Poitiers. Auditorium, le 14 mars 2013. Glass, Barber, Crumb. Quatuor Diotima

Comme ils l’avaient annoncé en septembre dernier, les responsables du Théâtre Auditorium de Poitiers ont décidé de consacrer la saison en cours aux États-Unis d’Amérique. Ils ont ainsi invité le jeune quatuor Diotima qui propose un programme inscrivant trois compositeurs américains parmi les plus importants des périodes moderne et contemporaine.


Les Diotima au TAP de Poitiers

Si le Quatuor Diotima ne présente que trois oeuvres, chacune d’elle est dense, complexe et exige beaucoup des instrumentistes. Lorsque Philipp Glass (né en 1937) compose son quatuor à cordes N° 5 en 1991, il est arrivé à une maturité musicale et stylistique inégalables. Les membres du Quatuor Diotima proposent une lecture de l’oeuvre juste, intelligente, sans fioritures; la partition de Glass est remplie de pièges que les musiciens évitent aisément. Ils font leur, une oeuvre qui, quoique relativement récente, est de par sa structure même à la croisée des chemins. À la fois moderne et contemporaine, l’oeuvre de Glass est une invitation à un univers particulier mélangeant les diverses influences que le compositeur a subi tout au long de sa carrière professionnelle. On retrouve ce mélange d’influences variées dans le Quatuor pour cordes en si mineur de Samuel Barber (1910-1981). Si l’oeuvre date de 1936, elle est surtout connue grâce à son mouvement central, l’adagio, qui est de toute beauté; la encore, les musiciens servent la partition avec simplicité, finesse et intelligence. Tout comme pour l’oeuvre de Glass en début de soirée, le quatuor Diotima utilise ses dons exceptionnels pour donner à la musique de Barber des couleurs et des sonorités toujours renouvelées. Et même si le public n’a retenu que l’adagio de cette partition, il découvre ou redécouvre un ensemble dont la difficulté tient avant tout à la structure stylistique que Barber, dont des oeuvres ont été jouées plus tôt dans la saison, a construit patiemment pendant toute sa vie.

Au retour de l’entracte, des “instruments” supplémentaires ont fait leur apparition sur le plateau de l’auditorium. C’est pour la dernière oeuvre du programme composée en 1970 par George Crumb (né en 1929) : Blacks angels. Si les Quatuors de Glass et de Barber ont de nombreux accents modernes, limite post-romantiques, la partition de Crumb, elle, laisse l’auditeur coit. En effet le compositeur, originaire de Virginie Occidentale, tente des expériences, qui en 1970, sont très inhabituelles : gongs, électrisation des instruments, verres de table … Ce sont autant de “déviations” qui, pour intrigantes qu’elles soient, laissent aussi un arrière goût d’inachevé dans la musique qui voit du même coup son impact diminuer d’autant. L’interprétation du Quatuor Diotima, pour irréprochable qu’elle soit, ne suffit cependant pas à convaincre pleinement tant le contraste avec les autres oeuvres est important. Si l’utilisation des gongs qui fait maintenant partie du principe même de la musique contemporaine s’intègre parfaitement à une oeuvre de musique orchestrale elle devient inadéquate dans un quatuor à cordes même si leur utilisation est heureusement rare. Quant aux deux séries de verres, même si elles ne servent qu’à la toute fin de l’oeuvre, on peut se demander quelle en est la réelle utilité.

Le programme du Quatuor Diotima est d’autant plus intéressant que les oeuvres de Philipp Glass et de Samuel Barber, l’une et l’autre à la croisée des chemins, sont de facture très classique intégrant toutes les techniques de compositions dont les deux hommes disposaient en 1936 et en 1991. Si le Quatuor de Crumb convainc moins, il n’en n’a pas moins sa place dans un concert de musique de chambre contemporaine dédié aux USA.

Poitiers. Auditorium, le 14 mars 2013. Philipp Glass (né en 1937) : quatuor à cordes N°5; Samuel Barber (1910-1981) : Quatuor pour cordes en si mineur opus 11; George Crumb (né en 1929) : Blacks angels. Quatuor Diotima

Comments are closed.