jeune Orchestre de l’Abbaye (ex Jeune Orchestre Atlantique), Anima Eterna de Jos Van Immerseel, sans omettre le très pertinent orchestre Les Siècle de François Xavier Roth… le gain en terme d’expressivitĂ© et de subtilitĂ© sonore au registre des orchestres sur instruments d’Ă©poque dans la veine symphonique n’est plus Ă  dĂ©montrer : l’apport d’Armonia Aeterna nous le prouve ici avec une finesse fluide rarement atteinte comme c’est le cas dans ce programme.

 

 

 

Réjouissant orchestre chorégraphique

 

CLIC D'OR macaron 200La direction ne fait pas que ciseler la très fine caractĂ©risation parfois pincĂ©e de chaque Ă©pisode ; le chef George Petrou n’oublie pas pour autant la pulsion, le nerf, la tension, la lumineuse espĂ©rance d’une orchestration portĂ©e vers la lumière et la glorification du mouvement.  A Vienne fin mars 1801 (le Ballet les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e est crĂ©Ă© le 28 mars 1801), Beethoven semble prolonger le meilleur Haydn,  et non des moindres : celui de son oratorio, La CrĂ©ation crĂ©Ă© quelques semaines auparavant (1801), manifeste de toute cette Ă©lĂ©gance viennoise dĂ©but de siècle ou vĂ©ritable hymne musical de la Vienne des Lumières, et que le jeune et dĂ©jĂ  gĂ©nial Ludwig dĂ©passe avec un feu rayonnant,  une claire conscience qu’il y Ă©chafaude la musique de l’avenir : pressĂ© d’ĂŞtre convaincu ? N’Ă©coutez alors que la plage 11 (Adagio – Allegro molto) : une synthèse brillantissime dans le style frĂ©nĂ©tique du premier romantisme que George Petrou porte jusqu’Ă  incandescence dramatique : fièvre orchestrale, intelligence dynamique, ciselure des instruments solistes. Du grand art ! MĂŞmes climats d’une profondeur et d’une prĂ©cision superlative dans l’Ă©pisode qui suit, l’Allegro de la Pastorale dont l’inspiration musicale (balancement rayonnant entre dignitĂ© et panache fou) montre naturellement le gĂ©nie beethovĂ©nien … donc remarquablement exprimĂ© par les musiciens d’Armonia Atenea.

Voici une nouvelle vison particulièrement convaincante d’autant plus bĂ©nĂ©fique qu’elle ne nĂ©glige ni la pĂ©tillance des timbres restituĂ©s ni l’esprit de la partition qui aux cĂ´tĂ©s de son formidable essor orchestral, est aussi surtout une action chorĂ©graphique. La ciselure des instruments solistes (harpe, bois, vent, corde dans le printanier et pastoral du Grave, plage 7) dĂ©montre la science et la sensibilitĂ© du Ludwig trentenaire (31 ans en 1801). Dans ce bouillonnant festin de timbres ciselĂ©s, goĂ»tez en effet la harpe (si rare dans l’oeuvre de Beethoven pour ĂŞtre signalĂ©e) toute en lĂ©gèretĂ© mĂ©lancolique ; c’est, s’agissant du seul usage de l’instrument, une rĂ©vĂ©lation. MĂŞme sentiment pour le cor de basset (si aimĂ© du dernier Mozart dans La ClĂ©mence de Titus) que Beethoven aime chĂ©rir dans le solo della signora Cassentini, d’une sensualitĂ© irrĂ©sistible, certainement très inspirante pour la ballerine convoquĂ© de ce solo de plus de 5mn  (plage 16).

