Poitiers. Auditorium, le 4 avril 2013. Haydn : Les saisons, oratorio profane tiré du poème éponyme de James Tomson. Orchestre des Champs Élysées, Collegium Vocale Gent. Philippe Herreweghe, direction.

S’il y a un compositeur qui fait remarquablement la transition entre la période classique et le romantisme triomphant, c’est bien Joseph Haydn (1732-1809). D’abord réticent à l’idée de composer un oratorio profane, Haydn qui vient de remporter un succès considérable avec Die Schöpfung (La Création) en 1798, finit par accepter la commande du baron Gottfried Van Swieten. C’est aussi Van Swieten qui traduit le poème de James Tomson et qui le confie au vieux compositeur avec des indications précises concernant la musique. Pour son dernier concert de la saison 2012/2013 à Poitiers, Philippe Herreweghe revient avec l’Orchestre des Champs Élysées et le Collegium Vocale Gent, son ensemble historique. Le concert du 4 avril, dédié aux Saisons, était le premier d’une tournée en France et en Europe.


Saisons enchanteresses au TAP de Poitiers

Pour la première fois de sa longue et très belle carrière, Philippe Herreweghe aborde un oratorio de Haydn. Les Saisons font partie des oeuvres de vieillesse d’un auteur adulé à l’échelle européenne, qui est aussi son seul oratorio profane. Pour la tournée qui débutait à Poitiers, le chef belge a de nouveau réuni ses deux plus prestigieux ensembles et trois solistes qui défendent l’oratorio avec talent. Dès le prélude, Philippe Herreweghe imprime sa pâte avec fermeté, s’appropriant l’oeuvre sans complexes. L’Orchestre des Champs Élysées et le Collegium Vocale Gent suivent leur chef avec précision. Sous sa direction avisée, les interprètes expriment chaque sentiment, chaque interrogation avec énergie. Le choeur dont la diction est au demeurant plutôt bonne, livre une très belle lecture de la partition. Devant l’orchestre et le choeur, aux côtés de Philippe Herreweghe, les trois solistes sont solides. Bien que le baryton soit un cran en dessous de ses collègues, le plateau vocal de solistes complète l’offrande avec bonheur. C’est la soprano Christina Landshamer qui tire son épingle du jeu avec une voix ronde, chaleureuse dont la tessiture large couvre parfaitement la partie de Hanne. Le ténor Maximilian Schmitt dont la voix est claire, légère, aérienne campe un Lucas séduisant; les attaques sont nettes et la diction, parfaite. En revanche, le baryton Christian Boesch est moins convaincant; si la voix est agréable, riche, ronde et la diction excellente, il peine à passer la rampe, surtout dans les ensembles. La direction de Philippe Herreweghe est pourtant idéale, avec des tempi et des nuances quasi parfaits.

Si on peut regretter des imperfections et la présence d’un baryton légèrement en deça de ses collègues, la première incursion de Philippe Herreweghe dans le répertoire choral et vocal Haydnien est une réussite exemplaire. L’Orchestre des Champs Élysées, le Collegium Vocale Gent et leur chef nous livrent une lecture des Saisons enthousiasmante : tempi et nuances justes, diction remarquable, musicalité incomparable. Que rêver de plus ?

Poitiers. Auditorium, le 4 avril 2013. Joseph Haydn (1732-1809) : Les Saisons, oratorio profane tiré du poème éponyme de James Tomson. Christina Landshamer, soprano; Maximilan Schmitt, ténor; Christian Boesch, baryton; Orchestre des Champs Élysées, Collegium Vocale Gent. Philippe Herreweghe, direction.

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