OPERA EN LIGNE, opĂ©ra chez soi : Offenbach, Les Contes d’Hoffmann par Barrie Kosky, dim 27 dĂ©c 19h

OPERA-CHEZ-SOI-OPERA-EN-LIGNE-annonces-critiques-classiquenews-opera-actualites-classiquenewsOPERA EN LIGNE, opĂ©ra chez soi : Offenbach, Les Contes d’Hoffmann par Barrie Kosky, dim 27 dĂ©c 19h (Berlin, Komische Oper). Dans l’imagination fiĂ©vreuse du poĂšte Hoffmann, le Don Giovanni de Mozart l’entraĂźne dans un voyage frĂ©nĂ©tique voire cauchemardesque oĂč l’amour revĂȘt 3 visages fĂ©minins, chacun distinct et hallucinĂ© : Olympia, la poupĂ©e Ă©lectrique ; Antonia, la chanteuse maudite ; Giuletta, courtisane manipulatrice. Autour du poĂšte piĂ©gĂ©, circulent et Ɠuvrent les figures dĂ©moniaques enclines Ă  le perdre : Spalanzani, Coppelius, Crespel, Miracle, Pitichinaccio, Dapertutto
 Admiratif de Mozart, Hoffmann se perd dans ce dĂ©dale amoureux, en vertiges de l’amour, illusions sĂ©rielles au terme desquels il perd toute identitĂ©.

 

 

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Les Contes d’Hoffmann d’Offenbach
BERLIN, Komische Oper
dÚs dim 27 déc 2020, 19h
https://operavision.eu/fr/bibliotheque/spectacles/operas/les-contes-dhoffmann-komische-oper-berlin
REPLAY jusqu’au 27 janvier 2021

 

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Production de 2015

Hoffmann 1 : Uwe Schönbeck
Hoffmann 2 : Dominik Köninger
Hoffmann 3 : Edgaras Montvidas
Stella / Olympia / Antonia / Giulietta : Nicole Chevalier
La Muse : Karolina Gumos
Lindorf / Coppélius / Le docteur Miracle / Dapertutto: Dimitry Ivashchenko
AndrĂšs / Spalanzani / Frantz / Pitichinaccio: Peter Renz
Cochenille / Crespel / Peter Schlémil: Philipp Meierhöfer
La mùre d’Antonia: Karolina Gumos
ChƓurs: Chorsolisten der Komischen Oper Berlin

Musique: Jacques Offenbach
Livret: Jules Barbier
Direction musicale: Stefan Blunier
Mise en scĂšne: Barrie Kosky

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SAUL version KOSKY au ChĂątelet

SAUL-DAVIS-oratorio-opera-handel-critique-opera-classiquenewsPARIS, ChĂątelet : 21 – 31 janv 2020. SAUL, Kosky. La mise en scĂšne du luxuriant metteur en scĂšne australien Barrie Kosky, dans cette production crĂ©Ă©e initialement pour Glyndebourne Ă  l’étĂ© 2015, fusionne non sans rĂ©ussite la musique baroque Ă  une chorĂ©graphie contemporaine, avec costumes somptueux revisitĂ©s dans l’esprit XVIIIĂš style Monty Python. Il en rĂ©sulte une maniĂšre de fĂ©erie flamboyante mais jamais outrĂ©e, dont les effets et accents collectifs (qui laisse une belle place au choeur 
 acteur primordial comme toujours chez Haendel) amplifient rythmes et saillies d’une musique certes d’oratorio, mais souvent plus expressive voire exacerbĂ©e qu’à l’opĂ©ra. La signature de Barrie Kosk, directeur de la Komische Oper de Berlin, rĂ©gĂ©nĂšre le genre et lui insuffle une vitalitĂ© inexistante avant lui.
Le livret est signĂ© Charles Jennens : il met en lumiĂšre l’esprit sombre, jaloux, Ăąpre de Saul, qui bascule bientĂŽt dans la folie.
L’oratorio style entertainment, dĂ©lurĂ©, mais poĂ©tique, comme une revue de cabaret, a ainsi voyagĂ© au Festival d’AdelaĂŻde en 2017 et Ă  Houston en 2019, aprĂšs un deuxiĂšme passage au Festival de Glyndebourne en 2018. Kosky a commencĂ© sa carriĂšre Ă  l’opĂ©ra avec l’Orfeo de Monteverdi que dirige RenĂ© Jacobs en 2003 au Festival d’Innsbruck.

 

 

 

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6 représentations au Chùtelet
21 > 31 janvier 2020, 20h
RESERVEZ directement sur le site du ChĂątelet
https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

Production du Glyndebourne Festival 2015
En anglais surtitré

 

 

Laurence Cummings, direction
Barrie Kosky, mise en scĂšne

SaĂŒl / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karna Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulett
David : Christopher Ainslie
Le Grand PrĂȘtre / Doeg / Abner / un amalĂ©cite : Stuart Jackson
La sorciùre d’Endor : John Graham-Hall

Danseurs
Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole , Damian Czarnecki (Doublure danseur)

Les Talens lyriques

 

 

 

 

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VIDEO avec le contreténor britannique Iestyn DAVIES qui chantait à Glynebourne le rÎle de David

https://www.glyndebourne.com/festival/video-iestyn-davies-live-at-glyndebourne/

 

 

 

 

