Joyce DiDonato chante Agrippina de Haendel en direct du MET

agrippina-joyce-didonato-metropolitan-opera-opera-baroqueEN DIRECT du MET : le 29 fĂ©v 2020. HAENDEL : AGRIPPINA, Joyce DiDonato. CinĂ©mas PathĂ©. C’est l’une des divas les plus charismatiques de l’heure, actrice autant que chanteuse et mĂȘme tragĂ©dienne (elle l’a encore montrĂ© en Didon et Marguerite chez Berlioz (Les troyens puis La damnation de Faust), Joyce DiDonato sait ciseler son tempĂ©rament de louve et de dragon comme peu, offrant Ă  sa conception d’Agrippina, la mĂšre conquĂ©rante de NĂ©ron, un visage viscĂ©ral voire hallucinĂ©, mais profondĂ©ment humain. C’est ce qui ressort de ses diverses prises du rĂŽle, en concert, sur scĂšne (dirigĂ©e par Barrie Kosky), et dans cette mise en scĂšne de David McVicar, production « dĂ©jĂ  voue » comme disent les agnlo-saxons, Ă  La Monnaie et au TCE, vision acide du pouvoir romain oĂč les manipulations d’Agrippina ressortent quasi monstrueuses. A ses cĂŽtĂ©s, un parterre de chanteurs aguerris Ă  la passion haendĂ©lienne : Kate Lindsey (NĂ©ron, le fils d’Agrippine), Brenda Rae (PoppĂ©e dont est Ă©pris NĂ©ron), Iestyn Davies (Ottone, le favori de l’empereur Claude qu’il a choisi comme successeur), Matthew Rose (Claude)
 Direction musicale : Harry Bicket

 

 

 

 

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EN DIRECT du MET : le 29 fĂ©v 2020. HAENDEL : AGRIPPINA, Joyce DiDonato – dans les salles en France Ă  partir de 18h55

 

 

 
 

 

 
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PLUS D’INFOS sur le site du Metropolitan Opera de New York / Agrippina de Handel
https://www.metopera.org/season/2019-20-season/agrippina/

VOIR ici le réseau des cinémas Pathé diffusant en direct Agrippina de Haendel
https://www.pathelive.com/agrippina-19-20

Diffusion : salle de cinéma Pathé / radio SiriusXM channel 75 : https://www.siriusxm.com/metropolitanopera

A vivre aussi en streaming sur www.metopera.org
https://www.metopera.org/season/on-demand/

 

 

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EXTRAIT VIDEO
Joyce DiDonato sings “Pensieri, voi mi tormentate” (from Agrippina, HWV 6, Act 2)
https://www.youtube.com/watch?v=0v3MzJ7mqKU

Air le plus long dĂ©volu Ă  la primadonna, dans lequel l’intrigante politique est tourmentĂ©e soudainement par les remords et la pensĂ©e qu’elle tomber et Ă©chouer dans son projet de mettre son fils NĂ©ron sur le trĂŽne impĂ©rial – c’est Ă  dire d’obtenir de l’empereur Claude qu’il reconnaisse ce fils qui n’est pas le sien


 

 

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CD : ERATO vient de publier l’Agrippina de Joyce DiDonato avec une distribution diffĂ©rente de celle new yorkaise :
LIRE notre critique du cd Erato Joyce DiDonato chante Agrippina de Haendel – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-handel-agrippina-didonato-fagioli-vistoli-3-cd-erato-2019/

didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-formatEXTRAIT de notre critique : Joyce DiDonato, Agrippina impérieuse

«  Haendel invente littĂ©ralement des scĂšnes mythiques indissociables de l’histoire mĂȘme du genre opĂ©ra : le Baroque fabrique ici une scĂšne promise Ă  un grand avenir sur les planches, en particulier Ă  l’ñge romantique : comment ne pas songer Ă  l’air des bijoux de Marguerite du Faust de Gounod, en Ă©coutant « Vaghe perle », premier air qui dĂ©peint la badine et lĂ©gĂšre Poppea, ici premiĂšre coquette magnifique en sa vacuitĂ© profonde ?
Sur cet Ă©chiquier, oĂč l’ambition et les manigances flirtent avec folie et dĂ©sir de meurtre, triomphe Ă©videmment Agrippine, parce qu’elle est sans scrupule ni morale, et pourtant hantĂ©e par l’échec, ainsi que le dĂ©voile l’air sublime du II comme nous l’avons soulignĂ© (« Pensieri, voi mi tormentate ») : diva ardente et volubile, viscĂ©ralement ancrĂ©e dans la passion exacerbĂ©e, Joyce DiDonato souligne la louve et le dragon chez la mĂšre de NĂ©ron, avec les moyens vocaux et l’implication organique, requis. C’est elle qui rĂšgne incontestablement dans cet enregistrement, comme l’indique du reste le visuel de couverture : Agrippina / Joyce trĂšs Ă  l’aise, en majestĂ© sur le trĂŽne
. » par Camille de Joyeuse

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Depuis le MET, Joyce DiDonato chante AGRIPPINA au cinéma

agrippina-joyce-didonato-metropolitan-opera-opera-baroqueCINEMA, en direct du MET : HAENDEL, AGRIPPINA. Le 29 fĂ©v 2020. Joyce DiDonato, impĂ©ratrice haendĂ©lienne chante la mĂšre de NĂ©ron, prĂȘte Ă  tout pour que l’empereur Claude son Ă©poux, nomme comme son successeur le fils qu’elle a eu en premiĂšres noces. NĂ©ron ne pouvait trouver mĂšre plus ambitieuse et travailleuse, et manipulatrice, d’une obsession quasi maladive
 au bord de la folie. ERATO vient de publier l’intĂ©grale d’AGRIPPINA avec le trĂšs fougueux Maxym Emelyanychev pilotant la nervositĂ© expressive de son ensemble Il Pomo d’Oro. A New York, dans la nouvelle production Ă©vĂ©nement Ă  New york (dĂ©jĂ  vue Ă  Bruxelles), David McVICAR met en scĂšne, et Harry Bicket dirige…

