PARIS. ELECTIONS MUNICIPALES 2020. Entretien avec Gaspard GANTZER

PARIS. ELECTIONS MUNICIPALES 2020. Classiquenews poursuit son tour de table des candidats et interroge les intéressés sur leur engagement en matière cuturelle. Quels grands projets et quelles valeurs directrices pour le grand PARIS culturel de demain ? Entretien exclusif avec Gaspard GANTZER. Propos recueillis par Julien VALLET pour classiquenews.

gantzer-gaspard-candidat-municipales-paris-2020En 2015, le public l’avait découvert dans la peau du « dir’com » du président François Hollande dans le documentaire d’Yves Jeuland consacré au locataire de l’Elysée. Gaspard Gantzer, a annoncé très tôt sa candidature à la mairie de Paris, dès le mois de mars 2019, annonce qui lui a valu dans un premier temps le soutien de personnalités telles qu’Isabelle Saporta. A 40 ans, cet ancien énarque, diplômé de Sciences Po Paris, est un bon connaisseur des questions culturelles, lui qui a été directeur de cabinet de l’ancien adjoint à la Culture Christophe Girard, et a participé au lancement du Centquatre et du Centre national du cinéma. Nuits de la danse, ouverture des bibliothèques le dimanche, quota d’ateliers logements pour les artistes, le candidat indépendant, qui ne mâche pas ses mots vis-à-vis d’Anne Hidalgo, a accepté pour Classiquenews de détailler les propositions-phares de son programme dans une petite brasserie où nous l’avons rencontré, dans ce 15e arrondissement où il est tête de liste avec son mouvement « Parisiens, Parisiennes ». Illustration : © Jean-Paul Lefret.

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Quelle est votre ambition pour la culture Ă  Paris ?

La culture est un peu la grande absente de cette campagne et c’est bien regrettable parce que Paris est une ville de culture, à la fois patrimoniale et contemporaine. Nous avons le devoir, nous candidats qui prétendons exercer la magistrature parisienne, de nous emparer de ce sujet dans le cadre de la campagne. J’ai un rapport singulier à la culture à Paris puisque j’ai eu l’honneur de travailler au Centre national du cinéma (CNC) puis dans le domaine culturel de la ville de Paris, à l’époque où nous ouvrions la Gaîté Lyrique ; faisions les travaux du Forum des images et la Maison des métallos ; changions la direction du Théâtre Monfort et du Théâtre de la Ville, mais aussi que nous construisions la Philharmonie de Paris, dont je suis extrêmement fier. C’est un sujet que je connais tant pour des raisons personnelles que professionnelles. J’observe qu’au cours des dernières années, peu de choses ont été faites pour la culture à Paris malgré la bonne volonté de Bruno Julliard ou de Christophe Girard qui se sont succédé au portefeuille de la culture à Paris. Paris reste la ville la plus visitée du monde grâce à ses trésors architecturaux, patrimoniaux, artistiques, notamment dans le domaine muséal avec le Louvre qui est le musée le plus visité au monde.

 

 

L’éducation artistique pour tous
Permettre à tous d’avoir accès aux Conservatoires

 

 