SAUL par Barrie KOSKY

handel-haendel-portrait-classiquenewsParis, ChĂątelet, Haendel : SAUL. B KOSKY, 21-31 janv 2020. Le roi SaĂŒl accueille avec jalousie le retour de David qui vient de terrasser Goliath. Ses deux filles et son fils ne le comprennent pas et le drame se noue autour de la folie meurtriĂšre dans laquelle SaĂŒl s’enferme. L’oratorio de Haendel est un drame biblique basĂ© sur le livre de Samuel, composĂ© en 1739 par Haendel au faĂźte de sa gloire en Angleterre : le Saxon a dĂ©sormais conquis son public tout en inventant un nouveau genre, prolongement rĂ©ussi de ses tentatives d’opĂ©ra italien : l’oratorio anglais. La production de Barrie Kosky, produite par le Festival de Glyndebourne en 2015, est haute en couleurs avec ses costumes Ă©tincelants se dĂ©tachant d’un fond noir et d’un sol recouvert de terre. A la tĂȘte de la Komische Oper de Berlin dont il est le directeur gĂ©nĂ©ral, Barrie Kosky revisite les Ɠuvres du rĂ©pertoire de maniĂšre vĂ©ritablement novatrice avec audace et intelligence. Sa « mise en scĂšne libre, inventive renouvelle la perception du drame haendĂ©lien. A voir de toute Ă©vidence.

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PARIS, Théùtre du Chùteletboutonreservation
Grande Salle
Les 21, 23, 25, 27, 29 et 31 janv 2020

https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

https://www.chatelet.com/programmation/saison-19-20/saul/

 

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SaĂŒl / Apparition Samuel : Christopher Purves
Merab : Karina Gauvin
Michal : Anna Devin
Jonathan : Benjamin Hulette
David : Christopher Ainslie
Le Grand PrĂȘtre / Doeg / Abner / un amalĂ©cite : Stuart Jackson
La sorciùre d’Endor : John Graham Hall
Danseurs
 Robin Gladwin, Ellyn Hebron, Merry Holden, Edd Mitton, Yasset Roldan, Gareth Mole
ChƓur du Chñtelet
Les Talens lyriques
Laurence Cummings, direction

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Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky.

BorodineCompte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky. OpĂ©ra inachevĂ© de Borodine, (portrait ci contre), Le Prince Igor semble devoir enfin trouver une reconnaissance en dehors de la Russie, comme le prouvent les rĂ©centes productions de David Poutney (Ă  Zurich et Hambourg) ou de Dmitri Tcherniakov Ă  New York (voir le compte-rendu du dvd Ă©ditĂ© Ă  cette occasion http://www.classiquenews.com/tag/borodine), et surtout l’entrĂ©e au rĂ©pertoire de cet ouvrage Ă  l’OpĂ©ra national de Paris, avec un plateau vocal parmi les plus Ă©blouissants du moment. Si l’ouvrage reste rare, le grand public en connait toutefois l’un de ses « tubes », les endiablĂ©es Danses polovtsiennes, popularisĂ©es par le ballet Ă©ponyme de Serge Diaghilev montĂ© en 1909.

Comme Ă  New York, on retrouve l’un des grands interprĂštes du rĂŽle-titre en la personne d’Ildar Abdrazakov, toujours aussi impressionnant d’aisance technique et de conviction dans son jeu scĂ©nique, et ce malgrĂ© un timbre un peu moins souverain avec les annĂ©es. A ses cĂŽtĂ©s, Ă©galement prĂ©sente dans la production de Tcherniakov, Anita Rachvelishvili n’en finit plus de sĂ©duire le public parisien par ses graves irrĂ©sistibles de velours et d’aisance dans la projection. AprĂšs son interprĂ©tation musclĂ©e ici-mĂȘme voilĂ  un mois (voir le compte-rendu de Don Carlo : http://www.classiquenews.com/compte-rendu-critique-opera-paris-bastille-le-25-oct-2019-verdi-don-carlo-fabio-luisi-krzysztof-warlikowski/), la mezzo gĂ©orgienne se distingue admirablement dans un rĂŽle plus nuancĂ©, entre imploration et dĂ©sespoir.

 

 
 

Le Prince Igor / Barrie Kosky / Philippe Jordan / Alexandre Borodine /

 

 