 didonato-joyce-agrippina-fagioli-pisaroni-orlinski-vistoli-lemieux-maxim-EMELYANYCHEV-il-pomo-doro-cd-opera-cd-review-opera-concert-orchestre-classiquenews-gd-format… “Sur cet Ă©chiquier, oĂč l’ambition et les manigances flirtent avec folie et dĂ©sir de meurtre, triomphe Ă©videmment Agrippine, parce qu’elle est sans scrupule ni morale, et pourtant hantĂ©e par l’échec, ainsi que le dĂ©voile l’air sublime du II comme nous l’avons soulignĂ© (« Pensieri, voi mi tormentate ») : diva ardente et volubile, viscĂ©ralement ancrĂ©e dans la passion exacerbĂ©e, Joyce DiDonato souligne la louve et le dragon chez la mĂšre de NĂ©ron, avec les moyens vocaux et l’implication organique, requis. C’est elle qui rĂšgne incontestablement dans cet enregistrement, comme l’indique du reste le visuel de couverture : Agrippina / Joyce trĂšs Ă  l’aise, en majestĂ© sur le trĂŽne.
A ses pieds, tous les hommes sont soumis….” extrait de la critique du cd Agrippina par Joyce DiDonato

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Opéra au cinéma, en direct
LIVE performance from the MET / LIVE HD
Samedi 29 fĂ©vrier 2020 – 12h55 pm local
EUROPE – rĂ©seau des salles PATHE LIVE : 18h55
INFOS sur le site du METROPOLITAN OPERA / Agrippina
https://www.metopera.org/season/in-cinemas/2019-20-season/agrippina-live-in-hd/

Joyce DiDonato : Agrippina
Kate Lindsey : Nerone
Brenda Rae : Poppea
Iestyn Davies : Ottone
Matthew Rose : Claudius

 

 

INFOS et BILLETTERIE sur le site des cinémas Pathé Gaumont

 https://www.cinemaspathegaumont.com/evenements/agrippina-metropolitan-opera

 

 

 

LIRE aussi notre critique du coffret événement AGRIPPINA de HANDEL / HAENDEL par Joyce DiDonato / Franco Fagioli
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-handel-agrippina-didonato-fagioli-vistoli-3-cd-erato-2019/

 

 

 

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CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, 2019)

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 (3 cd ERATO, 2019). Pour portraiturer la figure de l’impĂ©ratrice Agrippine, Haendel et son librettiste Vincenzo Grimani n’écartent aucun des Ă©lĂ©ments de la riche biographie de Julie Agrippine, sƓur de Caligula : la 4Ăš Ă©pouse de Claude fait tout pour que le fils qu’elle a eu en premiĂšres noces d’Ahenobarbus, soit reconnu par l’empereur et lui succĂšde : NĂ©ron, pourtant dissolu, dĂ©cadent – effeminato (comme Eliogabalo, et tel que le dĂ©peint aussi Monteverdi au siĂšcle prĂ©cĂ©dent dans l’Incoronazione di Poppea), sera bien sacrĂ© divinitĂ© impĂ©riale (non sans faire assassiner sa mĂšre au comble de l’ingratitude : qu’importe dira l’ambitieuse politique qui dĂ©clara « qu’importe qu’il me tue, s’il devient empereur »  ). Au moins Agrippine n’avait aucun faux espoir.

La prĂ©sente lecture suit les recommandations et recherches du musicologue David Vickers (qui signe la captivante et trĂšs documentĂ©e notice de prĂ©sentation – Ă©ditĂ©e en français), soucieux de restaurer l’unitĂ© et la cohĂ©rence de la version originelle de l’opĂ©ra, tel qu’il fut crĂ©Ă© au Teatro Grimani di San Giovanni Grisostomo en 1709 Ă  Venise. L’action s’achĂšve avec le mariage entre Ottone et Poppea ; s’il perd (fugacement) la main de la jeune beautĂ©, NĂ©ron gagne la fonction impĂ©riale : il est nommĂ© par Claude, empereur, Ă  la grande joie d’Agrippine
 Ainsi, l’ambitieuse a triomphĂ© ; ses multiples manigances n’étaient pas vaines.
L’apport le plus crĂ©dible de la proposition est ici, la suite de ballet qui conclut l’action comme une apothĂ©ose, soit 5 danses dont la Passacaille finale, dĂ©rivĂ©es de la partition sur papier vĂ©nitien du prĂ©cĂ©dent opĂ©ra Rodrigo.

 

 

Nouvelle lecture d’Agrippina sommet italien de Haendel (Venise, 1709)

JOYCE DIDONATO,  ambitieuse & impérieuse

 

 

 

La diversitĂ© des accents, nuances, instrumentaux et vocaux, expriment vertiges et scintillements des affetti, autant de passions humaines qui sont au cƓur d’une partition surtout humaine et psychologique ; Haendel avant le Mozart de Lucio Silla, atteignant Ă  une comprĂ©hension hallucinante du coeur, de l’ñme, du dĂ©sir ; l’incohĂ©rence et la contradiction, la manipulation et la faiblesse sont les codes ordinaires des machinations Ă  l’Ɠuvre ; mĂȘme cynisme que chez Monteverdi dans l’Incoronazione di Poppea (opera de 1642 qui met en scĂšne le mĂȘme trio : Agrippine, NĂ©ron, PoppĂ©e), Haendel fustige en une urgence souvent Ă©lectrique, embrasĂ©e, la complexitĂ© sadique des uns, l’ivresse maso des autres, en un labyrinthe proche de la folie, en une urgence aussi qu’expriment parfaitement la tenue de chaque chanteur et l’engagement des instrumentistes : ici Claude et NĂ©ron sont faibles ; seule Agrippine impose sa dĂ©termination virile (mais elle aussi se montre bien fragile comme le prĂ©cise son grand air fantastique du II : « Pensieri, voi mi Tormenti » : la machiavĂ©lique se prĂ©sente en proie fragile, en victime). D’ailleurs Haendel dessine surtout des individualitĂ©s (plutĂŽt que des types interchangeables d’un ouvrage Ă  l’autre) ; il rĂ©ussit lĂ  oĂč Mozart en effet, Ă  rĂ©vĂ©ler les motivations rĂ©elles des ĂȘtres : pouvoir, dĂ©sir, argent
 pour y parvenir rien n’arrĂȘte l’ambition : Agrippine commande Ă  Pallante qu’elle sĂ©duit d’assassiner Narcisso et Ottone
 puis courtise Narcisso pour qu’il tue Pallante et Ottone (II).
Haendel invente littĂ©ralement des scĂšnes mythiques indissociables de l’histoire mĂȘme du genre opĂ©ra : le Baroque fabrique ici une scĂšne promise Ă  un grand avenir sur les planches, en particulier Ă  l’ñge romantique : comment ne pas songer Ă  l’air des bijoux de Marguerite du Faust de Gounod, en Ă©coutant « Vaghe perle », premier air qui dĂ©peint la badine et lĂ©gĂšre Poppea, ici premiĂšre coquette magnifique en sa vacuitĂ© profonde ?

