jeudi, décembre 8, 2022

Richard Wagner: Les fées Paris, Châtelet. Du 27 mars au 9 avril 2009

A ne pas rater

Richard Wagner
Les Fées (Die Feen)

Paris, Théâtre du Châtelet
Du 27 mars au 9 avril 2009


Deuxième opéra


Le Théâtre du Châtelet à Paris accueille pour 6 représentations à partir du 27 mars (et jusqu’au 9 avril 2009), le deuxième opéra de Richard Wagner, Les Fées. La partition en 3 actes, plutôt méconnue, est mise en scène par Emilio Sagi. Inspirée de la pièce de théâtre de Carlo Gozzi, La donna serpente (la femme serpent, 1762), l’opéra est donné en création française.
Wagner alors âgé d’à peine 20 ans, se montre sous l’influence de Meyerbeer et de Weber, les deux représentants de la scène romantique, française et allemande. Il avait commencé un premier ouvrage lyrique: Die Hochzeit (Les Noces), en 1832, mais ne vint jamais au terme de sa première partition lyrique.
Emilio Sagi a mis en scène au Châtelet Le Chanteur de Mexico (2006-2007) et La Generala (2008). Sa rencontre avec Wagner remonte à 1989 quand il abordait Tristan à Barcelone avec Montserrat Caballe. 20 ans plus tard, l’homme de théâtre met en lumière le monde féerique des femmes immortelles et des chevaliers amoureux. Fidèle à ce qu’il développera ensuite, dans ses opéras postérieurs, Wagner développe le pouvoir d’un amour pur et durable contre la loi de la fatalité. Dans Les Fées, se profilent Tannhäuser, Lohengrin, Tristan. La quête de l’amour absolu inspire toute l’action. Le personnage d’Arindal exprime cette recherche idéale, en tombant amoureux de l’immortelle Ada. Par opposition, les chevaliers secondaires sont exclus de la conscience amoureuse et des vertiges et ravages qu’elle suppose. Le monde des sentiments leur est inaccessible: ils paraissent masqués, comme des prisonniers.
Sur le plan comique, aux côtés des caractères plus graves, le couple Drolla et Gernot annonce Maddalena et son fiancé David dans Les Maîtres Chanteurs. Carlo Gozzi inspirera plus tard Puccini pour sa Turandot; et Prokofiev dans L’Amour des Trois oranges. On y retrouve ce mélange idéal pour la scène lyrique de fantaisie et d’onirisme. Sagi transpose le registre de l’imaginaire dans un vocabulaire pop, à la fois coloré et abstrait, en faisant appel à Jeff Koons et Dan Flavin.


Serment à l’épreuve

Fidèle à sa future dramaturgie, de Lohengrin au Crépuscule des dieux, le jeune Wagner aborde dès son premier opéra, le lien amoureux, à la fois poison terrifiant par les épreuves qu’il inflige à ceux (surtout à celui) qui en ressent le charme, et aussi source de dépassement et de féerie. Toujours il est question de la fidélité, de la force du serment prononcé. Ada n’a de cesse d’éprouver la loyauté de son amant, comme le fera aussi Lohengrin vis à vis d’Elsa. Mais si dans Les Fées, malgré le désaveu coupable d’Arindal vis à vis d’Ada, le couple majeur se désaccorde par la magie enivrante et dévastatrice (sujet des tableaux de l’acte II), la partition s’achève cependant favorablement: en conclusion, le Roi des fées remet à Arindal sa fille aimée, immortelle, destinant désormais le chevalier au bord de la folie, à un avenir promis aux délices.


Argument

Acte I. La fée Ada renonce à l’immortalité pour son amour pour Arindal dont elle a eu dans la forêt magique, deux enfants. Mais celui-ci pour être digne des sentiments de la fée doit passer les terribles épreuves produites par le Roi des fées. Les soeurs d’Ada, les fées Farzana et Zemina, agissent pour le faire échouer. L’une des épreuves qui annonce celle qu’impose Lohengrin à Elsa, est d’interdire à Arindal de demander à Ada qu’elle dévoile le mystère de ses origines. Ne rien exiger, offrir sa confiance: l’obtention de l’amour absolu est à ce prix. Mais Arindal échoue et se retrouve dans un désert infernal avec Gernot son serviteur.
Le mage Groma, protecteur d’Arindal, aidé de Morald savent comment délivrer Arindal des enchantements de sa quête.
Ada paraît, écrase les tentatives du mage et transporte Arindal dans un jardin féerique. Mais Ada affronte un conflit moral: si elle s’attache définitivement à Arindal, elle perdra l’occasion de prendre la succession de son père mourant et de devenir Reine des fées (c’est du moins ce qu’on lui fait croire: car elle aussi, est le sujet d’épreuves). Pouvoir ou amour, elle devra choisir. Arindal retourne dans son royaume assiégé, Tramond.

Acte II. Dans la capitale de Tramond assiégée, les chevaliers entourant le champion Arindal, Morald et Gernot retrouvent leurs promises: Lora et Drolla.
Paraît Ada qui souhaite éprouver le serment amoureux d’Arindal. S’il se parjure, elle demeurera pétrifiée pendant un siècle. La vision infligée à Arindal est atroce: Ada y précipite leurs enfants dans une fournaise. Le charme des illusions opère, et l’amant pourtant épris, maudit sa bien-aimée.

Acte III. La guerre s’évanouit. Seul Morald qu’on a crû mort, confirme son voeu d’épouser Lora. Arindal, tel Renaud, a perdu toute raison: c’est un coeur dévasté, détruit. Dans son sommeil, le mage Groma lui remet bouclier, épée et lyre qui le sauvent des nouveaux artifices maléfiques. Mieux, par sa lyre, il parvient à rompre l’envoûtement qui tient prisonnière Ada. Le roi des fées plus vaillant que ne le disait la rumeur paraît: il consent à ce qu’Arindal et Ada s’aiment pour l’éternité, tandis que les chevaliers mortels, Morald et Gernot épousent leurs dames promises. Grâce à l’art, le prince a sublimé sa condition: le chant et la lyre ont défait les sortilèges de la fatalité: il peut devenir immortel aux côtés de son aimée. En Arindal, il faudrait voir Wagner lui-même, image triomphante du poète, maître de son art.

Illustration: Fussli, la Fée. John Waterhouse, le chevalier et sa dame (DR)

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