L’autre grande ovation de la soirĂ©e est rĂ©servĂ©e Ă  Elena Stikhina, dont on peut dire qu’elle est dĂ©jĂ  l’une des grandes chanteuses d’aujourd’hui, tant son aisance vocale, entre veloutĂ© de l’émission, impact vocal et articulation, sonne juste – hormis quelques infimes rĂ©serves dans l’aigu, parfois moins naturel. Cette grande actrice, aussi, se place toujours au service de l’intention et du sens. Pavel Černoch (Vladimir) est peut-ĂȘtre un peu plus en retrait en comparaison, mais reste toutefois Ă  un niveau des plus satisfaisants, compensant son Ă©mission Ă©troite dans l’aigu et son manque de puissance, par des phrasĂ©s toujours aussi raffinĂ©s. On pourra aussi reprocher au Kontchak de Dimitry Ivashchenko des qualitĂ©s dramatiques limitĂ©es, heureusement compensĂ©es par un chant aussi noble qu’admirablement posĂ©. A l’inverse, Dmitry Ulyanov compose un Prince Galitsky Ă  la faconde irrĂ©sistible d’arrogance, en phase avec le rĂŽle, tout en montrant de belles qualitĂ©s de projection et des couleurs mordantes. Enfin, Adam Palka et Andrei Popov donnent une Ă©nergie comique savoureuse Ă  chacune de leurs interventions, sans jamais se dĂ©partir des nĂ©cessitĂ©s vocales, surtout la superlative basse profonde d’Adam Palka.
Pour ses dĂ©buts Ă  l’OpĂ©ra national de Paris, le chevronnĂ© Barrie Kosky ne s’attendait certainement pas Ă  pareille bronca, en grande partie immĂ©ritĂ©e, tant les nombreuses idĂ©es distillĂ©es par sa transposition contemporaine ont au moins le mĂ©rite de donner Ă  l’ouvrage un intĂ©rĂȘt dramatique constant, que le faible livret original ne peut raisonnablement lui accorder. Si on peut reprocher Ă  ces partis-pris une certaine uniformitĂ©, ceux-ci permettent toutefois de placer immĂ©diatement les enjeux principaux au centre de l’intĂ©rĂȘt. Ainsi de la premiĂšre scĂšne qui montre Igor comme une figure messianique Ă©loignĂ©e des contingences matĂ©rielles, tout Ă  son but guerrier au dĂ©triment de son Ă©pouse dĂ©laissĂ©e. A l’inverse, Kosky dĂ©crit Galitsky comme un hĂ©ritier bling bling et violent, seulement intĂ©ressĂ© par les loisirs et autres attraits fĂ©minins. La scĂšne de la piscine et du barbecue, tout comme le lynchage de la jeune fille, donne Ă  voir une direction d’acteur soutenue et vibrante – vĂ©ritable marque de fabrique de l’actuel directeur de l’OpĂ©ra-Comique de Berlin.
Ce sera lĂ  une constante de la soirĂ©e, mĂȘme si la deuxiĂšme partie surprend par le choix d’une scĂ©nographie glauque et sombre : Kosky y prend quelques libertĂ©s avec le livret, en donnant Ă  voir un Igor ligotĂ© et torturĂ© psychologiquement par ses diffĂ©rents visiteurs. DĂšs lors, le ballet des danses polovtsiennes ressemble Ă  une nuit de dĂ©lire, oĂč Igor perd pied face au tourbillon des danseurs masquĂ©s autour de lui. L’extravagance pourtant audacieuse des costumes, d’une beautĂ© morbide au charme Ă©trange, provoque quelques rĂ©actions nĂ©gatives dans le public, dĂ©concertĂ© par les contre-pieds avec le livret – de mĂȘme que lors de la scĂšne finale de l’opĂ©ra, oĂč les deux chanteurs annoncent le retour d’Igor. Kosky refuse la naĂŻvetĂ© de l’improbable retournement final : comment croire qu’un peuple hagard va suivre deux soulards factieux pour chanter les louanges d’un sauveur absent ? Au lieu de cela, le groupe se joue des deux malheureux en un ballet satirique tout Ă  fait justifiĂ© au niveau dramatique.

Le chƓur de l’OpĂ©ra de Paris donne une prestation des grands soirs, portant le souffle Ă©pique des grandes pages chorales, assez nombreuses en premiĂšre partie, de tout son engagement. Dans la fosse, Philippe Jordan montre qu’il est Ă  son meilleur dans ce rĂ©pertoire, allĂ©geant les aspects grandiloquents pour donner une lecture d’une grĂące infinie, marquĂ©e par de superbes couleurs dans les dĂ©tails de l’orchestration. Un grand spectacle Ă  savourer d’urgence pour dĂ©couvrir l’art de Borodine dans toute son Ă©tendue.

 

 
 

 
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Compte-rendu, opĂ©ra. Paris, OpĂ©ra, le 28 novembre 2019. Borodine : Le Prince Igor. Philippe Jordan / Barrie Kosky. Ildar Abdrazakov (Prince Igor), Elena Stikhina (Yaroslavna), Pavel Černoch (Vladimir), Dmitry Ulyanov (Prince Galitsky), Dimitry Ivashchenko (Kontchak), Anita Rachvelishvili (Kontchakovna), Vasily Efimov (Ovlur), Adam Palka (Skoula), Andrei Popov (Yeroschka), Marina Haller (La Nourrice), Irina Kopylova (Une jeune Polovtsienne). ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris, Philippe Jordan, direction musicale / mise en scĂšne Barrie Kosky. A l’affiche de l’OpĂ©ra de Paris jusqu’au 26 dĂ©cembre 2019. Photo : OpĂ©ra national de Paris 2019 © A Poupeney

 
 

COMPTE-RENDU, opéra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019. OFFENBACH : Orphée aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Barrie Kosky.