petrou-george-armonia-atenea-beethoven-582-380Rien ne manque de ce point du vue au chef : George Petrou a le sens des infimes dĂ©tails comme de l’architecture globale du ballet : il reste constamment soucieux de l’Ă©nergie dramatique (pulsation dansante des n°8, 15 et 16, ces deux derniers Ă©pisodes semblant faire la synthèse de toutes les symphonies de Haydn dans l’abandon, l’Ă©lĂ©gance, l’humour et la facĂ©tie aussi), de l’alternance des Ă©pisodes,  du sens du parcours dramatique. L’euphorie et l’ivresse jamais creuses des instrumentistes font tous les dĂ©lices de cette lecture qui dĂ©voile en bien des points, des trouvailles rĂ©jouissantes ; ce jaillissement irrĂ©pressible du Beethoven, symphoniste gĂ©nial : l’essor du thème principal du Finale, dĂ©jĂ  esquissĂ© dans l’Ouverture- qui sera repris dans le final de la Symphonie n°3 ‘HĂ©roĂŻque” l’indique clairement : il fallait bien que l’Ă©nergie palpitante et souvent irrĂ©sistible du ballet PromĂ©thĂ©e, ainsi rĂ©vĂ©lĂ© par Armonia Atenea, soit finalement recyclĂ© dans un programme de musique pure, et non des moindres. De sorte qu’ici, en place d’un final de Ballet, n’en dĂ©plaise au chorĂ©graphe et danseur vedette, initiateur de l’ouvrage, Salvatore Vigano (qui destina le Ballet pour l’ImpĂ©ratrice si mĂ©lomane Marie-ThĂ©rèse), c’est bien le chant du seul orchestre qui se dĂ©ploie enfin dans un finale dont l’esprit symphonique est d’une irrĂ©sistible Ă©lĂ©gance. On connaissait Armonia Atenea comme complice du baroqueux et très haendĂ©lien contre tĂ©nor Max Emanuel Cencic (cf. Alessandro ou le rĂ©cent Rokoko cĂ©lĂ©brant Hasse, 2 albums Ă©ditĂ©s aussi chez Decca) : le plaisir de servir Beethoven avec autant de finesse que d’intelligence reste saisissant. Une très grande surprise et donc, un CLIC de classiquenews pour l’Ă©tĂ© 2014.

 

 

Beethoven : Les Créatures de Prométhée, ballet opus 43, Vienne, le 28 mars 1801. Armonia Atenea, George Petrou, enregistrement réalisé en juillet et septembre 2013 à Athènes). 1 cd Decca 478 6755.

 

Illustration : George Petrou © Ilias Sakalak

 

 

 

 

Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromĂ©thĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

herrewghe Philippe-Herreweghe-c-Michiel-HendryckxDans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thèmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grâce au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la dernière section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thème que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particulièrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grâce au feu de la danse. Melpomène assassine le titan mais celui ci renaĂ®t grâce Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet à Beethoven de développer l’écriture orchestrale selon les contingences exigées par la trépidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement à la nécessité du drame chorégraphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne à l’aube du XIXème siècle bientôt napoléonien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : où prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor à cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs Elysées poursuit un travail spécifique sur l’éloquence ciselée, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expérimentations du répertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les créatures de Promothée devrait saisir par ses détails, l’énergie rythmique, le sens de la continuité, révélant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspiré par l’avenir.

Poitiers, TAP. Les créatures de Promothée de Beethoven. Orchestre des Champs Elysées, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30)

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Les Créatures de Prométhée de Beethoven au TAP de Poitiers

9 concerts Ă©vĂ©nements au TAP de Poitiers !Poitiers, TAP. Les crĂ©atures de PromothĂ©e de Beethoven. Orchestre des Champs ElysĂ©es, le 6 mai 2014 (auditorium, 20h30). L’Orchestre des Champs ElysĂ©es sous la direction de son fondateur et chef historique Philippe Herreweghe s’engagent sur instruments anciens Ă  rĂ©vĂ©ler les couleurs trĂ©pidantes d’un ballet mĂ©connu de Beethoven,  une partition peu jouĂ©e  (Ă  torts)  : Les CrĂ©atures de PromĂ©thĂ©e, ballet en une ouverture et trois actes composĂ© pour le chorĂ©graphe italien Salvatore Vigano.