PARIS, MUNICIPALES 2020

En revanche, j’identifie un certain nombre de problèmes, de sujets qu’il faut traiter. Le premier, c’est l’éducation artistique. Tous les enfants n’y ont pas accès dans le cadre des conservatoires et des centres d’animation gérés par la ville, ce que l’on appelle les Centres Paris Anim’. Et il y a des inégalités sociales et territoriales très fortes puisque ce sont souvent les plus favorisés qui peuvent y accéder. Ce n’est pas normal. Prenons l’exemple des conservatoires. Aujourd’hui, il y a environ 20 000 places dans les conservatoires parisiens. Il y a 9000 personnes qui y postulent tous les ans pour y entrer. Seules 3000 sont acceptées. Et elles sont acceptées par tirage au sort. C’est regrettable. Donc, le premier défi sera de permettre à chacun, à tous, d’avoir accès au Conservatoire. Moi, j’aime l’élitisme positif proposé par les Conservatoires de la Ville de Paris avec des professeurs qui sont remarquables, en général très diplômés, très performants, membres de grands orchestres comme le Philharmonique de Radio France, l’Orchestre de chambre de Paris ou l’orchestre créé par Pierre Boulez. Donc, l’éducation artistique pour tous, c’est la première chose. Cela nécessitera de créer un nouveau Conservatoire dans les 15e arrondissement, de rénover pas mal de Conservatoires mais aussi d’embaucher des professeurs. Dans le 15e arrondissement, il y a 230 000 habitants et un Conservatoire pour 230 000 habitants, ce n’est pas assez. 230 000 habitants, c’est autant que la ville de Bordeaux.

 

 

FAVORISER LA CRÉATION
La deuxième prioritĂ©, c’est le soutien Ă  la crĂ©ation artistique. Il devient de plus en plus difficile pour des artistes de crĂ©er Ă  Paris car ils n’ont pas de lieux pour travailler, crĂ©er, rĂ©pĂ©ter mais aussi pour vivre, tout simplement. La ville de Paris a de fait cessĂ© de crĂ©er des ateliers logements pour les artistes. Dont, il faut rĂ©habiliter la crĂ©ation des ateliers logement et prĂ©voir dans tout projet immobilier de la ville de Paris, 10% d’ateliers logements pour permettre aux artistes de crĂ©er de nouveau et que Paris puisse redevenir ce « Paris est une fĂŞte » aimĂ© par Ernest Hemingway mais aussi celui de la Beat Generation après la Seconde Guerre mondiale. Il faut aussi prĂ©voir des lieux de crĂ©ation et de rĂ©pĂ©tition, formels comme il en existe quelques uns, mais aussi informels. Retrouvons l’esprit des squats parisiens, du 59, rue de Rivoli, des Frigos ou de bien d’autres endroits. Utilisons le patrimoine dit « intercalaire » de la ville de Paris, c’est-Ă -dire celui qui est libre le temps que des travaux ou des enquĂŞtes soient rĂ©alisĂ©s, pour permettre Ă  des artistes de s’en saisir et de crĂ©er tout Ă  fait librement, un peu dans la continuitĂ© de ce qui est fait actuellement aux Grands Voisins sur le site de l’ancien hĂ´pital Saint-Vincent de Paul – mais on pourrait le rĂ©server d’avantage Ă  la pratique artistique.

 

 

POPULARISER LA CULTURE
L’éducation artistique, la création artistique et enfin, l’accès au plus grand nombre et au grand public. La culture est de plus en plus réservée soit à une élite, soit à des touristes. Il faut la populariser de nouveau. Je fixe trois directions. La première : le prix des places de cinéma, qui a explosé à Paris. Nous avons la chance d’avoir un patrimoine cinématographique très important, des salles d’une grande variété. Prenons l’exemple ici du 15e arrondissement, dans lequel il y a du cinéma d’art et d’essai avec le Chaplin, du cinéma grand public en version originale avec le Pathé Beaugrenelle, et puis même du cinéma en langue française traduit au Gaumont Aquaboulevard, ce qui permet d’avoir un public particulièrement diversifié dans l’accès au cinéma. Mais la place au Pathé Beaugrenelle est à plus de 15 euros quand vous n’avez pas de carte. Comment fait un jeune pour payer cette place-là ? Je proposerai donc aux exploitants des salles de cinéma la mise en place de tarifs préférentiels pour les jeunes et les étudiants et auxquels la Ville de Paris apportera sa contribution.