salzbourg vignette festivalCOMPTE-RENDU, opĂ©ra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019, le 17 aoĂ»t 2019. OFFENBACH : OrphĂ©e aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Barrie Kosky. Avec cette nouvelle production savoureuse, Salzbourg 2019 fĂȘte Ă  son tour le bicentenaire Offenbach 2019, lĂ©gitime offrande accrĂ©ditĂ©e par la validation prĂ©alable du spĂ©cialiste JC Keck, auteur de l’édition critique des opĂ©ras du divin Jacques. OrphĂ©e apporte dans l’histoire de l’opĂ©ra, sa verve impertinent et bouffe, au dĂ©lire dĂ©jantĂ©, drĂŽlatique, dont l’australien Barrie Kosky, par ailleurs directeur du Komische Oper Berlin (l’OpĂ©ra comique berlinois), fait un spectacle en tableaux bien caractĂ©risĂ©s, dignes d’une revue musicale. TrĂšs inspirĂ© par le rire dĂ©lirant d’Offenbach, sa facĂ©tie volontiers lubrique et dĂ©braillĂ©e, Kosky prend la partition Ă  la lettre et « ose » montrer ce que la partition exprime au plus profond : le goĂ»t de la luxure, l’érotisme paillard, la dĂ©cadence orgiaque Ă  tous les Ă©tages (de l’Olympe aux enfers) ; mais de cette traversĂ©e sauvage et libertaire, l’hĂ©roĂŻne Eurydice apprentie au plaisir, apprend son Ă©mancipation ; d’objet sexuel Ă©changĂ©, entre Pluton qui l’enlĂšve Ă  Jupiter qui la butine au sens strict (dĂ©guisĂ© en mouche abeille Ă  l’acte II), la compagne ressuscitĂ©e d’OrphĂ©e se fait par sa seule volontĂ©, bacchante et maĂźtresse de son plaisir. Quant Ă  la morale incarnĂ©e, cette « opinion publique » soucieuse de sociabilitĂ© et de convenance (ici incarnĂ©e par la mezzo ASV Otter), personne n’est dupe de sa fausse sincĂ©ritĂ© : s’il faut sauver les apparences coĂ»te que coĂ»te (mĂȘme s’il n’aime plus Eurydice et se fĂ©licite d’en ĂȘtre dĂ©barrassĂ©, OrphĂ©e doit reconquĂ©rir celle qui lui a Ă©tĂ© ravi), personne ne se trompe dans ce jeu de dupes.
Dieux comme mortels sont obsĂ©dĂ©s par la gaudriole : le sexe mĂšne la danse, mais, -rĂ©fĂ©rence Ă  notre Ă©poque oblige-, seule compte la libertĂ© dans le dĂ©sir ; aucune place Ă  la contrainte. Au dĂ©part, dĂ©sirante ennuyĂ©e dĂ©semparĂ©e (par son mari violoneux insipide), Eurydice aprĂšs moult ballets et sĂ©quences de domination / sĂ©duction, conquiert son propre dĂ©sir: au terme de cette Ă©popĂ©e parodique oĂč elle est la poupĂ©e consentante de Pluton / AristĂ©e puis de Jupiter / Jupin (Zeus libidineux), la bergĂšre affirme enfin sa volontĂ© libre et entiĂšre de femme maĂźtresse de son corps et de ses dĂ©sirs, en Bacchante (dernier cancan ou galop infernal qui est aussi une hymne dĂ©lirant Ă  l’ivresse Ă©mancipatrice de Bacchus).

 

 

 

 

Lubrique déjanté mais Eurydice libérée

 

 

 

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Si au sein du public trĂšs convenable justement de la Maison pour Mozart de Salzbourg (Haus fĂŒr Mozart), certains petits bourgeois ont huĂ© la mise en scĂšne de Kosky, « choquĂ©s » de voir petites bites et vulves dessinĂ©s ou cousues, explicites, – y compris entre les jambes des danseuses du cancan, force est de louer la justesse de la lecture ; derriĂšre la fantaisie divertissante de la comĂ©die d’Offenbach, s’affirme une directe parodie de la sociĂ©tĂ© humaine (celle du Second Empire Ă  l’époque du compositeur, comme la nĂŽtre tout autant inondĂ©e de sollicitations Ă©rotiques et martelĂ©e par les scandales sexuels
 cf les affaires et scandales venus des USA : du producteur violeur Harvey Weinstein au milliardaire pĂ©dophile Jeffrey Epstein
 ) ; lĂ  oĂč le sexe est omniprĂ©sent, il n’est pas de plaisir sans libertĂ© ; Offenbach nous montre et l’hypocrisie bourgeoise vis Ă  vis du sexe, et surtout comme la morale de l’histoire, l’émancipation d’une jeune femme, enfin libĂ©rĂ©e, c’est Ă  dire capable contre tous, hommes et dieux, d’affirmer sa libertĂ© souveraine. On s’y dĂ©lecte des mĂȘmes tableaux grivois et paillards, dĂ©lirants et oniriques que dans un spectacle reprĂ©sentĂ© Ă  Salzbourg prĂ©cĂ©demment, La Calisto de Cavalli mise en scĂšne par Herbert Wernicke, lui aussi parfait ambassadeur de la libertĂ© grivoise mais pertinente ainsi mise en lumiĂšre Ă  l’opĂ©ra.

