Rossini: Le Voyage à Reims Marseille, Bordeaux. Du 11 au 30 mars 2010

Rossini
Le Voyage à Reims
Il Viaggio a Reims

Co-production « jeune » par le Centre Français de Promotion Lyrique.

Marseille, Opéra
(du 11 au 14 mars 2010)

Bordeaux, Grand Théâtre
(26,28,29 et 30 mars 2010)

Un opéra pas comme les autres (même de Rossini), ce Viaggio a Reims qui sur un prétexte de fêtes monarchistes réunit en situations merveilleusement musiciennes des personnages un rien déjantés… Pour cette œuvre si jeune d’esprit, une distribution tout aussi jeune, réunie par le CFPL, et qui achève en mars une large tournée dans 16 maisons d’opéra françaises.

Des chefs-d’œuvre au minimalisme

« Quand j’entends parler du consolateur et sauveur Rossini et de son école, j’en frémis jusqu’au bout des doigts…. », écrivait Schumann quand il était Florestan dans le rôle du critique musical. Et à propos d’une visite de Rossini à Beethoven : « Le papillon vola sur le chemin de l’aigle, mais celui-ci se rangea, pour ne pas l’écraser d’un battement d’aile. » Bien vu, dans la symbolique ? Si Rossini n’avait pas eu le physique de plus en plus…imposant au fil des ans, on serait tenté de l’appeler comme le Cherubino de Mozart dans Les Noces : « farfallone (papillon) amoureux ». L’enveloppe corporelle du compositeur n’y était pas, mais ô combien le caractère de sa musique, légèrissime et parlant si bien de jeunesse et d’amour, peut-être comme nul ne l’avait encore fait et d’ailleurs ne le ferait plus ! Au fait, qui était ce Rossini, insaisissable mélange de crescendo-decrescendo et de prestissimo, de profondeur à force d’apparente désinvolture, qui entre 20 et 37 ans aligne les plus éblouissants chefs-d’œuvre, et semble en 1829 (presque à l’âge où Mozart meurt) ,sur un coup de mauvaise humeur ( l’échec de son opera-sérieux Guillaume Tell), renoncer à composer pour le théâtre d’opéra, qui paraissait sa vie même. Mais Rossini survit en apparent joyeux convive du banquet de la vie (surtout parisienne) pendant…40 ans, préférant désormais laisser son nom à des recettes culinaires (le fameux Tournedos, qu’il faisait d’ailleurs plutôt mauvais), qu’à quelques oeuvres minimalistes (religieuses pour certaines, dont un Stabat Mater très novateur) qu’il appelle « péchés de vieillesse ». Tout cela en plein épanouissement du romantisme européen, qui voit du sacré et une sorte d’obligation morale dans l’écriture. Certes ses biographes noteront qu’il y avait dans ce renoncement une part de forte inclination dépressive, mais au-delà de l’ »explication » psychologique, le paradoxe demeure, voire même le scandale…, en tout cas la perplexité.

Un monarchiste inspiré

Et parmi la floraison des opéras, dire qu’au moins l’un d’entre eux, Le Voyage à Reims, eût pu demeurer un quasi-souvenir ! Cet opéra, le dernier «pleinement italien par la langue originale du livret, et surtout la folle insouciance qui l’anime, la légèreté rieuse de ses figures mélodiques incroyablement savantes, et toujours d’une radieuse transparence « (Frédéric Vitoux), son auteur ne voulut plus le voir jouer, bien qu’il en ait aussitôt réemployé une partie de la substance pour un opéra-comique qui transportait la donnée de 1828 au…Moyen-Age (Le Comte Ory). Les manuscrits furent dispersés, et après quelques représentations trafiquées, la partition « disparut »…jusqu’à la fin du XXe, où le travail patient des musicologues –quelques rossiniolâtres… pour notre plus grand plaisir, Janet Johnson, Philip Gossett…- permit une résurrection en 1984, au Festival de Pesaro. Dans la ville natale de Rossini, Claudio Abbado y réunit une éblouissante distribution selon son intuition tellement italienne pour des représentations qui ont fait date et qu’heureusement le disque perpétue ( Deutsche Grammophon).

Le compositeur, en bon…antiromantique, n’était pas du tout sensible aux idées novatrices en politique, et d’ailleurs prenait son bien partout où sonnait la monnaie trébuchante des commandes et des représentations. Monarchiste parce que c’était l’ordre établi, dans l’Italie d’après la faillite napoléonienne, puis selon le va-et-vient de ses résidences en France, ou dans la péninsule, et pour finir – quand il s’installe à Paris en 1855- « impérial » du temps de Napoléon III : un « apolitique », en somme, heureux de l’être. Et donc, il n’hésite pas lorsque lui est commandée une « cantate scénique » pour le Couronnement du Comte d’Artois. Devenu roi en 1825, Charles X était le 3e des « frères Capet »( Louis XVI et Louis XVIII), et le plus léger, « un bel homme caracolant sur un beau cheval » dont l’inconscience politique « ultra » amènera le renversement par le peuple de Paris, lors des Trois Glorieuses de juillet 1830. Apparemment œuvre d’un fervent monarchiste – comme en témoignent certaines séquences « hymniques » au cours de l’opéra -, ce Viaggio à Reims (on note le clin d’œil du titre franco-italien) est du genre « inclassable ». C’est un « acte manqué » collectif, puisque la donnée implique la présence dans une station d’eaux vosgienne – Plombières, où aura lieu sous Napoléon III une entrevue décisive pour l’unité italienne entre l‘Empereur français et le Premier Ministre piémontais Cavour – d’une pittoresque collection internationale de « touristes » désirant rallier la proche Reims pour les fêtes du Couronnement. Des petites histoires de costumes en lambeaux puis de voitures à chevaux défaillantes compromettraient tragiquement le Voyage si l’annonce d’autres festivités à Paris, après le couronnement, ne venait rétablir la joie.