La deuxième chose dans le domaine de l’ouverture, ce sont le musées. Les musées de la Ville de Paris, aujourd’hui, sont gratuits pour ce qui est de l’accès à leurs collections permanentes : le musée Carnavalet, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, le musée Cernuschi, le Petit Palais. Je pense qu’il faut qu’ils soient totalement gratuits pour les Parisiens et même les Grands Parisiens. Cela représentera un coût mais que l’on peut digérer. Et enfin, je propose la création des Nuits de la danse, tous les samedis pendant l’été pour permettre aux Parisiens de danser partout dans Paris jusqu’au bout de la nuit, sur les quais, sur les places, mais aussi en marge des bistrots et des cafés qui seront pour l’occasion ouverts toute la nuit.

 

 

Quel engagement pour le spectacle vivant, pour les artistes qui éprouvent des difficultés à répéter à Paris ?

Des choses ont déjà été faites, pour les amateurs notamment. Quand Christophe Girard était adjoint pour la première fois, la Ville de Paris a créé la Maison des pratiques artistiques amateurs, la MP2A, dont le coeur se situe dans l’ancien auditorium Saint-Germain, dans le 6e arrondissement, et qui depuis a fait des petits,… à Saint-Blaise dans le 20e arrondissement ou dans le 14e arrondissement sur le site de l’ancien hôpital Broussais mais aussi aux Halles. Mais c’est insuffisant. Je donne une piste : l’utilisation des établissements scolaires et universitaires qui sont fermés le soir, le week-end et pendant les vacances et dans lesquels il y a de très nombreuses salles, parfois à dimension artistique spontanée comme les amphithéâtres ou les théâtres et qui appartiennent à la Ville. Cela nécessiterait des coûts de gardiennage mais je pense que c’est une vraie bonne solution.

 

 

Que proposez-vous pour le 15e arrondissement en particulier, où vous êtes tête de liste avec votre mouvement « Parisiens, Parisiennes » ?

Il serait faux de dire que le 15e arrondissement n’a pas de ressources culturelles. Il y a une bibliothèque Marguerite Yourcenar, qui est d’ailleurs l’une des rares ouvertes le dimanche. Il y a un théâtre exceptionnel, le Monfort. Il y a des cinémas très différents. Il y a donc des choses mais peut-être pas assez notamment dans le sud de l’arrondissement qui manque de structures culturelles. Et il manque aussi ce pep’s qu’on attendrait de cet arrondissement. Le 15e arrondissement a la réputation d’être un peu barbant, triste. Mais c’est l’un des arrondissements dans lequel il y a le plus de jeunes à Paris, qui ont envie de s’amuser et de faire la fête et qui n’ont pas forcément envie de traverser tout Paris pour la faire. Quand la Javel, cette guinguette sur les quais, est ouverte, elle est noire de monde tous les soirs pendant l’été. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de lieux de fête de ce type-là à Paris et dans le 15e arrondissement ?

Enfin, il y a une petite richesse de librairies dans le 15e arrondissement, l’Art de la joie, l’Instant, le Divan. Ce sont de belles librairies mais fragiles. Il faut les aider. La mairie de Paris et le ministère de la Culture aident les librairies indépendantes mais il faut un peu les surveiller comme le lait sur le feu pour qu’elles continuent à fonctionner parce qu’on a besoin d’elles pour faire vivre les quartiers et faire rayonner le livre. Le sujet, ce sont les locaux, les murs. Il faudrait veiller à ce que leur soient toujours réservés des emplacements, les aider le cas échéant sur les travaux.

 

 

Où trouve-t-on l’argent pour financer un programme culturel ambitieux ?

C’est une question de financement des priorités. Tout a un coût dans une société capitaliste dans laquelle l’argent est la référence de la valeur. Mais la culture n’a pas de prix. L’argent dépensé pour la culture est toujours de l’argent bien dépensé. Nous avons 400 millions d’euros de budget pour la culture à Paris, ce qui est une somme considérable. Il faut financer les priorités par redéploiement. L’argent ne pousse pas dans les arbres, donc il faut donc faire preuve de mesure. Mais je ne considérerais jamais que c’est de l’argent mal dépensé ou que c’est un surcoût.