TRIOMPHE HISTORIQUE
 Les français du Second Empire avaient-ils saisi la brĂ»lant et fine allusion critique, dans cette parodie ubuesque de la mythologie ? En 1858, OrphĂ©e allait casser la baraque et brĂ»ler les planches : triomphe colossal qui devait propulser Offenbach de l’ombre Ă  la lumiĂšre de la scĂšne lyrique. AprĂšs la 228Ăš reprĂ©sentation, le compositeur dĂ»t mĂȘme interrompre la carriĂšre de l’Ɠuvre sur les planches pour ne pas, lui comme sa troupe, succomber Ă  l’épuisement. On veut bien le comprendre car ce que permet de mesurer la production de Barrie Kosky Ă  l’étĂ© 2019, c’est ce mariage constant de thĂ©Ăątre, de chant, de danse qui sollicitent sans trĂȘve tous les acteurs. Il faut une belle dose d’énergie et de rythmes pour ne pas succomber dans la caricature et la vulgaritĂ©. Rien de cela dans ce spectacle Ă©patant qui lĂ©ger, mordant, dĂ©nonce tout en faisant rire.
Seule rĂ©serve, le français bien mal articulĂ© par la majoritĂ© des chanteurs, exception faite de deux solistes qui sont aussi parmi les plus convaincants : LĂ©a Desandre (VĂ©nus), Marcel Beekman (AristĂ©e / Pluton, qui fut aussi une PlatĂ©e chez Rameau absolument dĂ©sopilante) ; mĂȘme l’Opinion de Ann Sofie van Otter manque de consonnes y compris dans la mĂ©lodie inĂ©dite d’Offenbach qui met en musique le mĂȘme texte de Gaultier, prĂ©cĂ©demment traitĂ© par Berlioz pour la derniĂšre sĂ©quence des Nuits d’étĂ© : l’idĂ©e est excellente car l’Opinion dĂ©laisse sa blouse stricte et noire (fin du I) pour y chanter cette rive inconnue oĂč l’amour est fidĂšle
 un idĂ©al dĂ©menti par l’opĂ©ra d’Offenbach dans lequel l’air est enchassĂ© ; on regrette aussi la direction trĂšs efficace mais sans nuance ni subtilitĂ© du chef Mazzola, pourtant Ă  la tĂȘte du meilleur orchestre au monde, les Wiener Philharmoniker (luxe frĂ©quent au Festival de Salzbourg chaque Ă©tĂ©). La verve autrement plus subtile d’Offenbach est constamment absente, question d’équilibre comme de dynamique sonores.
Pourtant rien n’affecte le formidable rythme du spectacle dont la succession des tableaux se rĂ©alise sans heurts (de la chambre bien terrestre d’Eurydice oĂč elle meurt mais bientĂŽt enlevĂ©e par AristĂ©e / Pluton), Ă  l’Olympe (ou s’ennuient ferme tous les dieux), jusqu’aux enfers (acte II) dont les mouvements sont de plus en plus frĂ©nĂ©tiques et vont crescendo sous l’influence d’un diable colossal, monocycliste pĂ©taradant. LĂ  le thĂšme du cancan ou galop infernal peut se dĂ©ployer en libertĂ© avec une verve pĂ©tillante qui appelle l’ivresse collective. De ce point de vue, la direction d’acteurs orchestrĂ©e par Barrie Kosky est indiscutable. L’australien ne laisse rien au hasard et surtout pas Ă  l’improvisation.
La rĂ©ussite tient Ă  la performance du comĂ©dien allemand Max Hopp qui incarne l’assistant de Pluton, John Styx : excellente idĂ©e que de lui avoir confiĂ© tous les rĂ©cits et dialogues ; d’une verve gargantuesque, riche en onomatopĂ©es et effets sonores linguaux et bucaux, d’une truculence organique aussi, l’acteur double toutes les voix parlĂ©es, crĂ©ant des contrastes ente sa voix mĂąle et mĂ»re quand il double les femmes (Eurydice, Junon ici campĂ©e en alcoolique implosĂ©e, 
) ; voix dĂ©timbrĂ©e de tĂȘte quand il double Mercure par exemple
 le rĂ©sultat synchronisĂ© parfaitement, produit un thĂ©Ăątre Ă  gags, qui souligne toujours l’autodĂ©rision et le dĂ©lire dĂ©jantĂ©, parfois surrĂ©aliste, souvent drĂŽlatique, Ă  la façon des films muets style Chaplin ou fantasques allumĂ©s, Ă  la Tati. De ce fait, tous les dialogues sont infiniment plus percutants que s’ils avaient Ă©tĂ© dits par les chanteurs : Ă  la parole dĂ©lurĂ©e, savoureuse, le comĂ©dien joint le geste, en particulier au II, acte des enfers, oĂč il se prĂȘte au jeu sadique de l’interrogatoire adressĂ© Ă  Jupiter et Pluton rĂ©unis dans le mĂȘme salon ; ce qui nous vaut une passe d’armes hallucinĂ©e des plus cocasses sur le mot « formali-thé » ; Styx cisĂšle ici son personnage de domestique frustrĂ©, languissant qui en pince dur pour celle que Pluton lui a confiĂ© : Eurydice (« Quand j’étais prince d’Arcadie »)


 

 

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Parmi les Ă©pisodes les plus rĂ©ussies, distinguons l’entrĂ©e d’AristĂ©e en apiculteur, avec son galop d’abeilles butineuses, subitement grimĂ© en Pluton lubrique excitĂ©, avec sa fourrure rousse (impeccable Marcel Beekman) ; idem pour la lubricitĂ© rĂ©glĂ©e du duo Jupin / Eurydice oĂč Jupiter, mĂ©tamorphosĂ©e en 
 mouche sĂ©duit et chevauche sans ambages la belle bergĂšre ; saluons aussi sur la continuitĂ© du drame, le soprano voluptueux de l’amĂ©ricaine Kathryn Lewek, tempĂ©rament ardent, dont les acrobaties coloratoure dans le 2Ăš acte sont bien affirmĂ©s et nĂ©gociĂ©s, le français en moins. La chanteuse joue Ă  fond son look latino (elle se schoote Ă  la pastĂšque entre autres) avec son partenaire de mari, d’un chant malheureusement en deçà s’agissant du trop frĂȘle et peu nuancĂ© Joel Prieto (OrphĂ©e).

 

 

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EXCITATION ET COHÉRENCE… Qu’importe, nous tenons lĂ  une production qui touche par son audace grivoise, son Ă©nergie continue, sa verve libertaire, son excitation qui affleure, collectivement dĂ©fendue. Les danseurs libidineux et lascifs Ă  souhaits (diables aguicheurs accompagnant Diane Ă©moustillĂ©e par la belle Eurydice), le chƓur percutant, incisif, le style de l’orchestre (Ă  notre goĂ»t par totalement exploitĂ©), enfin la grande cohĂ©rence du plateau de solistes (mĂȘme au français fumeux) ajoutent Ă  la grande rĂ©ussite de cette lecture rĂ©glĂ©e par Barrie Kosky. Les huĂ©es lors des saluts montrent encore que parmi les salzbourgeois, il reste des poches conservatrices pour lesquelles l’opĂ©ra bouffe et Offenbach doivent moins choquer que divertir. Barrie Kosky nous montre que les deux sont possibles. TrĂšs grande rĂ©ussite et belle offrande depuis l’Autriche au bicentenaire Offenbach 2019.

