CRITIQUE, opĂ©ra. NANCY, le 24 juin 2022. Salome Jicia, …PAOLI / ALLEMANDI.

tosca puccini nancy opera paoli allemandi critique opera classiquenews.gifCRITIQUE, opĂ©ra. NANCY, le 24 juin 2022. PAOLI / ALLEMANDI. VoilĂ  une Tosca efficace, carrĂ©e, prenante qui doit surtout sa force expressive Ă  la tenue de l’Orchestre, d’une sĂ©duction et d’une plasticitĂ© irrĂ©sistibles, sous la baguette d’un familier de Puccini et du rĂ©pertoire italien en gĂ©nĂ©ral, Antonello Allemandi. Ce que le maestro obtient des instrumentistes relĂšve de la leçon de direction autant par l’Ă©loquence musicale que l’approche des climats, avec la poĂ©sie et la suspension qu’il faut, l’ivresse comme le dĂ©monisme. VoilĂ  qui restitue le relief d’un opĂ©ra parmi les plus symphoniques qui soient.
La production (Silvia Paoli, mise en scĂšne) est assez sobre visuellement et son point fort, assurĂ©ment le dernier tableau du I : quand Scarpia dĂ©ploie son emprise sur le collectif dans l’Ă©glise San Andrea della Valle, oĂč le tableau vivant que compose l’assemblĂ©e des croyants (une crucifixion de Saint-AndrĂ© Ă  la façon par Mattia Preti, composition qui se trouve in situ), fixe un moment d’exaltation et de terreur, Ă  la fois mystique et politique. Le parallĂšle est trĂšs juste. L’expressionnisme croissant de la scĂšne cristallise alors toutes les aspirations : ivresse d’un pouvoir rehaussĂ© par la victoire des monarchistes contre Bonaparte (dĂ©fait Ă  Marengo), emprise du prĂ©fet de Rome sur une population manipulĂ©e, soumise Ă  ses lois et son sadisme organisĂ©.

 

 

Une distribution solide
portée par le dramatisme nuancé du chef Antonello Allemandi

 

 

 

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CĂŽtĂ© solistes, on reste déçu par le tĂ©nor nĂ© au Kossovo Rame Lahaj qui certes a un beau timbre mais chante Ă  l’Ă©conomie et parfois de façon totalement Ă©trangĂšre Ă  la situation. Les rĂŽles de Scarpia et de Tosca sont autrement mieux incarnĂ©s, diversement caractĂ©risĂ©s, brĂ»lant chacun les planches ; lui [Daniel Miroslaw] par un format puissant qui gagnerait cependant Ă  ĂȘtre davantage nuancĂ© ; elle [la soprano gerogienne Salome Jicia], gagnant une assurance et une intensitĂ© dramatique, progressives en cours de soirĂ©e ; leur confrontation au II est un moment de thĂ©Ăątre fort, d’un sadisme tragique sans dilution, un duel jusqu’Ă  la mort, bien dans la veine de la piĂšce hautement cynique de Victorien Sardou. Le “Vissi d’arte, vissi d’amore” de Tosca confirme l’opulence d’un timbre rayonnant qui a gommĂ© peu Ă  peu les duretĂ©s du dĂ©but et s’immerge alors dans une priĂšre dĂ©sespĂ©rĂ©e, pour mieux se reprendre ensuite.

 

 

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Les cloches matinales dans la brume romaine qui ouvre le III, est un grand moment d’Ă©vocation poĂ©tique : lĂ  encore le chef, orfĂšvre de la palette orchestrale, dĂ©montre un sens des couleurs et de la conception spatiale, une sensibilitĂ© dramatique et atmosphĂ©rique, admirable. Idem pour le duo amoureux des amants maudits, Cavaradossi et Tosca, exprimant en une parabole universelle, l’absolu de l’amour, avant de pĂ©rir chacun leur tour. On reste moins convaincus par les options de dĂ©cor qui marquent la mort des artistes ; ce tas de squelettes et le suicide de la cantatrice qui se tire une balle dans la tempe


ResserrĂ©, contrastĂ©, radical, le drame de Tosca gagne chez Puccini, un rĂ©alisme cinĂ©matographique souvent saisissant. Il appartient aux chefs d’en exprimer le souffle et l’urgence. C’est Ă©videment le cas ce soir. A voir absolument Ă  l’OpĂ©ra National de Lorraine, jusqu’au 2 juillet 2022. Encore 4 reprĂ©sentations : dimanche 26 juin 2022 Ă  15h, mardi 28 juin 2022 Ă  20h; jeudi 30 juin 2022 Ă  20h, samedi 2 juillet 2022 Ă  20h. INFOS, RÉSAS : https://www.opera-national-lorraine.fr/fr/

 

 

 

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Les amateurs retrouveront une nouvelle mise en scÚne de Silvia Paoli pour Iphigénie au Tauride de Gluck à Nancy, Opéra National de Lorraine, du 15 au 21 mars 2023 : https://www.opera-national-lorraine.fr/fr/activity/526-iphigenie-en-tauride-gluck

Photos TOSCA  © JL Fernandez / Opéra National de Lorraine, juin 2022

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CRITIQUE, Opéra. Opéra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi.