Sur cet Ă©chiquier, oĂč l’ambition et les manigances flirtent avec folie et dĂ©sir de meurtre, triomphe Ă©videmment Agrippine, parce qu’elle est sans scrupule ni morale, et pourtant hantĂ©e par l’échec, ainsi que le dĂ©voile l’air sublime du II comme nous l’avons soulignĂ© (« Pensieri, voi mi tormentate ») : diva ardente et volubile, viscĂ©ralement ancrĂ©e dans la passion exacerbĂ©e, Joyce DiDonato souligne la louve et le dragon chez la mĂšre de NĂ©ron, avec les moyens vocaux et l’implication organique, requis. C’est elle qui rĂšgne incontestablement dans cet enregistrement, comme l’indique du reste le visuel de couverture : Agrippina / Joyce trĂšs Ă  l’aise, en majestĂ© sur le trĂŽne.
A ses pieds, tous les hommes sont soumis : NĂ©ron, en fils dĂ©vouĂ© et tout occupĂ© Ă  conquĂ©rir Poppea (plutĂŽt que le pouvoir) – au miel bavard, lascif (impeccable Franco Fagioli cependant plus vocal que textuel) ; l’époux Claude (non moins crĂ©dible Luca Pisaroni) ; acide et parfois serrĂ©, l’Ottone de Orlinski vacille dans sa caractĂ©risation au regard de sa petite voix
 le contre-tĂ©nor qui brille ici, reste le Narcisso de l’excellent Carlo Vistoli (dĂšs son premier air au I : « Volo pronto »), voix claire, assurĂ©e, d’une santĂ© conquĂ©rante : il donne corps et Ă©paisseur Ă  l’affranchi de Claude, et aurait tout autant lui aussi sĂ©duit en NĂ©ron.
Junon de luxe, deus ex macchina, Marie-Nicole Lemieux qui célÚbre en fin de drame, les amours (bientÎt contrariés) de Poppea et Ottone, complÚte un cast plutÎt fouillé et convaincant.
CLIC D'OR macaron 200Nos seules rĂ©serves vont Ă  la Poppea de la soprano Elsa BenoĂźt, aux vocalises trop imprĂ©cises, Ă  l’incarnation pas assez trouble et suave ; et aussi Ă  l’orchestre Il Pomo d’oro. Non que l’implication de l’excellent chef Maxim Emelyanychev ne déçoive, loin de lĂ  : articulĂ©, fougueux, impĂ©tueux mĂȘme ; mais il manque ostensiblement Ă  sa direction, Ă  son geste, l’élĂ©gance, la caresse des nuances voluptueuses que savait y dissĂ©miner avec grĂące John Eliot Gardiner dans une prĂ©cĂ©dente version, depuis inĂ©galĂ©e. Parfois dur, dĂšs l’ouverture, nerveux et sec, trop droit, Emelyanychev dĂ©ploie une palette expressive moins nuancĂ©e et moins riche que son ainĂ© britannique. Haendel exige le plus haut degrĂ© d’expressivitĂ©, comme de lĂącher prise et de subtilitĂ©. CaractĂ©risĂ©e et impĂ©rieuse, parce qu’elle exprime l’urgence de tempĂ©raments possĂ©dĂ©s par leur dĂ©sir, la lecture n’en reste pas moins trĂšs sĂ©duisante. Les nouvelles productions lyriques sont rares. Saluons Erato de nous proposer cette lecture baroque des plus intĂ©ressantes globalement. La production enrichit la discographie de l’ouvrage, l’un des mieux ficelĂ©s et des plus voluptueux de Haendel. C’est donc un CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2020.

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CD événement, critique. HANDEL : AGRIPPINA. DiDonato, Fagioli, Vistoli
 (3 cd ERATO, enregistrement réalisé en mai 2019)

HANDEL / HAENDEL : Agrippina (version originale de 1709)

Avec Joyce DiDonato, Carlo Vistoli, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, Marie-Nicole Lemieux…
Il Pomo d’Oro / Maxim Emelyanychev, direction – Enregistrement rĂ©alisĂ© en mai 2019 – 3 cd ERATO

LIRE aussi notre annonce présentation du coffret événement AGRIPPINA par Joyce DiDonato :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-handel-joyce-didonato-chante-agrippina-de-handel-3-cd-erato-mai-2019/

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TEASER VIDEO
Handel: Agrippina – Joyce DiDonato, Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub Józef OrliƄski


 

 

 

 

 

 

Joyce DiDonato brings the roguish charm of Handel’s leading lady to life in this sensational recording of Agrippina, with Il Pomo d’Oro and their chief conductor Maxim Emelyanychev. Alongside Joyce is a magnificent cast of established and rising stars that includes Franco Fagioli, Elsa Benoit, Luca Pisaroni, Jakub JĂłzef OrliƄski, and Marie-Nicole Lemieux. “Agrippina feels like the most modern drama,” Joyce DiDonato told The Observer. “The story unfolds like rolling news today. And I keep saying, ‘This is genius. How did Handel know the human psyche so profoundly?’”

