vendredi, décembre 9, 2022

Paris. Théâtre du Châtelet, le 1er avril 2009. Richard Wagner: Les fées (1833). Emilio Sagi, mise en scène.

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Opéra ou … Comédie musicale?

Que donnent ces Fées wagnériennes sur la scène du Châtelet? En rapport avec son goût du décalage facétieux, le directeur maison Jean-Luc Choplin, brouille à nouveau les frontières des registres de l’opéra et de la comédie musicale, et invite encore Emilio Sagi (actuel directeur artistique de l’Opéra de Bilbao après avoir été celui du Real de Madrid), maître (im)pertinent du bling bling, des strass et des paillettes de la scène… qui a commis ici même, Le Chanteur de Mexico (2006), et la zarzuela d’Amadeo Vives, La Generala (2008). Les plus conservateurs crieront (encore) au scandale de la « mal-scène » (!), postures désormais de bon ton au sein du milieu parisiano-parisien, pourfendant l’ignoble dégueuli des métissages poivrés, surtout sacrilèges chez Wagner, créateur du théâtre total romantique… Les plus tolérants, ouverts à l’esprit provocateur (et encore) du Théâtre façon Choplin, pourront déceler un vrai travail de défrichement et d’audace, préférant la découverte au convenu, séduisant par une approche décomplexée, les nouveaux publics dont la musique classique a tant besoin pour son futur improbable.


Christiane Libor, révélation du spectacle

Car la mise en scène contrairement à ce qui est dit et écrit est loin de démériter. Cette surenchère de la couleur et du clinquant (toute mesurée et en rien vulgaire) fonctionne parfaitement dans un opéra de jeunesse, déjà accompli et cohérent musicalement, où les rencontres entre le monde des fées et celui des mortels, suscitent de légitimes effets colorés et brillants (avec propre désormais à Sagi, cette palette chromatique, entre le rouge sang de la passion et le rose carmin, d’une sensualité en filigrane). Mais cette conception de la scène comme s’il s’agissait d’un rouge à lèvres affecte-t-il notre perception du drame et les multiples joyaux de la partition?
Jamais le déploiement visuel et décoratif n’écrase la projection du texte et les chanteurs sont tous d’une indéniable vérité, en particulier la soprano berlinoise Christiane Libor : son Ada, fée humaine amoureuse, est de bout en bout impériale: et fulgurante de voix et de précision, et assurée scéniquement. Elle réussit la métamorphose de la jeune femme, née immortelle prête à totu sacrifier par amour, par compassion, par don total.

C’est assurément le point fort de cette production dont la fosse nous paraît en revanche plus démonstrative qu’intérieure (Minkowski trop exalté?). Comme si le Wagner de la jeunesse (20 ans) ne pouvait pas être subtil ni nuancé… Or, ce que révèle la production du Châtelet c’est justement a contrario des jugements expéditifs, que Les Fées (1833-1834) confirment la maturité du dramaturge et du compositeur, capable de traiter le grand genre (riche en effets, machienries, apparitions, féerie…), de construire par le chant et la musique, la complexité des forces psychiques. Le couple de la fée Ada et du prince mortel Arindal (qui se retrouve à la fin en une conclusion heureuse absente des autres opéras de Wagner) annonce comme un prototype, les Elsa/Lohengrin, Ysolde/Tristan, Kundry/Parsifal à venir: la tension de leur relation, l’hymne radical d’un amour cosmique, force irrépressible et souveraine, s’accomplit déjà ici avec force et passion. Il est bienvenu à Paris de créer l’opéra où déjà tout se joue, où Wagner d’avant La Tétralogie, se montre pertinent connaisseur des arcanes de la psyché. L’ouvrage n’a jamais été représenté du vivant du compositeur mais donné en première mondiale à Munich en 1888, soit après sa mort!

Qu’on aime ou pas ce délire à paillettes, entre rouge carmin et érotisme gadget, façon Lido ou Folies Bergères importe peu… d’autant que la mise en scène d’Emilio Sagi, sans être réellement gênante, n’égratigne en rien la magie de la musique et du chant qui elle, est totale. Ce spectacle remplit parfaitement son propos: nous dévoiler une oeuvre majeure dans l’évolution de la pensée wagnérienne. La production est bien est événement de la saison lyrique 2008-2009.

Paris. Théâtre du Châtelet. Mercredi 1 er avril 2009. Richard Wagner: Les Fées. Paris, Théâtre du Châtelet. Du 27 mars au 8 avril 2009. Mise en scène: Emilio Sagi. Ada Christiane Libor. Lora, Lina Tetruashvili. Arindal, William Joyner. Gernot, Laurent Naouri. Le Roi des Fées, Groma : Nicolas Testé… Choeurs et Orchestre Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Marc Minkowski (dir.). A l’affiche les 4, 7 et 9 avril à 19 h 30.

Illustrations: © M-N. Robert

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