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. SALZBOURG / Salzburg Festspiel 2019, le 17 aoĂ»t 2019. OFFENBACH : OrphĂ©e aux enfers. Beekman, Desandre, Max Hopp
 Wiener Philharmoniker, Barrie Kosky à l’affiche du Festival de Salzbourg jusqu’au 30 aoĂ»t 2019 - Illustrations / photos Salzbourg 2019 © Monika Rittershaus

Distribution :

Orphée aux Enfers, version 1858 / 1874.
Version JC Keck
Jacques Offenbach

Barrie Kosky, metteur en scĂšne

Anne Sofie von Otter : L’Opinion publique
Max Hopp : John Styx
Kathryn Lewek, Eurydice
Joel Prieto, Orphée
Marcel Beekman, Aristée / Pluton
Nadine Weissmann, Cupidon
Lea Desandre, Vénus
Martin Winkler, Jupiter
Frances Pappas, Junon
RafaƂ Pawnuk, Mars
Vasilisa Berzhanskaya, Diane
Peter Renz, Mercure
Alessandra Bizzarri, Martina Borroni, Kai Braithwaite, Damian Czarnecki, Shane Dickson, Michael Fernandez, Claudia Greco, Merry Holden, Daniel Ojeda, Marcell Prét, Tara Randell, Lorenzo Soragni -Danseurs
Silvano Marraffa -Capitaine de Danse

Vocalconsort Berlin
David Cavelius, Chef de ChƓur
Orchestre Philharmonique de Vienne
Enrique Mazzola : direction, chef d’Orchestre
Coproduction avec le Komische Oper Berlin & Deutsche Oper am Rhein

 

 

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Marcel Beekman (Pluton) – Eurydice (Kathryn Lewek)

Compte rendu, opéra. Strasbourg, Opéra national du Rhin, le 27 oct 2018. DEBUSSY: Pelléas et Mélisande. Ollu / Kosky.

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg, OpĂ©ra national du Rhin, le 27 octobre 2018. Debussy, PellĂ©as et MĂ©lisande. Franck Ollu / Barrie Kosky. Au moment oĂč, non loin de Strasbourg, le Centre Pompidou-Metz inaugure son exposition « Peindre la nuit » (jusqu’au 15 avril 2019), en cette annĂ©e Debussy, l’OpĂ©ra national du Rhin a fait le choix, audacieux, de la production rĂ©alisĂ©e pour le Komische Oper de Berlin. Son directeur, Barrie Kosky, nous offre cette mise en scĂšne Ă©blouissante et forte, captivante et dĂ©rangeante, d’un des sommets de l’art lyrique, PellĂ©as et MĂ©lisande. Comme Ă  l’accoutumĂ©e, il aborde l’ouvrage en feignant d’ignorer son histoire, ses traditions. De fait, il s’en est appropriĂ© tous les ressorts, toute la symbolique, toutes les subtilitĂ©s pour substituer la force et la violence des RĂ©cits des temps mĂ©rovingiens aux « VeillĂ©es des chaumiĂšres ». A ceci prĂšs, et c’est essentiel, qu’il n’y a ni Moyen-Âge – Ă  la mode depuis quelques dĂ©cennies lorsque Maeterlick prend la plume – ni forĂȘt impĂ©nĂ©trable, ni chĂąteau, ni fontaine. Si le mystĂšre, que cultive Ă  souhait le livret, comme les questions sans rĂ©ponse qui l’émaillent, sont prĂ©servĂ©s, tout figuralisme qui peut distraire du texte, de la musique et des chanteurs est dĂ©libĂ©rĂ©ment gommĂ©, superflu, pour concentrer l’attention sur les ĂȘtres, leurs mystĂšres, leurs souffrances et leurs passions. La lecture symboliste du poĂšte et du musicien sort magnifiĂ©e de l’exercice.

 
 
 

Le génie de Barrie Kosky

 
 
Debussy-strasbourg-pelleas-absalom-duo-gilet-critique-opera-par-classiquenews-PELLEASetMELISANDE_7380PhotoKlaraBeck

 
 
Ainsi est approfondie la dimension humaine, universelle et intemporelle : « l’histoire n’est d’aucun temps et d’aucun lieu ». Les personnages, tout en conservant leur part d’insondable, sont mis Ă  nu, avec leur richesse, leur ambigĂŒitĂ©. « Nous ne faisons pas ce que nous voulons » disait MĂ©lisande dans la piĂšce. RĂ©signĂ©s, prisonniers des convenances, enfermĂ©s dans un monde repliĂ© sur lui-mĂȘme, ils vont ĂȘtre les acteurs d’un huis-clos. Le dĂ©cor, dĂ©pourvu de tout accessoire, est unique, abstrait, encore qu’il peut figurer le chĂąteau. La perspective de quatre cadres fixes, gris tachetĂ© Ă  la Vasarely, autorise la rotation d’un axe central, assorti d’une sorte de banc, et d’un sol formĂ© d’anneaux concentriques, mobiles , indĂ©pendants et invisibles, sur lesquels se dĂ©placeront les chanteurs. La direction d’acteurs, dont il faut souligner la justesse de chaque regard, de chaque geste, joue sur les postures relativement figĂ©es dont les mouvements sont provoquĂ©s par la rotation de chaque anneau comme sur le dĂ©chaĂźnement des passions, amoureuses ou criminelles, qui animeront les corps, caressĂ©s, magnifiĂ©s ou violentĂ©s. Rarissimes sont les Ɠuvres lyriques oĂč l’engagement physique, mental et vocal de chacun atteint une telle intensitĂ©, et il faut dĂ©jĂ  saluer l’exploit de chacun des artistes. Les costumes, sobres, remarquablement appropriĂ©s aux tableaux, se renouvellent au fil des scĂšnes. La parure de MĂ©lisande, Ă©trangĂšre au royaume d’Allemonde, s’en distingue avec une grande justesse. Les Ă©clairages, admirables, vont crĂ©er le dĂ©cor de chaque scĂšne et accompagner les progressions. L’obscuritĂ©, la nuit, la profondeur glaciale des souterrains, le flou, le clair-obscur alternent, diffus ou concentrĂ©s, nous communiquent l’effroi de la nuit intĂ©rieure, la fascination de telle lumiĂšre crue, essentiels Ă  l’ouvrage, Ă  son mystĂšre, Ă  ses Ă©nigmes.