Discover / approfondir: https://w.lnk.to/agpLY

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LIRE aussi notre critique du cd Ă©vĂ©nement : SERSE de HAENDEL / Fagioli, Il Pomo d’Or / Maxim Emelyanychev

Handel fagioli serse haendel cd review critique cd par classiquenews opera baroque par classiquenews genaux aspromonte Serse-CoffretCD, critique. HANDEL / HAENDEL : Serse (1738) / Fagioli, Genaux (Emelyanychev, 2017 – 3 cd DG Deutsche Grammophon, 2017). VoilĂ  une production prĂ©sentĂ©e en concert (Versailles, novembre 2017) et conçue pour la vocalitĂ  de Franco Fagioli dans le rĂŽle-titre (il rempile sur les traces du crĂ©ateur du rĂŽle (Ă  Londres en 1738, Caffarelli, le castrat fĂ©tiche de Haendel) ; le contre-tĂ©nor argentin est portĂ©, dĂšs son air « « Ombra mai fu » », voire stimulĂ© par un orchestre Ă©lectrique et Ă©nergique, portĂ© par un chef prĂȘt Ă  en dĂ©coudre et qui de son clavecin, se lĂšve pour mieux magnĂ©tiser les instrumentistes de l’ensemble sur instruments anciens, Il Pomo d’Oro : Maxim Emelyanychev. La fiĂšvre instillĂ©e, canalisĂ©e par le chef Ă©tait en soi, pendant les concerts, un spectacle total. Physiquement, en effets de mains et de pieds, accents de la tĂȘte et regards hallucinĂ©s, le maestro ne s’économise en rien.

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CD, compte rendu critique. Agrippina : Ann Hallenberg, mezzo ( 1cd DHM)

hallenberg-ann-mezzo-dhm-deutsche-harmonia-mundiCD, compte rendu critique. Agrippina : Ann Hallenberg, mezzo ( 1cd DHM). Et si Ann Hallenberg Ă©tait tout simplement l’une des plus grandes mezzos actuelles dĂ©volues Ă  l’articulation des passions baroques ? On se souvient d’une extraordinaire rĂ©cital prĂ©cĂ©dent, inscrit plus rĂ©cemment dans l’histoire musicale, dĂ©jĂ  romantique, consacrĂ©e au rĂ©pertoire de Marietta Marcolini et Isabella Colbran, cette derniĂšre, Ă©gĂ©rie et Ă©pouse de Rossini : un abattage prĂ©cis et nuancĂ©, des inflexions justes, une intelligence expressive qui rendait service au texte et Ă  la fine caractĂ©risation des situations dramatiques.  Ici mĂȘme idĂ©al vocal, naturel, flexible et poĂ©tique au service de l’approfondissement psychologique auquel invite la conception de ce type de programme. L’autoritĂ© de la technique relĂšve les dĂ©fis d’un programme oĂč domine la prise de risque et le dĂ©frichement d’oeuvres inĂ©dites.

 

 

 

L’une des meilleures mezzos actuelles ose un rĂ©cital thĂ©matique passionnant

Ann Hallenberg incarne Agrippine

 

CentrĂ© sur la figure d’Agrippine, femme ivre de pouvoir, possessive et ambitieuse, l’impĂ©ratrice et mĂšre de NĂ©ron s’impose Ă  nous comme un monstre politique ; son fils NĂ©ron la fera assassiner : sa progĂ©niture montra un diabolisme plus pervers encore qu’elle-mĂȘme quoiqu’elle envisageait de le faire assassiner pour prendre le pouvoir). Ici la lionne prĂȘte Ă  tout expose une Ă©nergie de louve radicale, plus instinctive cependant que rĂ©ellement stratĂšge. L’opĂ©ra baroque a servi avec passion l’illustration de ce tempĂ©rament taillĂ© pour les scĂšnes Ă  la fois hĂ©roĂŻque et tragique, exubĂ©rante et effrayante : Agrippine cumule les dignitĂ©s : soeur de Caligula, Ă©pouse de Claude (qui Ă©tait aussi son oncle!). L’intrigante opĂšre, manipule, trompe pour Ă©vincer Britannicus (le fils de Claude) en faveur de son propre sang: NĂ©ron. En empoisonnant Claude, la louve de Rome met son fils dĂ©bile sur le trĂŽne impĂ©rial. En projetant le le tuer, elle voulait rĂ©gner par elle-mĂȘme. Une telle course au trĂŽne menĂ©e sans scrupule et sans compassion mĂšne droit Ă  la folie et Ă  la dĂ©testation des autres.
Le choix des compositeurs, tous du XVIIIĂš (sauf Legrenzi, auteur de la fin du XVIIĂš vĂ©nitien), dĂ©voile aussi le rayonnement du seria en Europe bientĂŽt totalement subjuguĂ© par la virtuositĂ© napolitaine Ă  laquelle Haendel ou Graun savent apporter une intensitĂ© dramatique remarquable. Ce qui frappe chez cette monstrueuse icĂŽne du pouvoir c’est Ă  travers l’ambition pour son fils, la volontĂ© de s’imposer elle-mĂȘme : en exprimant dĂ©sirset vertiges, tensions et doutes aussi, les musiciens nous la font paraĂźtre plus humaine. Les 16 plages de ce rĂ©cital trĂšs bien pensĂ©, montre Ă  l’envi les aspĂ©ritĂ©s multiples d’un caractĂšre complexe, taillĂ© pour la tragĂ©die racinienne.  Ann Hallenberg ressuscite les intrigues politiques Ă©coeurantes propre Ă  la Rome des empereurs tout en dĂ©mĂȘlant les diffĂ©rentes Agrippines lĂ©guĂ©es par l’histoire antique… (lire la passionnante notice rĂ©digĂ© par la mezzo elle-mĂȘme). C’est surtout la fille de Germanicus et la mĂšre de NĂ©ron qui inspirent les auteurs majeurs : Perti, Magni, Haendel, Orlandi, Mattheson, Graun)… Ici Legrenzi, vĂ©nitien du premier baroque est le pus ancien (son Germanico sul reno, crĂ©Ă© dans la CitĂ  pour le Teatro San Salvador remonte Ă  1676).

