Opéra du Rhin : Le Roi Arthus de Chausson, 1903

chausson_arthus_le-roi-arthus-opera-du-rhin-strasbourg-mulhouse-2014Opéra du Rhin. Le Roi Arthus de Chausson, 14 mars > 13 avril 2014. Après avoir vécu le choc de Parsifal à Bayreuth en 1882 (création de la légende ou festival sacré wagnérien par le chef Hermann Levi), Ernest Chausson écrit sa propre légende arthurienne hanté par le souvenir de Wagner. La composition du Roi Arthus (nom du souverain francisé), se déroule de 1886 à … 1895, soit presque dix ans d’une longue gestation au cours de laquelle le plume et la pensée du musicien opèrent une assimilation très originale du wagnérisme. L’orchestration demeure éminemment française (lumineuse, transparente, véritable sommet de l’écriture orchestrale postromantique), proche de celle de Dukas, annonçant aussi l’univers debussyte (Pelléas). Le chant de l’orchestre omniprésent assure la continuité entre les tableaux, véritable flot continu qui exprime les enjeux psychologiques des protagonistes: Le roi Arthus est trahi par son chevalier favori : Lancelot, qui cultive une secrète liaison avec son épouse, la reine Genièvre. La force vénéneuse de l’amour détruit  ici l’ordre et l’équilibre défendus par les chevaliers de la table ronde. L’amour est un venin qui met à mal l’idéal spirituel du roi… lequel mis en échec et trahi par ses proches, quitte le monde terrestre.

Le livret écrit par le compositeur lui-même dans la tradition des grands auteurs romantiques avant lui, Berlioz et Wagner. De la légende arthurienne, Chausson proche des symbolistes recueille le thème de la malédiction par l’amour, du désir qui bouleverse le jeu fragile des équilibres.

Légende arthurienne

A l’instar de Tristan une Isolde de Wagner, Chausson recompose un quatuor dramatique par lequel passe la tragédie : Tristan, Isolde, Mark et Melot chez le maître de Bayreuth ; Lancelot, Genièvre, le roi Arthus sans omettre le dénonciateur Mordred chez Chausson.

L’opéra est créé à Bruxelles en novembre 1903, Chausson était mort suite à une mauvaise chute de bicyclette en 1899.  Paris n’entendra qu’un extrait (le somptueux troisième acte) … pas avant 1916.

Le premier acte présente les personnages et représente l’adultère entre Genièvre et Lancelot. Au II, la culpabilité des amants ronge les esprits fragilisés : Lancelot et Genièvre, dénoncés au Roi par le jaloux Mordred, fuient ensemble ; éreinté, et de mauvaise grâce, après une rencontre infructueuse avec Merlin, qui prédit la fin de l’ordre chevaleresque, Arthus conduit les chapeliers à la poursuite du couple coupable.

Au III, les solitudes et l’impuissance se précisent encore. Seule, Genièvre désespère car Lancelot a choisi de renoncer à les défendre : la reine traîtresse se suicide (elle s’étrangle avec ses propres cheveux). Sur le champs de bataille, Lancelot refuse de se battre et s’effondre même si Arthus lui pardonne sa faute. Trahi, solitaire entre tous, Arthus est emporté vers le ciel sur une nacelle car une gloire éternelle lui est réservée hors du monde terrestre.

La fin du roi Arthus semble récapituler la geste wagnérienne : l’impuissance languissante des amants (Tristan et Isolde) comme leur trahison à l’endroit de leur ami et mari ; c’est aussi le constat que tout amour fidèle est impossible sur terre, suscitant l’inéluctable défaite et fuite du héros : Arthus comme Lohengrin, est extrait du monde des hommes après avoir été trahi. La tentative d’intégration et de réalisation sociale a échouée, et c’est la musique qui exprime en un long flot orchestral, d’un raffinement inouï, les méandres et circonvolutions de la psyché humaine, prise dans l’étau du désir et du devoir, de l’amour et de la loyauté, de la mort et du renoncement.

Ernest Chausson : Le roi Arthus, 1903
Drame lyrique en 3 actes sur un livret du compositeur. Créé au Théâtre de la Monnaie le 30 novembre 1903
DIRECTION MUSICALE : Jacques Lacombe
MISE EN SCÈNE : Keith Warner

GENIÈVRE : Elisabete Matos
ARTHUS : Andrew Schroeder
LANCELOT : Andrew Richards
MORDRED : Bernard Imbert
LYONNEL : Christophe Mortagne
ALLAN : Arnaud Richard
MERLIN : Nicolas Cavallier
LABOUREUR : Jérémy Duffau
CHEVALIERS : Dominic Burns, Seong Young Moon Jean-Marie Bourdiol, Jens Kiertzner

ECUYER : Jean-Philippe Emptaz

Chœurs de l’Opéra national du Rhin

Sandrine Abello, direction

Orchestre symphonique de Mulhouse

STRASBOURG
Opéra
ve 14 mars 20h, di 16 mars 15h, ma 18 mars 20h, ve 21 mars 20h, ma 25 mars 20h

MULHOUSE
La Filature
ve 11 avril 20h, di 13 avril 15h

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