 

 

Est-ce le rôle de la Marie d’accompagner les lieux type les Frigos, les Grands voisins, etc. ?

La Mairie doit laisser faire, accompagner, permettre parfois des conventions d’occupation temporaires, voire aider à la prise en charge des coûts des fluides (gaz, électricité, eau) mais elle doit laisser ces squats et ces squatteurs créer librement, y compris de façon bordélique.

 

 

Comment comptez-vous vous distinguer de ce qui a déjà été fait jusqu’ici en termes de culture à Paris, sous les mandats successifs de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo ?

Il y avait un effervescence culturelle dans les deux premiers mandats de Bertrand DelanoĂ« dans laquelle un grand nombre d’établissements ont pu ĂŞtre ouverts. Je pense au Centquatre, Ă  la GaĂ®tĂ© lyrique, Ă  la Maison des MĂ©tallos, aux Trois Baudets, Ă  la Philharmonie de Paris. On a rĂ©Ă©quilibrĂ© l’offre culturelle vers l’Est et c’est absolument formidable – tout en rĂ©organisant les conservatoires, en ouvrant de nouvelles bibliothèques et bien d’autres choses. Je pense qu’au cours des dernières annĂ©es, la crĂ©ativitĂ© et l’inventivitĂ© se sont ralenties. Anne Hidalgo n’a pas fait de la culture une prioritĂ© et ce n’est de la faute ni de Bruno Julliard ni de Christophe Girard. Prenons l’exemple des bibliothèques. Nous n’avons pas rĂ©ussi Ă  les ouvrir le dimanche. Il n’y en a que cinq sur la soixantaine existante qui sont ouvertes le dimanche. Malheureusement, l’ambition n’est pas Ă  la hauteur de ce que devrait ĂŞtre la Ville-Lumière en matière culturelle.

 

 

 

 

” Anne Hidalgo a Ă©chouĂ© dans le domaine culturel…
j’ai votĂ© pour elle, j’ai Ă©tĂ© déçu “

 

 

 

 

Il y a déjà une candidature à gauche, celle d’Anne Hidalgo. Comment vous positionnez-vous par rapport à elle ?

Je suis de gauche mais je reconnais qu’en l’occurrence, Anne Hidalgo a échoué dans le domaine culturel. Ce n’est pas parce que je suis de gauche que je dois fermer les yeux, me boucher le nez et me prosterner devant une maire dont j’estime qu’elle a échoué. Elle s’était fixée des objectifs dans le domaine culturel qu’elle n’a pas atteint. Je prends un exemple. Elle avait promis de créer 3000 places dans les Conservatoires. Elle ne l’a pas fait. Elle avait promis d’ouvrir d’avantage de bibliothèques le dimanche. Elle ne l’a pas fait. Elle avait promis d’oeuvrer pour la créativité culturelle. Le Théâtre de la Ville a été fermé pendant tout son mandat. Le Théâtre du Châtelet vient juste de rouvrir. Le festival Sériesmania est parti à Lille. Le festival Pariscinéma a été arrêté. Le festival Paris en toutes lettres a été réduit. J’aimerais ne pas être sévère. Mais le festival Sériesmania a été créé par une institution municipale, le Forum des images, créé par Laurence Herszberg, qui a dédié sa vie entière à ce festival et à Paris. Comment s’est-elle débrouillée pour qu’elle parte ? Pourquoi ? Peut-être qu’elle n’a pas témoigné assez de considération pour cette directrice et pour son festival. Quand on a travaillé à l’Hôtel de Ville, et j’ai travaillé indirectement avec Anne Hidalgo, j’ai voté pour elle, j’ai été déçu, oui. C’est dur d’être déçu. Ce n’est pas agréable, les déceptions, que ce soit en politique ou en amour.

 

 

Y a-t-il une politique culturelle « de gauche » ?

Je ne vois pas où se trouve le clivage droite-gauche en matière culturelle. Moi, je suis de gauche mais ce n’est pas dans le domaine culturel qu’on ressent cette distinction. Je suis très attaché au patrimoine aussi et je pense que c’est bien de s’en occuper.

