vendredi, décembre 9, 2022

Sablé-sur-Sarthe (72). Centre Joel Le Theule, du 30 avril au 2 mai 2010. Les Préludes de Sablé: « Venise Baroque »…

A ne pas rater
Préludes de Sablé 2010

Sablé, terre éminemment baroque… grâce à l’infatigable défricheur de talents et de partitions qu’est Jean-Bernard Meunier, directeur du festival estival (cette année du 24 au 28 août 2010).
Mais avant chaque mois d’août, il y a Les Préludes: non pas avant-goût ni préfiguration de ce qui va se produire à l’été, mais plutôt rappel. Rappel des talents que l’on pourra y applaudir, rappel que l’audace et la nouveauté sont le lot commun de chaque édition du festival. Rappel qu’il existe à Sablé, une authentique tradition baroque, souvent porteuse, de nouveautés, d’approfondissements, de défis…

Pendant un week-end, sur une thématique clairement identifiée (en 2010, la 8è édition était dédiée à la Venise Baroque), 4 concerts confirment la place unique de Sablé dans le paysage baroque français. C’est une scène vivante qui ose et défriche où les grands interprètes, prometteurs ou confirmés, défendent des répertoires souvent méconnus,… et même dans le cas des partitions plus familières (prenez le cas emblématique des Quatre Saisons de Vivaldi), leur lecture bouleversent tous les repères.









Premier soir (vendredi 30 avril 2010): programme original: « Il canto degli uccelli » (le chant des oiseaux au printemps du baroque): bestiaire ornitologique de la Renaissance aux prémices baroques. La Fenice se délecte à produire sons et chants d’une volière enchantée, drames du coucou, de la poule et du coq où le verbe tient aussi sa place au coeur d’une action souvent amoureuse. Et le conteur amusé qui joue comme à son habitude du cornet comme peu, Jean Tubéry porte assez bien le costume du diseur: les flûtes roucoulent, clavecin, orgue et viole soulignent la ronde des volatiles, ou les épanchements de deux coeurs amoureux.









Second concert (samedi 1er mai 2010, 17h): « Un voyage à Venise » par Bruno Cocset et l’ensemble de cordes qu’il a fondé en 1996, Les Basses Réunies. L’interprète est familier du festival de Sablé: il y a souvent donné en « première », ses dernières avancées organologiques, ou démontrer la valeur méconnue d’une partition oubliée, autant d’apports singuliers qui mettent en avant les ressources expressives et l’évolution sonore des ténors, altos, basses de violons.
Pour la thématique vénitienne baroque, Bruno Cocset explore dans la première partie du programme, nombre de partitions dont les auteurs sont passés par Venise ou ont fait publié leurs oeuvres dans la lagune. Diminutions de Girolamo della Casa, fantaisie (avec solo de basse) de Bartolomeo De Selma, langoureuse Passacaille de Biaggio Marini… autant d’écritures du Seicento qui souligne l’essor de la pratique instrumentale au XVIIè. Bruno Cocset déploie un tempérament exceptionnel dans la défense de ce répertoire méconnu.
Son archet souple et mordant éclaire la vitalité flamboyante de chaque instrument: le souci du timbre, la fulgurante digitalité (main gauche), la concentration de l’artiste captivent immédiatement.
Ses partenaires répondent sur la même hauteur de jeu: les Sonates de Domenico Scarlatti éblouissent sous le feu digital de Bertrand Cuiller. Et dans la Sonata a violoncello e continuo de Benedetto Marcello (grand rival jaloux de Vivaldi à Venise), Emmanuel Jacques, au violoncelle, soutient à la perfection le jeu dialogué avec Bruno Cocset. Et même ses deux bis, empruntés à Vivaldi (Venise oblige, dont une Sicilienne) sonnent déjà romantiques, par l’essor du sentiment et la coloration nuancée de la profondeur. Sublime.