Dans cette oeuvre oubliĂ©e crĂ©Ă©e Ă  Vienne le 28 mars 1801 (quand Haydn a livrĂ© son chef d’oeuvre testamentaire, La CrĂ©ation), Beethoven compose plusieurs thèmes qu’il recyclera dans sa fameuse Symphonie HĂ©roĂŻque. De fait, pour souligner la gĂ©nĂ©rositĂ© complice de PromĂ©thĂ©e envers les hommes enfin rĂ©habilitĂ©s grâce au don du gĂ©nial protecteur, Beethoven dans la dernière section (Danza festiva) dĂ©veloppe le thème que le compositeur emploiera pour le finale de sa Symphonie HĂ©roĂŻque. La musique Ă©nergique, palpitante, pleine d’une triomphante espĂ©rance exprime cette gaietĂ© dansante d’une exaltation irrĂ©sistible. La trame du ballet de Beethoven dont il existe une version pour piano que l’auteur chĂ©rissait particulièrement collectionne les tableaux contrastĂ©s : affection du titan PromĂ©thĂ©e pour ses deux figures de terre ; prĂ©sentation devant Apollon et les muses au Parnasse pour qu’elles prennent vie et s’Ă©lectrisent grâce au feu de la danse. Melpomène assassine le titan mais celui ci renaĂ®t grâce Ă  la frĂ©nĂ©sie chorĂ©graphique de Pan et de ses faunes… tout se conclut dans l’ivresse d’un temps de liesse collective. Concert Ă©vĂ©nement.

Philippe Herreweghe portraitLe sujet permet à Beethoven de développer l’écriture orchestrale selon les contingences exigées par la trépidation dansante. Le feu naturel de son style s’accorde ici parfaitement à la nécessité du drame chorégraphique. Avec Haydn, Mozart et le jeune Schubert, Vienne à l’aube du XIXème siècle bientôt napoléonien, s’affirme comme un foyer musical de premier plan : où prennent leur essor les formes purement instrumentales, Concerto pour piano, symphonies et dans le genre chambriste, le quatuor à cordes.
Sur instruments anciens, l’Orchestre des Champs Elysées poursuit un travail spécifique sur l’éloquence ciselée, alliant puissance et couleurs dans les vastes champs d’expérimentations du répertoire classique et romantique. En abordant le premier Beethoven, sa lecture du ballet Les créatures de Promothée devrait saisir par ses détails, l’énergie rythmique, le sens de la continuité, révélant sous le masque du compositeur l’immense architecte aspiré par l’avenir.

Compte-rendu : Verbier. 20è Festival de Verbier (Valais, Suisse), mardi 23 juillet 2013 : rĂ©cital Gregory Sokolov, piano. Schubert, Beethoven…

Grigoty Sokolov at the Philharmonie during rehearsal 17NOV2006Le concert d’un pianiste comme Grigory Sokolov est toujours cérémonie, envoûtante et un rien étrange. Il en a été ainsi dans la 20e édition de Verbier. Un programme où le magnifique pianiste russe fait sentir tout le tragique austère de Schubert, et une monumentalité sans âge dans l’immense op.106 de Beethoven.

 

 

Un bureaucrate gogolien

 

« Uomo di sasso » (le Commandeur dans Don Giovanni) ? « Je suis une force qui va » (Victor Hugo) ? Un Faust russe ? Les trois identifications sont plausibles en ce pianiste étrange que pourtant on redécouvre à chacune de ses…apparitions, continent mystérieux, clos de barrières sans passe-droits…De cet O.V.N (ou mal)I (dentifié)., on connaît aussi le ritualisme : entrée et sortie de scène mécaniques, le même pas pressé, presque égal, de bureaucrate gogolien se rendant au travail, une absence au public sauf par des saluts sans trace d’empathie, un écartement de tout ce qui pourrait nuire au message intérieur, la certitude probable d’une mission qui pousse à accomplir souverainement son Art. Sokolov se sentirait-il investi par quelque D(d)ieu, impératif catégorique abstrait, « daïmon » socratique (mais quel anti-Socrate mutique avec ses frères humains !) ? D’ailleurs, avec qui tient-il constamment un discours dont on devine les fragments non sonorisés sur des lèvres expressives ? Et que signifie cette coda de chaque concert, « ite missa est » à 6 versets d’une rigidité qui contredit aussitôt toute idée de plaisir et gratitude dispensés aux spectateurs tétanisés d’admiration ?

