Opéra, compte-rendu critique. Tours. Grand Théâtre, le 30 décembre 2016. Franz Lehár : Le Pays du Sourire. Sébastien Rouland, direction musicale. Pierre-Emmanuel Rousseau, mise en scène.

lehar franzOpéra, compte-rendu critique. Tours. Grand Théâtre, le 30 décembre 2016. Franz Lehár : Le Pays du Sourire. Sébastien Rouland, direction musicale. Pierre-Emmanuel Rousseau, mise en scène. Afin de clore l’année 2016, l’Opéra de Tours a décidé de faire dans l’originalité : pas d’opéra-bouffe de Jacques Offenbach ni d’opérette de Johann Strauss, mais le rare Pays du Sourire de Franz Lehár, l’un des chefs d’œuvres du compositeur autrichien, créé en 1929 à Berlin et devenu très vite un immense succès.

Toujours sourire pour finir l’année

Repris à Gand en 1932 dans la langue de Molière et à la Gaité-Lyrique de Paris la même année, l’ouvrage a pourtant quasiment disparu des affiches de l’Hexagone, c’est donc un plaisir de le redécouvrir dans la maison tourangelle.
Pour cette nouvelle production, à laquelle a également pris part l’Opéra d’Avignon qui la jouera en ses murs en 2018, décision a été prise de jouer pour la première fois des pages existantes dans l’original allemand mais jamais encore présentées en France. On découvre ainsi avec délice le ballet de l’acte 2, superbement joué et dansé, ainsi que la présentation des quatre femmes que doit épouser le prince Sou-Chong.
Si la première partie – très courte, à peine 45 minutes – ne se départit jamais, tant musicalement que scéniquement, d’une certaine convention, une fois l’entracte passé, la mise en scène imaginée par Pierre-Emmanuel Rousseau prend toute sa force, visuellement somptueuse et magnifiquement respectueuse des traditions locales dont Lehár a parsemé son œuvre. Le scénographe français, également signataire des décors comme des costumes, s’est totalement mis au service du livret qu’on lui a confié. Et ce respect, qui passe également par une direction d’acteurs sensible autant que précise et fouillée, est à saluer.
A l’unisson du plateau, la baguette passionnée de Sébastien Rouland libère avec un plaisir palpable les parfums exhalés par la partition dès le début du second acte. Le chef français défend amoureusement cette musique, et nous ne pouvons que lui donner raison, tant l’orchestration se révèle d’une richesse inattendue, mêlant sonorités orientales et occidentales, pour un tableau musical enivrant. Sous sa direction, tous les musiciens de l’orchestre répondent présent avec un enthousiasme qui décuple le nôtre.
Seule interrogation de notre part : pourquoi diable avoir coupé, dans le final, les mesures qui reprennent, au violon puis à travers la voix de Sou-Chong, la conclusion de l’air « Toujours sourire », qui demeure la devise du prince chinois ? Cette conclusion de l’histoire, comme un livre qui se referme dans un ultime sourire, demeure pour nous un sommet d’émotion et nous a, ce soir-là, cruellement manqué.
La distribution réunie pour l’occasion s’avère d’un très beau niveau, mais, depuis le premier balcon, les voix se révèlent parfois peu audibles, l’orchestre dominant très nettement malgré les efforts visibles du chef pour réduire la voilure.
En outre, l’absence de surtitrage met en lumière de façon assez cruelle une diction souvent peu compréhensible de la part des chanteurs.
Sébastien Droy, très investi dans son personnage, incarne un Sou-Chong passionnant, pris au piège de ses propres contradictions et oubliant son chagrin dans les volutes de l’opium, mais l’émission très postérieure et très mate du ténor prive sa voix de brillance et son aigu de liberté.
La Lisa au fort caractère de Gabrielle Philiponet s’impose très vite sur le plateau par son engagement scénique et sa voix puissante, on regrette seulement un haut-médium parfois trop arrondi à notre goût, qui prive les mots d’impact.
Adorable Princesse Mi de Norma Nahoun, claire et percutante, et joli Gustave de Régis Mengus, corsé et charmeur. Très imposant, le Tchang de Francis Dudziak démontre, malgré une voix chantée sur laquelle le temps a passé, l’impact d’un texte véritablement projeté dans la salle, une vraie leçon.
Un très bon Comte de Philippe Lebas et des chœurs maison absolument excellents, sonores autant que poétiques, viennent compléter cette affiche et parachèvent un superbe spectacle qui referme l’année 2016 sur une note nostalgique.

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Tours. Grand Théâtre, 30 décembre 2016. Franz Lehár : Le Pays du Sourire. Livret de Ludwig Herzer et Fritz Löhner ; Adaptation française d’André Mauprey et Jean Marietti. Avec Prince Sou-Chong : Sébastien Droy ; Lisa : Gabrielle Philiponet ; Princesse Mi : Norma Nahoun ; Gustave de Pottenstein : Régis Mengus ; Tchang : Francis Dudziak ; Le Comte de Lichtenfels : Philippe Lebas. Chœurs de l’Opéra de Tours. Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours. Direction musicale : Sébastien Rouland. Mise en scène, décors et costumes : Pierre-Emmanuel Rousseau ; Lumières : Gilles Gentner ; Chorégraphie : Elodie Vella

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