Aux cĂŽtĂ© des Haendel mieux connus, – Agrippina, opĂ©ra de jeunesse de son sĂ©jour miraculeux en Italie, reste un ouvrage marquĂ© par une Ă©clatante juvĂ©nilitĂ©, les airs inĂ©dits signĂ©s des opĂ©ras de Perti, Porpora (qui ont inspirĂ© au dĂ©marrage le projet de ce programme), Graun surtout, sans omettre Mattheson ou Legrenzi, font paraĂźtre des facettes plus profondes et humaines de la fille de Germanicus (lui-mĂȘme Ă©cartĂ© en Orient et assassinĂ© par TibĂšre), cƓur endeuillĂ© dĂ©sormais absent Ă  toute compassion ni consolation. Hallenberg choisit Perti pour ouvrir et conclure son rĂ©cital captivant : deux airs de l’opĂ©ra Nerone fatto cesare, chacun rĂ©vĂ©lant un caractĂšre diffĂ©rent de l’impĂ©ratrice que le pouvoir a rendu folle. Les qualitĂ©s de la diva, idĂ©alement nuancĂ©e, capable de phrasĂ©s dĂ©lectables propices Ă  une saine caractĂ©risation de toutes les Agrippina rĂ©unies ici n’est pas hĂ©las soutenue par des instrumentistes dignes de son Ă©loquente maĂźtrise. S’ils ne jouent pas faux, ils attĂ©nuent ce galbe sensuel, introspectif de la chanteuse par des attaques crissĂ©es, tendues, raides d’une imprĂ©cision dĂ©concertante. Sans prĂ©juger des conditions d’enregistrement de ce programme, de ses rĂ©Ă©coutes critiques, apparemment peu bĂ©nĂ©fiques, la mezzo Hallenberg mĂ©ritait instrumentistes plus affinĂ©s, cohĂ©rents, nuancĂ©s.
Heureusement la tenue instrumentale diffĂšre selon les airs et certaines sĂ©quences sont plus cohĂ©rentes et mieux assurĂ©es que d’autres : le guerrier et victorieux “Mi paventi il figlio indegno” du Britannico de Graun (aucune des vocalises redoutables n’est sacrifiĂ©e) : prĂ©cision, nuance, abattage, couleurs, musicalitĂ©… audace aussi dans les variations et reprises toutes ornementĂ©es, tout indique la forme superlative de la diva ; c’est qu’Ă  la diffĂ©rence de beaucoup de ses consƓurs, – et non des moindres- ses trilles ne sont jamais mĂ©caniques mais pleinement investies, incarnĂ©es, finement caractĂ©risĂ©es.
Son Agrippina haendĂ©lienne captive aussi, en particulier dans l’air de pure imprĂ©cation hallucinĂ©e “Pensieri, voi mi tormentate” (oĂč l’aciditĂ© des musiciens convient bien au caractĂšre expressif et Ăąpre de la sĂ©quence), oĂč l’obsession politique de la mĂšre de NĂ©ron suit des chemins incisifs, auxquels fait Ă©cho le timbre mordant du hautbois.
Evidemment l’Ă©coute, souvent Ă©reintĂ©e par l’instabilitĂ© des instrumentistes d’Il Pomo d’Oro de Riccardo Minasi, peine sur la durĂ©e mais les qualitĂ©s de la solistes sont, elles, superlatives et gĂ©nĂ©reuses, prĂȘte Ă  compenser toute faiblesse instrumentale. Dommage car l’intĂ©rĂȘt du programme, des piĂšces choisies mises ainsi en perspective s’avĂ©rait optimal. Pour le mezzo onctueux, articulĂ©, flexible de la diva et rien que pour elle. Par ses choix artistiques, Ann Hallenberg continue de nous surprendre et de nous convaincre.

 

 

Agrippina : Ann Hallenberg. Arias extraits des opéras de Perti, Porpora, Legrenzi, Sammartini, Mattheson, HÀndel, Graun, Orlandini, Magni.
Nerone fatto Cesare – Giacomo Antonio Perti : « date all’armi o spirti fieri », « questo brando, questo folgore »‚L’Agrippina – Nicola Porpora : « mormorando anch’il ruschello » et « con troppo fiere immagini »‚Britannico – Carl Heinrich Graun : « se la mia vita, o figlio » et « mi paventi il figlio indegno »‚Nerone – Giuseppe Maria Orlandini : « tutta furie e tutta sdegno »‚Nero – Johann Mattheson : « gia tutto valore »‚Agrippina – Georg-Friedrich Haendel : « ogni vento, pensieri », « voi mi tormentate », « l’alma mia fra le tempeste »‚Nerone Infante – Paolo Giuseppe Magni : « date all’armi o spirti fieri »‚Agrippina Moglie di Tiberio – Giovanni Battista Sammartini : « non ho piu vele », « deh, lasciami in pace »‚Germanico sul Reno – Giovanni Legrenzi :  « o soavi tormenti dell’alma »
Ann Hallenberg, mezzo-soprano. Il Pomo d’Oro. Riccardo Minasi, direction. 1 CD DHM, Deutsch Harmonia Mundi 2015.

 

 

 

Haendel : Agrippina

haendel_handel_costume_portraitFrance Musique, samedi 28 dĂ©cembre 2013, 19h. Haendel : Agrippina, 1709. Harry Bicket, direction (Lieceu). En 1709, Haendel achĂšve son sĂ©jour italien: le jeune homme de 24 ans, est plus italien qu’aucun autre saxon: Ă  Rome, Florence et surtout Venise, temple de l’art lyrique oĂč Monteverdi a rĂ©inventĂ© l’opĂ©ra un siĂšcle auparavant, Haendel apprend et maĂźtrise la langue de l’opĂ©ra… Agrippina incarne sa maestriĂ … Pour nous aucune version enregistrĂ©e n’Ă©gale la fiĂšvre, l’Ă©conomie, l’intensitĂ© dramatique et le feu vocal de la production enregistrĂ©e par John Eliot Gardiner chez Philips…

Haendel: Agrippina, 1709.

Samedi 28 décembre 2013, 19h

 

A partir de 1710, Haendel tente un pari fou: imposer Ă  l’audience londonienne, l’opĂ©ra italien. L’engouement pour le genre venu du continent l’emporte totalement, lui insufflant mĂȘme de sĂ©vĂšres faillites. Les chef d’oeuvres sont nombreux (Rinaldo, Giulio Cesare, Ariodante, Alcina). Pourtant, le compositeur sĂ©vĂšrement concurrencĂ©, doit se renouveler. Mais tenace, Haendel, toujours en rapport avec la dramaturgie musicale, rĂ©invente un autre genre: l’oratorio.