Sensibilité brutale de la démarche

Le récital de Verbier est schubertien en sa 1ère partie, avec du très connu et aimé depuis toujours (les Impromptus D.899, alias op.90), et du bien moins exploré, dans les Klavierstücke D.846. C’est une sorte sublimée d’investigation, objectivement dramaturgique, du corps musical. A nous de suivre ce chercheur incorruptible ! Le 1er Impromptu s’énonce lentement, à notes détachées et quasi-scandées, ce qui tire le texte vers une marche probablement difficile et douloureuse, mais sans faiblesse. Cela continue parfois en immense crescendo où s’atteint une sauvagerie que viendront trouer deux ou trois éclaircies. Le 2nd ne peut être que fluide, mais venu d’un lointain mystérieux, presque sans grâce, et la coda prend des airs de toccata pour orgue alla Bach. Le 3e est mémoire, mais fait voir l’ombre portée d’une fatalité qui s’infiltre entre les strates du récit intérieur. Et le 4e : tout ampleur qui envahit l’espace, se nourrit d’ardeur qui par moments s’apparente au cri. « C’est, dit ma voisine de concert, une sensibilité brutale de la démarche »…

Trois poèmes noirs

Les 3 Klavierstücke, G.Sokolov les explore pour ce qu’ils sont, un impitoyable chantier d’ultimité, où Schubert traduit en toute liberté ce qui le hante. Le 1er se fait terrifiante course à l’abîme, mémoire à l’investigation cruelle, vague de tremblements et de trilles, dissonants arpèges qui rappellent les cercles maléfiques d’ondes encerclant la ville (Die Stadt) dans le lied de Heine. Le 2nd s’abandonne d’abord à la mélancolie (une humeur noire, tout de même, selon l’étymologie !), puis se livre au martèlement terrible de quelque vision. Le 3e semble pressé, mais de quoi ? Peut-être d’atteindre l’éclaircie tournante au centre de la pièce : mais ici encore, l’articulation et la lenteur d’énoncé l’emportent sur la beauté modulante, avant que la coda ne fasse resurgir quelque tourment violemment allié au Fatum(Destin).Et l’on songe que Sokolov a merveilleusement compris le côté poème noir de ces trois pièces, dans leur parenté avec les derniers cycles de lieder, et l ’âme désemparée de Schubert pressentant l’adieu au monde.

Je (démiurge) est un autre

Dans l’op.106 beethovĂ©nien, « Je – dĂ©miurge – est un autre ». Sokolov , en cette partition lĂ©gendaire, s’engage avec la dĂ©cision d’en dĂ©coudre avec une seconde prĂ©sence du Destin :le poème minĂ©ral de la Sonate, qui monte des entrailles du monde, n’est-il pas aussi, selon l’expression du poète symboliste, « explication orphique de la Terre » ? Le 1er allegro Ă©nonce d’emblĂ©e son armature : un appel impĂ©rieux – bloc de paroles-, auquel une rĂ©ponse paraĂ®t apaisement, mais un Ă©croulement intĂ©rieur s’impose aussitĂ´t. Ainsi va le discours, qui est aventure contrĂ´lĂ©e, et chez Beethoven la structure contrapuntique – dĂ©jĂ  prĂ©-Ă©cho du finale – joue son rĂ´le pour combler les bĂ©ances de l’angoisse. Car l’interprĂ©tation du pianiste russe, en mĂŞme temps qu’elle nous comble de prĂ©sent(s), rend lisible Ă  tout instant l’avenir de la partition. Des pensĂ©es dĂ©tachĂ©es du scherzo, en groupes de deux, s’inscrivent sur grondements d’orage au lointain : cela prĂ©pare Ă  la merveille incantatoire, au Temps suspendu de l’Adagio, prière apportĂ©e par le vent sans fureur d’un horizon Ă©nigmatique, et finissant – si longtemps après, toute course horlogère abolie – par y retourner, inĂ©lucidĂ©e, pĂ©nĂ©trante et sans crainte d’être oubliĂ©e.

