Strasbourg. Penthesilea de Pascal Dusapin (création française) : 26 septembre > 1er octobre 2015

Strasbourg. Penthesilea de Pascal Dusapin (création française) : 26 septembre > 1er octobre 2015. Triomphante et noire Penthesilea de Pascal Dusapin. Créée à Bruxelles (fin mars 2015),  Penthesilea prolonge  l’attrait de Dusapin pour les figures de femmes à tempérament, entités et politiques fortes voire monstrueuses (Medea, d’après Heiner Müller et créée ici même en 1992). En post romantique affûté, Dusapin questionne le mythe pour en extraire une interrogation formelle  sur l’opéra lui-même dont il fait un miroir sonore de la psyché mouvante, terrifiante qui fixe l’effroi, l’hallucination,  la folie. .. toute qualité viscéralement humaines. C’est aussi à travers le mythe de la Reine de amazones, une allégorie de cette guerre des sexes et des genres, dominatrices et héros à soumettre, ou pieuvre vociférante qui détruit celui qui avait vaincu par mensonge ?

 

 

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Strasbourg accueille la création française du dernier opéra de Pascal Dusapin

Hallucinante et noire Penthesilea

 

La reine des Amazones inspire au sexagénaire, une scène … démente où le chant libéré est réservé à l’orchestre furieux  et rugissant recueillant l’expérience des 6 partitions lyriques précédentes. Depuis Faustus the Last Night (Berlin, 2004), le compositeur a parcouru bien du chemin et Penthesilea marque l’avancée d’une écriture qui n’a jamais paru mieux affûtée, plus incisive, parsemée d’éclairs et de cris, de chuchotements et de murmures inquiets, de climats délétères et suspendus pourtant oniriques et fantastiques.
En architecte soucieux des contrastes soignant la tension exacerbée  (péripéties dramatiques de la partie centrale) ou l’émergence soudaine de climats planants,  Dusapin reprend à son compte l’histoire de la sublime Amazone. Il en cultive les aspérités puissantes voire monstrueuses  qui en font une bête non pas à ongles mais à cerfs, une dévoreuse : son conflit larvé avec Achille, séducteur et menteur, bascule dans une lutte nocturne à la mort.

Le livret s’inspire du drame de Heinrich von Kleist (écrite en 1808 mais jouée au XXème) : le drame romantique retrace le mythe de la reine des Amazones qu’Achille dévoile jusque dans ses retranchements ultimes jusqu’à commettre l’irréparable.
Ici se joue comme dans le Combattimento montéverdien, une guerre amoureuse radicale où les deux chefs de guerre se livrent un affrontement politique et individuel. Certes les Amazones engagent une revanche de leur genre contre les hommes mais Penthesilea dont on ne voit pas bien si elle est capable d’être sensible aux sentiments qu’éprouve pour elle le guerrier grec, entend se venger de celui qui a joué avec elle en lui mentant. Soumis au cadre d’une loi inhumaine, Penthesilea incarne le cynisme dérisoire de l’humanité qui entend réglementer l’amour même : la reine des Amazones ne peut aimer qu’un homme qu’elle a préalablement vaincu. En mentant sur sa défaite, Achille a rassuré la femme politique soumise aux lois de son clan, mais il a bafoué la réalité.

L’écriture orchestrale sait jouer les miroitements contrastés que le métier poli à travers les 6 opéras antérieurs, affine sans cesse. Il en ressort une saisissante caractérisation de chacun des protagonistes. Et le choeur commentant l’action selon la tradition des grandes épopées antiques et tragiques n’est pas en reste : très justement sollicité et aux bons moments. A la création bruxelloise, les deux chanteurs protagonistes Penthesilea et Achille offraient deux incarnations  à couper le souffle, comme chaque étape d’un combat félin, la joute de carnassiers aspirant les deux âmes en un cauchemar crépusculaire sans issu : une fresque épurée, noire, vénéneuse d’une force inouïe. Ajoutant aux multiples déflagrations de la musique, une performance théâtrale  comme on en voit peu à l’opéra. D’autant que la composition, elle, fouille la matière organique des corps pour en faire chanter la force des pulsions les plus troubles. Passionnant. Production événement (récemment récompensée) à ne pas manquer à l’Opéra du Rhin à partir du 26 septembre 2015.

 

 

 

Penthesilea de Pascal Dusapin
à l’Opéra national du Rhin
Les 26, 28, 30 septembre puis 1er octobre 2015

Opéra en 1 prologue, 11 scènes et 1 épilogue de Pascal Dusapin.
Livret de Pascal Dusapin
en collaboration avec Beate Haeckl d’après la pièce de Heinrich von Kleist

Direction musicale : Franck Ollu
Mise en scène : Pierre Audi

Penthesilea : Natascha Petrinsky
Prothoe : Marisol Montalvo
Achilles : Georg Nigl
Odysseus : Werner Van Mechelen
Oberpriesterin : Eve-Maud Hubeaux

Chœurs de l’Opéra national du Rhin
Orchestre philharmonique de Strasbourg

Toutes les informations, les modalités de réservation sur le site de l’Opéra national du Rhin :

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