 
 

DEBUSSY-strasbourg-opera-critique-compte-rendu-opera-par-classiquenews-gillet-PELLEASetMELISANDE_4887PhotoKlaraBeck

 
 

Arkel, peint gĂ©nĂ©ralement comme le sage, rĂ©signĂ©, empreint de bontĂ©, ou gĂąteux, est ici ambivalent, autoritaire envers PellĂ©as, mais passif lors des brutalitĂ©s infligĂ©es par Golaud Ă  MĂ©lisande, vieillard lubrique et antipathique. Vincent Le Texier, familier de l’ouvrage dont il chanta souvent Golaud, donne vie Ă  Arkel, de sa voix noble et puissante, toujours intelligible. PellĂ©as est incarnĂ© par Jacques Imbrailo. La voix claire, fraĂźche et sĂ©duisante, aux solides graves, traduit remarquablement la jeunesse et la passion sincĂšre de son personnage. Golaud est chantĂ© par Jean-François Lapointe, athlĂ©tique baryton, puissant et clair, d’une humanitĂ© profonde, malgrĂ© ou Ă  cause de sa violence. Victime autant que coupable, impulsif, atroce dans le 2Ăšme acte, jusqu’à la fureur meurtriĂšre, le chanteur canadien nous vaut un ĂȘtre inquiet, sombre, mais aussi tendre, torturĂ© par la jalousie, rendu pitoyable par son remords et le pardon de MĂ©lisande. Cette derniĂšre est Anne-Catherine Gillet, que les qualitĂ©s vocales et dramatiques placent au plus haut niveau. L’émission trouve toute la palette de couleurs, tous les accents, la projection assortie d’une diction parfaite pour traduire la jeunesse, la sĂ©duction, la sensualitĂ©, l’inquiĂ©tude, la souffrance et la rĂ©demption ultime de cette figure attachante. Le jeu dramatique, qui exige un engagement exceptionnel, mĂ©riterait Ă  lui seul l’admiration que nous vaut cette incarnation. Marie-Ange Todorovitch prĂȘte sa belle voix de mezzo Ă  GeneviĂšve. Enfin, il faut mentionner ce petit chanteur du Tölzer Knabenchor, Gregor Hoffmann, auquel est confiĂ© le rĂŽle d’Yniold : il s’y montre remarquable par son chant, par la qualitĂ© de son français, comme par son jeu, la vĂ©ritĂ© est au rendez-vous. L’orchestre symphonique de Strasbourg se montre sous son meilleur jour, ductile, clair, prĂ©cis, avec de remarquables solistes (quel cor anglais !). Il trouve, sous la baguette de Franck Ollu, les couleurs, les textures, les intensitĂ©s comme les silences qui font Debussy. Ainsi, le respect scrupuleux des nuances (contenues), des tempi, des respirations nous vaut une trame qui jamais ne couvre les voix tout en jouant son rĂŽle, essentiel. La redĂ©couverte de cet extraordinaire PellĂ©as que nous a offert Barrie Kosky restera gravĂ©e dans les mĂ©moires.
Les ultimes représentations françaises sont programmées à Mulhouse, les 9 et 11 novembre, et méritent pleinement le déplacement.

 
 
 

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Compte rendu, opéra. Strasbourg, Opéra national du Rhin, le 27 octobre 2018. Debussy, Pelléas et Mélisande. Franck Ollu / Barrie Kosky. Jacques Imbrailo, Anne-Catherine Gillet, Jean-François Lapointe, Marie-Ange Todorovitch, Vincent Le Texier. Crédit photographique © Klara Beck

 
  

Compte-rendu, opéra. Strasbourg. ONR, le 19 oct 2018. DEBUSSY : Pelléas et Mélisande. Lapointe, Gillet, Imbrailo
 Ollu / Kosky.

Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Hommage Ă  Debussy Ă  Strasbourg pour cette annĂ©e du centenaire de sa mort (NDLR : LIRE notre dossier CENTENAIRE DEBUSSY 2018) ; ainsi la production inattendue de PellĂ©as et MĂ©lisande de Barrie Kosky avec une superbe distribution plutĂŽt engagĂ©e ; Anne-Catherine Gillet et Jacques Imbrailo dans les rĂŽles-titres, sous la direction du chef Franck Ollu, pilotant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, en pleine forme.

 
 
 

Pelléas de Debussy à Strasbourg : production choc !

RĂ©cit d’une tragĂ©die de la vie de tous les jours


 
 
 

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Le chef d’oeuvre de Debussy et Maeterlinck revient Ă  Strasbourg avec cette formidable production grĂące Ă  un concert des circonstances brumeuses 
 comme l’oeuvre elle mĂȘme. La production programmĂ©e au dĂ©part Ă  Ă©tĂ© annulĂ©e abruptement apparemment pour des raisons techniques qui nous Ă©chappent. Heureux mystĂšre qui a permis Ă  la directrice de la maison Eva Kleinitz de faire appel Ă  Barrie Kosky, le metteur en scĂšne australien, Ă  la direction de l’OpĂ©ra Comique de Berlin (que nous avons dĂ©couvert Ă  Lille en 2014 : lire notre compte rendu de CASTOR et POLLUX de Rameau : ” De chair et de sang”, sept 2014)