Son parcours de Wanderer

Son parcours de Wanderer, Ă  lui Ludwig, mais qui n’a pas vraiment ici charge de marche douloureuse, hors Histoire, un Matin du monde. L’inspiration – on dirait la transe, pourtant Sokolov en ces vingt minutes est au ralenti absolu d’une « purgation des passions », comme la nommaient les Anciens – communique une certitude d’extension possible vers l’infini : l’ocĂ©an paraĂ®t, ou plutĂ´t pour un pianiste russe, la plaine sans limites, espace mental oĂą il « s’embarque » en songerie. Passant par le comble – ah ! ces trilles… – du rĂ©citatif Ă©perdu , les presque-cris d’intervalles sans mesure du clavier saisi comme champ d’expĂ©riences sonores, l’admirable phrase finira par s’égrener en allant se dissoudre aux limites de l’audible. Et on s’interrogera : est-ce demande de pitiĂ© des humains, les dieux pardonnent-ils ? Ou ayant trouvĂ© cette mĂ©lodie, OrphĂ©e (c’est lui, encore, bien sĂ»r) pardonne-t-il aux dieux leur cruautĂ© ?

La déraison de la raison

Mais après le bref largo désorienté doit encore venir un dernier personnage, à la fois combattant et architecte, dont la volonté inscrit dans l’espace de la Sonate une fugue, hommage au génie de Bach, déraison bâtie sur un excès de raison, beauté qui puise aux aspérités de la laideur, un instant voilée d’une tendresse inattendue, puis partant avec le Trille vers son assaut ultime. Sokolov aura été tour à tour l’un et l’autre, l’orant et le furieux, dans la solitude sans théâtralité de sa propre grandeur, démiurge nous quittant stupéfiés et comblés, indissolublement.

Des bis par six

Toujours impavide, il revient avec le don de ses bis-par-six. Cinq fois, c’est un XVIIIe français, mélange d’oiseau chanteur, de danseur à inventions délicieusement irrégulières, de paradis recherché dans le rythme et l’harmonie complexes. Et, en adieu, un Brahms d’Intermezzo pour la fin de vie, berceuse d’ une douleur tenace, rêverie que soulève secrètement une exultation de pouvoir et devoir encore se formuler.

20e édition du Festival de Verbier : récital Gregory Sokolov, 23 juillet 2013. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D.899, Klavierstücke D.946. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op.106.

Compte-rendu : Verbier. 20è Festival de Verbier (Valais, Suisse) le lundi 22 juillet 2013 : Beethoven, 2e volet de l’intĂ©grale des Concertos pour piano, et Fantaisie…

verbier festival logo 2Verbier, c’est aussi des intégrales, placées sous le signe de partitions connues et aimées d’un large public amateur de XIXe. A l’orée de la 20e édition, voici les 5 concertos de piano beethovéniens, et comme le Festival aime beaucoup les jeunes, ce sont cinq pianistes de la (toute) jeune génération qui traduisent ce bloc musical. Pour les 4e et 5e, deux Russes, D.Kozhukhin et Y.Sudbin. Mais Charles Dutoit dirige aussi dans une partition qui pourrait être le 6e Concerto – la Fantaisie avec chœurs, préfiguration de l’Ode à la Joie – une Elisabeth Leonskaja, sublime interprète de la pensée romantique.

 

 

Des orages qui ne bougent guère

 

Ce n’est pas semaine à froid, mais à orages, constamment réanimés dans leur propre fureur…encore n’est-ce pas le mot exact, car ils n’arrivent pas en vagues, d’un point précis de l’horizon ou des barrières montagneuses, ils stagnent ou se déplacent imperceptiblement , se nourrissant jusque dans la nuit à la chaleur et à l’électricité du jour. Ainsi en va-t-il pour cette 2nde soirée de l’intégrale des concertos de Beethoven, confié e à de jeunes talents comme à l’ardent et non moins jeune Verbier Festival Orchestra, que guide la sagesse organisatrice de Charles Dutoit, très respectueuse de l’individualité de « ses » pianistes.

