vendredi, décembre 9, 2022

Puccini: La Fanciulla del West (Deborah Voigt)2 dvd Deutsche Grammophon (Met HD live, janvier 2011)

A ne pas rater
dvd, critique

Puccini: La Fanciulla del West (Voigt, Luisotti, 2011)

La Fanciulla del West raconte le rêve américain dans l’écriture d’un Puccini soucieux de plaire à l’audience anglosaxone en 1910: Minnie est une jeune femme pleine de courage et de tendresse; un coeur tendre qui dans un monde d’hommes (celui des chercheurs d’or), sait imposer sa fière féminité; une sorte d’héroïne moderne.

Le Metropolitan grand ordonnateur des nouvelles messes médiatiques en diffusant ses directs dans toutes les salles de cinéma récolte les recettes mais au prix souvent d’un grand déballage visuel. Le kitsh plutôt que la finesse et l’intelligence. Les conservateurs et les puristes crient au scandale: c’est l’opéra que l’on dénature. Pourtant jamais l’opéra n’a été plus démocratisé et accessible… par le truchement des mises en scène et des moyens de les diffuser (grands écrans et directs événements), ni plus proche et immédiatement accessible par le plus grand nombre. Alors, l’opéra superbe machine à rêver? Certainement.
Les nouveaux plans rapprochés exigent de vrais chanteurs acteurs: curieusement, au clinquant de façade pour attirer les foules, le focus des caméras exige aussi des tempéraments dramatiques qui en un clin d’oeil, une posture, un port de tête, une expression à peine appuyée, signifient beaucoup à l’écran. Donc la finesse n’est pas totalement étrangère ici loin s’en faut. Alors pour cette Minnie du centenaire de l’oeuvre, qu’en est-il?
Si le chef et l’orchestre confondent lyrisme et épanchement sirupeux (Luisotti a souvent la main lourde: problème de volume, d’expression, de style… hollywoodiens?), la diva Deborah Voigt dans le rôle titre sauve les meubles, ceux d’une production ambitieuse qui a clairement les moyens matériels (décors et lumière) de l’évènement…

Retransmise en HD live ce 8 janvier 2011, la production marque le centenaire ou presque de l’ouvrage composé par Puccini pour la maison new yorkaise. On y retrouve souvent des traces de Butterfly, mais ici le musicien s’est déplacé de l’autre côté de la planète, laissant cet orientalisme nippon pour les States rongés par la recherche de l’or. Conquête de l’Ouest, quête du métal précieux… c’est le chant d’une humanité portée par ses espérances; une aube pleine de promesse dans laquelle s’inscrit le portrait d’une Minnie, seule héroïne chez Puccini qui sait… vivre en fin d’action: contrairement aux tragédiennes vouées à la mort: Manon, Tosca, Butterfly… la jeune fille de l’Ouest tire son épingle du jeu; elle sauve des griffes du Shérif Jack Rance (assez caricatural Lucio Gallo), celui que son coeur a élu fut-il mauvais garçon, recherché par la justice: Dick Johnson (en fait le bandit Ramirez…) est le seul qui se montre à la hauteur des rêves de la jeune femme…


La très attachante Minnie de Deborah Voigt

La mise en scène respecte à la lettre, le cadre de la pièce qui inspira à Pucicini l’une de ses dernières oeuvres et souvent la moins bien considérée (à torts évidemment). Mais datée déjà de 1991, signée Giancarlo del Monaco, la vision mériterait de notre point de vue un sérieux dépoussiérage qui éloignerait à raisons, l’opéra de son côté decorum californien et hollywoodien justement. Puccini développe une vision très précise du drame: celui d’un monde barbare et sauvage « rééduqué » par la figure d’une femme, à la fois mère et soeur, guide moral et icône fantasmatique… Il faut une sacrée carrure vocale et psychologique pour endosser le personnage de Minnie, la fanciulla del West: Deborah West, transfigurée grâce à sa nouvelle silhouette (elle a réussi un régime) ne s’en sort pas si mal. Les mauvaises langues disent que son amincissement lui a fait perdre sa voix… inutile réserve et fausse critique: la cantatrice déploie encore une belle intensité et même si la tenue des aigus déraille parfois, le style reste sobre, et ne manque jamais d’engagement (acte II). Ses partenaires le Shériff Rance et Dick (Marcello Giordani) manquent de nuances et de finesse (comme l’orchestre), lacunes dommageables chez Puccini. Les amoureux de lyrisme tapageur apprécieront certainement une production plus visuelle et fracassante que subtile et psychologique. Seule, la performance de Deborah Voigt suscite l’admiration par sa probité: le rôle lui vaut une prise de rôle vaillamment négociée, in fine, très attachante … au II quand après avoir permi à Dick blessé de se sauver puis de tenir tête à Rance de plus en plus soupçonneux, elle accepte de jouer sa vie et le sort de son aimé au poker… : la fierté et la détermination de Minnie rejoint celles de Tosca face à Scarpia… troublante parenté des situations (soprano/baryton); puis, au III, belle prière de Minnie à l’encontre de ceux à qui elle a toujours enseigné l’amour et le pardon… D’acte en acte, La Fanciulla de Deborah Voigt dévoile de réels arguments expressifs, rendant sincères et vraisemblables la force de caractère comme la tendresse d’une âme forte et sensible.


Puccini: La Fanciulla del West. Deborah Voigt, Marcello Giordani, Lucio Gallo… Metropolitan Opera chorus and orchestra. Nicolas Luisotti, direction. Giancarlo del Monaco, mise en scène. Enregistrement réalisé en janvier 2011, New York Metropolitan Opera. 2 dvd Deutsche Grammophon Réf.: 00440 073 4804.

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