L’enfant de Halle
InitiĂ© Ă  l’orgue par Zachow Ă  Halle, sa ville natale, le jeune Haendel ne tarde pas Ă  devenir son assistant organiste en 1697, Ă  12 ans.
Mais le jeune instrumentiste rejoint Hambourg en 1703 (18 ans) oĂč il fait partie de l’Orchestre de l’OpĂ©ra du MarchĂ© aux oies, alors dirigĂ© par Keiser. Dans la fosse, oĂč il est violoniste puis claveciniste, Haendel Ă©coute, apprend, mĂ©dite l’exemple des compositeurs dont il joue les oeuvres. TrĂšs vite, il y prĂ©sente ses premiers opĂ©ras: Almira, Nero (1705), puis Florinda et Dafne.
Or point de salut ni d’accomplissement d’un talent ambitieux sans l’apprentissage italien. En 1706, Haendel s’embarque pour la terre des Caccini, Monteverdi, Cavalli, Cesti: les crĂ©ateurs du genre opĂ©ra. D’ailleurs, l’opĂ©ra italien est unanimement apprĂ©ciĂ© par toutes les cours d’Europe. En connaisseur, le jeune homme se rend dans les deux foyers historiques de l’OpĂ©ra italien. Il y laisse une oeuvre personnelle remarquable qui en dit long malgrĂ© sa courte expĂ©rience, sur l’ambition qui l’anime et la maĂźtrise dĂ©jĂ  atteinte.

A Florence, le jeune musicien Ă©crit Rodrigo (1707); A Venise, Agrippina (1709), premiĂšre oeuvre d’une Ă©tourdissante maestriĂ . A 24 ans, le jeune homme est plus italien qu’aucun autre auteur lyrique. Sa langue est italienne. Et davantage que la perfection de la musique, il a contractĂ© le virus du drame.

De retour en Allemagne en 1709, Haendel se fixe Ă  Londres dĂšs 1710. Le jeune homme de 25 ans s’apprĂȘte Ă  acclimater l’opĂ©ra italien dans un pays qui applaudit le genre du masque, idĂ©alement perfectionnĂ© par Purcell, qui plus est, en langue anglaise quand l’Ă©tranger Haendel souhaite monter des productions dans la langue de Monteverdi. Son entreprise paraĂźt risquĂ©e voire dĂ©raisonnable. Comment imposer un genre de spectacle auprĂšs d’un public qui n’a jamais clairement manifestĂ© son engouement?

Londres, 1711: Rinaldo

Rinaldo en 1711 est un coup d’Ă©clat spectaculaire qui impose immĂ©diatement le musicien dans son pays d’adoption. Les productions s’enchaĂźnent avec plus ou moins de succĂšs, d’autant plus difficiles ou improbables aprĂšs le triomphe de Rinaldo. Ainsi, Il Pastor Fido (1712), Teseo (1713) d’aprĂšs la tragĂ©die lyrique en cinq actes de Lully et Quinault; Silla (1713), Amadigi (1715) qui marque une Ă©criture renouvelĂ©e Ă  l’Ă©chelle d’un orchestre de plus en plus participatif, inventif, colorĂ©.

1719, directeur du King’s theatre

ConsĂ©cration: Haendel est nommĂ© directeur musical de l’AcadĂ©mie Royale de musique installĂ©e au King’s Theatre. Haendel dispose d’un lieu flambant neuf qui vient d’ĂȘtre inaugurĂ© en 1720. Le compositeur recrute les plus belles voix en vogue pour son Radamisto (1720). Suivent plusieurs ouvrages moins spectaculaires: Muzio Scevola (1721) opĂ©ra collectif composĂ© avec Bononcini qui rejoint l’AcadĂ©mie Royale comme membre permanent en 1720, et Amadei. Seul l’Acte III serait de Haendel; Floridante (1721) dont on regrette l’incohĂ©rence du livret; Ottone (1723), trĂšs classique voire conventionnel; Flavio (1723) au texte lui aussi peu approfondi. Cependant, peu Ă  peu, le gĂ©nie de Haendel gagne l’estime du milieu musical, l’admiration d’un public fidĂ©lisĂ© mais exigent. L’art et la maĂźtrise de Haendel se concentrent sur le flamboiement de la musique qui tout en respectant la faveur gĂ©nĂ©rale pour les acrobaties vocales distillĂ©es par castrats et prima donna, sait ne pas cĂ©der Ă  la tyrannie capricieuse des chanteurs, surtout si l’action dramatique doit en pĂątir.

Giulio Cesare, 1724

Haendel expĂ©rimente toujours. En cela, Giulio Cesare indique une nouvelle direction pour le spectaculaire: orchestre de fosse Ă©toffĂ©, et mĂȘme orchestre sur scĂšne. Tamerlano (1724) enchaĂźne les rĂ©citatifs accompagnĂ©s, aboutissant Ă  la fameuse scĂšne du suicide, composĂ©e d’une succession d’arias et de rĂ©citatifs. En maĂźtre de la tension et de la progression dramatique, le feu d’un Haendel passionnel et palpitant, s’impose indiscutablement. Rodelinda (1725) poursuit la veine expressionniste.Saison 1725/1726
Le King’s theatre est devenu une scĂšne incontournable de la vie musicale londonienne. Haendel a rĂ©ussi son pari. D’autant que pour animer les dĂ©bats, voire le chahut dans la salle, le public aime s’opposer, soutenant Bononcini contre Haendel, surtout, applaudir Ă  tout rompre, la soprano vedette Faustina Bordoni contre la Cuzzoni. Joutes artistiques, clivages passionnĂ©s entre les partis d’un public conquis, montrent la ferveur de l’opĂ©ra Ă  l’Ă©poque de Haendel lequel est fait citoyen anglais en fĂ©vrier 1726.
Scipione (1726), Alessandro (1726) qui fit chanter les deux sopranos rivales, Admeto (1727), Riccardo Primo (1727), Siroe et Tolomeo (1728) prolongent le style de l’opĂ©ra seria selon un systĂšme Ă  prĂ©sent fonctionnel. MalgrĂ© les succĂšs remportĂ©s, l’AcadĂ©mie Royale ferme ses portes en 1728.La Seconde AcadĂ©mie Royale
Haendel qui n’a jamais baissĂ© les bras, poursuit l’aventure de l’opĂ©ra italien avec l’impresario Heidegger. Les deux hommes produisent de nouveaux spectacles au King’s theatre mais Ă  leur compte. Le compositeur gagne l’Italie pour recruter de nouveaux chanteurs. Lotario (1729) qui est un Ă©chec amer; Partenope (1730) comprenant intrigue comique et Ă©vocation spectaculaire d’une bataille; Poro (1731), Ezio (1732, plus faible), Sosarme (1732, plus inventif), surtout Orlando (1733, l’annĂ©e oĂč Rameau crĂ©e Ă  Paris, son Hippolyte et Aricie), qui comprend la premiĂšre mesure Ă  5/8, entre autres dans l’Ă©vocation de la folie du hĂ©ros, imposent davantage la maturation critique de Haendel sur l’ouvrage lyrique.