Les dieux d’en bas et le 4e concerto

Denis Kozhukhin maîtrise sans faille le 4e concerto, tandis que roulements de tonnerre et tambourinement de pluie contrepointent cette œuvre de haute méditation dramaturgique. Le premier des deux Russes ici convoqués écoute « son » orchestre, prend la mesure du défi, puis se lance dans l’allegro le plus métaphysique qui soit : déjà personnage affronté à l’impérieuse Symphonie, et certes sans vaine virtuosité, en énergie plus qu’en force et d’un héroïsme sans tapage, qui sait buter sur les vides du silence toujours si actif chez Beethoven. C’est bien la juste mesure d’un affrontement d’opéra qui sous-tend le principe de tout concerto romantique. Car vient, avec l’andante, une mise en espace de ce qui a pu justement être rapporté à un dialogue (impossible) d’Orphée avec les dieux-d’en-bas : ce soir, le vacarme du dessus, n’est-ce pas l’orage qui s’éloigne, travail de Vulcain-Orchestre clamant sans pitié la Loi à laquelle Orphée-Piano a contrevenu ? On devine, on imagine que le murmure ondoyant de l’averse – comblant à bas bruit les silences dans le dialogue – participe du discours musical tel que peut le rêver un compositeur… Ainsi en va-t-il des concerts à Verbier, qui ne craignent pas le mauvais temps du plein-air dont ils sont abrités, mais aux Combins le répercutent, et même se nourrissent paradoxalement de ses caprices ! Trilles courageux, arpèges récitatifs par le Chanteur qui tente de convaincre l’Implacable, mais en même temps qu’il semble réussir à apaiser, peut-être l’absence d’illusion sur Eurydice sauvée ? Au dernier mouvement, l’hypothèse d’Orphée fait place à la joie parfois impérieuse, parfois charmante d’un rondo all’ungarese – souvenir de chant populaire – qui déjà annoncerait Chopin : D. Kozhukhin lui imprime une couleur d’éclat particulièrement séduisante.

Un Empereur poétique Et l’Empereur des 5 ?

Le « dernier » des jeunes, et 2e Russe, lui donne sa marque pleinement originale et assumĂ©e. Figure tendue, presque Ă©maciĂ©e – tiens, ne dirait-on pas le « vrai » Chopin ? – que celle de Yevgeny Sudbin, traductrice d’un art d’aristocrate dont les moyens physiques de claviĂ©riste ne sont lĂ  que pour faire accĂ©der Ă  la vision qui n’est nullement hasard mais bien nĂ©cessitĂ©. Oui, quelque chose de tendu mais d’admirablement contrĂ´lĂ©, qui Ă©voque ce qui est dit chez Proust sur « les nerveux qui sont le sel de la terre » (mais en souffrent tant !)… Car Y.Sudbin a ce don rare, dont il tĂ©moignera tout au long de l’œuvre : saisir, et faire sentir que tout est immense phrase, comme dans un poème, ponctuĂ© selon les lois de la tradition, ou dĂ©ponctuĂ© pour mieux faire surgir l’attirance vers un ailleurs-que-dans-les-mots(les notes). N’est-ce pas cette « grande haleine pneumatique » dont parle Claudel dans les Cinq Grandes Odes (et il s’y connaissait, « l’ambassadeur de France et poète » !), oĂą l’écrivain comme le musicien sont MaĂ®tres de l’espace et du temps ? Jouer avec cela, c’est aussi, quel que soit le tempo adoptĂ©, hors de « ce qui advient ou n’advient pas » (selon Breton, le grand ennemi idĂ©ologique de l’Ambassadeur, et rĂ©ciproquement, mais il y avait des intuitions « communes »), faire dĂ©sirer en Attente. Y.Sudbin , si jeune et si intĂ©riorisĂ©, Ă  travers le nĂ©cessaire endossement des habits du hĂ©ros par une Ă©criture triomphante, fait la preuve d’un « Empereur » essentiellement poĂ©tique, avec un mouvement lent qui bouleverse en toutes ses phases. Le finale, pris Ă  allure vertigineuse, semble subjuguer jusqu’à l’orchestre et son chef, n’est ici pas fait pour Ă©blouir, mais faire briller une flamme qui n’a rien de destructeur, et au contraire Ă©difie le monument de l’inspiration…

