vendredi, décembre 9, 2022

Parme. Teatro Regio de Parme, le 6 octobre 2012. Verdi: La battaglia di Legnano. Boris Brott, direction. Pier Luigi Pizzi, mise en scène

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Par notre envoyée spéciale, Hélène Biard
Festival Verdi de Parme 2012


Le deuxième opéra au programme du festival Verdi 2012 est une véritable rareté. La battaglia di Legnano, composée fin 1848 par Giuseppe Verdi (1813-1901) a été créée le 27 Janvier 1849 au teatro Argentina de Rome. Si Salvatore Camarano, le librettiste de Verdi, s’est basé sur le drame de François Joseph Méry : « La bataille de Toulouse », le compositeur s’est réorienté sur un fait historique qui s’est déroulé en 1176 alors que l’Italie, constituée de multiples principautés, résistait à Frédéric Ier surnommé Barberousse, Empereur du Saint-Empire romain germanique. La ligue lombarde soulevée contre le souverain allemand lui inflige une sévère défaite près de la ville de Legnano dans une bataille fortuite où se sont affrontés fantassins lombards et cavaliers allemands.


Un Verdi rare à l’affiche de Parme

L’oeuvre à peine créée tombe dans un oubli total; oubli dont elle ressort brièvement pour la saison 1859-1860 du Teatro Regio de Parme avant de re-sombrer jusqu’en… 1951, année du cinquantième anniversaire de la mort de Verdi. Dans l’ensemble La battaglia di Legnano n’est pas un chef-d’oeuvre, à l’image de Luisa Miller (dont la création a aussi lieu en 1849) ou de Rigoletto (créé deux ans plus tard, en 1851), mais contient cependant de très belles pages. Pour cette nouvelle production qui reprend la mise en scène de Pier Luigi Pizzi (Parme, 1999) de jeunes artistes, globalement prometteurs, donnent vie aux personnages de Verdi.

Pier Luigi Pizzi imprime sa marque à l’oeuvre de Verdi encore que la mise en scène, tout comme les mouvements de foule réglés par Roberto Maria Pizzuto, restent parfois statiques. A la décharge des deux hommes, l’oeuvre n’est pas des plus évidentes à mettre en scène tant l’action est lente et pas toujours propice à susciter une scénographie efficace. Cependant le metteur en scène italien compense avec talent et intelligence le casse-tête que représente la mise en scène avec des décors et des costumes superbes qui sont l’une des grandes réussites de la soirée. Comme pour Rigoletto, ce sont les lumières de Vincenzo Raponi qui en constituent la principale réussite; elles mettent parfaitement en valeur les sentiments contradictoires des personnages, les situations les plus dramatiques sans jamais forcer le trait.

Pour défendre La battaglia di Legnano, oeuvre méconnue entre toutes, le Teatro Regio de Parme et ses responsables ont misé sur une distribution plutôt jeune, dynamique, pleine d’une énergie rafraichissante qui, vocalement, rend parfaitement justice à la partition. A défaut d’être géniale, l’oeuvre offre néanmoins de belles pages.

Dans le trio « de tête », la jeune soprano roumaine, Aurelia Florian campe une Lida émouvante, déchirée, vivant dans le souvenir de ses frères et de son père morts à la guerre sans parvenir à oublier son amour perdu. La jeune femme qui est en pleine possession de ses moyens s’approprie son personnage avec talent et Lida, épouse et mère ne devient vraiment femme que lorsqu’elle retrouve l’homme qu’elle aime, un être adoré qu’elle croyait mort, tué à la guerre.
Florian chante l’air d’entrée de Lida « Voi lo diceste, amiche…  » avec une assurance et une maitrise qui n’ont rien à envier à des artistes plus confirmées ce qui n’est pas sans déplaire au public qui, comme de bien entendu lui réserve un accueil plus que chaleureux.