Du cabaret au théâtre musical

« Opéra-cabaret d’actualité, où chacun des protagonistes dispose d’un « sketch » à sa mesure, où l’on ménage quelques scènes d’ensemble, un semblant d’intrigue et un grand finale » ? Oui, quelque part entre les futurs offenbach-scenic et théâtre musical ou cabaret, mais tout cela sublimé par une « vision » et un étourdissant « savoir-faire » qui dissimulent une très savante « mise en abyme » interrogeant le « théâtre dans le théâtre ».Les personnages réunis dans l’hôtel de Madame Cortese, Le lys d’Or, sont à la fois des ridicules, des symboles et des êtres parfois touchants avec leurs manies-passions, leurs amours rêvées et impossibles. Le baron Trombonok ( !) est un Allemand fou de musique, le comte russe de Libenskof et l’espagnol Don Alvaro ne pensent qu’à la marquise polonaise Mélibéa, l’Italien Don Profondo chasse l’antiquité fantasmatique, la frivole comtesse française de Folleville est obsédée par ses parures et poursuivie par le chevalier Belfiore, puis intervient dans le jeu la Poétesse Corinne, qui évoque évidemment l’héroïne du roman de Madame de Stael et fait chavirer les cœurs de ces messieurs… Et coetera, suivant la fantaisie du librettiste qui enthousiasme notre musicien, ravi de « caractériser » chacun par l’hymne national et qui se livre surtout à une alternance d’arias amoureux (ou révoltés par le destin contraire) et d’ensembles (Sextuor « una gran gabbia », Gran Pezzo Concertato a 14…) non indignes de la science opératique mozartienne.


L’aventure de la bella gioventu

On conçoit que 25 ans après la « résurrection » de la fin XIXe, et pour cet opéra dont une des clés est la jubilation des mots, des gestes et des notes, des expériences soient tentées qui en fassent un beau terrain de formation et d’affirmation pour la jeunesse des interprètes. C’est ainsi que le C.F.P.L.(Centre Français de Promotion Lyrique), « attaché à la découverte de nouveaux talents et à leur insertion dans le milieu professionnel » a suscité une co-production entre 16 maisons lyriques de l’hexagone (et deux hongroises), « dans la continuité du concours de 1988, les Voix Nouvelles, qui au cours des ans a révélé les talents de Natalie Dessay, Karine Deshayes ou Stéphane Degout. Des concours de recrutement international ont eu lieu pour déterminer la distribution mais aussi la direction musicale. Puis chaque maison a participé au choix de la distribution et des équipes de plateau pour la réalisation des décors, des costumes et des éclairages. Le parrainage musical est rossinien en diable, puisque assuré par Alberto Zedda, directeur de l’Accademia Rossiniana dui Festival de Pesaro. D’ailleurs la forme même de cet opéra-pas-comme-les autres favorise une situation d’effort collectif sans prime incitative à la starisation lyrique, puisque dans les 18 rôles, 13 « sont principaux » et que toutes les tessitures sont réunies, l’ensemble tenant primordialement par l’ardeur du groupe. C’est fin 2006 que l’aventure a commencé, le Théâtre de … Reims- comme il se doit – a accueilli tout le travail préparatoire et les premières représentations ; début 2010, on arrive à la 3e année de réalisation, et le périple français va s’achever en deux villes…portuaires, Marseille et Bordeaux. La distribution est donc internationale – à vous de découvrir les futurs « grands » de la scène lyrique et tous les autres -, et chante en alternance selon les villes et les représentations. La direction musicale est assurée par l’Italien Luciano Acocella, formé à Rome et à Copenhague, qui a travaillé avecY.Temirkanov, D.Gatti et Myung Whun Chung et a remporté un prix Prokofiev à Saint-Pétersbourg. La mise en scène est confiée à un Italien de 30 ans, Nicola Berloffa, violoncelliste de formation, et qui a été assistant de Daniele Abbado et de Luca Ronconi. Allez, il ne vous reste que deux villes et huit soirées pour admirer toute cette « bella gioventu », comme chante Don Giovanni, un connaisseur, dans l’opéra de Mozart !

Giacomo Rossini (1792-1868): Il Viaggio a Reims (Le Voyage à Reims). Co-Production du C.F.P.L. dir.Luciano Acocella, mise en scène Nicola Berloffa. Distributions en alternance.
Opéra de Marseille, Orchestre de l’Opéra. jeudi 11 mars 2010, vendredi 12, samedi 13, 20h ; dimanche 14, 20h30. Information et réservation : T. 04 91 55 11 10 ; www.opera.marseille.fr
Opéra de Bordeaux, Orchestre et chœurs ONBA. Vendredi 26 mars 2010, lundi 29, mardi 30, 20h ; dimanche 28, 15h. Information et réservation : T. 05 56 00 85 95 ; info@opera-bordeaux.com

Illustrations: © A.Julien

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