 

 

Quel enseignement tirez-vous de vos années où vous avez travaillé aux côtés de Christophe Girard lorsqu’il était adjoint à la Culture à la Mairie de Paris ?

J’ai travaillé pendant deux ans aux côtés de Christophe Girard avant de rejoindre le cabinet de Bertrand Delanoë en tant que conseiller politique. J’ai adoré ces années professionnelles. A la fois, Christophe Girard est quelqu’un de créatif, d’inventif mais aussi parce qu’il est irrévérencieux, provocateur et qu’il sait sortir des sentiers battus. C’est grâce à lui que nous avons pu faire venir José Manuel Gonçalvès au Centquatre, Stéphane Ricordel et Laurence de Magalhaes au Monfort. C’est grâce à lui que Nuit blanche a pu se réinventer sans cesse. C’est grâce à lui que nous avons pu porter un nouveau regard sur l’art contemporain avec à la fois du goût et une véritable sensibilité artistique. Parce que Christophe Girard est un vrai amateur d’art contemporain et n’a pas une culture inventée mais une culture ressentie, profonde, passionnée.

 

 

Lorsque vous travailliez avec Christophe Girard, vous avez notamment participé à l’élaboration du Centquatre et du CNC. Quel bilan dressez-vous de ces deux projets ?

Le CNC est un joyau. C’est un établissement public culturel que le monde entier nous envie, qui nous permet quand même d’avoir une diversité de production cinématographique et visuelle. Je n’y suis pas resté longtemps, j’y ai travaillé un an mais j’ai adoré travailler là-bas. Pour le Centquatre, on a eu une petite difficulté au démarrage. Mais c’est vraiment un lieu vivant, effervescent même, dans un quartier où tout le monde doutait qu’on y arriverait. La question est de savoir s’il remplit complètement sa vocation initiale qui était d’être un lieu de production artistique. Aujourd’hui, c’est plus un lieu de diffusion. Son modèle a pivoté, en quelque sorte. C’est un endroit ouvert, une réussite. En revanche, je pense qu’il faudrait créer ou recréer des lieux spécifiquement dédiés à la création artistique. Par exemple, je pense qu’on devrait transformer la Gaîté lyrique, qui marche moins bien, en une sorte de Villa Médicis du cinéma dédiée à la création autour de l’image et du son. Il y a assez d’offres au niveau des théâtres et musées. En revanche, on manque d’endroits pour éduquer, comme les Conservatoires, ou créer.

 

 

Quel est votre rapport personnel à la culture ? Quel rôle cela a-t-il joué dans votre vie ?

J’étais assez rétif à la culture et à la création artistique quand j’étais enfant et adolescent parce que je l’assimilais à tort à l’école. Ce n’est finalement que vers la fin de l’adolescence et quand je suis devenu adulte que j’ai pu construire mon propre chemin culturel, mon propre cheminement artistique. Je ne pratique pas d’instrument de musique, je n’ai jamais fait de danse. J’ai toujours très mal dessiné. Je ne me trouvais aucun talent et assez peu de plaisir. Et puis j’ai rencontré la littérature et je suis devenu un lecteur avide, notamment en matière de littérature contemporaine. Donc, aujourd’hui, qu’il pleuve, qu’il vente, que je travaille ou pas, que mes journées de travail soient longues ou courtes, je lis, tout le temps. Plusieurs livres par semaine. Essentiellement des romans. Mais parfois aussi, des essais.

 

 

Avez-vous justement un auteur préféré ?