Dans le Carnet d’esquisses

Cela mène à la très belle idée programmatique de cette intégrale : donner à entendre – on dirait : découvrir – un 6e concerto, tant l’œuvre nommée Fantaisie, la plus expérimentale qui soit mais aussi la plus difficile à réaliser par l’ampleur de son effectif, surprend par son projet et son insertion dans le parcours du compositeur. Car, fin décembre 1808, c’est pour cette Fantaisie que Beethoven apparut – l’ultime fois dans la carrière du pianiste prodigieux qu’il fut pour les Viennois -, porteur de son message au clavier. Et la Fantaisie a un autre titre de gloire : dans le gigantesque Carnet d’esquisses dont Ludwig eut coutume de tisser sa création, c’est l’apparition de ce qui sera quinze ans plus tard un des Symboles de la pensée musicale, l’Ode à la Joie qui couronne la IXe Symphonie. On dira que ce thème, épars dans l’immense « improvisation » que constitue le dialogue du pianiste et de l’orchestre, est ensuite préfiguration, y compris dans le texte que « prennent en charge » solistes et chœurs, et que « les harmonies de la vie » ainsi évoquées sont loin de la valeur universaliste du poème de Schiller. Alors, pré-collage, ou superposition, indignes qu’on s’y attarde avant la perfection absolue du dernier mouvement de la IXe ? Oh non ! Plutôt passionnant laboratoire, et jaillissement avant la mise en place définitive, tels les états de sculpture des Grands Italiens de la Renaissance…

Un dialogue passionné

Et que voici une interprétation grandiose mais très humaine ! C’est justice d’avoir donné à Elisabeth Leonskaja – qui avait été trop incomplètement « reconnue » à Verbier dans son intégrale des Sonates de Schubert – le rôle souverain, dans un dialogue passionné avec l’Orchestre et Charles Dutoit, tous portant à l’incandescence d’abord la longue création-improvisation instrumentales, et y joignant ensuite la part vocale, six solistes valeureux, et le Chœur ample (on peine à dénombrer, pas loin de la centaine ?) du Collegiate Chorale (James Bagwell). Très humaine, venons-nous de dire pour la pianiste : relisant les notes prises dans l’ombre des représentations, nous mesurons à quel point cette qualification (on l’a dit pour un « chef de religion » : « expert ès humanité » !) convient à la pianiste géorgienne. Et nous sentons déjà, en réécoutant (par mémoire) ses Impromptus, combien en Schubert elle avait su donner par un admirable disque (TELDEC, naguère) une leçon d’approche fraternelle, vouée à l’imaginaire(demain, Grigory Sokolov sera là marmoréen, d’une sublimité qui n’est pourtant pas uniment ce dont nous rêvons pour Franz !). Ce soir, en Beethoven, elle est grande, et c’est tout.

Le concert s’achève en ovation qui fait venir de la salle le Maître d’œuvre de Verbier, Martin Engstroem : l’orchestre, les « vocaux », le piano « improvisent » un « happy birthsday to you » dont on ne sait si c’est anniversaire d’état-civil ou « 20e Verbier ». Cette charmante célébration, c’est Verbier aussi, en coda et post-scriptum d’un concert capital.

Festival de Verbier. Lundi 22 juillet 2013, Salle des Combins. 2e volet de l’intégrale des Concertos de Beethoven(1770-1827) : 4e, 5e, Fantaisie. Orch.Verbier, dir. C.Dutoit ; Chœur Collegiate Choral ; D.Kozhukhin, Y.Sudbin, E.Leonskaja, piano.