C’est le ténor espagnol Alejandro Roy qui se taille la part du lion; lors de la générale, il s’est légèrement blessé à une épaule; Roy a cependant tenu à assurer l’ensemble des représentations et l’a fait dès le début de la soirée avec courage et dignité ; ce qui est d’autant plus méritoire que le jeune homme a un rôle physiquement exigeant. Dès l’air d’entrée « Magnanima e prima delle città lombarde…  » le ténor donne le ton de la soirée : à aucun moment il ne montre le moindre signe de faiblesse ; et si on devine à certains moments des signes de souffrance, notamment lors de la scène de retrouvailles avec son ami Rolando qui doit prendre mille précautions pour ne pas taper trop fort lorsque les deux hommes s’enlacent, la très belle performance d’Alejandro Roy, engagée, constante, s’impose.
Le jeune baryton albanais Gezim Myshketa prête ses traits et sa voix au chef militaire Rolando. Tout comme Lida, il croyait son ami mort et sa joie de le revoir vivant est à l’égal de sa tristesse ; s’il ne pense pas à mal en l’emmenant chez lui, près de son épouse et de son fils, il ne se rend pas compte du chagrin qu’il cause à son ami, lui aussi épris de Lida, tout juste retrouvé. Vocalement, le jeune homme est dans un grand soir et il entame « Spento tra le fiamme di Susa, la fama ti narro … » en retrouvant le niveau de ses collègues tout en faisant passer Rolando par toutes sortes de sentiments.
Dans le rôle d’Imelda, Érika Beretti marque les esprits tant vocalement que grâce à ses dons de comédienne; la jeune femme fait preuve d’une patience immense avec le petit bout de chou qui donne vie au fils de Rolando et Lida, allant jusqu’à le faire « danser » en fin d’action, pour lui faire prendre patience.
Dans les rôles secondaires, se distinguent aussi William Corro, Federico Barbarossa certes un peu vert vocalement mais doté d’une belle voix de basse et Valeriu Caradia, Marcovaldo méchant et retors à souhait; s’il ne peut obtenir les faveurs de Lida alors personne ne les aura et surtout pas Arrigo.

Dans la fosse, le chef Boris Brott à la tête de la Filarmonica Arturo Toscanini affiche un style radicalement différent de celui de Daniel Oren, précédemment écouté dans Rigoletto ici même… mais tout aussi efficace; dès l’ouverture, les musiciens s’appliquent à suivre le chef, dont la rigueur et l’implacable précision, accentuent avec force le côté militaire de l’oeuvre. Une rigueur maîtrisée, comme le dicton « une main de fer dans un gant de velour » prennent ici tout leur sens. La baguette sait jouer avec le côté explosif de la battaglia di Legnano, en particulier le contexte de sa création. En 1848, les gouvernants européens affrontent des mouvements révolutionnaires aux conséquences politiques durables. Verdi fervent nationaliste ne peut s’empêcher de composer des oeuvres à plus ou moins forte consonance politique, Nabucco et La battaglia di Legnano en témoignent; même si le second n’est pas, de par son intrigue, un chef d’oeuvre, il a le mérite d’électriser aussi les consciences de son époque; Brott l’a bien compris et prend la musique de Verdi à son compte, se l’appropriant au point d’en faire ressortir chaque mesure, chaque note avec une force intéressante. Le choeur du Teatro Regio de Parme assume crânement une partie bien fournie, d’autant que les hommes, sous l’oeil vigilant de Martino Faggiani, chantent parallèlement Rigoletto (avec l’inusable Leo Nucco).

Partition intéressante, plateau homogène et ardent, ce Verdi méconnu est admirablement défendu… et si l’ensemble n’a pas provoqué la même ovation que Rigoletto quelques jours plus tôt l’accueil n’en n’est pas moins très chaleureux, y compris pour le petit figurant dont on ne saura jamais si son hésitation est due à la peur de voir une fois la lumière revenue dans une salle comble ou à l’incertitude sur ce qu’il doit faire; c’est Érika Beretti qui rassure l’enfant en lui tendant la main pour l’accompagner sur le devant du plateau. Si cette scène fait sourire et rappelle aussi la difficulté de travailler avec de très jeunes enfants, la mobilisation des solistes et des choristes a fait beaucoup pour mettre le en confiance. Bravo les artistes ! Belle esprit d’équipe.

Parme. Teatro Regio de Parme, le 6 octobre 2012. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La battaglia di Legnano, opéra en quatre actes sur un livret de Salvatore Camarano d’après le drame « La bataille de Toulouse » de François Joseph Méry. William Corro, Federico Barbarossa/premier consul de Milan; Gezim Myshketa, Rolando, chef milanais; Aurelia Florian, Lida, son épouse; Alejandro Roy, Arrigo, guerrier véronais; Valeriu Caradja, Marcovaldo, prisonnier allemand; Érika Beretti, Imelda, nourrice de Lida; Emanuele Cordaro, second consul de Milan/podesta de Como; choeur du teatro regio de Parme; Filarmonica Arturo Toscanini; Boris Brott, direction. Pier Luigi Pizzi, mise en scène,décors, costumes; Roberto Maria Pizzuto, mouvements de foule; Vincenzo Raponi, lumières. Par notre envoyée spéciale, Hélène Biard

Illustrations: © R.Ricci : Alejandro Roy et Erika Beretti…
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