C’est une question très difficile pour quelqu’un qui aime lire. Au risque de ne pas être original, parmi les auteurs français, je vais prendre Romain Gary dont j’ai lu et relu l’oeuvre dans sa quasi-totalité. Du côté des auteurs vivants, contemporains, je pense que le meilleur, c’est Michel Houellebecq pour le génie créatif. Et du côté de la littérature anglo-saxonne, j’ai beaucoup d’admiration pour Paul Auster. Voilà pour les auteurs vivants. Si je regarde du côté des morts, j’ai un attrait particulier pour Ernest Hemingway. Ce que j’aime chez lui, c’est la poésie, l’auto-dérision, parfois la profondeur de l’analyse et l’art du récit. On le suit finalement assez facilement par exemple dans « Paris est une fête » sur le chemin des rues de Paris, ou dans « Le Vieil homme et la mer », « Pour qui sonne le glas ».

 

 

Michel Houellebecq, pour un homme de gauche, cela peut surprendre…

Je ne crois pas qu’il y ait de littérature de droite ou de gauche. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Ce que j’aime chez Houellebecq, c’est d’abord qu’il est très drôle. Extrêmement drôle. Il a beaucoup beaucoup d’auto-dérision, parfois de façon extrêmement crue. Il se moque beaucoup de lui-même. J’aime aussi beaucoup son rapport à Paris, qui est quand même la scène, le décor de la plupart de ses romans, par exemple pour le dernier, « Sérotonine », qui se passe non loin d’ici, sur le front de Seine, dans la Tour Totem.

 

 

Ecoutez-vous de la musique ?

J’écoute beaucoup de musique. C’est une partie de ma vie. Mais je ne suis pas un mélomane. Ma référence musicale est plutôt la chanson française. J’aime des chanteurs assez différents : Mano Solo qui malheureusement nous a quittés il y a près de dix ans ; Georges Brassens aussi. Grâce à mon épouse, j’aime beaucoup le rock, les Libertines, les Babyshambles. S’agissant de la musique classique, que je connais beaucoup moins bien, que j’ai découvert grâce à mon épouse et à mes enfants qui eux-mêmes font de la musique, je ne suis pour le coup pas très original : je m’initie à Bach, à Brahms et à Mozart mais sans être un grand spécialiste. Il y a notamment des continents entiers qui m’échappent. Je suis par exemple peu familier de l’opéra, qui me touche beaucoup. Les rares fois de ma vie où j’ai pu en voir, j’ai été frappé, quasiment en plein coeur mais c’est un art que je connais peu. J’ai vu « Manon » de Jules Massenet, « Carmen », « la Flûte enchantée », mais également « les Contes d’Hoffman ».

 

 

Êtes-vous un amateur de théâtre ?

J’y vais régulièrement. Je suis allé récemment voir la pièce d’Alexis Michalik, « Edmond ». Pour moi qui aime, comme beaucoup de Français, Cyrano de Bergerac, que j’avais vu à la Comédie-Française d’ailleurs, c’était un moment d’émerveillement. Je suis retourné voir « Les Damnés » à la Comédie française, où je vais régulièrement, mais pas assez. Au théâtre, j’aime l’univers, le jeu, la comédie, l’interprétation, que j’admire profondément parce que je sais à quel point c’est difficile. J’ai joué dans un film au cinéma il y a quelques temps, le premier film du dessinateur de bande dessinée Mathieu Sapin avec Gilles Cohen, Alexandra Lamy et Philippe Katerine, film qui s’appelle « Le poulain ». Et j’ai pu voir à quel point c’est difficile. J’ai beaucoup d’admiration pour les comédiens, la capacité à interpréter des personnages, à être sincère dans ses émotions.

 

 

Est-ce quelque part assez proche du métier d’homme politique ?

Non, car il ne faut surtout pas jouer quand on fait de la politique. Mais si c’est dans l’idée de savoir s’exprimer et de créer une relation avec un public, c’est important, c’est certain. Danielle Simonnet, par exemple avec ses conférences gesticulées, a beaucoup de talent artistique.

 

 

Propos recueillis par Julien VALLET pour classiquenews.com © 2020

 

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Illustration : © Jean-Paul Lefret.
PARISIENS, PARISIENNES “, visitez le site du programme dĂ©fendu par Gaspard Gantzer
 

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