CRITIQUE, OpĂ©ra. OpĂ©ra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi. De tous les opĂ©ras de la « seconde pĂ©riode » de Verdi, Simon Boccanegra reste le plus mĂ©connu. Son intrigue passablement compliquĂ©e et les invraisemblances de son livret, associĂ©es Ă  une musique qui est presque continue et d’oĂč ne se dĂ©tachent quasiment pas d’airs spectaculaires et destinĂ©s Ă  servir les chanteurs, en font une Ɠuvre encore difficile pour le grand public – on connaĂźt les dĂ©boires de sa crĂ©ation et sa rĂ©vision, plus de vingt ans aprĂšs, par Verdi lui-mĂȘme. Pourtant, derriĂšre la couleur sombre dans laquelle baigne tout le drame et par-delĂ  les rebondissements rocambolesques de son histoire, perce une lumiĂšre humaniste parfaitement reprĂ©sentative de la pensĂ©e de son auteur.

 

 

 

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Simon Boccanegra Ă  l’OpĂ©ra de Rouen Normandie (DR)

 

 

 

On sait aussi qu’avec l’ouvrage de Giuseppe Verdi – titre Ă  l’affiche pour la rĂ©ouverture de l’OpĂ©ra de Rouen Normandie (aprĂšs 13 mois de fermeture, comme l’indique douloureusement en prĂ©ambule LoĂŻc Lachenal, le directeur de l’institution normande
) -, la difficultĂ© pour le metteur en scĂšne est d’animer une intrigue singuliĂšrement statique, tout en tentant d’éclaircir certains rebondissements aux yeux du spectateur. Le rĂ©gisseur allemand Philipp Himmelmann se concentre sur le personnage principal, en imaginant un spectacle situĂ© dans un XXe siĂšcle aux contours indĂ©terminĂ©s, d’un dĂ©pouillement aussi austĂšre qu’anxiogĂšne : le dĂ©cor unique d’une vaste piĂšce aux hauts murs, aux tapisseries dĂ©fraĂźchies, percĂ©es de multiples portes. Dans le Prologue ainsi que pour le tableau final, un cube s’y encastre et laisse entrevoir le cadavre de Maria pendue au bout d’une corde (meurtre ou suicide ?), tandis qu’un Ă©nigmatique cheval (bien vivant, lui) se tient aux cĂŽtĂ©s de la dĂ©pouille. A la fin, Simon viendra expirer sous le cadavre de l’ĂȘtre aimĂ©. Quant Ă  la mer, si prĂ©sente dans la partition et le livret de Piave et Boito, elle apparaĂźt sous la forme d’un grand tableau tout en largeur, qui reste quasi omniprĂ©sent tout au long de la soirĂ©e.

La distribution rallie tous les suffrages, Ă  commencer par Dario Solari qui campe un Simon d’un bel aplomb et d’une belle soliditĂ© : le baryton uruguayen possĂšde un timbre racĂ© et une rĂ©elle musicalitĂ© qui lui permet de nombreuses nuances, mais surtout ce surplus d’humanitĂ© qui fait qu’il est pleinement le personnage. La soprano hongroise Klara Kolonits, Amelia, fait Ă©galement dĂ©monstration de grands moyens : sa voix est particuliĂšrement large, mais bien conduite et souple. Et si les sons filati sont quelque peu hors de sa portĂ©e, on se laisse facilement emporter par ses moyens aussi beaux que gĂ©nĂ©reux. Cultivant un chant de qualitĂ© supĂ©rieure, la basse corĂ©enne Jongmin Park Ă©pate en Jacopo Fiesco par l’ampleur et la puissance de sa voix, ainsi que par la profondeur et le magnĂ©tisme de son timbre, mais l’émission reste un peu dans les joues au dĂ©triment des voyelles insuffisamment diversifiĂ©es. Le tĂ©nor gĂ©orgien Otar Jorjika est quant Ă  lui un Adorno prometteur, trĂšs engagĂ© et motivĂ©, au timbre gĂ©nĂ©reux et Ă  l’aigu Ă©panoui. Éblouissant Posa Ă  Anvers il y deux ans, le baryton turc Kartal Karagedik renouvelle notre enthousiasme grĂące Ă  sa prĂ©sence scĂ©nique et un raffinement vocal qui rĂ©vĂšlent un acteur / chanteur d’exception.

L’excellent chef italien Antonello Allemandi parvient Ă  rendre la sombre ardeur de la partition de Verdi en sonoritĂ©s puissamment modelĂ©es et empreintes de mystĂšre. La contribution des cordes se distingue notamment par une vigoureuse plasticitĂ©, et la disposition de la phalange normande sur le parterre plonge l’audience directement dans la musique. Sous sa direction, l’Orchestre maison est, de bout en bout, admirable de cohĂ©sion, de clartĂ© et de pugnacitĂ©, tandis que le chƓur Accentus / OpĂ©ra de Rouen Normandie se montre lui aussi au-delĂ  de tout Ă©loge. Une grande soirĂ©e verdienne !

 

 

 

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CRITIQUE, Opéra. Opéra de Rouen, le 9 juin 2021. VERDI : Simon Boccanegra. Dario Solari, Klara Kolonits, Otar Jorjikia, Jongmin Park, Kartal Karagedik
 P. Himmelmann / A. Allemandi.