Partition personnelle: Ariodante et Alcina
Face Ă  la rivalitĂ© d’un nouveau thĂ©Ăątre, the “Opera of the Nobility”, Heidegger rompt sa collaboration avec Haendel, lequel s’obstine, loin du King’s theatre laissĂ© Ă  ses rivaux, sur la scĂšne du thĂ©Ăątre de Lincoln’s Inn fields. HĂ©las son Arianna (1734) ne parvient pas Ă  sĂ©duire le public.

Ariodante marque son grand retour, sur la scĂšne du Covent Garden en 1735, grĂące entre autre au ballet d’influence française qui lui permait de compter sur le talent de la danseuse Ă©toile Marie SallĂ©. AprĂšs Ariodante, Alcina, reproduit le mĂȘme climat d’enchantement hypnotique grĂące Ă  l’expression de la passion parfaitement maĂźtrisĂ©e. Pourtant, ni Atalanta (1736), Arminio (1737), Giutisnio (1737) ne parviennent pas Ă  relever l’entreprise de Haendel. Pire, les ouvrages montrent une inspiration qui tourne en rond. De mĂȘme pour Berenice, Faramondo (1738). Exception faite de Serse (1738) admirable seria renouvelĂ© sous les feux d’une veine comique inĂ©dite. Imeneo (1740) puis Deidamia (1741) tentent de nouveaux registres expressifs, Ă  la marge du pur seria, “opĂ©rette”, comĂ©die ironique et sentimentale, les partitions montrent l’ampleur d’un genre lyrique qui dĂšs lors, a Ă©puisĂ© ses ressources.L’oratorio, un genre d’avenir
Haendel se tourne alors vers une autre forme thĂ©Ăątrale, non scĂ©nique, l’oratorio. Ainsi paraissent, Samson (1743), Semele (1744), Hercules (1745), surtout Jephtha (1752), composĂ©e Ă  l’Ă©poque de la Querelle des Bouffons Ă  Paris. Haendel y montre tout l’Ă©clat d’une Ă©criture revivifiĂ©e. L’absence d’un cadre scĂ©nique obligĂ©, la mise Ă  distance des “stars” du chant, plus soucieux d’effets que de cohĂ©rence scĂšnique et de vedettariat, libĂšrent le compositeur des conventions stĂ©rilisantes du genre seria. De fait, ses oratorios ont souvent plus de puissance et de souffle que ses opĂ©ras antĂ©rieurs, grĂące Ă  l’inspiration des airs, la conviction du choeur, le sens Ă©vocatoire  du rĂ©cit dramatique. Le public ne s’y est pas trompĂ©, qui immĂ©diatement acclame en Haendel, l’un de ses plus grands compositeurs.

Sur les partitions de ses oratorios, Haendel a notĂ© des remarques et effets scĂ©niques: preuve que dramaturge exigeant, il n’a cessĂ© de prĂ©server l’unitĂ© et la progression de l’action.

Illustrations
Haendel (DR)

 

Compte rendu : Paris. Salle Pleyel, le 14 mai 2013. Haendel : Agrippina. Alex Penda, Sunhae Im, Bejun Mehta… RenĂ© Jacobs, direction.

haendelRenĂ© Jacobs est de retour Ă  la Salle Pleyel aprĂšs son glorieux Trionfo de fĂ©vrier dernier. Il dirige ce soir l’Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin pour une version de concert d’Agrippina de Haendel. La distribution de choc compte le contre-tĂ©nor Bejun Mehta dans le rĂŽle d’Ottone et les sopranos Alex Penda et Sunhae Im, incarnant respectivement Agrippina et Poppea. Agrippina de Haendel est une Ɠuvre caractĂ©ristique. CrĂ©e en 1709 Ă  Venise, il est le seul opĂ©ra de Haendel Ă  avoir un livret original. Il est Ă©crit par le commandeur de la musique et propriĂ©taire du thĂ©Ăątre oĂč il sera crĂ©e, le cardinal Vincenzo Grimani. Le rĂ©cit profondĂ©ment amoral dĂ©passe la tradition classique de l’opera seria thĂ©orisĂ©e par Metastasio et Zeno. C’est une comĂ©die douce-amĂšre plus proche du thĂ©Ăątre vĂ©nitien. Un autre trait particulier est l’abondance d’airs (plus de 30!) et le traitement parodique et allĂ©gorique des trĂšs nombreux morceaux empruntĂ©s. La profondeur et les complexitĂ©s derriĂšre la fructueuse collaboration entre le compositeur et le librettiste sont Ă©videntes sur le plan musical ; RenĂ© Jacobs donne de claires explications musicologiques dans le riche livret reproduit ce soir et qui vaut le programme de la soirĂ©e.