Troisième concert (samedi 1er mai 2010, 21h). Ils viennent de publier une Passion selon Saint-Jean (Passio secundum Johannem) très nerveuse et vocalement aboutie: les solistes de La Chapelle Rhénane, autres familiers de Sablé, jouent la démesure et l’audace d’une oeuvre monumentale que probablement Monteverdi n’a jamais entendu dans l’enchaînement que nous lui connaissons aujourd’hui: le Vespro della Beata Vergine, ou Vêpres à la Vierge, ample déclaration de son talent fertile, jouant d’un contraste saisissant entre styles ancien et moderne. Benoît Haller, directeur musical de l’ensemble (qu’il a fondé en 2001), s’engage dans cette partition latine, lui que l’on attend plus facilement chez Bach ou les baroques germaniques… Mais le grand Claudio partage avec le Cantor de Leipzig, ce souci du verbe et une vision géniale des inflexions musicales comme de l’architecture spatialisée! Autant de défis que doivent relever les interprètes actuels.
Idéalement proposée sous la nef de l’église de Sablé, scène installée coté naos, face à l’autel, l’oeuvre déploie ses accents lyriques, en particulier entre les psaumes: tout l’enjeu de l’oeuvre est là, intercalé, presque dissimulé pour un regard non averti face au manuscrit…
A l’écoute, impossible de ne pas y déceler le plus grand, le meilleur Monteverdi, celui de la révolution musicale qu’il favorise, qu’il réalisera bientôt à l’opéra… justement à Venise. Auteur d’un Orfeo de 1607 encore coloré d’accents XVIè (madrigalesques), Monteverdi « ose » tout dans ce Vespro de 1610: oeuvre-manifeste, à la fois visionnaire, expérimental, et miroir démonstratif de son incroyable talent.
Oeuvre d’une rayonnante vocalità, qui se joue aussi des effets d’échos, et aime à diversifier pour chaque section, l’effectif des solistes (où s’imposent majoritaires les voix d’hommes: haute-contres, ténors, barytons-basses, chacun par deux), la partition est ce soir, celle de solistes.
C’est l’option que privilégie Benoît Haller et ses chanteurs (9 au total), lesquels assurent aussi tous les tutti. Même le chef, ténor à ses débuts, participe, et se retournant au besoin,passant de la direction dos au public au chant soliste, assure aussi les parties vocales, non des moindres (Duo Seraphin).
D’emblée s’impose fabuleuse d’intonation et de ferveur mystique, le duo des sopranos (Tanya Aspelmeier et Aurore Bucher): impossible de leur résister, d’autant que le continuo où éblouit la harpe magicienne très mise en avant, de Marie Bornisien, jette elle aussi ses feux enchantés.
Tout prépare au Magnificat: l’ensemble s’élève à un sommet rarement écouté, portant en lévitation une partition qui dans sa conception visionnaire annonce toutes les grandes célébrations baroques à venir: de Bach à Haendel. Il faut revoir à Venise aux Frari, la toile non moins majeure du Titien, l’Assunta, elle aussi qui célèbre Marie, pour comprendre alors tout ce que Monteverdi réalise en modernité et en vérité pour la musique.





Le lendemain, dernier concert (dimanche 2 mai 2010 à 16h): la jeune virtuose du violon, Amandine Bayer, élève de Chiara Banchini, a depuis 2008 et la publication de son album vivaldien, renouvelé notre perception des Quatre Saisons de Vivaldi. Palmarès imprévu… après les nombreux apports de ses ainés baroqueux de la première et deuxième heure, tel Fabio Biondi qui en son temps, fit exploser la constellation baroque par sa lecture bondissante et théâtrale (depuis, record des ventes du label Opus 111). Puis, certains ont tenté l’aventure… espérant renouveler le phénomène: Alessandrini, sans convaincre.
C’était compter sans Amandine Beyer qui replace au coeur de la partition vivaldienne, cette palpitation humaine et cette grâce poétique qui font du Pretre Rosso, un Mozart vénitien. En effectif restreint (8 musiciens), Gli Incogniti ressuscitent des Saisons d’individualités, plutôt que de virtuoses; c’est un concert de tempéraments en complicité, qui échangent, dialoguent, se répondent sans jamais sacrifier le sentiment sur l’autel de la virtuosité technicienne. En plusieurs générations, l’interprétation a gagné le sentiment, conquête majeure, jamais oubliée en définitive depuis le théâtre de Monteverdi, autre maître à Venise, mais au siècle précédent.
Accents, précision, perfection de l’unisson des cordes, attaques et dynamique… jusqu’à l’équilibre de la sonorité et son opulence mesurée: tout distingue aujourd’hui la perfection musicale des Incogniti (*). Au début du concert, les musiciens jouent le Concerto pour deux violons dont l’ouverture trépidante sur des rythmes pointés étaient déjà à Sablé, en 2008, comme un lever de rideau radieux, révélant la maestrià d’un jeune ensemble époustouflant. C’était alors l’année de la publication de leur album événement et aussi les 30 ans du Festival de Sablé: un symbole.

En 2010, le 32è festival estival de Sablé se déroule sur 6 jours de spectacles et de concerts. Pas moins de 6 créations sont annoncées dont parmi les temps forts, en ouverture, « Métamorphose(s) » par la Compagnie L’Eventail et les Musiciens de Saint-Julien, le 24 août 2010; Musiques sacrées pour la Semaine Sainte par les Arts Florissants sous la baguette de l’ex ténor Paul Agnew (le 25 août); Les Surprises de l’amour d’après Jean-Philippe Rameau, par Les Nouveaux Caractères et le choeur Mélisme(s) sous la direction du jeune chef Sébastien d’Hérin (le 27 août); sans omettre, Gli Incogniti et Amandine Bayer dans Sonates et Motets de Bonporti, un nouveau programme vivaldien: « Rivales des castrats » par Nathalie Stutzmann, ou « Rythme et magie à Naples » par Neapolis Ensemble, trois productions événements présentées le même jour, le 28 août 2010!









Sablé sur Sarthe (72). Centre culturel Joël Le Theule (sauf le Vespro donné dans l’église de Sablé). Les Préludes de Sablé, du 30 avril au 2 mai 2010. « Venise Baroque ».

(*) Les instrumentistes sont en concert le 19 mai 2010 à Paris: France Musique retransmet l’événement, en direct depuis la Cité de la musique.

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