Pas de levĂ©e de rideau dans une production qui peut paraĂźtre minimaliste au premier abord grĂące Ă  l’absence notoire d’élĂ©ments de dĂ©cors. La piĂšce Ă©ponyme de Maeterlinck est en soi le bijou du mouvement symboliste Ă  la fin du 19e siĂšcle. Le thĂ©Ăątre de l’indicible oĂč l’atmosphĂšre raconte en sourdine ce qui se cache derriĂšre le texte. Un thĂ©Ăątre de l’allusion subtile qui ose parler des tragĂ©dies quotidiennes tout en dĂ©ployant un imaginaire poĂ©tique souvent fantastique. Le parti pris fait fi des didascalies et rĂ©fĂ©rences textuelles. Pour notre plus grand bonheur ! L’histoire de Golaud, prince d’Allemonde qui retrouve MĂ©lisande perdue dans une forĂȘt et qu’il Ă©pouse par la suite. Une fois installĂ©e dans le sombre royaume, elle tombe amoureuse de PellĂ©as, demi-frĂšre cadet de Golaud
 Un demi-frĂšre qu’il aime plus qu’un frĂšre, bien qu’ils ne soient pas nĂ©s du mĂȘme pĂšre. L’opĂ©ra du divorce quelque part, se termine par le meurtre de PellĂ©as, la violence physique contre MĂ©lisande enceinte, et sa propre mort ultime.

Puisqu’il s’agĂźt d’une sorte de thĂ©Ăątre trĂšs spĂ©cifique, – peu d’action, beaucoup de descriptions-, l’opus se prĂȘte Ă  plusieurs lectures et interprĂ©tations. Celle de Barrie Kosky est rare dans sa simplicitĂ© apparente et dans la profondeur qui en dĂ©coule. Nous sommes devant un plateau tournant, oĂč les personnages ne peuvent pas faire de vĂ©ritables entrĂ©es ou sorties de scĂšnes, mais sont comme poussĂ©s malgrĂ© eux par la machine. GrĂące Ă  ce procĂ©dĂ©, le travail d’acteur devient protagoniste.

Quelle fortune d’avoir une distribution dont l’investissement scĂ©nique est palpable, Ă©poustouflant. Le grand baryton Jean-François Lapointe interprĂšte le rĂŽle de Golaud avec les qualitĂ©s qui sont les siennes, un art de la langue impeccable, un chant sein et habitĂ©, et sa prestance sans Ă©gale sur scĂšne. S’il est d’une fragilitĂ© bouleversante dans les scĂšnes avec son fils Yniold (parfaitement chantĂ© par un enfant du Tölzer Knabenchor, Cajetan DeBloch) en cause l’aspect meurtri, blessĂ© du personnage, le baryton canadien se montre tout autant effrayant et surpuissant, et thĂ©Ăątralement et musicalement, notamment dans ses « Absalon ! Absalon ! » au 4e acte, le moment le plus fort et forte de l’ouvrage.

 
 
 

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La MĂ©lisande d’Anne-Catherine Gillet est aĂ©rienne dans le chant mais trĂšs incarnĂ©e et captivante dans son jeu d’actrice, tout aussi frappant. Le trouble du personnage mystĂ©rieux se rĂ©vĂšle davantage dans cette production. Le PellĂ©as de Jacques Imbrailo, bien qu’un peu caricatural parfois, est une dĂ©couverte gĂ©niale. Encore le jeu d’acteur fait des merveilles progressivement, mais il y a aussi une gradation au niveau du chant, avec une puretĂ© presque enfantine dans les premier, second et troisiĂšme actes, il devient presque hĂ©roĂŻque au quatriĂšme.

Des compliments pour l’excellente GeneviĂšve de Marie-Ange Todorovitch, redoutable actrice, et aussi pour l’Arkel de Vincent Le Texier, dont les quelques imprĂ©cisions vocales marchent en l’occurrence. L’autre rĂŽle, principal, si ce n’est LE rĂŽle principal, vient Ă  l’orchestre, en pleine forme, presque trop. Si les chanteurs doivent souvent s’élever au dessus de la phalange, nous avons eu la sensation parfois pendant cette premiĂšre qu’il s’agissait d’un vĂ©ritable combat, sans rĂ©els gagnants. Parce que l’exĂ©cution des instrumentistes a Ă©tĂ© trĂšs souvent 
incroyable, notamment lors des interludes sublimes, nous soupçonnons que la direction de Franck Ollu a impliquĂ© des choix qui ne font pas l’unanimitĂ©. Le chef a Ă©tĂ© nĂ©anmoins largement ovationnĂ© aux saluts comme tous les artistes collectivement impliquĂ©s.

 
 
 

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A voir et revoir sans modĂ©ration pour le plaisir musical pour l’annĂ©e du centenaire DEBUSSY 2018, mais aussi et surtout pour dĂ©couvrir l’art de Barrie Kosky et son Ă©quipe (impeccables costumes de Dinah Ehm, dĂ©cors et lumiĂšres hyper efficaces de Klaus GrĂŒnberg notamment), que nous voyons trop rarement en France. A l’affiche Ă  Strasbourg les 21, 23, 25 et 27 octobre, ainsi que les 9 et 11 novembre 2018 Ă  Mulhouse.

 
 
 

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Compte rendu, opĂ©ra. Strasbourg. OpĂ©ra National du Rhin, le 19 octobre 2018. PellĂ©as et MĂ©lisande. Debussy. Jean-François Lapointe, Anne-Catherine Gillet, Jacques Imbrailo
 Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Franck Ollu, direction. Barrie Kosky, mise en scĂšne. Illustrations : © Klara Beck / OpĂ©ra national du Rhin 2018