 

 

La baguette magique de René Jacobs

 

Comme d’habitude la direction de RenĂ© Jacobs instaure une mise en espace des chanteurs (et mĂȘme des trompettes!). Le chef exploite au maximum tout le potentiel expressif de l’orchestre. Les musiciens de l’Akademie fĂŒr Alte musique sont clairement investis et leur jeu est tout Ă  fait maestoso. Sous la baguette stricte de Jacobs, ils s’expriment avec maestria ; tranchants et touchants dans le seul rĂ©citatif accompagnĂ©, d’une vivacitĂ© rafraĂźchissante lors des chƓurs, parfois agitĂ©s, parfois brillants, toujours plaisants. Le continuo particuliĂšrement rĂ©ussi. La cohĂ©sion et la complicitĂ© de l’ensemble est Ă  saluer. Il s’accorde tranquillement, mais avec personnalitĂ©, aux chanteurs, vĂ©ritables protagonistes de l’Ɠuvre de Haendel.

Dans ce sens, RenĂ© Jacobs rĂ©unit un plateau remarquable, presqu’identique Ă  la distribution de son enregistrement studio. Tous sont complĂštement engagĂ©s, jusqu’au plus secondaire des rĂŽles ; ils orbitent autour d’Alex Penda dans le rĂŽle-titre, Sunhae Im en Poppea et Bejun Mehta en Ottone. Les sopranos aux caractĂšres contrastants chantent exactement la mĂȘme quantitĂ© de musique ; elles ont les morceaux les plus redoutables et virtuoses.

Une Agrippina pas comme les autres…

Alex Penda est une Agrippina incroyable. Son personnage complexe souvent dĂ©testable, prend vie dans son interprĂ©tation qui bouleverse. Sa prĂ©sence sur scĂšne est imposante et son excellent jeu d’actrice rehausse l’attrait de sa prestation. La cantatrice rĂ©ussit Ă  se dĂ©marquer de l’orchestre dans les airs dansants, maĂźtrise parfaitement une ligne vocale trĂšs tendue, a une agilitĂ© et une dynamique impressionnantes. Saluons en particulier l’aria di lamento au 2e acte « Pensieri », monologue dramatique et vĂ©ritable tour de force pour la soprano qui fait preuve d’un souffle incroyable, d’une expression Ă  la fois hĂ©roĂŻque et tourmentĂ©e.

Sunhae Im incarne le rĂŽle de Poppea. Seule revenante du Trionfo de fĂ©vrier dernier, c’est la chanteuse fĂ©tiche de Jacobs, avec raisons. Si son rĂŽle est moins complexe dramatiquement que celui d’Agrippina, il est plus virtuose et dĂ©monstratif. Sunhae Im est tellement investie et ravissante dans le personnage qu’il nous est impossible de ne pas ĂȘtre complĂštement sĂ©duits ni de sympathiser avec Poppea, mĂȘme s’il s’agĂźt en vĂ©ritĂ© d’une femme dangereuse et voluptueuse. DĂšs son air d’entrĂ©e, « Vaghe perle, eletti fiori » elle impressionne par sa large tessiture et ses dons respiratoires. Dans tous ses morceaux qui suivent, la soprano est l’incarnation d’une virtuositĂ© pĂ©tillante et savoureuse. Elle est coquette, charmante, Ă©blouissante, et ce pendant qu’elle visite la stratosphĂšre avec ses vocalises et arpĂšges balsamiques. Son aria di furore Ă  la fin du premier acte « Se giunge un dispetto » est sans doute un sommet de virtuositĂ© de l’Ɠuvre. Dans un style concertant, Sunhae Im dĂ©montre le contrĂŽle exquis et la longueur surprenante de son souffle : la performance est inoubliable.

Le contre-tĂ©nor Bejun Behta est Ottone, le plus Ă©lĂ©giaque et sympathique des personnages. Son chant, d’une beautĂ© veloutĂ©e confirme sa prestance. Il paraĂźt habitĂ© par son rĂŽle et le reprĂ©sente ainsi avec une sincĂ©ritĂ© et un investissement Ă©motionnel trĂšs touchant. Il chante le seul rĂ©citatif accompagnĂ© pathĂ©tique et saisissant Ă  l’extrĂȘme, et puis son aria di lamento « Voi che udite il moi lamento », d’une beautĂ© douloureuse et angoissante.
Le rĂŽle de Nerone est assurĂ© par la mezzo-soprano Jennifer Rivera. Si elle fait preuve d’agilitĂ©, son Nerone reste fatiguĂ©. Sa performance va crescendo et notamment vers la fin de la prĂ©sentation nous la trouvons plus gaiement impliquĂ©e. Marcos Fink dans le rĂŽle de Claudio est, lui, trĂšs engagĂ© depuis son entrĂ©e. Excellent comĂ©dien, il fait preuve aussi d’une voix puissante, Ă  la belle couleur. Il a une tessiture ample comme sa voix et passe facilement, de la sĂ©duction au ridicule comme le requiert son personnage. Son air du 2e acte « Cade il mondo » est impressionnant par la virtuositĂ© comme par la caractĂ©risation.

Les rĂŽles secondaires, requĂ©rant moins de virtuositĂ© interprĂ©tative, sont pourtant chantĂ©s avec brio. Christian Senn est un Pallante Ă  la voix puissante qui se projette trĂšs bien dans la salle. Il gĂšre aisĂ©ment le canto di sbalzo difficile qu’exige son rĂŽle. Dominique Visse est, quant Ă  lui, un Narciso agile, avec des dons de comĂ©dien toujours irrĂ©sistibles. Le jeune baryton Gyula Orendt dans le rĂŽle de Lesbo ne chante qu’une ariette mais nous le trouvons prometteur, sa performance Ă©tant plein d’esprit et sa voix virile.

Nous sortons de la Salle Pleyel Ă©merveillĂ©s par le travail de RenĂ© Jacobs. PortĂ©s par l’Ă©nergie du maestro, les musiciens de l’Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin comme les chanteurs mettent leurs talents au service de l’art lyrique pour notre plus grand bonheur. Ils montrent ensemble comment l’opĂ©ra de Haendel, crĂ©Ă© il y a plus de 300 ans est toujours d’actualitĂ©. Superbe rĂ©ussite collective.

Paris. Salle Pleyel, le 14 mai 2013. Agrippina, dramma per musica de Georg Friedrich Haendel (version de concert). Alex Penda, Sunhae Im, Bejun Mehta… Akademie fĂŒr Alte Musik Berlin. RenĂ© Jacobs, direction.